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Full text of "L'agriculture et maison rustique; en laquelle est contenu tout ce qui peut estre requis, pour bastir maison champestre, nourrir & medeciner bestiail & volaille de toutes fortes, dresser iardins ... entretenir les prez, viuiers & estangs ... Plus vn bref recueil de la chasse & de la fauconnerie"

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MP 


feu l'E 


L'AGRICVLTVRE ET 


MAISON RVST I- 


QE DE M. CHARLES 
ESTIENNE DOCTEVR EN 
MEDECINE. 

FR 

En laquelle ef} contenu tout ce qui pent effre requis, 

our baStir maifon champestre, nourrir €> me- 
deciner beftial ex volaille de toutes fortes, 
dreffer iardins,tant potagers que parterres, gou- 
uerner moufches à miel, planter 7" enter toute 
forte d'arbres fruictiers , entretenir les prez., vi- 
giers 9° eftançs,labourer les terres 4 grains.fa- 
çonner les vigne. , planter bois de haute fuftaye 
ex taillis,baStirla Garenne,la Haironniere & 
le parc pour les besles faunages. 


Plus vn brefrecueil de la Chaffe & de 
! Fauconnerie, 


DATE 


Par faques du Puis, libraire iuré de l’vniuerfité, à 
la Samaritaine, rueS. lean de Latran, 


M. D, LXIIII, 


_Anec prinilege du Roy. 


#8 
THOMAS DE BRAGELOIGNE CO N- 


SEILLER DV ROY NOSTRE SIRE, ET LIEV- 
tenant criminel de la Preuofté & viconté de Paris, 


(A ONSEIGNEVR, enfre toutes 
( Les féiences qui fe peunent cotépler 
er exercer des hommes , nulle me 
femble esfre, qui plus efueille l'ef 
& prit humain, qui rauile plus les 
| is fers, qui engédre plus grande ad- 
miration des effets de nature, qui apporte plus grand 
plaifir eg recreation à l'efpric las eg tranaillé.qui fort 
plus vtile € neceflaire à la vie des bommes,que l’A- 
griculiure : en laquelle non fenlement nous voyons à 
l'œil, manions e9° traittons auec les mains les œuures 
de nature.mais {oui plus 0) npuen dofrnuneree bin. 
comprebenfihle palfance ET Granacur de Dies, qui 
d'un petit pepin,grain,noyau, y menue plante , fait 
naï$tre , herbes, arbres, ex fruits imfinis : nous y reco- 
gnoiffons reluire naifaement les rayons €r marques 
de la bonté er beneficence du grand Seigneur €T 
Createur enuers fes Creatures , qui des chofes Vvenants 
de la terre nourrit, Jouffient €r entretient noffre vie 


bumaine:nous y prends vn plaifir merneilleux à veoir 
à :} 


EPIMTRE. 
les arbres ex herbes par certain temps jortir du [ein 
er matrice de leur mere nourrice : bref nous y abpre- 
nons la maniere de viure de noffre labeur, de noX ac- 
quefis Cr reuenus den'eftre oyfifs, d'augmenter le no- 
J?re, de mefhrifer tous delices , plaifirs ex autres telles 
VaniteX , vrayes alumettes de tous vices. C'efFpour- 
qguoy le poète Latin atant loié l'heur er félicité des 
laboureurs : cef? pourguoy plufienrs grands [eigneurs 
ont delaiffé leurs theatres,amphitheatres,colizees,co- 
lonnes , cr autres edifices magnifiques:cotemné leurs 
pourpres, diademes ex parfuns, er fe font addonnez 
a la culture des chofes rustiques : de forte que fi nous 
voulons curieufemêt rechercher par ordre tous les di- 
[cours des hrfloires tant anciennes que modernes,nous 
trouverons que la plus part des perfonnages qui par 
leurs vertus ont efte efleuez, comme en vn theatre € 
fupreme degré d'honneur, n'ont eu rien plus cher, plus 
exquis ,ny en plus grande recommendation que l’A- 
griculture . Cyrus ce grand Roy des Perfes (comme 
te[moigne Xe enophon ) en qui a reluift vne [plendeur 
de tonte glorre €5 snatejré; n'asoit plus grand conten- 
tement, que quand 1l pouuoit dreffer quelque bean 
païterre, 9° ordonner certain nombre d'arbres en ef- 
chiquier. L'Empereur Diocletian | ain/i que recite 
Sextus e Anrelius Victor) de [on bon gré er fans au- 
cune contrainte laiffe le fceptre de fon Empire pour 
faire demeure perpetuelle, aux champs:tant de plafir 
prenoït il aux païterres er iardinages qu'il accoH- 


EPISTRE. 
… ffroit de [es propres mains. Les Senateurs, Dicfateurs 


€ Confuls Romains,qui de tout temps ont comman- 
dé à Pvne des plus floriffantes Republiques du mon. 
de, 7° defquels la glorre à esté celebree 7 efhandue 
par Puniners , n'eftoyent amas tant aifes que quand 
ils rufiquoyent , iamaïs tant contens d'eux-mefmes 
que quand delinrez des affaires publiques ils pou- 
aoyent à plein loifir vaquer à la culture de la terre. Er 
combien que [ans aller plus outre , il [eroit facile reci- 
ter un nombre infiny de plufieurs grands Seigneursde 
no$fre temps, qui en ce regard pourroyent [ernir d'ex- 
emple aux autres : tontesfois nous dort fafjrre cr con- 
tenter La feule commemoration du feu Roy François, 
pere des faëces,lequel encor qu'ilne Femploya fe qu'és 
chofes dextreme magnanimité co grandeur ce neät- 
moins eftoit tant fiudieux de L'Avricalture, que non 
feulement ilen à mis par efcrit quelques poëmes beau- 
coup plus doétlement er elcgamment que Hlieron ex 
: Phrlometor Rois de grand nom,mais auf par certains 
falaires x fommes de deniers propoez € donnez à 
plalieurs peregrinateurs , à fait que notre France à 
effé enrichie de plufieurs plates, herbes,er arbres ex- 
qui, defquels ah parahant non feulement la figure G 
culrare nous effoyent du tout incognenes:mais auf les 
noms d'iceux. Voila [ur tout ce que nous doit donner 
affeuré& certain ingement,que l'Agriculture ef} l'v- 
ne des plus hautes 7 nobles chofes de cemonde. Or 
césle fcience n'a eté feulement de tout temps mife en 


7 


à ü} 


EPISTRE. 
vfage co pratique de labeur par les Rois éx princes, 
mais encor par les efcrits de plufieurs grands perfonna- 
ges illuftrez en langues dinerfes: comme en Grec, par 
Philometor, Hieron, À rchelaus,Orphaæus, Mufeus, 
Homere, Hefrode, Con$fantin Cefar: En Latin,par 
V’arron, Cato,Columelle, P alladius,V/. ergille, Æmi- 
lius Macer: En langue Punique;parle Roy Attalus, 
cr Mago,duquel(come recitent les Hifboires)les ef° 
crits furët apportez a Rome,comme un threfor exquis 
G (ingulier,apres les ruines deC hartage: É cobie que 
tous ces auteurs ayent par leurs doëles efcrits tellemét 
illuSFré l'art d'Agriculiure, qu'ils [emblent anoir offe 
a leurpoñterité tout l'honneur > moyen de pounoir 
adiou$ter on innenter quelque chofe de nousean,tou- 
cesfois v'oferay bien dire qw'ils n'ont tant doctemet ny 
tant exactement efcrit, qu'ils n'ayent obmis er laiffé 
quelque chofe,que leurs fucceffeurs peuuent facilemet 
obferuer ér annoter:car chach d'eux à parlé de la cul- 
ture de la terre felon fon païs:les vns pour la Grece,les 
autres pour le païs talie , les autres pour la Barba- 
rie: les uns ont attaints feulement vne partie de l A- 
griculture , les autres deux ou trois , les autres par trop 
facci nétement ont pour/ninis leurs deffinos , les autres 
enont parléaffex confufement, tellement que detous 
leurs efcrits peu de profit en pourrions tirer pour noftre 
Agriculture Françoy[e : en quoy ne me pourrois affex 
efmerueiller de la neghigence , ie ne fCay fi ie dois dire 
fetardife éy° pufillanimité de gens de noffre nation, 


EPISTRE. 
quinont eu aucun [oing d'illustrer noftre agriculture 
Françoyfe , mais [e font contentez de traduire Colu- 
melle,Conflantin C efar, eg quelques autres auteurs, 
en noftre langue, come fi noftre agriculture F rançoy{e 
effoit pareille à celle que traitte Columelle er Con- 
ffantin Cefar:car une ef} pour le païs d'Italie, l'autre 
our la Grece : comme auf Ji notre France n'eftoit 
fertile (e affiuente en toutes chofes rustiques autant, 
voire plus,que ne fat onques la Grece er bltalie : ex 
qu'elle ne meritalt vne particuliere defcription de [on 
agriculture auf$i bien que l'Italie ou la Grece: comme 
pareillement fi noX effrits n'eftoyent antant feconds 
€9° dextres à parler ou efcrire , que les Grecs on La- 
sins , € que no$fre langue ne fu} pour le ionrd'huy 
autant copieufe cr feconde que fut onques celle des 
Grecs on Latins. 

| C'effsmonsercxeve, Foccafion gr rai[on prin- 
cipale qui m'a induit, outre la priere que m'en anex 
fait quelquesfois < qu'ay receu pour commandement 
pour Fobeiffance & feruice que vous dois,de difcourir 
La forme de noffre agriculture Françoy{e:7 d'autant 
plus curienfement que no$tre païs eft le plus copieux, 
abondant, e7° fertile en toute chofe venant de la ter- 
re, €9* neceffaire pour La vie humaine que nul autre, 
ioinéf que peu de chofes Je trouuent 65 païs eSfrançes, 
principalement quant aux plantes, qui ne foyent 
maintenant apprinoifees, gr faites domestiques en 


noftre region, par la diligence des noftres. Or ray nom- 


EPITST R'E: 

mé le traité qu'en ay fait, l_ Agriculture Francoyfe, 
eg mai[on rustique, parce que icne palfe en forte que 
ce foir fur les pas tranfmarins, ny tranfmontains,eg* 
partant ne me [ers aucunement des efcrits de ceux qui 
— en ont fait mention a temps pa comme de Caton, 
Varron, Colamelle, Palladius ç9* autres, defquels les 
preceptes er defcriptions feruoyêt plus pour la nation 
$ Italique;que pour la nojtre,en te[moignage de la Ser- 
pe Gallique, que Columelle prife Ji grandement. Er 
qu'il ne foit vray que nous ne nous aydions de ces au- 
teurs, les termes, les façons de labeur en quelque terre 
que ce [oit, vous en feront fufhfant tefmoignage. Er 
ce-neantmoins ie puis bien affermer,& fans tacfance, 
que n'ay rien obmis de tout ce qui pent etre requis 
pour la perfecfion de l'agriculture Françoyfe:en quoy 
n'ay eparvné ny ma peine,ny frais ancuns:car n'ayät 
añteur quelconque, fur lequel me peul]e renger ex 
prendre quelque exemplaire de mes deffeings, ay ete 
contraint de ru iffiquer Jouuentesfois, G familierement 
conuerfer auec toute [orte de gents raftiques, comme 
auec laboureurs vigneros,chartiers, bouniers,a 1fniers, 
muletiers,bergiers tardiniers, pelcheurs, cha iffeurs,oy- 
felleurs , fahconniers , 0) fin que ie cognenf]e les chofès 
affeurément,& que ne fafle fcriprèur des chofes ouïes 
ou lenës, comme font plujieurs de noftre temps , mais 
pluftof} auteur oculaire > quafi practicten de nostre 

agriculrure Françoyfe,e> maifon rushique. 
Ormaintenant (M ONSEIGNEV R)pnis que Pay 
combatu 


EPISTRE, 
combatn anec fi grand labeur, & qu'à mon aduis ie 
Juis demeuré victorieux , il ne me refle autre chofe 
pour le parfait accompliffemcnt de mes defirs ex in- 
tentions , que de vous offrir, confacrer €7 dedier ce 
fruit abortif de mes mufes,er iufte tribut de mes pei. 
nes, y etant non feulement affraint par plufieurs Par- 
cicuheres obligations, plus grandes qguene pourroyent 
effre celles du fils enuers le pere ; mais mefme par L: 
merite dune infinité de vertus,qui vous rendent tant 
admirable,que la memoire de vous ne pourroit iamais 
estre efteinte : car ontre les dons excellents de Pesbrie 
é de nature, qui [ont en vous, outre la finguliere co- 
gnoiffance de plufieurs [ciences,c principalement de 
Zurifprudence , la grande promptitude de traitter des 
caufes en ingement, la fubrilité incredible de compofer 
Les controuerfes, ér expedier les labyrinthes x diffi- 
culte de proces:encor reluit-il en vous une finguliere 
authorité, granité fenile, Une integrité, vne droiture 
deiuffhice, tant admirable, tant celebree er cogneuë 
dun chacun , qu'auez de tout temps rauy x enflam- 
mé les affections de toutes fortes de perfonnes , à vous 
aymer,reuerer,craindre,honnorer, & defirer pour leur 
Jouuerain lage er Seigneur. 

C'eftaufñ porrquoy xs rox de France Charles 
neufiefme regnant à prefent, non par faueur, non par 
briques, non par recommandations d’autruy, non par 
grades fommes de deniers,ou promel]es (qui [ont pour 


ce jourdhwy Les plus frequentes manicres d'imperrer 
€ 


EPTYSTRE, 

co obtenir toutes dignitez © maviffrats) vous a eflen 
cr nomme fur tous les autres pour tenir [on Jieve de 
indicature criminelle. En quel eftat combien che en- 
tiere € inutolable voffre equité, combien eft grande 
cy° faincle votre diligence à exercer inffice , i'en ap . 
pelle en refmoing toute la France, laquelle fort efiouïe 
de voffre nouueau magifirat,ebere en bref par voftre 
moyen auoir en toutes [es contrees Cr païs,une tran- 
quilhté,£r feurtécotre routes les voleries,embafthes, 
larcins, brigandages, cg autres dangers infinis def 
quels par le paffé elle a effé miferablement affhgee 
cr vexee de toutes parts. 

Or,MoNsEIGNEVR, encor que ie foye bien af° 
feuré de l'ardente amitié que portez à ceux qui font 
profeffion des [ciences,ie vous fapplieray treshumble- 
ment d'anoir pour ag greable l'œunre que ie vous offre: 
en meurant le prefent,non pas felon voftre grandeur, 
ä nd Jeroit bien requis dedier œuure mieux ac- 
comply , ains [elon l'intention é° deuotion de celuy, 
qui le vous prefente, comme partie des arres de meil- 
leure  chofe, que day propofé de vous dedier en bref. 
Et à tant ie prieray Dieu le Createur,vous donner 
tres-henrenfe er longue vie. Ce iourd'huy quin- 
Xie/me de lanuier, 1 5 6 4. 


Voffre tres-humble co" tres-obeif[ant, 
Charles Estienne. 


TABLE DES CHAPITRES 
da premier linre de la maifon Ruffique. 


PSS Velle forme 
() d'agriculture 
fera traittee, 
DZ | cyapres I.a 
Le proiect de ce qui fera 
defcrit cy apres 1 
Quelles chofes font re- 
quifes, auât que baftir la 
metairie 2.4 
Afsiette de la maifon ru- 
ftiqueauec fes apparte- 
nances 2.b 
Le baftimert & pourpris 
de la maifon Ruftique, 
s.b 
& L'office du pere de famil- 
le 8.a 
. L'office du fermier  8.b 
8 L’eflat de la fermiere 9.b 


hs 


07 


+ 


A 


9 Lesvaches 10.b 
10 Les poulles LI.a 
x Lesoyes 14 
12 Les cannes 16.4 


13 Les Faifans & gelinotes, 

14 Les paons Wyia 
is Poulles d'Inde 18.a 
16 Lestourterelles, perdrix, 


cailles & grues 18.b 
17 Le coulombier 19.b 
18 Lebouuier 21.4 
19 Le porcher 24.b 
20 Le berger 25.b 
21 Lecheurier 27.b 
22 Le cheuil 28.a 
23 Le chartier 29.b 
24 L'aine 33.b 


25 Le muletier ibid, 


Table des chapitres dr 
fecond hure. 


bai 


por & pourpris 

des iardins;tant po- 

tager que parterre  35.a 

2 Quel doiteftrele terroir 
& labourage des iardins 
35-b 

3 La forme des hayes des 


jardins 35.b 
4 Destrcilles du iardin po- 
tager 36.a 
s Le labour du iardin pota- 


ger 36.b 
6 La difpofition des plan- 
ches du iardin potager, 
36.b 
7 L'afiette des couches du 
jardin potager 37.4 
8 Letemps defémerle po- 
tager 37.b 
9 Planter,replanter,cueiilir 
& garder les herbes po- 
tageres 38 a 
10 Dés herbes pour les po- 
tages en particulier, & 
premicremét des choux, 
39:4 


11 La laictuë 39.b 
12 L'endiue 40. 
13 Cichoree 40.b 
14 Artichaud 40.b 


é ij 


FABLE 


rs Pourpier,ozeille,pimpre- 
nelle,corne de cerf 41.a 


16 Bettes & poiree  4r.a 
17 Arroches AL 
18 Efpinars 41.b 


19 Bourroche, buglofe, & 
langue duchien  41.b 
20 Porreaux, ciboules, ci- 


uots 41.b 
21 Pourceline ou pourpier, 
423 
22 Ails,oignons,efchalottes 
appetits 42.4 
23 Perfil,anet,fenoil,anis,ro- 
quette 42.b 
24 Alparge +142.D 
25 Targon 434 
26 Creflon & birle  43.a 
27 Saffran 43.2 


28 Naueaux.raues, refforts, 
carrottes, panets & pa- 


ftenades 43.b 
29 Seneué 43.b 
30 Pauot 43.b 
31 Concombres & citrouil- 
les 43.b 


32 Melons &pôpons 44.4 

33 Singularitez pour les me- 
lons& fruits femblables 
44.b 

PARTERRE OV IAR- 

din à fleurs. 

34 Quel profit & plaifirap- 
porteleparterre  4$.a 

3s L'afsiette, difpofition & 
culture du parterre 4$.b 

36 La difpofition des herbes 
& fleurs du parterre 45.b 

37 Des herbes pour les bou- 
quets en particulier, Et 


premieremët des violet- 


tes de Mars 416.8 
33 Ocillets 46.3 
39 Lis 46.b 


40 Des herbes odorantes en 
particulier: & premiere- 
rement du bañlic 46.b 


41 Rue 47: 
41 Menthe 47.a 
43 Thym . 474 
44 Origan ibidem 


4$ Sarriette & hyffope 47.b 


46 Coriandre ibidem 
47 Sauge ibidem 
48 Aluine ibidem 


49 Rofmarin &iofmin ibi. 


so Serpolet ibidem 
st Anet ibidem 
$2 Fenoil 43.a 


s3 Bref difcours des arbres 
& arbrifleaux,tant efträ- 
gers q domeftiques, qui 
font plâtez ou tranfplä- 
tez au parterre 43.4 

$4 Desarbriffeaux d'où font 
faits les berceaux du par- 
terre en particulier : & 
premierement du cypres 
438.b 


ss Rofier 48.b 
56 Bouïs genelt, cedre, faui- 
gnier 49.4 


s7 Desarbres & arbriffeaux 
tant efträgers que dome- 
ftiques , qui font plantez 
ou femez par couches ou 
vaiffeaux ou parterre en 


particulier 49.2 
53 Meurtre 49.b 
59 Palmier ibidem 


DES GHAPIFRES. 


60 Pin $0.a 
é Figuier 50.4 
62 L'oliuier s1.a 
63 Piftaches s1.b 


64 Citronniers, orengers,li- 
moniers,poucilles ibid. 
65 Grenadiers s2.b 
66 Des deux iardins particu 
liers afsis au bout duiar- 


din potager & du parter- 
re 53.4 
67 Garence 53.2 
68 Gaude &guefde 53. b 


69 Chardon à bônetier 1ibi. 
70 Lefaffran 54, 
71 Brefrenuoy touchät les 
legumes 54.b 

72 Le remede contre les ac- 
cidéts qui furuiénent aux 
herbes 55:a 

73 Lamoufcheämiel 56.a 
74 L’afsiette du lieu pour les 
moufches à miel  $6.b 

75 Laforme & afsiette des 
 ruches pour les mouf- 
ches à miel 57-2 

76 Quelles doiuenteftre les 
moufches à miel  $7.b 

77 Quel doit eftre le gouuer 
nemét des moufches do- 
meftiques 58.a 

78 La maniere de gouuerner 
les moufches à miel $8.b 

79 Les remedes des maladies 
aufquelles font fubiettes 

les moufches à miel 59.b 

80 La maniere de recueillir 


le miel 60.2 
81 Pour faire le miel & la ci- 
re 60.b 


Table des chapitres du 
troifiefme Lure. 


LE VERGER, 


1 Des differéces de verger, 
G1.a 

2 Leiardinfruitier  61.b 

3 La pepiniere , qui eft la 

pläte d'arbres par pepins 

ou femence 62.2 

4 Labaftardiere 62.b 

s Laplanteänoyau 632 

6 Plantepar fcions & re- 

iettons 64.a 

7 Piquer ou affier par brä- 

chettes ou drageôs 64.b 

8 Maniere de faire fcions à 

planter 65.a 

9 De prouigner reiettons, 

ou antenais 6s.b 

10 Enter fauuageaux & au- 

tres arbres, &c. 66.b 

11 Choifir cueillir & tailler 

les greffes pour enter en 

fenteentronc,&c. 67. 

12 Enter en fente & entre l'ef 

corce & le bois 67.b 

3 Enter au bout des bran- 


ches 69.4 
14 Enterentrele bois & l’ef- 
cofrce 69.2 
1 Enterenefcuffon  69.b 


16 Autres manieres d’enter 
fur toutes fortes d’arbres 
70.b 

17 Singularitez d’enter,plan- 
ter, & femer arbres, pour 
auoir fruitsexquis 71.b 

18 Du temps de planter & 

é iij 


TABLE 


replanter les arbres entez 
gros & moindres  75.a 
19 Du lieu & folage en gene- 
ral 76.a 
20 Du lieu & temps auquel 
chacun arbre fruitteray- 
me d’eitre femé, pranté, 
& enté en particulier, & 
premierementdelaman- 
dier 76b 
21 Noifiilier & couldre 76.b 
22 Cerifier 77.4 
23 Coignier 774 
24 Orégier, poucille, citron, 


limon 77.b 
25 Figuier 1) 
26 Pommier 78.a 
27 Poirier 78.a 
28 Le meurier 78.b 
29 Noyer 78.b 
30 Oluier 79.4 
31 Dattier & palmier 99.b 
32 Chaitaignier 79.b 
33 Pin 79.b 
34 Prunier 79.b 
35 Grenadier 80.a 
36 Cormier 80.a 
37 Guindolier autrement dit 

iuiubier 80.a 
38 Laurier 80.b 


39 L'efpace qu'il faut entre 
les arbres fruitiers que 16 
replante 80.b 

40 Autres pretextes de plan- 
terarbres fruitiers 81a 

41 Efmonder,defchauffer & 
nettoyer lesarbres 82.2 

42 Medeciner les'arbres frui 
tiers 04. 

43 Garder & conferner le 


fruit des arbres pour e- 
ftre oftez & mangez en. 
faifon,& horsicelle 85.b. 

44 Maniere de faire le cidre 
87.4 

45 Quelques fingularitez de 
confire des fruits pour la 
referue de toute l'annee 
87.b 


Table des chapitres du 


quatriefme linre. 


LA PRAIRIE. 


1 Qu'il y a deux fortes de 

ré 89.b 
2. Quellesterres font bon- 
__ nespourlesprez 90.2 
3 Quelle culture demandét 


les prez ibid. 
4 Ce qu'il faut femer aux 
prez 90.b 


$ Qu'ilfauteffarter,efpier- 
rer & fumer les prez 
91 b 

6 Lacucillette de foin ibid. 

7 L'ozeraye 92.8 

8 La laulfaye 92.b 

9 L'ormaye & aulnaye 1b1. 


L'ESTANG, LA MARE, 
& la foffe à poiffon. 


10 Quel eft le gibbier & 
l'eftang 93.9 

11 De quels poiflons on doit 
peupler les eftangs, ma- 
res & foffes à poiflon 
93.b 


DES CHAPITRES. 


= ," ri 
42 Qu'il faut curer les eftägs 


94.2 
13 Qu'il faut auoir foing de 
la leuce de l’eftang ibid. 
14 Quel foin eft requis pour 
la mare & la foffe à poif- 
fons 94.b 
4$ Dela nourriture des poif- 
fons d'eftäg,mare, & fof- 
fei poiffons ibid. 
16 De la pefche des poiffons 
95.a 
17 Pour faire affembler les 
poiflonsen vn lieu ibid, 
18 Pour prendretoutes {or- 
tes de poiflons , tant pe- 


titsquegrands  9ç.a 

19 Pour prendre petits poif- 

fons 95.b 

20 Pour amorcerles tortues 
95.b 

21 Pourlesfeiches  95.b 


22 Pour prendre le poiffon 
menu, qu'on appellelo- 


ches 95.b 
23 Pour prendre perches, 
96.a 


24 Pour prendre faulmons, 
tât de riuiere que de mer 
96.b 


Table des chapitres du 
cinquie[me liure. 
DE LA CVLTVRE DES 


grains & legumes en terres 
labourables. 


T Quelle maniere de cul- 
tiuer les terres laboura- 
bles fera traitceen ce li- 


ure 97.2 
2 Quelles fontlesterresla- 
bourables de noftre Frä 
ce 97'b 
3 Combiéde façon demä- 
dent les terres laboura- 
bles 98 a 
4 Efpierrer, premiere faço 
des terres labourables, 
98.b 
$ Amender, feconde façon 
99.2 
6 Fumertiercefaçon 99.b 
7 Auant que femer faut la- 
bourer, de premiere & 
feconde façon 100.2 
8 Que felonles païslon fe 
fert de diuerfes beftes, 
pour labourer les terres, 
100.b 
9 Efmotter, puislabourer, 
de feconde façon 1o1.b 
1o Semer 101.b 
1 Choix de grain, pour fe- 


mer 102.b 
12 Hercer 102.b 
13 Sarcler 102.b 
14 Moiffonner 102.b 
15 Battre le bled 103. 


16 Quel doiteftre le grenier 
à mettrelebled  103b 
17 Panifice & biere proue- 
nants du bled 103.b 
18 La culture des mars& le- 
gumes en particulier, & 
premierement de l'orge, 


1044 

19 Auoinë 104.b 
20 Mil & panic 304.b 
21 Sefame ibid. 


TABTE 


22 Lentille 10ç.4 
23 Phafeols ibid. 
24 Lupins ibid. 
25 Febues 105.b 
26 Petits pois, pois ciches, 

ers ibid. 
27 Chanure ibid. 
23 Lin 106.4 
29 Nauets & raues ibid. 


LA VIGNE. 


30 Quel terroir demande la 
vigne 106.b 
31 Que nulle vigne fe fait 
par pepiniere, fi ce n’eft 
pour plaifir ibid. 
32 La façon de planter la vi- 
gne 107.4 
33 Quel terroir & culture 
premiere demande la vi- 
gne nouuellement plan- 
tec 108. 
34 En quel temps faut plan- 
ter la vigne ibid. 
33 Plâte de vignenoire108.b 
36 Plante de vigne blanche 
109.b 


37 Le labour de la vigne par- 


creuë 110.4 

38 La maniere d’enter la vi- 

ne 111.b 

39 Quelques petites fingula- 

ritez touchant la vigne 
ibid. 

40 Les maladies de la vigne, 

& remedes d’icelles 112 a 

41 La maniere de faire ven- 

danges 113.4 

42 Du temps de percer les 


tonneaux, & goufter le 
vin 113.b 

43 Quelques petites fingula- 
ritez touchant le vin 
115.4 

44 Difcours d’aucüs vins qui 
feruent à l’vfage de me- 
decine 117.b 

45 Des vices & accidens qui. 
furuiennent au vin 118.a 

46 Maniere de faire vinaigre 
119. 

47 Quelques petites fingu- 
laritez touchant le vinai- 


gre 119.b 
48 La maniere de faire du 
verius 120.b 


Table des chapitres du 
fixiefme liure. 


LA GARENNE 


1  Afsiette dela garëne 121.4 
2 Qu'il faut faire vn clap- 
pier pour peupier la ga- 
renne Re | 
3 Quel traittement deman- 
de le connin de la garen- 
ne 122.b 
4 Quelle difference il: y a 
entre le connin de garen- 
ne & declappier  123.b 


EE BOIS. 


$ Queleterroireft à confi- 
derer auant que planter 
Ie bois 123.b 


Que 


DES CHAPITRES. 


8 Que le chefne, chaftai- 
gnier & orme, font les 
plus nobles arbres des 
bois 124. 

7 L'afsiette & difpofition 
du bois de haute fuftaye 
124.b 

8 La maniere de planterles 
arbres du bois de haute 


fuftaye 125.4 
9 Dutemps de labourer les 
bois 126.4 


10 Que le bois foigneufe- 
ment labouré , profite 
dauantage que celuy qui 
n’eft labouré 126.b 

11  Tranfplanter les arbres 
127.4 

12 De la forme d’efmonder, 
esbrancher & nettoyer 
le bois ibid. 

1 Delafortede femer gland 
pour faire venir chefnes 
127.b 

14 De la forme de faire ve- 
nir les arbres fauuages de 
feméces,pour apres träf- 
planter autre part 128.b 

15 Le plaifir qui viét du bois 
fauuagc planté, & profit 
d'iceluy 129. 

16 Traitté de la nature pro- 
prieté & difference des 
arbres fauuages, & quel 
terroir ils demandent 
10.b 

17 De l’auloe, peuple, faulx, 
& autres bois aquatiques 
131.4 

18 Desfrefnes,erables, & or- 


mes . 132:b 
19 Deschañftaigniers 133.4 
20 Des chefnes& de leur dif 
ference, charmes, fou- 
fteaux, &femblable bois 
133.b 


PARC AVX BESTES 
fauuages. 


21 L'afsiette du parc, & gou 
uernemét des beftes fau- 
uages y CONTENUËS 135.a 


HAIRONNIERE. 


22 L'afsiette de la haironnie- 
re, & gouuernement de 
hairon 135.b 


LA VSNERIE, Ov 
la chaffe. 


23 Qu'il yatrois fortes de 
chaffe 136.b 


LA CHASSE ov ves- 
nerie du cerf. 


24 Quels chiens font bons 
pour la chaffe 137.4 

25 Comme il faut façonner 
lesieunes chiens pour la 
chaffe 139.4 
u’il faut cognoiftre le 
cerf & fçauoir fon gite, 
auant que le couriri;9.a 
27 Comme 1l faut courir le 
cerf 141.4 


26 


LA CHASSE pv 
fanglier. 


28 En queltépsil faut chaf- 
i 


TABLE'DESYCHAPIMRES. 


fer le fanglier, & les mar chiens qui y font requis 

ques du bon fanglier, 145.4 

143.b 33 Les marques du bonlie- 
29 Du fanglier,pourceau pri ure, du mafle & de la fe- 

ué mafle & femelle fan- melle , & de fon gifte, 

glier 144.4 145.b 


30 La demeure du fanglier, 34 La prinfe dulieure 146.a 


144.b 33 Le profit de la chaffe du 
3r La prinfe du fanglier, regnard & du teffon, 
144.b 148. 
36 Deux fortes deregnards 
. LA CHASSE DV & deteflons 148.a 
lieure. 37 Deux fortes de baffets, 
pour courir les regnards 
32 Du plaifir & profit de la & teflons, & la maniere 
chafle du lieure, & des de les dreffer 148,b 


t 


FEN 


RVSTIQUE. QUELLE FOR- 


me d'agriculture fera traictee cy apres. 


CHR PT. 


ovT ainfi que la façon de baftir que 
DIET nous auons auiourd’huy , pour la cou- 
“D uerture & repos des hômes, ne fe trou- 
ue pareille à celle des anciés:aufsi voyôs 
{D nousle labour des terres pour l'aliment 
à & nourriture d'iceux grandement va- 
rier felon les contrees,le Solaige,le f6ds, 
& afsiette des lieux,efquels elles font fi- 
tuces: & n’eft pas le langage,le veftemét, 
nyles vtils & inftruments mechaniques,qui ne changent fe- 
lon les regions, qui toutesfois n'empefche en rien , quenous 
p'en foyonsaufsi bien,ou mieux accommodez,que nozpre- 
deceffeurs. Par cela nous pouuons veoir noftre agriculture 
moderne raporter & reuenir au mefme point de celle desan- 
ciens , qui eft de viure du fruit de laterre par nous cultiuee, 
Parquoy m'a femblé hors propos farrefler du tout à la dif- 
ference du labour des anciens, felon lesregions habitees de 
plufieurs peuples d’iceux, chacun defquels auroit fiçon de 
viure particuliere,oultre ce,que pour aifement faccommo- 
der auec les perfonnes,lon à toufiours eu couftume fe renger 
àla mode de païs, fans faffeétionner, ou par ledture des 
anciens liures, ou par trop grande curiofité ruine & deftru- 
tion des bons efprits,à tant de nouuelles manieres de baftir, 
cultiuer, parler ou efcrire:car par telsmoyéns,en cuidant re= 
former les chofes fans les parfaitement congnoiftre, lon ett 

a 


Fa 
res 


Gi T 


n} 


FRET 


Diuerfiré du la- 
bour de laterre, 
felon la varieté 
des païs. 


Trop grande cu 
riofité ruine des 
bons efprirs. 


LINRE T 


bien fouuét caufe deles perdre, & aneantir.Parquoy ne vous 
GhaleEarme cfinerucillez, fi le baftiment & labour de noftre maifon fran À 
d'agriculture (e- çoife ne refemble du tout à celuy des anciens:Car noftre in- 
ra traitec cy 2- tention cft fuyuât le prouerbe qu'il fault apprédreles meurs 
pres. antiques, & faire comme de prefent, vous adreffer les moyés 
PROS dela dtellement affsoir & entretenir vne ferme, metairie, ou he- 
a OU ue ritaige aux champs, (nommez le comme il vous plaira) qu'il 
eft ferme,metai- puifle nourrir;auec quelque profit, & fuccreft, vn bon mef- 
rie, ou heritage nage, & toute fa famille, dont eft ce que les Champenois l'ap- 
le pellét au iourd’huy gaingnage:Car ii n’y à chofe qui appor- 
vfüté par lesCha CE plus de gaing à fon maïftre,que la terre bié cultiuce, & rai- 
penois qui figni fonnablement entretenue. 
fie metairic. 


Le proiecF de ce qui fera defcrit cy 
apres. Chap. 2. 


a Our memoire, & comme forme d'ordonnä- 
ce denoftre agriculture françoife,nous vous 
propoferons vn lieu champeftre afSis en tel 
CZ endroit qui fe pourra trouuer, non pas choi- 
: NE fir, & le drefferons, fans defpens extraordi- 
: — D naires, vne maifon auec fes appartenances, 
Caron agricul- telles ou à peu pres, pournoftretemps, quelebon Catona 
teur. = : : 
Sommaire da nguré pour le fien , en fon agriculture Romaine, auquel en- 
premierliure,  droitnous traicterons de l’eftat & office du Fermier, de fa 
femme, de fes gens, du beftail, des volailles, & autres telles 
chofes. ; 
Sommaire du A l’vn des coftez de cefte maifon, iuftemét & à l'endroit 


fcondliure. ou donne le Soleil leuant,nous mettrons d’vne partle Jardin 
lardin du mef- 


de du mefhage,qui audela de fa hayevifue,comprendra les treil- 
Treilles à ver. Les à veriuft,;auec les herbages neceffäires à la maifon, Et en- 
iuft. cor pour le profit,le Saffran,le Chardon à bônetier, la Gaul- 


de,la Garance, & les Fillaffes, fi meilleur ne femble referuer 
cefte culture en plain champ, auec les mars. De l’autre part, 
nous afferrons le Iardin à fleurs & odeurs, auecq fes aorne- 
mens, & parterres. Au dela de la haye , nous mettrons les 
potages, comme Poix & Febues, &autres fortes de legumes, 
aufsiles Melons,Citroulles, Cocombres, Artichaulx & fem- 


Esrdin à fleurs. 


_ DELA MAISON RVSTIQVE 2 


blables:auquel lieu nous traiéterons des mouches a miel. Mouches à miel 
Apres les jardins nous cultiuerôs le clos ou verger à fruits, Somre du 
. & la poferons la pepiniere pour les Sauuageaux,la Baftardie- Pre 
; pour enter. Puis le quarré des arbres par creux, & tranf- Papier 
antezs, Baftardiere. 
Ë Suiuant le verger pres du petit ruiffeau, nous fituerons le Sommaire du 
pré pour le pafturage , auec l’ozeraye l'ormaye, l'aunaye & rs 
la faulfayeau circuit : & au dela nous mettrons l'eftang,ou le Gi 
pu , puis les grands prez, pour la prouifion & reuenu du 
cigneur. 

Entre le Midy & le Septentrion,nous afferrons les terres AR Lt 
à grain, & traiterons de leur façon & labourage: & au deffus, üre: 
moitié en pente, & moitié fur la butte ou colline, à endroit Terres à grain, 
qui plus prendra du midy,nous planterons la vigne, & dirons Vigne. 
la culture d’icelle. 

Entre le Septentrion & l'Occident, nous mettrons la ga- Sommaire du 
réne en autre colline, ou coftau. Et au deffüus le tailliz & bois fixiefme hure. 
de fuftaye,auquel lieu nous n’oublierôs rien de ce quiappar: 
tient à la façon & gouuernement des bois. Ferons aufsi men- Garenne, 
tion du Parc pour les beftes fauuages,de leur chafle mais en Tailliz & bois 
peu de propos(Car n'eft befoing qu'vn bon mefnager famu- de fuftaye, 
fe à la chaffe)de la hairôniere.Finablemét,defcrirons en brief PE teiss 
Ja façon & maniere de prendre les oyfeaux. Ter denene 

Par ce moyen,refteront peu de chofes à defduiretouchät Chafe aux 
la beauté, & proffit d’vne metairie chäpeftre telle que doibt oyfcaux. 
defirer celuy qui veult curieufement & auec raifon viure du 
labeur de faterre. 


Quelles chofes font requifes anant que baShir 


la metairie. Chap. 3. 


Vant à la proprieté de l’heritage dont plu- 
| fieurs autheurs Grecs & Latins ont fi curieu- 
| fementtraité,ie ne m'en empefche autrement 
-ÿ | prefupofant ou que cefte maifon ruftique, & 
LÀ) Ja terre à elle fubicéte,vous foitvenuë de fuc- 
"1 cefsion, & que vous la vueillez accommoder 
à voitre aifance, ou que fi vous l’auez achetee, vous l'ayez bië 
nettoyce premier que la baftir, & aproprier, car ainfi quelon 
a ij 


RIVRENT. 


Cuifine, pre- dit, quele premier baftiment d'vne bône maifon doibt eftre 
ru ne la cuifine, c’eft à dire Le reuenu, & le fonds, pour l’entretenir: 
Con. © aufsile premier point d’vn pere de famille, auät que bafir & 

dreffer fa maifon , eft d’aduifer bien diligemmentqu'elle foit 

du tout fienne, & qu’il n'ait plus affaire à mineurs,crediteurs, 
rétiers,ou fuperieurs,qu'ils le diftrayent de fes negoces. Qu'il 
ait fourny à tous frais, & folennitez deiuftice,& nommémét 
pt rs aux licitatiôs 8&c decrets qui fontles plus feures voyes d'ache- 
Plus de fotsache (er POUr le iourd’huy : Car on trouue plus grand nombre de 
teurs que ven fots acheteurs que de fots védeurs.Que l'an & iour foit paf- 
deurs. fé, qu'il ait efchangé, fufcité & efmeu nouuelles debtes,pour 
Seur acher. efclarcir fon heritage, & n’y employela valeur d’vn denier, 
qu'il n'ait entierement cheuy borné, & arpenté auec fes voi- 
Acheter paix. fins: & acheté paix des plus hargneux. Somme qu'il foit hors 

Terre ameine de toute cour & proces: & que fil luy demeure quelque cas à 
RARES k parfaire [comme lon dit que terre ameine guerre | que ce foit 
Rene Hs pluftoft à luy à demander qu’à defendre. l'entends touchant 
de fanille fes droits feigneuriaux & cenfiues,defquels il ne doibtnom- 

plus laiffer decheoir le moindre denier,chapon,ou quoy que 
ce foit,qu’vne tuille de fa couuerture qui a traiét detempsnô 
reparee & remife en fait cheoir d’autres, & porte grâd dom- 
mage au logis. 


_Affiette de la maifon rustique aneces 
appartenances. Chap. 4. 


Maifon fienne. 


=] Voy qu’en toutes chofes, chacun demande fes 
VE] cômoditez , & fesforce approcher le plus pres 
dela perfection quiluy eft pofsible, toutesftois 
AE le bien apris & modefte pere de famille fe con- 
ZE? tente de ce qui luy vient de Ja main de Ja grace 
de Dieu,& prend en gré de fa munificëèce & largeffe, tel gue- 
ret, tel fonds, & afñiete quiluy efchet, eftant certain quele 
choifir,ny la perpetuelleiouiffance n’en eft à luy,n6 plus que 
les empires & royaumes aux Princes. Parquoy file lieu de fa 
naiffance,de fuccefion,ou acqueftn’eft naturellement fi pro- 
pre & commode qu'il le pourroit bien fouhaitter, il le doibt 
Labour &artne tellement accommoder par fon artifice, & tafcher par fon la- 


Fe PE bour,à fi fongneufemét l'améder & ameliorer,qu'il fen puif- 


Contentement. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 3 


fe contenter, pour la nourriture de luy & des fiens, & dreffer 
vne maïfon.Car plus ne fcauroit il defirer [ file prouerbe eft 
veritable ] qu’en cenitans ciuyere,en cent ans banniere. 

Vouloiren ceft endroit prefuppofer la fituation d'vne 
maifon ruftique,telle & fi parfaite, querién’y peuft mâquer, 
ce me fembleroit chofe loing de toute raifon . Bien eft vray 
que fi tel endroit fe pouuoit trouucr,que l’airl'eau , & la ter- 
re y donnaffent entiere faueur, cela feroit fort à propos: mais 
ny les Empereurs,ny les Rois ne fe fcauroient contenter,que 
de l’afsiette de leurs regions,les vnes plus chauldes, plus froi- 
des, plus fubieétes à putrefaétion , les autres moins vtiles à la 
produétion des fruits, & quelques vnes de moyenne façon, 
& rencontre. Vray eft qu’outre ce que la necefsité engendre 
lartifice, il ne fe trouue incômodité qu’il ny ayt quelque au- 
tre comodité pour recompenfe:comme en lieux chaulds vie- 
sent les bons vins, & fruits de garde : En lieux froids, force 
eaux douces, & quelquefois marines, qui leur apporte grand 
profit : en d’autres le plus fouuêt,quät la terre n’eft fructueu- 
£e au deflus,elle l’eft au deffoubs, comme en pierrieres,minie- 
res & autres telles chofes dont lon fait efchange en meilleu- 
res. Par ainfi,nous nous contenterons du lieu que noftre naif- 
fance ou demeure pourra porter: & f'il n’eft tel que le fouhait 
d’vn curieux, ou fort à contéter, pourroit bien requerir,nous 
efforcerons l'amender par Iesmoyens qui feront recitez ey 
apres. 

Bien peu de maifons ruftiques fe treuuent afsifes en lieu 
qu'il ny ayt quelque cas à redire comme faute d'eau en 
Heux plains, & efleuez, tels, que font la Beaulfe & la Cham- 
paigne, encor que les terres y font fortes, ou bien en lieux 
efleuez & montagneux : Trop grande abondance d'eaux, en 
longues vallees, & defcentes, telles que lon treuueen quel- 
ques endroits de la Sauoye, Dauphiné, Auuergne, & Gafcô- 
gne, Aufquels lieux y à plus de pafturaiges, que de labour: 
Autres quartiers font naturellement fablonneux, comme 
vers Eftampes, & fainêt Mathurin de l’archant. & encor en 
la folongne, & païs de landes, qui toutesfois ne laiffent eftre 
aqueux & humides:autres croyeux X argilleux,comme vers 
Reims, Troye & Chaalôsen Champaigne : aurres picrreux 
comme vers fainct leu de Serans, Tonnoirre, Vefelé en Dau- 
phiné ou ie treuue le Marbre , & autres endroits de pierric- 

a iij 


Prouerbe ancié 


Nulle fituation 
de maïfon rufti 
que parfaite. 


Necefitéengé- 
dre artifice. 
Incomodité re- 
compenfee par 
commodité. 


Côtenter fe faut 
de ce que Dieu 
& nature done. 


Champaigne. 
Sauoye. 
Daulphiné,. 
Auuergne. 
Gafcongne. 
Eftampes. 
Saint Mathu- 
rin de l’archant. 
Solongne. 
Reims, 
Troye. 
Chaalons. 
S. Leu de Seräs, 
Tonnoirre. 


Vefelé. 


LIVRE I. 


Lieux caillou res : quelques vns font cailloueux pluspropres à vignobles, 


eux propres à vi 
gnodles. 

. sà 
Sante du pais. 


Mares. 
Ciflernes. 
Terres fortes, 


Puysaroue. 


Eau du ciel à 
garder. 


Terre 2 amai- 
grir. ur 
Arbres à plater. 


Kiuiere voifine 


Plaifir des Prin- 


Ces. 


Le couft ofte le : 
gouft. 


Paisfec. 
Beauffe, Cham= 
pagne. 


Quoy qu'en foyt, le baftiment ne feroit eftre en fi eftrange 
lieu, que lon ne puiffe choifirle meilleur regard du Solal, 
pour la fanté & falubrité des habitans, & Paccommoder à 
fon aifance : mais le principal eft du fonds de la terre, à la- 
quelle le baftiment de necefité eft fubieét, & pour laquelle 
ileft principallement dreffé. 

Si donques le lieu hault & plat, comme vne Beaulfe ou 
haute France,à faute d’eau,il y fault faire des Mares par en- 
droits en voz courts, & vne cifterne en voz lardins, & telle- 
ment reonner les terres, qu’il y ayt des feillons par voye, qui 
retiennent long temps l'humidité, & files terres fe treuuent 
fortes,il ne les fault fi fouuent marner ny amender, & neles 
laiffer en Iachere que de quatre ans lvn. Si vous y faites le 
puis,il fault qu'il foyt à Roüe,& fi large que à chacun traiét 
vous puiflez amener d'eaue demy muy pourle moins, que 
vous ferez ietter en auges particuliers, & referuer pour la cô- 


modité de voz gens, & du beftial : Surtout fault foigner de 


bien récueillir & garder l’eau du Ciel,foit en cifterne ou au 
trement : Et pour l'incommodité du bois ferez amaigrir la 
terre en quelques endroits proches de voftre logis auec du 
fable, de la croye,& de la cendre du foyer,puis y femerez ou 
planterez telles efpeces d'arbres que penferez vous pouuoir 
{eruir,combien que deuant que ce faire il feroit bon efprou- 
uer quelles fortes y viennent le mieux:Si voftre lieu Feftend 
iufques au fleuue,voz prez nen ferôt pas fi loing que voftre 
maifon, qui par trop fauoifiner des riuieres, feroit fubiecte à 
catarres & defches du logis: Vray qu'il eft bon de ne fen dif- 
cofter,pour la commodité d'enuoyer le recueil des champs 
à la ville,mais il fault choilir l'endroit le plus efleué pour fon 
afsiette. 

Ie laiffe le plaifir des Princes & grands Seigneurs qui pour 
Jeur delectation habitent l'efté es lieux aquatiques excellen- 
tement cultiuez, aornez d'eaux, & parez de toutes delices: 
aufsine fault il que le couft de noftre pere de famille luy fa- 
ceen rien exceder le gouft:car les Princes ont dequoy chan- 
ger logis, felon les faifons de l’annce, & faire fouuent à leur 
appetit du quarré lerond,& au contraire. 

En lieu fec, comme Beaufféron, Champenois, & païs de 
montagnes entendez à fi bien affeoir voftre baftiment, qu'il 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 4 


prenne lorient equinoctial, & reticnne du Soleil leuant de 
Mars & d'Octobre. 

Sil y a colline, baftiffez en croppe vers l’orient, & tou- 
tesfois n'oubliez la partie du midy, ny aufsi du feptentrion, 
à l'endroit duquel ferez la touche de bois pour la merque & 
defenfe de voitre lieu. 

Choififfez bien les endroits de voz terres les plus pro- 
pres pour les fruits, grains, & pour la prairie, & adreffez vo- 
{tre vigne à l’afpeét de midy, & pour plaïfir femez ou plan- 


Colline pour 
batir. 


Vigne ou doit 
eftre fituee, 


tez quelque feconde touche de bois du cofté de feptétrion, 


pour la defenfe contre le froid. Vous ferez aufsi quelques 
croifees garnies de leurs contrefencitres à l'endroit du midy, 
pourles ouurir en temps de bife.Tels lieux fe treuuêt en païs 
de montagnes, qui fort defirent l’orient : Mais auec ce tou- 
tesfois veullent moyenner du midy,pour la chaleur qui leur 
eft neceflaire. 

Les puis y fontrecommandez, & pour trouuer l'endroit 
ou les conuiendra faire, faut choifir le leuant en commence- 
ment de defcente:ou apres auoir de foir defcouuert la terre 
en diuers lieux, & puis y eftre retourné du matin, à foleil le- 
uant,faultefcouter côment il fonne foubs le bafton de houx 
garny par bas de quelque rouelle de fer,ou letonainfi que le 
bas d’vne houlette fans crocq, & la foubs le jugement de l’o- 
reille entendre comme le deffoubs refonne foit ainfi qu’vn 
mortier,outerre glaize,argille,ou autre bien dureainfi qu'vn 
voirre a demy caflé,ou autrement en façon d’vn creux bien 
profond, qui fent fa carriere : & eft le plus feur iugement. Et 
ne fe faut arrefter aux herbes qui croiffent par deflus, deuant 
que faire la premiere attainte,car foubsle Gobelet ou le pas 
d’Afhe, l'eau n’en eft pas loing, mais elle ne vaut rien, filon 
ne creufe bien plus au profond. Comme à Baignolet, Belle- 
uille fur fablon , ou es endroits de Liury : Soubs la veruaine 
quelque fois fe trouue bône eau & profonde felon la nature 
de la terre, & la fource eft prouenante du fonds à bouillon, 
foit de fable rouge ou de roche grife, non pas des coftez, qui 
tantoft fe tariflent. 

Tels lieux produifent aufsi communement lespierres, ce 
qui fe congnoift par le maniment de la terre rude & afpre, & 
du caillou au deflus d'icellé qui autrefois y pourroit eftre 
cheut,& ietté de façon que quelquefois lon trouue fur le fri- 


Cômoditez des 
feneftres. 


Puis ou fe doi- 
uent faire. 


Iugement de bo 
ne cau. 


Baignolet 
Belleuille {ur 
ablon. 
Liury. 
Veruaine. 


Lieux à produi- 
re pierres. 


02 


LIVRE L 


chele pourtraict des fruits, & des grains affemblez, & con- 
gelez en pierre : Outre ce que le fouir en fait bien prompte 
& foudaine experience,cela vous pourra feruir à voz cloftu- 
res tant de parc,que de vignes, & autres commoditez, fans le 
profit qu'en pourrez faire à la vente du Moëllon & pierre 
: d'appareil. Mais gardez vous des Carriers & de leur trompe- 
Cd HOMB- rie, qui fouuent nous preftent leur peine à intereft. 
Rec Sur tout efprouuez ou par voître experience, ou bien par 
l’enquefte qu’en pourrez faire à voz voifins, quel fruit, quel 
Préduire fe: grain,quelle forte d'arbres y vient le mieux.Tel endroit en la 
roduire feigle E tal Ganébet lEel Of 
contre le na. France,& en la franche beauce, ne porte que le ftigle qui e 
rel de la fräche côtre le naturel de fon gueret. Toute terre à fon naturel pour 
beauce, produire fruits. 
Autre n'ayme que le pur froment:la Soulongne ayme les 
Touraineiardin Mars & quelquefois le metail:la Touraine, meritement ap- 
de France. pellee Lardin de France, fe trouue fecondcen iardinages & 
autres fruitiers:côme qui eft appellee Brie ou Braye,[pource 
quelle ef fituee entre les fleuues de Marne & de Seine] pro- 
duit fruits & grains à foifon: & celle qui eftentrela Marne 
& le riuiere d'aube,rapporte vneinfinité de Foins. toutesfois 
Induftrie du pe- la diligéce du pere de fämile, peut dompter par fon induftrie 
redefamile.  l'imbecillité d'vne terre, ainfi que toutes beftes fe peuuent 
Labeur de l'hG- appriuoifer par le labeur des hommes, 
me apriuoife Aux endroits aquatiques & marefcageux, il eftneceffaire 
Endroits aqua. Fay der de la commodité des eaux, lefquelles founent diuer- 
tiques & dx tirez par efclufes, & canaux au profit & amendement de voz 
cageux. pafturages, viuiers ou eftangs:À l’entour defquels plus com- 
modes rayonnerez tels arbres, & telles plantes profitables, 
que fcaurez eftreaymez des eaux. Et fault bien fur tout ob- 
Fonds de la ter- feruer la diuerfité du fonds deterre, quien lieux aquatiques 
réaquatique. fe trouue fouuêt different & eftrange, felon la nature duquel 
fera bon approprier lefdites plantes. 

Voftre maifon en telle afsiette fera plus forte & plus plai- 
fante en efté, mais de plus grand entretien en tous temps, fi 
vous la voulezenuirôner d’eau en façon d'fflette, ainfi qu’en 
plufieurs lieux de Flandres,aufquels eft familiere celte com- 
modité de pouuoir en temps propre recouurer le poiffon, la 
_fouuagine d’oifeaux,les arbres tant fruitiers que de chauffa- 

e & bafliments, fans l'aifance deleurs excellens pafturages: 
Mais la fanté de vous & des voftres y eft offenfce, en yuer 
principallemens 


Ifettes de Flan 
d£es. 


« DÉ LA MAISON RVSTIQ(VE. $ 


principallement. Parquoy le meilleur eft baftir en heurt, & 
laiffer les caues au bas pour la recreati de voftreveuë,ii vous 
n’auez le moyen d’éclorrele tout en parc pour voftre haraz, 
& eutre beftial, quien ce lieu profite affez, hors mis la befte 
à laine. 

Les lieux fablonneux fe peuuent amender de fiens & de 
marne, qui toutesfois fans cela, au moyé de quelque eau fub- 
terranee en aucunes contrees ne laiffent à rendre profit à leur 
maiftre,mais elles demandent repos & varieté de feméce:c6- 
me de legume apres le feigle : la maniere de les cognoïftre eft 
cômune.Q uant le fable eft gras & iaune,alors il fe trouue bO 
pour le grain, & quant il eft blanc & fec,bon pour les bois, & 
fruits fauuages : Or fe faut il accommoder au naturel de fon 
terroir, & felon iceluy femer & planter par endroits chofes à 
luy propres, & qui luy viennent à gré, comme legumes,mil- 
let,paniz, riz, lentilles, veffes, & chofes qui ne requicrét gue- 
res grand greffe. 

La terre argilleufe & forte, côme la Breffe & en plufieurs 
lieux du Partois, veult plus grands & profonds rayons au la- 
bourage,& par tout ailleurs, pour l'efgouft des eaux, qui na- 
turellement y font entremeflees, & par la vifcofite de la terre 
ne fe peuuent fi aifemét efgouter.Ce lieu nef fi propre pour 
les arbres,ne pour la vigne, finon pour quelques arbres frui- 
tiers bié cultiuez, & entretenuz,baftiflez y en heurtaffez pres 
du fleuue & prenez moytié d'Orient & moytié de Septen- 
trion, par ce que celieu cft fubiect à putrefäction, & affez mal 
fain. R 

Plus fain eft le terroir de Croye & d’ardoife,côbien qu'il 
foit plus infertile,mais il le faut bien améder, & obeir fur tout 
à ce qu'ilaime:car le principal du mefnager eft de bié cognoi 
ftre Je naturel de fa terre, & ne le contraindre à porter ce qui 
luy eft contraire, quelque amendement qu’on luy face : aufsi 
n'a lon non plus de profit dela terre par contrainte, que des 
beftes par violence. Car fi elles vousferuentde force, il vous 
en coufte d’auâtage par-bleffeures,malladies, & autrement: & 
& fine durent gueres en bon eftat. Aufsi dit l'ancié prouerbe, 
que le bon pere de famille doit plus entédre au profit, & 16- 
gue duree de ce quiluy eft fubiect, qu'à fon plailir & fingu- 
liere vtilité. 


Baftirenheurt, | 


Lieux fablor- 
neux. 


Cognoiffance 
de la nature du 


fable à quoyfert 


Terre argilleufe 
Brefle. 
Partois. 


Baftir en heurs, 


Terroir de 
croye & ardoife 
Naturel de la 
terre à coghoi- 
ftre. 
Nolle contrain- 
te bonne. 
Prouerbeancié. 


Font païs de b6 vignoble, eft pierreux & grauetteux, où Bon vignoble. 


enr 


LEVRE:E 


eailloucux,& fe trouue meilleur er coftau de midy,ouvers la 
defcente au fleuue:ceft endroit n'ef fi b6 pour le grain, fur le 
plus plat d'iceluy il le faut chaftier & fumer. Faites là voftre 
baftimenten pente au regard , moytié d'Orient & de Midy, 
& nevous retirezloing du fleuue pource que deffus à efté dit. 

La meilleure terre,eit la noire , & friable eu meuble, c’eft 
à dire qui facilement f'efinie entre les mains : & que lon fent 
douce & graffe au manier, telle qu’on en trouue au païs de 
Touraine,du Maine, & Anjou, qui font propres à toute ferti- 
lité, & abondäce de biens,riches en collines, vallees, paftura- 
ges,blaieries, vignobles, & toutes fortes de fruits, mais par rai 
Païs fertiles en [on ils cedent à la Prouence,partie de Linguedoc, Guyenne, 
Rae ga. & meilleurs endroits de Aquitaine, qui pour la chaleur du 
quitaine. ” foleil meridional, raportent non feulementen plus grande a- 
bondäce, mais les fruits de toutes fortes beaucoup meilleurs, 
& de plus grand force. C’eft le païs de promifsion, en noftre 
Gaule, & n’à que cefte incommodité du vent meridional,qui 
fans la Bife luy engendre prefque annuellement malheureufe 
calamité pour les perfones, & pour le beftial. Parquoy faut 
en ce païs efleuer le baftimét a mont, & du toutluy clorre & 
boufcher l'air de Midy, finon quant en grand yuerilen fera 
de befoing. - 


Ésnneterre. 


Incommodité 
du vét de midy. 


Le bafliment ér pourpris de la maifon 
rustique. Chap. j. 
Chepte paix, & maifon faite, ditle bon pere 


de famille, & l’auteur des Georgiques Latines, 
prife tresbien les grandes maifons, & de beau- 


A | 


fi 


ge 


= € = 
D 


Les grandes ea- 
ges ne font pas 


ùs 


lesmeilleurs oy- 4 coup d'apartenances, mais il côfcille de culti- 
feaux. SN uer & labourer ce peu que l'homme fçait fai- 


Terre trop tra- re: car comme les grâdes cages ne font pas les 


uaillee fans amé meilleurs oyfeaux. Aufii n'eft- ce pas du tout le plus feur d’a- 
ur PE yoir fi beau baftimétaux chäps,ne de fi gräde quätité de ter- 
L'œil du maiftre ESf1 16 ne fe veut mettre à la mifericorde de mefsieurs les me 
me le che- ftayers,qui pour faire leur profit, ainfi queles mauuais char- 
ual. tiers trauailent tant les terres fans amender, qu'elles durét peu 
es ou rié en valeur.Lon dit aufôi qne l'œil du maiftre engreffe le 
an cheual : & qu'il n’eft fi bon mefnager que foy mefmes. Caril 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 6€ 


fe trouue peu de laboureurs ou à tafche ou à ferme qui aimét 
autant le profit de leur maïftre que le leur, & quine mettent 
toufiours quelque cas en arriere. 

Mieux vault doncle petit baftiment de bonnes eftoffes, Baftiment petit 
peu fomptueux, bien afsis, & bien accommodé [ mais qu'il y bien putes 
ait de tout vn peu, ] qu’vn lieu fi fomptueux & fpacieux, qui NET En 
face enuie aux plus grands,ou qui à lalongue contraigne fon ni. 
maiftre d’en reuendre:car le b6 agriculteur Romain dit, que Fermiers infide- 
le maiftre de famile doit tät faire du petit par fon labeur qw’il les. 
ait plus à reuendre qu’à achepter: & doibteftre le lieu aux RAR STE 
champs fouuent vifité & reparé, par ce quela defcheute de je. A 
quelque partie ou de quelque chofe quiferueeniceluy, de- 11 ne faulerien 
Jaiflee & negligee vn an feulement,coufte trois fois plus à re- laiffer decheoir 
faire qu’vn mois ou quinze iours apres:& ne font rien en ceft PO peu que ce 
endroit les propos de ceux qui difent que terre cheuauchee Ticre HÉUUS 
eft à demy mengee, & que terre loing de foy , n’aporte que chee àdemy m£- 
flafcons & bouteilles.Car entends que le maiftre y foit plus gee. 
ordinairemét qu’à la ville, & qu'il en face eftat pour fa nour- Hafcons & bou- 
riture & efpargne.Au demeurant qu’en ruftiquant il prenne us 
fes esbats à philofopher & entendre au gouuernement du 
fien,fans famufer à la chaffe,aux bancquets, grandes com pa- 
gnies à yurongner & traiter les furuenants & fadonner oul- 
tre mefure à fes esbats & recreations d’efprit, 

L’afiette du baftiment fera en croppe d’vne petite col- Afsiette du bs- 
line ou de quelque heurt, fi le païs eft boffu & montueux, & FEES Ma & 
prendra fes principales venes vers le Soleil leuant:les greniers MRciEpEs, j 
feront au couchant,les eftables au midy:& le refte au fepten- 
trion. 

Etencor que chacun baffiffe à fon appetit, fi efl-ce que à er 
la raifon doiteftre toufiours preferee, & feroit eftimé l'hom- da pas ja 
me de mauuais iugement,s’il auoit place & commodité, qu'il Levée due 
ne faccommodait en forte que de l’vn des coftez de fa chä- ftiment. 
bre, il euft veuë fur fa court, & premiere entree de fa ferme: 

& de l’autre fur fes Jardins & terres principales. Pourquoy 
afin de plus aifemét drefler vn baftimét côme de neuf,ou bié 
le reparer à fa fantafie, faudra faireen la maniere qui s'enfuit. 

Figurez vne court grâde & fpacieufe, qui foit bien quar- a. forme da ba- 
ree en tous fens, Au milieu de laquelle faites creufer vne mare SP 
pour la pourriture de voz fiens.Et plus au dela vn puyssauec Fiens. 
deux ou trois grandes auges de pierre de taille pour abreu- Puys. 


b ij 


Fontaine, 


Muraïles dela 
court. 


Porte du bafti- 
ment, 


Champart. 


Logis du fer- 
mier, 
Four du fermier 


Bouge pour la 
fermiere. 


La chambre du 
fermier. 


Greniers. 


Efables aux 
æheuaux. 
Chambre des 
feruiteurs. 


ETVIRENTS 


uer le beftial & les volailles, fi vous n’auez la commodité de 
la Fontaine. 

Cefte court contenät vnarpent en quarré,fera fermee de 
murailles de 18.poulfes defpefleur, & de 10. pieds de hauteur, 
depuis le rez de chauffee pour appuyer voz baftimens par 
dedans, & pour obuier au däâger des larrons, y aura des chef- 
nes par voyes & bonnes encongneures felon la commodité 
de voftrelieu & des eftoffes. 

Au milieu de la muraille de deuant , qui aura fon regard 
vers le Soleil couchant, vous ferez voftre porte auec fon por- 
tail au deffus pour fe mettre à couuert quantil pleut, Et fera 
la porte autant haute & fi large qu’vne charrettee de foin ou 
de gerbes y puifle entrer à laife. 

À la rencontre du portail vers le chemin paffant,ferez vn 
champart de cinq ou fix arpens bien fofloyéa l'entour pour 
la paiffon de voz beftes laffes ou malades,qui ne pourront al- 
ler en compagnie des autres, & aufsi pour les laiffer repofer 
& ruminer au ferain au temps des grandes chaleurs. 

Le logis pour voftre fermier {era bien bafty à cofté du 
portail à main feneftre:& prendra 1our fur la rue vers l’afferä, 
nonobitant que fes croifees feront fur la court au leuant, fon 
four aura faillie hors le baftiment, & refortira la gueule dans 
la falette pres du foyer, & aura la blutterie au deflus. 

A feneftre de l'entree de ladite falette yaura vn bouge 
pour les laitages de la fermiere, & pour la referue de fes vi- 
ures,& au deffoubs la petite caue:la montee de laquelle fera 
pour trappe à pied droit, à l'entree de la falette, & le potager 
dans le bouge deffus dit. 

De lautre cofté de la falette fera la chambre à coucher le 
fermier, & vneautreioignanticelle pour fes enfans & feruä- 
tes. Au tenant defquelles deux chambres en continurez vne 
autre affez grâde: l'entree de laquelle fera fur la court par de- 
hors, pour loger fon chauffage , fes inftrumens de labour, & 
autres chofes neceffaires. Et le deffus de ce corps d’hoftel fer- 
uira de greniers pour les fruits, legumes, graines,herbes & ra- 
cines que lon voudra garder. 

A main droite du portail en entrant ferôt les eftables aux 
cheuaux auec la referue d’vne affez grande chambre baffe te- 
nant le gräd portail pour coucher le chartier, & autres ferui- 
teurs, & aufsi pour retirer les colliers fellettes, traits, mäfelles 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 7 


& autres vtils pourles cheuaux. Eten continuantleseftables  Eftables aux 
aufdits cheuaux ferez aufi les eftables aux beufs & aux va- a dt 
ches & le chenil aupres. Et au deflus d’icelles eftables les gre Jde + 
niers pour le foing & fourrage des beftes. Entries els ns 

À l'endroit oppofite du portail de voftre ferme,refpôdra fon du pere de 
direétemét l’entree de voftre logis, qui par vn perron de hui faille. 
degrez pour le plus,conduira au premier eltage d’iceluy : & Rs 
drefferez à cofté droit dudit perron voftre cuiline, & retraite ; 
pour deux ou trois féruiteurs,pour voftre perfonne.Puiscô- 
tinuerez voz preflois & foulleries. Et de l’autre part ferôt les ns & foul 
celliers à vins & à cydres, auec voz caues du defloubs. Vous Chiers à ie 
entrerez en voltre chambre bouge & garde-robe par le cofté & cydres. 
droit.Et lairrez autant de logis à l’autre cofté pour les amis & Caues. 
furuenans.Et ferez voz principales veuës& croifees au leuât, Veuës principa- 
& ne referuerez que demies croifées fur la court, pour auoir 1° 2 leuant. 
voué fur voz gens, & fçauoir qui va & vient à voftre logis : & 
au bout de chacun bouge, ferez vn priué pour la necefsité de Priuez. 
chacun defdits deux corps d'hoftels, & les fieges par bas def 
dits priuez feruiront pour le fermier, & fes gens. Comme auf- 
fi le comble, & le deflus de voz chambres feront pour les gre 
niers, d’vn cofté pour le feigle & forment, & de l’autre pour 
les Mars: & au bout des celliers afferrez voftre poullaillier, & Poullaillier, 
taictsà autre volaille. Et femblablement au bout de la foulle- ne & cou 
rie vous affcrrez la voliere ou coulombier à pied. sr 

Le gelinier fera bafty de façon que le par bas d'iceluy fer- è 
uira pour les volailles d'eau,comme pour les oyes, & les can- 
nes a part, & le deflus pour la volaille de courtil,auec leur iu- 
cheoirs & paniers à pondre: & faudra faire au deffoubs du ge- 
linier quelque feparation pour les poulles , ou coqs d'Inde  Poulles & cogs 
foubs le plancher defquelles logerez les faifans en vnenclos d'Inde. 
de lattes. Quant aux paons vous leur lairrez la liberté de iu- Faifans. 
cher par tout. 

Appuyez vozbergeries & porcheries contre le midy:de Bergeries& por 
forte qu'elles n'ayent veuë que fur la court, & à la principale ya ME 
bergerie ferez vne feparation d’affez hautes clayes,pour reti- Es bas 
rer les aigneaux d’auec les meres, & les boucz pareillemét, & Loge debout 
joignant la porcherie leuerez deux cloifons de muraille bien Loge des truyes 
enduitte de toutes pars, l'vne pour les truyes, l’autre pour les 
verrats. Au cas pareil ferez des chieures & cheureaux en au- Loge des chie- 
tre cftable apart: & le deffus féruira de greniers pour le four- ures, | 

b ii 


Grange, 


Appentils pour 
les barnois de 
labour. 


Entrecs aux iar- 

dins, 
Iardinages, & 

leurs diuifions. 


Puys aux iar- 
dins. 


Verger. 
Paitiz,ou pré de. 
pañlure. 


Pepiniere, 
Baitardiere, 
Ozeraye. 


LIVRE TI. 
rage & nourriture du beftial. 

A l'oppofite des bergeries vous ferez la grägeauec fi grä- 
de porte de largeur dela trauee du milieu, pour donner iour 
aux batreurs, & fur le portail par deffus pour mettre les vo- 
lailles à couuert, quätil pleut,ou quät il fait trop gräd foleil. 

L'vn des coftez de la grange foubs trois trauees de long 
fera pour leger voftre feigle & formét:& l'autre cofté de mef 
me mefure pour les mars.Le milieu de la largeur du portail a- 
uec fa couuerture par deffus. 

Etentre les bergeries & porcheries iuftement à l’oppof- 
te du portail de la grange, ferez vn lieu de hauteur competé- 
te en forme d'appentils pour mettre à couuert voz charrues, 
charriots charrettes, hacquets, tumberaux, & autres inftru- 
ments, & harnois de labour, fi vous n’aymez mieux faire’ ceft 
appentils foubs voftre voliere,n’ayantautorité de faire com- 
me à fief colombier à pied. 

Parle deffoubs ou à cofté de voftre perron felon lalar- 
geur du corps d'hoftcl, voftre fermier entrera aux iardinages, 
mais vous y entrerez par vnautre perron, qué ferez defcédre 
de voftre chäbre,fur iceux,l'vn defquels iardins à cofté droit 
fera pour les potages, & l'autre pour les parterres & legumes 
auec Îclieu pour les ruches des mouches à miel. 

Dubout d'vne grande allee que drefferez depuis voftre 
perron iufques au mur du verger, entreles deux iardins fans 
autre clofture ou feparation que de deux bayes viues, fera 
le verger feparé des autres jardins par muraille trauerfant aux 
deux coftez du clos de voftre lieu.Et au milieu de ladite grä- 
de allee, y aura les puys pour arroufèr par canaux & goutiere 
ce qu'il faudra aux jardins, fimieux n’aymez y faire venir la 
fontaine, & chercher les fources, ou bien faire vne cifterne 
bien cimentee pour receuoir & referuer l’eau du ciel. 

Le verger fera la clofture de voftre logis par lequel vous 
entrerez en voitre paîtiz, ou pré de pafturage fur le petit rif, 
verdoyant voftre verger, lelong duquel ruiffeau,& aufside 
voftre viuier ou eftang vous ferez voz plantats de faulfaye. 

A l’entrec de voftre verger à l'endroit du iardin ferez d'vn 
cofté la pepiniere, & de l'autre la baftardiere, & au milieu l'or 
dre des arbres parcreuz & entez.Et au bout d'embas pläterez 
par rayons voftre ozeraye qui pourrareceuoir pour fa com- 
modité la frefcheur & humidité du petit ruiffèau, 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 8 


Le portail du cofté du pré pour voftre entree particu- 
licre fera garny de deux cheurons fur vne architraue fans 
plus, & quatre ou cinq creneauxau deflus, & fermee d’vn 
huis fort:car par La vous entrerez en voftre mailon, & en for- 
tirez à fecret quant vous femblera fans le fceu de voz gens, 
ny auoir la mauuaife odeur des eftables & de voftre grande 
court, Età cefte fin aurez vne yflue particuliere de voftre 
eftable au Jardin,pour en tirer voz beftes. 


L'office du Pere de famille. 
Chap. 5. 
ze Pres le baftiment ainfi difpofé, i'entends que 


À le Pere de famille foit homme de grande co- 
Ÿ gnoiffance es chofes ruftiques : car qui les 
ignore ou quiprend autre plaifir & vacatiô 
N ailleurs; il faut de necefsité qu’il fe foubmet- 

NS te à la confcience d’vn meftayer quile trom- 
péra à {on veu, & luy empirera fes terres & {on logis fans va 
monde de proces qui luy engendrera:Ou bien qui fen fie à 
vn foliciteur,gouuerneur ou preftolant qui fentendra auec 
les fermiers, & luy en fera croire la moitie de cequien fera. 
Il n’eft que l'œil & la prefence du feigneur bien entendu à 
l'agriculture & qui en faireftat pour {on profit, & retient à 
foy la principale charge, & à toufiours le foing fur fes gens. 
Etnebaille à ferme ou à rente que ce qu'il ne veut gouuer- 
ner que de l'œil ,encor ne voudroy-ie qu'il paflait aucun 
marché deuant Notaires,ny par efcript:car par ce moyen :1l 
fe priue de liberté.Qu'il fcache & cognoiffe tres-bienle na- 
turel & le choix des hommes, du beftial & des terres, & n’y 
ait ouurage que luy mefmes à vn befoing ne fceuft faire, ou 
fort bien commander,pour le moins qu'il en entendeles ter- 
mes,les faifons, & les façons accouftumees:Car comme celuy 
quine voit l'endroit ou il veut donner lumiere à autruy,n'en 
efclaire iamais fi bien,aufsi le Pere de famille quin'entend & 
ne fçait les façons & moyens de fes affaires, ne fcaura iamais 
fi bien cômander, & ne fait louurier qu’à regret, & à lon ac- 
couftumé de fe mocquer de ceux qui commandent & veu- 


lent chofesimpertinentes & qu'il faut refaire, ou quine font 
de profit, 


Po:tail deers 
riCre, 


EL 


LePerede fas 
mille doit auoir 
cognoiflancedes 
chofes ruftiques 


Quelles chofes 
fonc à bailier à 
ferme. 


t 


Bien cômander, 


EALINVRIE CT. 


F'entends encor quela demeure du pere de famiite foit en 

Les clefs princi- fon heritage, & qu’il ait la fuperintendäce & les clefs princi- 
pales de tout, pales de tout, & fe retire de fa maifon, & entre en fecret quât 
bon luy femblera,pour toufiourstenir fes gens en office:c’eft 

Huysfecrer.  pourquoy nousluy auons dreffé en fon batiment vn huys de 
derriere au bout de fon clos. Ne voife à la ville que pour fes 

Proces à gouuer Principaux affaires, & face gouucrner fes proces { dont a bien 
ner. grand peine il fe peut pafler] par vn fidele foliciteur , à quine 
baillera que le double feulement de fes principales pieces : & 

En quel temps D€ voiféen perfonne à Ja ville,quevers l’yuer & au temps que 
le pere de famil fon recueil eff fait, & les femailles & premiers labours defpef 
le fe doit tenir chez:afin que par vn mefme moyenil entende à fes caufes, & 
en {à metaitie, au recouurement de fes debtes. Le defire qu'il foit doux à fes 
Shea He gens, & qu'ilneleur commanderien en colere, carl’homme 
Douceur,  nonplusquele cheualne veuteftretätrudoyé. Aufsine vou 
L'hômene veut drois-ie qu'il fy rendift trop familier pour le danger du con- 
point eftre ru- temnement: & ne leur defcouurir fes entreprifes, firon d’au- 
Le À tât quelquefois qu'il leur en demande aduis : & faignele plus 

rop grande fa £ : x - . 512 . 

miens ouuent en faire felon leur confeil, combien qu'il l'euft ainfi 
Faintife bonne. Premedité, car ils en oeuurent de meilleur courage, quantils 
penfent que la façon vient de leur fantaifie : Entretienne fes 
£ Voifins & les fecoure en leurs necefsitez . Ne leur prefte tou- 
tesfois que bien à point, & ce qu'ilaymera autant perdre que 
demander deux fois, fi ce n’eft en leur extremeindigence.En- 
dure de l’importunité & fafcheufe nature de ceux qu’il co- 
gnoiftraluy porter enuie, & ne querelle iamais auec eux, & ne 
leur donne occafion de quelque mal contentement;mais dif- 
fimulant de ce qu'il cognoift de leur naturel, leur face plaifir 
tant qu’il pourra, & verra eftre apoint,encor qu'il fçache n’en 
auoir jamais autre recognoiflance. Ainfi pourra acheter paix 


& repos. 


Preft comme 
doit faire. 


L'office du fermier. Chap. 7. 


PE ÿ:Slifez vn fermier entre deux aages, & du païs & 

NS terroir de voftre ferme, fi pofsble ft, & tel que 
cognoiffez eftre de long temps, où par raport de 
gens fideles, homme de bien, & de qui la femme 
foit mefnagere,& lesenfans bië moriginez. Qui 
ne foit fouffreteux, villottier, plaideur,ne tauernier, q “ fça- 
che bien 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 9 


che bien commander à fes appetits, & à fes fubiects. Qui ne 
laiffe rien trainer,ny dechoir : foit le premier leue, & le der- 
nier couché, ne hanteles marchez, foires, ne villages, fi ce 
n’eft pour fes necefsitez.Se garde des conuentions apres boi- 
re, & ne laiffe rien anticiper fur fon labour, car vn poulce de 
terre perdu en l’an ,en vault vn pied deux ans apres. Et n’eft 
ia befoing qu’il fçache lireny efcrire, ou qu'il ait autre char- 
ge que la voftre, ou qu’il face par autruy faire regiftre de fa 
defpence:car le papier endure tout.Aufsine luy faites rendre 
compte de fi 16g temps,ny de plus de chofes que fa memoi- 
re puifle porter.Somme vn bon meftayer doit eftre paifible, 
endurant, & actif, & faut qu'il fcache gouuerner, & refaire 
tous les vtils,qu’il à en maniement,ou defquels vfent fes gens. 
Autrement sil ne failioit qu'vn manche à vne houe, ou vn 
clou au cheual,ou à la charette,faudroit qu'il euft vn charro, 
* & vn marefchal à gages. Qu'il ait toufiours l'œil fur fes gens, 
& vifite fes beftes tous les foirs, & tous les matins les façons 
de fes terres. Ne laiffe refouler fes beftes au labour: & fache 
les medecines qu'il leur faut pour les cheuttes, deftorces, & 
autres inconueniens, & encor pour les maladies de fes gens. 
Soit veritable fur tout,tienne fa parole,ne iure point, & m6- 
fre tel exemple à fes gens qui lesinduife à luy porter hon- 
neur.Car tout ainfi que la parole fimple & veritable, fait efti 
mer l'homme,aufsi le blafpheme, le langage inutile, lafcif ou 
de moqueric,auec la vie de mauuaisexemple,le rédent à tous 
contemptible. Qu'il mäâge & boyue de mefme fes feruiteurs: 
mais en table feparee,qu'il les paye bien,leur remonftre dou- 
cement, & ne leur auance rien fi cen’eft en fortune de perte 
ou de maladie. 

Si vous luy cômettez quelques pieces à ferme:[Cariïen- 
tends que la principale charge & fuperintendence foit vo- 
ftre] Neluy laiflez courir terme fur autre, que nele rendez 
negligent:excufant toutesfois l’importunité du temps, & ne 
lu y efpargnez les necefsitez dont il vous requerra, foit pour 
l'entretien de voftre maifon, ou pour la reparation des cho- 
fes qui vous appartiennent. Ne le prenez de fipres qu'il ait 
caufe de fe plaindre, car il vous pourroit faire torten tel en- 
droit que ne douteriez: Et nottez que le trop exiger d’vn fer 
mier, le rend fouuent ou negligent,ou larron.Dônez luy plus 
de louange que de reprinfe, & confiderez bien la nation dont 

c 


Ne faut point 
laiffer perdre vn 


poulce de terre. 


Sçauoirhre & 
efcrire n'eft pas 
neccfläire à vn 
fermier. 
Le papier endu- 
re tout. 

Scauoir requis 
au fermier, 


Âuancer aux fer 
uiteurs, inutiles. 


Courir terme 
fur terme. 
Necefsitez à 
fournir, 


Tropexiger 
d’yn feruiteur, 


Nature du Nor- 
mand. 

Nature du Pi- 
card, 

Nature du Fra- 
çois, 

Fin bryais, fier 
bryai:,& fot 
bryais. 

Nature de Li- 
mofñn,. 

Nature de Ga 
fcon. 
Prouençal, 
Poireuin. 
Auucrgnac. 
Angeuin. 
Tourengeois. 
Manceau. 
Chaïtrain. 
Beaucecron, 
Soloignois. 
Champenois. 

Bourguignon 
franc & de bon 
cueur maisteftu 


LE VRErE 


il ft: Car le normand veut eftre mené tout en paix, & le pi- 
card tout chaudementile vray françoiseft prompt & inuen- 
tifimais il ne fe hafte qu’en necefñité. Vousauez à choifir en- 
tre le fin bryais,le fier bryais, & le fot bryais, Le limofin eft 
foingneux & efpargnant, mais fi vousn'y prenez garde il 
fera pluftoft fon profit q le voitre.Le gafcon chaut & prôpt 
à colere. Le prouençal haut, & quine veut eftre reprins. Le 
poiteuin cauteleux, & l’auuergnac endurant du temps & de 
la fortune,mais s’il fçait voftre gaing il en participera sil peut 
L'angeuin,tourangeois, & manceau font fins, fubtils & ama- 
teurs de leur profit.Le chartrain,beauceron, & foloignois la- 
bourieux,paitibles, propres, & referrans, Le champenois & 
bourguignon francs & de bon cueur,mais arreftez en leur o- 
pinion, & Les faut fouuent laifer faire iufques à lefpreuue du 
contraire. À toutes lefquelles complexions non feulement le 
pere de famile maisencor le fermier fe doit accommoder & 
des pires en choifir la meilleure, & foy bien garder de ce qui 
luy peut nuire,ou donner empefchement, Confiderant que 
tout ainfi que les terres font diuerfes & ayment particuliere- 
mét ce qui leur agree,aufsi fontaucunes perfonnes plus pro- 
pres à vne chofe que lesautres. 


L’eftat de la fermiere. 
Chap. 2 


E ne trouue l’eftat de la fermiere de moin- 
dre foing & diligence que l'office de fon 
mary , attendu que par noftre couftume de 
France, les femmes ruftiques entendent au 
mefnage des vaches & des pourceaux, tant 
pour la nourriture de l’vn & de l’autre,com- 
me pour la traite du laiét, façon des beurres & fourmages, & 
referue du lard pour le viure des ouuries. Encor ont elles le 
credit du four & de la caue, & leur laiffons la façon des chan- 
ures, & la culture du Jardin à potages,mefmemét de gouuer- 
ner la volaille & le coulGbier: & la referue des fruitages, her- 
bages racines & greines, & encor d'entendre aux ruches à 
micl,vray q l'achapt &véte du beftial appartiét à l'hôme,cô- 
mcaufsile maniemét du denier auec le louage &payemét des 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 10 


feruiteurs,mais le furplus q côcerne les menuës affaires, come 

du linge, veftemét de famille, & tous vtéfiles de mefnage,cela 

veritablemét appartiét à la femme. l’entends aufsi qu’elle foit 

obeiflante à Dieu & à fon homme, mefnagicre,ferrante, dili- y La fermiere 
gente, pailible, aymant à ne bouger de la maifon , douce aux RE PE 
fiens quant il faut, & feuere ou il appartient,;non querelleufe, premiere & der- 
hargneufe, bavarde, langagere, ny fetarde. Qu'elle ait touf- nicre en befon- 
jours l'œil fur fes feruantes, & foit la premiere en béfongne,& gne. 
la derniere qui en parte:qu’elle nelaiffe perdre,ny trainer vne ps ne doit traie 
buchette:ne gronde iamais pour le feruice du pere de famille, 

car vne miette deniee,ou dônee à regret à fon maiftre, ou aux 
fiens,luy en peut coufter vn pain, puis apres,ne famufe au ra- 
port des perfonnes, fil ne luy porte confequence, & en com- 
munique bien à point à fon homme. Face voluntiers plaïfir à 
fes voifins,ne leur fubftraye leurs feruiteurs, ny feruantes , & 
nc les hante finon quant elle leur pourra feruir ou ayder, ou 
qu'il £e face nopces & afflemblees côpagnables. Ne laiffe trot- 
ter fes filles aux feftes, & danfes publiques, finon auec feure 
compagnies, ou qu'elle m'efme y foit prefente. Chaffe fes fils 
les premiers en befongne:& leur remonftre l'exemple du pere 
pour dôner crainteaux feruiteurs.N’endure dire ou pronon- 
cer vne parole impudique,ou de iurement & blafpheme en fa Paroles impudi 
maifon.Et face taire les raporteurs,qui fempefchent des affai ques ne fout à di 
res d'autruy.Qu'elle conduife bien les chaumes & les fermés 10 
pour le chauffage du four. Et ne laiffe perir les coffats de feb- À DR ch 
ues, poix & velles, & encor des chardons & herbesinutiles, Efparone pour 
pour en faire bien bonne cendre.Rendre bon compte à fa da- le chauffage & 
me, ou à fon feigneur des oeufs & des petits, tant de volaille cendres. 
comme d’autres beftes.Sçache la medecine naturelle pour les aie 
fiens 8 autres , quant mal leur viendra, mefmes pour les va- selle neceffai- 
ches,pourceaux, & volailles, car d’auoirle medecin à toutes re à la fermiere, 
beures fans vrgente necefsité, cen’elt pasle profit de la mai- 
fon.Entretienne tous fes fubicéts en amitié, & n'endure qu'ils 

ayent rancune lvn à l’autre, Gouuerne fi bien le pain,quelon 

n'en vfe que de rafis, & en temps de charté face de la Defpë- Pain rafsis. 

fe pour le boire du comun, & que le vin ferue pour fon hom- rte IE 
me,& pour les furuenans, 


Filles à tenir de 
court, 


cC ij 


Eflable nette, 


Vaches menees 

au taureau. 
Veaux feparez 

de leurs meres. 

Lait. 

Beurre. 

Fourmages. 


Signes de bon- 
ne vache. 


Vache au tau- 
reau. 


Veau chaftrer. 


Vaches brehay- 


DES e 


CAV RE ?T 
Les vaches. Chap. 9. 


7 Our Je regard de la nourriture des vaches, fa- 

Ne, ce la fermiere que fes feruantes curent fou- 
& uent l'eftable, & fement fur laire quelque {a- 
S ble & grauier pour leur entretenir le paftu- 
5 ron, & neles laiffent coucheren leur fente, 
— il qu'Ô les maine au-taureau à la faifon des her- 
bes nouuelles,que leurs petits foyent feparez, fi toft qu'ils au- 
ront cfté alaictez, & foyent mis en autre taiét. Quant il les fau 
dra deflaiCter, qu'elles foyent tirees de foir & de matin à heu- 
re propre, & en leur repos. Que le laiét en foit feparé incôti- 
nent qu’il fera prins, & le beurre longuement batu fans rien 
perdre. Les fourmages bien crefmez, preflez, & efgoutez, & 
fur tout que fes pots,huches, couloirs, efcliffes, chazieres, & 
autres vaiffeaux foyent bien nets, & que nulle des feruätes ne 
toucheaux beurres & fourmages eftant en fon moys. 

La fermiere bien cognoiffante, eftimera toufiours la va- 
che de moyëne taille, de quatre à cinq ans, & de couleur noi- 
re,mouchettee ou tachee de blanc, & de noir,qui ait le ven- 
tre grand, large fronc, l'œilnoir & ouuert, la corne polie & 
noire, l'oreille bien velue, la machouere ferree,le mufle gros, 
le poil poly & cfpes,la corne petite & peu fenduë, les iambes 
courtes,les cuiffes groffes,le col long & gros,la poictrine lar- 
ge, & le piz grand & &ros, & ne la lafchera au taureau que fur 
letroifiemean, & non pluitoft qu'au commencement de Iu- 
ing, iufques à quaranteiours apres, à la force des herbes nou- 
uelles,afin que fi elles font pleines de ce temps là,elles veellét 
à la prime-vere, & aux nouuelles herbes, la gardera de danger 
les dix mois qu’elle portera, & depuis le huitiefme ia fera 
nourrir en l’eftable,de bons fourrages en yuer, & en Efté des 
meilleurs bourgeôs qu'elle pourra recouurer: nela fera traire 
pour fon vfage que deux mois apres qu'elle aura veellé, au- 
quel temps elle la fera aller aux champs: & ne luy dônera fon 
petit pour allaïéter, qu’au foir quît elle fera de retour, en mä- 
geant {on fourrage fraiz, pres de l'eftable. Et au matin, auant 
qu'aller aux chäps, fera chaftrer le veau, dans le téps de deux 
ans,non point plus tard, & fur les trois ans le baïllera au bou- 
uier pourle commencer à dreffer au traict. Commeaufielle 
lu y baillera fes vaches brehaynes, & celles qui depuisneuf 


DE LA MAISON RVSTIQUE. I 


ans ne portent plus, carelles peuuent encor feruir au collier. 
Et du furplus pour les maladies, elle traictera fes veaux & fes 
vaches ainfi que fera dit cy apres, au chapitre du bouuier. Et 
quant à la façon des beurres & froumages,qui font offices de 
Ja fermiere & de fes filles, fera referué pour l'autre voyage. 


Les poulles. Chap. 10. 


=] Vant au gouuernement des poulles, qui eft Îe 
VE] principal eftat de la fermiere,elle doit eftre foi- 
gneufe que le gelinier foit tous les iours net- 
à 4€ toyé, fi toft que la volaille en fera hors, & la 
EX fiente mife à part pour l'amendement des prez. 
Les penniers à pondre fouuentrafrefchiz de paille nette, & de Y'A 
nyeux, & lesiuchoirs & montoirs defcrottez toutes les fep- Penniers äpon- 
maines. Le tait fermé tous les foirs à foleil couchant, & ou- Eee ane 
uert tous les matins à foleil leuant, Les abbreuuoirs nettoyez toirs defcrottez 
tous les iours deux fois en Hyuer, & trois foisen Efté. Que  Abbreuuo:rs 
toufiours leur eau foit claire,qu’elle face femer fouuent pail- De Des 
le frefche pres le fumier, & au droit dela granche, ou la vo- FAIRE 
laille gratte, & par endroits y mettre du fable, poufier, ou des î 
cendres, pour leur dôner le plaifir de fefpoulfer au foleil & fe Efpoulfemét de 
nettoyer les plumes, qu'elle face ofter le marc du vin & au-- map ne 
tres fruits de l'endroit ou elles hantent: car cela les garde de Roue LE 
pondre. Et faut encor qu’elle ait ce foing de veoir partout le poulles,à ofter. 
gclinier, qu'il n’y ait ny latterompuë, ny endroit efcaillé de- 
hors ou dedans, ou quelque lame de fer blanc enleuce , pour 
obuier au däger des chats,regnards,bellettes,puttois,foynes, (IA 
& autres beftes qui la nuit y peuueut grauir, mefmes à l’ef- Beftesä craindre 
couffle, au milan,au chat huant, qui quelquefois entrent iuf- P°U les gelines. 
ques dans le poullaillier pour rauir les petits. 

Et pour ne les perdre,lon doit, à celles qui fouuët vollent 
für les murailles , rôgner les grädes plumes de l'vne desaelles, 4 ytes des coqs 
& ne les laiffer entrer vne fois aux iardins, car elles en feroyêt ou chappons ne 
couftume: & fi cela les garde de pôdre,& pour plus feure de- font à rongner. 
fenfe, outre ce que dit eft, car aux coqs & chappons n’eft pas 
bon de rongner l'aile, faut attacher & arranger des fagots 
d'efpines au deflus des murailles d’iceux jardins & d’ailleurs. ya coq pour 

A chacune douzaine de poulles, c’eft affez d'vn bon coq, douze poulles. 

quoy que les anciens en baillent vn à cinq, & ne faut point 
c ii) 


1 
| 
comm. 


« rentre 


Gelinier tenu : 


Signes de bon 
coq. 


Signes de bône 
poulles, 


Poule chantant 
come le coq. 


Poulletrop 
grafle. 


Poulle enragee. 


Poulle trop ieu- 
ne oloufant. 
Poulle ieune bô 
ne à podre, vieil- 
le à couuer. 
Pour ofter l’en- 
uie de couuer 
aux poulles, 


EVENE 


qu’il foit blanc ny gris, mais ou roux ou tanné, ou noir, le 
corps bien entaffé,la crefte bié droite, chicquettee & rouge, 
les ouyes grandes & fort blanches,.le bec court & crochu, 
l'œil noir en cercie roux ou iaulne, ou azuré, la barbe à cou- 
leur de roze;tirant de blanc en rouge,le plumage du ci bien 
long doré & changeant, les iambes bien efcaillees, groffes & 


. courtes, l’ongle court & ferme, l’ergot roide & pointu, la 


queue droite grofle & efpoifle,la poulle tannee ou rouffe eft 
aufsi la meilleure, & qui à le pennage des aelles noir, fielle 
n'efttoute noire:car grife ou blanche ne vaut gueres.La tail- 
le de la poulle doit eftre moyenne,la poiétrine large, le corps 
entaffé, car les plus grandes ne font pas fi naturelles à pôdre, 
& fi elles ont cinq ongles comme les coas, elles en font plus 
agreftes, & moins priuees, 

La poulle ergotiec caffe fes œufs, & ne couue fi ordi- 
nairement, & quelques fois les menge.La trop grafle ou quià 
le flux de ventre, fait l'œuf hardre,la trop ieune n’entend rié 
à couuer ny conduire poucins, Parquoy fault engreffer l’er- 
gottce, & celle quichante & gratte & appelle commele coq, 
en luy arrachant prernicrement les groffes plumes des aelles, 
& luy baïllant à menger force millet,d'orge, & paite tréchee 
par morceaux,ou mie de pain de fourment dcftrempé en eau 
de farine d'orge, & la teniren lieu cloz & en repos, & luy 
plumer la tefte, les cuifies, &le cropion & la menger en fe- 
burier.La trop graffe fera amaigrie en luy mettät dela croye 
parmy fon eau, & de la pouldre de brique deftrempee parmy 
fon menger, & fi luy vient par cours de ventre,luy fault pre- 
fenter pour premiere mégeaille vn blanc d’œufrofly, & pil- 
lé auec le double de raifins bouillus. Et à l’enragee qui caffe 

es œufs & lesmenge, faut verfer du plaftre cler fur le iaulne 
d'vn œuf tant qu'il durciffe, & que cela luy ferue côme def- 
caille, & luy mettre au lieu du nyeu, ou bien former vn œuf 
de plaître ou de croye, & le mettre au nid, & ne luy laïffer 
qu'vn œuf feul apres qu’elle aura pondu.A latropieune quät 
elle glouffera,luy fault trauerfer les nazeaux d’vne de fes pe- 
utes plumes:car1l n'eft que ieune poulleà pondre, & vieille 
à couuer.Noz fermicres trop feucres les mouillent en Peau 

pour les rafrefchir leur ardeur ou les font ieufner quatre 
iours prifonnieres foubs vne cage à poucins. Et fionne la 
garde de couuer, faut tout auisi toit ou deux iours apres 


DE LA MAISON RVSTIQVE n 


qu'elle aura efcloz,la remettre en la côpagnie des coqs, pour 
luy faire oublier fes petits, & recommencer à pondre, & frot- 
ter le ventre efplumé d’vn grand & gros chappon & ieune,a- 
uec desorties griefches, & luy bailier puis apres les petits à 
efchauffer & conduire. La poulie eft fubiecte à la taye des 
yeux, quantelle vicillit,au catarre & deftillation par les na- 
zeaux par eftre morfonduë, & auoir beu eau gelee, ou trop 
froide, & faute de trouuer le gclinier ouuert de {oir,auoir cou 
ché au ferain fur les arbres,ou par n’auoir peu trouuer le cou- 
_uert,ou le taict en temps de pluie. Au flux de vêtre quant leur 
mengcaille eft trop deftrempee, ou qu’elles ont mangé quel- 
ques herbes laxatifues,ou que le gelinier à efté laiffé ouuert la 
nuict. À la pepie de la lge pour n'auoir beu, ou auoir beu cau 
trouble & orde. 

Aux poux & vermine quantelie couue, & n'à dequoy fe 
veautrer & nettoyer,ou que l'ordure crouppift 16g temps au 
gelinier: & à la morfure des beftes venimeufes, qui hantent ie 
fumier, & les vieilles rurailles, comme l'Efcorpion,ferpent, 
araigne, & mefiraigne,clofporte, & efcreuiffes de fumier. 

A la rongne & inflammation des yèux, il les faut bafsiner 
d’eau de pourpier, ou de laiét de femme: & à lataye leur faut 
frotter l'œil auec du felammoniac,cumin,& miel,broyezen- 
fembie,;autant de l’vn que de l'autre, fin6 que vous ayez l'in- 
duftrie de leur ieuer ou faire leuer bien legerement & douce- 
ment,;auecl'aguille, 

Au catarre, faut trauerfer vne plume aux nazeaux, & leur 
attiedir l’eau, & quelquefois luy chauffer les pieds, principa- 
lemét aux petits poullets,que pour cela lon enueloppe quel- 
que temps dans la panne, ou dans de la plume, & les met on 
dans vn pot au fourticde, ou pres du feu en quelque endroit 
propre.Et fi le catarre eft arrefté,côme foubs les yeux & vers 
le bec, il leur faut doucementincifer l’apoftume, & en faire 
fortir ce qui y eft côtenu, & leur mettre vn peu de fel broyé. 

Au flux de ventre, on leur fait appaft de pillules d’orge 
deftrempec en vin, & lice auecla cire, & meflelon parmy leur 
eau de la decoétion de grenade,ou de coings. . 

Et file vétre eft referré,principalemét aux petits, on leur 


ouure auec vn feftu, & leur plume lon le cropion, & le de-,, 


dans des cuifles , à ce que la fiente ne foit leans longuemétre- 
tenué qui leur puiffe eftoupper le conduit. Et aux poulles on 


Chapron pour 
efchaufer &: cô+ 
uire pouiets, 

Maladies &es 
poulles vieiiz, 


Pegie des poul- 


Pérx & veriiré 
F3 He 
âi x pOouucs, 


Medecine: pour 
les poulles. 


Au catarre des 
poulles, 


Au flux de ven- 
tre des poulles. 


À ]a durte du 
vétre des poul- 


Pour ofter la pe 
pic aux poulles. 


Contre les poux 
& vermine. 


Contre Ja mor- 
fure de befte ve- 
nimcufe, 


Côtre les beftes 
qui mangent les 
poullets, 


Ponte des poul- 


kes. 


ÉEVIRE LR 


leur met du miel pur dans leureauà part. 

A la pepie on leur laue le bec d'huille ou ait trempé vne 
coffe d'ail, & leur fait on manger de la ftraphifagre parmy 
leur viande : & pour en garentir les petits, on les met fur vn 
crible qui a feruy à la Veffe ou à l’yuraye, & les parfume lon 
de pouliot origane, de lhyfope, & du lin, & lon tient fur la 
fumee,la tefte de la poulle,le bec ouuert: & à l’extreme, pour 
leur ofter du tout,on leur ouure le bec, & leur tire lon la lan- 
gue bien doucement:puis auec l’ongle,lon lieue tout douce- 
ment par haut,en tirant a bas, ce blanc que lon voit furmon- 
ter per deffus : & apres qu'il eft leué & defraciné fans efcor- 
cher, lon leur frotte la langue auec la faliue ou vn peu de vin- 
aigre : ou lon la touche d'ail broyé. 

Aux poux & vermince,il les faut Jaucr de vin ou ait cuit le 
cumin & la ftaphifagre , ou bien d’eau ou ayent cuit des lu- 
pins fauuages. 

Contre la morfure de la befte venimeufe, il leur faut 
oindre la partie, d'huile de fcorpion, & mettre fus de methri- 
dat : & encor ietter vn peu de theriaque dans leur auget, & 
leur faire boire. 

Pour le danger des beftes, qui la nuiét viennent au geli- 
nier manger les poullets, & les œufs, les anciens confeillent 
mettre à l'entree d'iceluy & y femer dedans, des bouquets de 
rue, & mefmes y en mettre quelques brins foubs les aelles de 
la volaille, ou bien enduire les parois du gelinier & l’entour 
de la feneftre auec du fiel de chat ou de regnard. 

Les poulles commencent à pondre entre Fcburier & 
“Mars, & des le premier an quelques vnes.La ponte d’vn an & 
demy, & de deux ans, eft la meilleure. Etalors il leur faut 
bailler nourriture abondante, & aucunesfois de l’auoine & 
du fenugrec pour les efchauffer. Et fi vous voulez qu’elles 
facent gros œufs[ car cômunément les trop graffes n’en font 
que de petits] meflez & deftrempez de la croye parmy leur 
mengeaille, ou mettez de la brique broy ee dans du fon, & la 
deflayez auee vn peu de vin & d’eau, & leur en faites ordi- 
naire, Ou leur baillez tout leur faoul d'orge à demy cuitte 


Fin de ponte auec de la veffe & du millet. 


des poulles. 
Pourzsuoir des 
œufs le long de 


Fhyuer. 


Elles ceffent de pondre enuiron le troifieme de Nouem- 
bre,quieft, quand la froidure commence. Mais fi par curio- 


fité lon en veut referuer à part quelques vnes des plus belles 
pour 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 5 


pour auoir des œufs le long de l'hyuer:il les faut nourrir de Pour auoir des 
pain rofty & trempé du foir au lendemain, & leur prefenter à œufs le long de 
defiufner: & au repas fur iour, & de foir leurietter quelque Pyaer: 

peu d’auoine ou d’orge.Ne les faut fitoft laiffer couuer apres 

la premiere ponte, ê&c quant elles ont paffé trois ans,il les faut 

manger, aufsi faut il fe deffaire des bréhaynes, & à celles qui 

peuuent beaucoup,fouuent châger denyeu,& bien marquer 

leur œufs pour les leur baïller à pondre; fi pofsible eft. Quant 

elles font en muë, ilne les faut laiffer fortir hors du lieu ou 

vous les auez enfermees,finon pour fe foulager quand it fera 

bien beau, & fe garder que l'Aigle, le Milin,ou PEfcoufle ny 

defcende. 

Lon met la poulle couuer le deuxiefme an de fa ponte, & Le ur faire 
iufques au trois & quatriefme, & en met on plufieurs poulles GeRSE les poul 
en vn mefme temps, & foubs leur paille quelque morceau de Jes. 
fer , de peur du tonnerre, ou bien des fueilles de Laurier, ou Morceau de fer 
des teftes d’ail,ou de herbe verte,car on dit que cela fert co- côtre le tônerre. 
tre la pepie & le fruit monftrueux. Lon les y met en croiffant se mes 
de Lune,depuis le deuxiefme de la Nouuelleiufquesau qua- 
torziefme, dit Florentin. Et Columelle dit depuisle dixiefme 
iufques au quinziefme afin que les poullets efcloyétenautre Cojumelle, 
Lune nouuelle, car il ne leur faut que vingt &vn iour,& doit Temps pour ef- 
on façonner le nid defdites poulles à fonds de cuue,tellement clorre les poul- 
qu’en fortätelles ne facent rien cheoir ne rouller. Aucüs per- lets. 
fument la paille du couuoir deuät qu'y mettre les œufs ,auec 
du foufre pour garder la poulle d’auorter, & leur baillez les Choix d'œufs à 
œufs que vous aurez marquez, & les plus beaux, & les plus couuer. 
frais, & fil eft pofsible, des leursmefmes.Etnotez qu'ils foyéct 
ponduz depuis le feptiefme Feburier iufques au vingt-deux- 
iefme Septembre : car d’autretemps ne vallent rien non plus 
que les premiers ponduz, & faut toufiours qu'ils foyent en 
nombre impar, afçauoir en Ianuier 15. En Marsr9. Et depuis Nombre impar 
Apuril21.La plus grande du Laudunois n’en embraffe que :3. © œufs à couuer 
Depuis le fecod d'O&obre elles ne couuent plus: ne doiuent 
couuer,fi ce n’eft es fours à la maniere de ceux de Malte, & de Fours à couver 
aucuns Beaucerons,mais les poullets font trop mal aifez à ef- des œufs, 

Jeuer fur l'hyuer Encortiétla commune opinion, que depuis 
la my fuing les poullets ne valent gueres, & ne peuuent croi- 
fre fi à droit. Si vous voulez par curiofité bailler aux poulles 
à couucr autres œufs que les leurs, côme d’oye, paon, pouile 


LAN RET 


Oeufs cfranges d'Inde,ou de canne,mettez les y fept ou neufiours deuät : & 
à couuer COMEt buis y en adiouftez des leurs,en nôbre impar,ainfi que dit eft. 
dofuét ere mis Mais fi fe font œufs de Faifans il ne faut douterà les mettre 
quant & ceux de la poulle : car ils ne demandent non plus de 
ose Pour 4- temps pour efclorre, & fi vous voulez que ce foyenttoutes 
RE » femelles,prenez des plus rôds & mouffes:car les lôgs & poin- 
Ceremonie à tuz font communemët tous mafles. Aucuns obferuent cefte 
mettre les œufs ceremonie de ne les mettre l’vn apres l’autre dans le nid, mais 
couuer. les arrengent dans vn platteau de bois, & les y laïffent couler 
mn nos tout doucement, & faut garder que le coq, ny autres poulles 
Fe. puiffent entrer au couuoir, & mettre tous lesiours deux fois 
le boire & le mäger de la poulle fi pres d'elle, qu’elle n'ait oc- 
caf6 de fe leuer pour fe repaiftre: car fi elle fe desbauche vne 
fois,à bien grade peine y veut elle retourner, fi elle n’eft fran- 

che & naturelle. 

Si la poulle eft negligente à retourner à fes œufs,pour les 
couuer egalement:le bon fera,quelquesfois les renuerfer dou 
cement, quand elles en feront hors. 

fmpatiencedes Il y a des femmes, qui n’ont la patience d'attendre la fin 

Fos ds de la couuee, & dés le quatriefme iour que la poulle a efté fur 

poules fes œufselles les lieuent tous l’vn apres l’autre, & les regardét 

à la clarté du foleil : & fi elles n’y voyent des fillets fanglans 

au dedans, elles lesiettent, & en remettent d’autres. Et mef- 

mes fi apres le21.iour elles voyent qu’il en demeure à efclor- 

re, elles en font leuer la poulle. Mais les bonnes couuereffes 

ne veulent plus retourner à leur couuoir apres que lon y a 

touché. Aufsi dit la bonne fermiere, que aux œufs qui font 

fous la poulle, ne faut toucher iufques à ce qu'ils foyent ef- 

clos. Aufsiles faut-il bien choifir & prefenter au foleil entre 

les deux mains deuant que les y mettre. Celles qui ont doute 

que tous les œufs ne foyent bons, &.ne puiflent les petits for- 

ur pour la durté de la cocque, ne faillent enuiron le 28.iour 

Baïgnement des de les baigner en vn plat creux, & en eau tiede : & ceux qui 

œufs couucz,  nageront au deflus, les ofter, & remettre les autres foubs la 

poulle:mais il ne faut contraindre la poulle à fe leuer pour ce 

faire, Vous ferez grand bien au poullet quand 1l commence 

à pioler, & ne peut fortir pour la durté de fa cocque, de luy 

aider à la rompre,combien que c’eft l'office de la poulle bien 

naturelle : & vous fautera au vifage, fi vous en approchez 
apres qu'elle les a ouï pioller. 


Remede à la co- 
que trop dure. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 14 


Les petits poullets nouuellement efclos doiuent eftre Four preferuer 
mis fur vn crible & parfumez de rofmarin à legere & petite les poullers nou 
fumee pour les garder de la pepie : & ne leur faut de deux Ar donc 
jours donner à manger,mais les mettre foubs quelque poulle Ro 
quin’enà gueres:& qu'elle ne foit griefche ny reuefche,pour 
les tenir chaudement pendant que les autres efclorrôt.Com- 
bien que la mere naturelle les retient affez figementfoubs fes 
aeles fans les offenfer. Et les deux iours pañléz, il leur faut ef- pete pou 
mier du pain tendre, & du fourmage mol, ou bien de la farine D ARE AVR 
d'orge auec du creffon Alenois deftrempé en vin & eau,auec 
vn peu de fueilles de porreaux hachees biémenu,& quelque 
peu bouillies. Cela leur fert contre les catarres & la pepie.Et 
depuis ce tempsiufques à quinze iours,illes fauttenir foubs 
la cage auec la mere. Puis au bout des quinze iours, laiffez-les 
trotter auec la mere, & leur donnez mefme nourriture. Et fi 
vous auez plufieurs couuerefles, qui ayent efclos en mefme Poullets nouuel- 
temps, baillez les petits des vnes aux autres plus vieilles & lement efclos à 
vfitees à les mener, ou au chappon, comme diét ef, & faites S°nduire. 
retourner les plus ieunes au coq : mais n’en baïllez plus haut 
de xxv.ou xxx.à conduire à la poulle: car elle n’en pourroit 
embraffer ny efchauffer dauantage:Encor faut bien regarder 
que la poulle qui les conduit,ne foit faffre & brutiue, qu’elle 
ne les bleffe en grattant, & que fouuentelle lesefchauffe. Et 
ne vole ou grimpe fouuent,ne voife en lieu ou fes petits ne la 
puiffent fuyure. Parquoy fera bon ne les laiffer aller fi toft au 
courtil, qu'ils ne partent de quarante iours du couuoir. 

C’eft curiofité de vouloir efclorre des œufs, fans la cha-  Efclorre des 
leur de la poulle: & combien que cela fe puiffe faire, il n'eft Ne ans cha- 
toutesfois fi feur ne ficommode. Lon les arrenge le bout ere 
pointu pardeflus , dans le four chaud moyennement, fur du 
fiens de poulle.Etmet lon des fachets de plume fus & foubs, 

& les remeuft on par fois. Puis le 18.on les baigne:& le21.on 
leur aide à rompre la cocque. 

Lon peut faire encor autrement le iour mefme que lon 
met des poulles couuer,à fin qu'ilen fouuienne,fi lon ne veut 
marquer les iours aufsi bien que les œufs. Lon prend autant 
d'œufs que lon leur a baillé, & les met on fur des fachets 
plains de fiente de poulle bien paflee & criblee, & bien en- 
tourez de duuet en forme de nid. Et encor fait on vnliét d'i- 
celuy duuet für les fachets: fur lequel Ion plante les œufs 

d ij 


[1 nef que le 
naturel en tou- 
tes chofes. 
Oeufs commét 
fe gardét en hy- 
uer,& en Efté. 


LA 


Chapoonner 
heftoudeaux, 


Engrelfer chap- 

pons. 
Chappons du 

Mans & Bretai- 


gne. 


Cannartayms: à 
bourbetter. 


IV RENTE 


comme dicteft. Et les couure lon d'autre duuet, & fachets 
par deffus,qu'il n’y ait endroit qui ne fen fente. Etapres trois 
ou quatre jours lon les retourne vne fois tous les iours, fi 
doucement qu'ilsne heurtent l’vn l’autre. Et le vingtiefme 
que les poufsins commencent à picquer lacocque, lon leur 
aide à fortir, puis les baille Ion aux poulles quien ont peu. 
Mais il n’eft que le naturelen toutes chofes. 

La fermiere qui fait eftat de vendre de œufs les doit gar- 
der en hyuer chaudement fur la paille, & bien couuers, & en 
Efté frefchement dans le fon, felon l’aduis des anciens,mais ie 


* croirois fous correction tout le côtraire: car la paille eft fref- 


che, & le fon chauld, ioinét que les œufs gardez dedäs le fon 
ils n’en laffent pas fi toft ceux qui les couurent & poudrent 
de fel, ou les trempent en faumure, les diminuant, & ne faut 
douter que l'œufn'’en prenne quelque mauuais gouft. La ca- 
ue leur eft bonne Efté & hyuer. 

Quant au chapponner des heftoudeaux lon le doit faire 
bié toit apres que la mere leur à baillé côgé,& qu'ils ne piol- 
lent plus apres elle, & commencent à chanter, & amouracher 
les poullettes : car Fils ont vn an & demy paffé, il n’y à plus 
d'ordre, & faut prédre les plus druz, & de la plus belle venué, 
non toutesfois de fi naturel plumage que le coq, car äpres a- 
uoir referué pour la commodité & gouuernement des poul- 
Les ceux qui femblerôtles plus propres & hardiz,il faut chap- 
ponner le refte pour engrefler,ou en muë, ou au pailler. Au- 
cuns, comme au Mans & en Bretaigne, leur creuentles yeux, 
côme aux oyfons:& leur baillent appaît de grain demy cuit, 
& de pafte bien menuifee & par morceaux, & font engrefsiz 
en quaranteiours pour le plus : mais il les faut bien garder de 
vermine. 


Les oyes. Chap. Te 


Æ À maïfon ruftique qui n’à gräde aifance d’eau, 
#| n'eft propre à la nourriture de l’oye,finon que 

1] pour fa commodité ou luy face vne mare ou 
| viuier au propre, car ceft oyfeau, ainfi que le 
| cânartayme à nager, & à fe rafrefchir,plôger, 

= & toufiours bourbetter & ne chauche gue- 
res ailleurs que dans l'eau, il eft de grand profit & de grand 


DE LA.MAISON RVSTIQVE. 15 


dommage, de profit, pource qu'ilneluy faut fi grand foing 
à le nourrir qu'il eft de bonne guctte, rend des œufs & des pe 
tits, & de la plume deux fois l’annce pour les licts, & pour ef- 
crire & empenner des flefches, & fe prent au renouueau & à 
l'arriere faifon. De dommage pource au’il luy faut conduit- 
te, fans laquelle il broutte les fcions des arbres: les herbes des 
iardins,les iettons des vignes: & font tort aux bleds, quant ils 
cômencent à entrer en tuyau,tant duronger que de fa fiente. 
De forte qu’au païs ou les oyes fauuages (qui font oyfeaux 
de paflages aufsi bien que les grues) font leur principal repai- 
re, comme vers Hollande, Henault, & Artois, & ailleurs, on 
trouue quelquesfois vne grande piece de bled toute deftruite 
à moins de demy iour: & moins ne font de danger les dome- 
ftiques,qui les lairra faire:car ils defracinent le bled du tout, 
fans ce que [à ou elles ont fienté, il n‘y vient rien de long 
temps apres. 

L'oye mafle & femelle,eft meilleure de couleur blanche, 
grife, & entremeflec des deux couleurs,elle eft aufsi de moy- 
enne bonté. La femelle fait trois pontes l’annee, fi elle n’en 
couue vne : & à chafcune ponte aucunes rendent iufques à 
douze œufs, & plus quelquesfois : & les autres n'en rendent 
pour la premiere ponte,que cinq,puis quatre, puis trois : c'eft 
depuis le premier iour de Mars, iufques à Ja fin du mois de 
Tuing. Et n’oublient iamais l’endroit ou vous les aurez mené 
pondre Ja premiere fois : & là mefme couueront fi vous 
voulez. 

Elles n'ayment gueres à couuer que leurs œufs propres: 
pour le moins faut qu'il y en ait vne grande partie que vous 
aurez marquez au propre. Etn’en couuent que fept ou neuf 
pour le moins, & quinze pour le plus. Et qui met foubs la 
paille du couuoir,quelque racine d'hortie, cela garde que les 
petits,quand ils font efclos,n’en font fi toft offenfez.Les vnes 
au bon temps & doux efcloent en vingtcinqiours, qui eft le 
plus. Et pres de la couuercffemettez orge trépé à telle quan- 
tité qu'elle en pourra prendre, auec force eau, qu’elle ne fe 
lieue guieres pour repaiftre. Et du furplus obferuez ce qui à 
efté dit de la poulle. 

Les petits doiuent demeurer dix jours enfermez auec la 
mere : & leans eftre nourris de farine d'orge deftrempee auec 
du miel, du fon , & de l’eau : & par fois de laï£tues tendres & 

d üij 


Oye,oifeau de 
grand profit & 
grad dommage. 


Oyes fauuages. 


Ponte des oyes. 


Memoire d’oye. 


Couuer d'oye. 


Gouuernerment 
des petits oys. 


Goürmandifle 
d'oye. 


Oyfon à en- 
graifler. 


Pafture des oyes 


Hannebanne, la 
moft aux oyes. 

Sigue,morteile 
aux oyes. 


Plume d'oye 
morte , n’eft fi 
bonne quecelle 
de la viue. 

Toifon des 
 MOutons tuez, 
ou morts, n'eft 
fi büne que cel. 
le des vifs. 

Combié d'oyes 
faut mettre en- 
femble. 


PLV CENT 


nouuelles : puis du millet, & du fourment deftrempé, Etau 
bout de ce temps l'accouftumer au pré auec la mere, mais, 
qu'ils foyent repeus deuant qu'y aller. Car cefte bete cft fi 
gourmande que d’afpreté en fa grand faim, elle tire l'herbe & 
les fcions des arbres de fi grand’ roideur, qu’elle fe rompt le 
col. Il les faut garder des orties & des efpines, & au tait des 
loups & des regnards. 

À quatre mois lon choifit l'oyfon pour engraifler, & préd 
on les plus beaux & les plus grands, & les met-on en mue,ou 
ils demeurent : les plus ieunes, trente iours, & les plus aagez, 
deux mois. Lon leur baïlle trois fois le tour de la farine d’or- 
ge, & de fourment deftrempé en eau & miel : car l'orge fait la 
chair blanche, & le fourment engraifle, & fait grand foye. 
Aucuns luy font apaît de figues nouuclles ou feiches auec 
du leuain, & {eur donnent à boire & bourbetter du fon tout 
leur faoul. Autres leur plument le ventre & la tefte, & leur 
oftent les groffes plumes des aeles : mefmes leur creuent les 
yeux pour les engraifler. 

La pafture des communes eft,toute forte de legume def- 
ftrempee en fon & eau tiede. Beaucoup ne leur baillent que 
du fon vn peu gras, & des laiétues,de la chichorce & du cref- 
fon allenois pour les mettre en appetit: & leur prefentét cefte 
nourriture au matin & au foir, & encor furle midy:&r le refte 
du iour les enuoyent aux prez & à l'eftang auec la conduitte 
d'vn petit vallet qui les garde d’entrer & voller es lieux de- 
fendus, & des orties & ronces,mefmes de manger de la Han- 
nebanne,que lon nomme la mort aux oyfons : & de la figue, 
qui les endort tant, qu'ilsen meurent. 

Les anciés ne bailloyent que trois oyes à chacun iars,mais 
nous leur en baillerons bien fix, & leur faifons ofter le duuet 
& les groffes plumes à efcrire en Mars & en Septembre, car 
la plume de l’oye morte n’eft fi naturelle à tout vfage, non 
plus que la toifon des moutons tuez,ou morts d'eux mefmes. 
Etne met lon gueres plus detrente oyfons en chacun taiét: 
combien que les anciés n’y en miffent que vingt, car les gräds 
battent les plus ieunes, & les dreffent, & à cefte caufe les faut 
mettre en parc dans l’eftable & feparer de clayes,ainfi que les 
moutons, & leur faut fouuent paille frefche , nette & deliee, 
car le taict doit toufiours eftre fec, & fouuentnettoié de peur 
de vermine.Et au furplus font fubieéts à mefmes maux, & dä- 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 16 


gers que font les gelines : parquoy leur faut ainfifemblables Les maladies 
commoditez : & ne vous greuera rechercher cy deffus. des oyes. 


Les cannes. Chap. 12. 


A foffe ou mare que nous auôs dreffee au mi- 

= lieu de noftre court & paillé,peut féruir pour 

= les cAnards, & autres oyfeaux d'eau: & aupres 

1 d’icelle mare 16 leur dreffe vn taiét bas, & peu Logeaux ca- 

1 couuert pour fe retirer la nuit & le iour quât nards. 

= il leur plaiff, car de fi grande diligence autour 

cefte volaille il n’en eft ia befoing, fin6 de la garder des chats NUE UT 

& belettes,du milan, de l'aigle, & du vautour. Au demeurant, Jes faut Re 

faut leur ietter quelque grain , legume, & cribleure es ruifle- les cannes. 

aux de la mare, & dans icelle pour bourbetter, & leur laiffer Paftures des cä- 

laliberté de l’eftang,du viuier & de la riuiere prochaine aufsi 6%: 

bien qu'aux oyes. Mais il n’y faut point tant de garde : carils 

n’aymét gueres les iardins, & eux mefmes font leur nid à pô- 

dre & à couuer, & n’y à que ce foing d’en fçauoir lerepaire, 

principalement des fauuages , vers l’eftang , & en prendreles 

œufs, & les bailler couuer à la poulle pour les affranchir, car Ocufs descan. 

la volaille qui en viendra fera meilleure que celle du pailler & V* TRES de 
; , \ a poulle, valent 

quine bougera de la court ou desruiffeaux de la rue à can- Lux que de 

netter. leur mere. 

Pour auoir des fauuages de voftre eftang à appriuoifer, il 
faut ietter de la lye de vin, ou du vin vermeil, mefmes à l’en- ChECes 
droit & ruiffeau ou vous leur aurez fouuent ietté appaît de enyurees, Dès 
vin, grain auec leuain & farine, deftrempez enfemble, & les à pondre, 
prendrez quant les verrez enyurez, 

Cefte volaille Fengrefle ainfi quelesoyfons, cet à dire Engraifer les 
de mefme nourriture, refte qu’on leur donne outre cela de la cannes. 
menuyfe de poiflon, & fi on neles met point en muë & aux Sarcelles. 
communs,le plus que lon les laifle courir,eft le meilleur. ps 

Les farcelles,halebrans,poulles d’eau & cannettes d’eftäg En Rs 
ne fappriuoifent jamais, mais bien les pouuez prendre plus à Beccaffes. 
l'aife que les oyes fauuages.Antät en dirons nous des beccaf- Courliz. 
fes & courliz& autres oyfeaux d’eau, & de riuiere,qui viuent Oyfeaux de ri- 
neantmoins fur laterre, dont ils furent appellez par les an- D gégee 
ciens,oyfeaux de double vie,ou nourriture, 


ble vie. 
Les cygnes ne hantent & ne fayment qu'en d'aucunsen- Cygnes. 


LIVRE 


droits particuliers, comme es lieux aquatiques, vers Tours & 
Valencienne val Saumur en France, & aufsi en Flandres & vers Valenciennes, 
des cygnes. quelon dit auoir efté pour cela appellé val des cygnes, & fe 
peuuent appriuoiler & mettre en eltang ouen mare, mais il le 
deftruit bien & ruine en poiflon , & quelquefois fe rue fur le 
bled verd, ainfi que l'oyfon & oye fauuage & y fait gräd de- 
Combié faut de gaft, c’eft allez de deux pour plaitir en voftre eftang , ou de 
Cänesenfemble. quatre fileit bien grand, & d’vn feul en la mare, & luy faut au 
courtil fon taict à part, peu couuert, & en liberté, fouuét net- 
toyé & rafrefchy:car il ordit fort. Au demeurät fil n’anour- 
riture fufhfante, iettez luy du pain mouillé ou des brouailles, 
& quelques menuifes de poiflons. Ceft oyfeau eft sourmand 
& coufte bsaucoup à nourrir, fait fon nid tout feul, & ne cou 
uequ'vne fois l'an, & trois œufs pour le plus à la fois : mais il 
eft de grande beauté & plaifir. 


Les Faifans x gelinotes. 
£ Chap. ER 


"Et grand’ curiofité de nourrir des faïfans, 
que Columelle nomme poulles de Numidie: 
mais qui le peut faire, il en a plaifir & profit. 
Et faut vue perfonne qui ne face gueres au- 
tre chofe: car ceft oyfeau cofte beaucoup à 
"entretenir. Veutauoir fontaiét à parthaut 
efleué & adoffé contre la clofture de la court & en long,que 
les augets foyent à l'air, & où le foleil donne. Et faut à 
chafcun oyfeau le fien, & qu'il n’y ait qu'vn huis à leur geli- 
nier pour la commodité de lesnettoyer, & leur donner à 
manger. Le furplus fera tout à iour pardeuant, & fermé de lat- 
tes bien drues & d’ais de fente,enuiron la hauteur d’vne toife 

par bas, & bien couuert par deffus. 
Faifans & geli.  Lesfaifans & gelinotes font malaifez à appriuoifer, Fils 
notes,mal-aifez font prins de plus d’vn an hors la foreft : car les vicils fe aef- 
àappriuoifér.  Ljaifent, & ne daignent pondre ne couuer. Etes ieunesne fe 
peuuent fi toft ny facilement accommoder à l'air contraint 
& moins à celuy qui n’efl pareil à la region ou ils furét prins. 
Ponte de geli- I] faut à deux femelles vn mafle. La femelle ne fait qu'vne 
RATER: ponte, & commence en Mhars:& fait iufques à vingt œufs par 
| ordres 


Poulles de Nu- 
midie, 


1 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 17 


ordre: & puis les couue tous enfemble,ou quinze des fiens, & 
quelques autres efträges fi vous luy en donnez, & couue tré- 
treiours , &au cou uer faut telle diligence qu'il à efté dit à la 
poulle,mais ce ne fera hors de fon taiét. Les petits efclos fefôt 
appaftelez de farine d’orge cuitte & refoidie:puis de farine de 
fourment:& quelquesfois y meflerez, ou leur bailkerez à part 
des fauterelles & des œufs de fourmiz, & leur faut fouuent 
chäger d’eau nette:car ils font fubiects aux mefmes maux que 
les poullets. 

Les anciens engraifloyent ou nourrifloyent les Faifans & 
gelinottes pour les feftins feulemêt, & non tant pour en auoir 
de l’engeance, & leur dônoyent les premiers jours de l’eau mi- 
ellee & du vin fort, pour leur faire oublier leur lieu naturel: 
puis de la farine d'orge deftrépee en eau, des febues mouluës, 
& de l'orge mondé,du miller entier,de la nauette & graine de 
lin cuitte, & feichee,meflee auec de la farine d'orge. Et pour 
les efchauffer & purger les coles,leur bailloyët du fenegré par 
cinq iours, & lestenoyentainfi en muë foixäte iours. C'eft ce 
que quelques rotifleurs de Paris & riches viuandiers fçauent 
tresbien faire & leur faut,dit Columelle, donner à mäger leur 
faoul , a fin de les engraiffer pour les banquets, car peu de ces 
gelinottes fauuages faddonnent à pondre en feruitude, 


Les Paons. Chap. 14. 


4 E Paoneft de grande nourriture, & mange 
#2 beaucoup, & de difficile entretien, maisilne 
<| donne grand foing depuis qu'il a laifé la me- 
re, finon qu’il gafte les iardins, & endommage 
<| les bleds, il et fort à efleuer en d’aucuns en- 

—<%"* droits denoftre France,carilayme lair chaut 
& temperé. 

… Lesanciens faifoyent des yflettes au derriere de leurs iar- 
dins propres pour les paons, & dreffoyent vne petite cafctte, 
pour leur repaire, & vnautre pour celuy quiles nourrifloit. 
Mais nous qui n’en faifons fi grâdeftat,il nous fuffit les loger 
au deffus des poulles & au plus haut lieu du poullailler, car ils 
ayment lair libere.Etle plus fouuent couchent fus les arbres 
& leur faifons quelque lieu par bas, ouils fe puiffent retirer 
par iour.Ce lieu doit eftre bien nettoyé & curé diligemment 
c 


Gouvernement 
des petits des ge 
hottes, 


Engraifler les 
Faifans & gcli- 
nottes. 


Columelle,li.8, 
de re ruff,ca. 12, 


Loge des paons. 


Maladies des 
paons. 
Nature des pao- 
nefle, 


Ponte dela Paô- 
nelle. 


Le paon haïit fes 
petits jufques à 
ce qu'ils ayent 
leur crelte. 


Nourriture des 
petits paons. 


Lai& clair nuit 
aux paons. 


Les paons chaf- 
fent à la vermi- 
ne. 

Froid contraire 
aux paons. 


Ponte de paon- 
nefle. 


D'UVARENT. 


ainf que le gelinier, car cefte volaille eft fubiecte à mefmes 
inconueniens & maladies que la poulle, & luy faut pareils re- 
medes. Au demeurant faut que le lieu ou elle hante foit femé 
de paille, ou herbe verde affez haut, car la paonneffe ne pond 
gucres accroupie, & le plus fouuent lon treuue fes œufs tum- 
bez par bas, & foubs le iuchoir. 

Elle faic trois pontes l’annee : mais qui la met couuer,elle 
n'en fait qu'une, & confomme le refte du temps à efclorre & 
conduire jes petits. Elle commence fa premiere ponte à la 
my Feburier, & en fait cinq œufs de rang, à l'autre quatre ou 
trois, & à la tierce, trois ou deux : & ne commence à pondre 
qu'à trois ans. 

Quant la paonneffe couue,elle fe retire & cache du mafle 
en lieu le plus fecret qu’elle peut: car il ne ceffe de la cher- 
cher: & Fil la trouue, il la bat & cafe fes œufs. Au bout de 
trente iours que les petits fontefclos, & la mere nourrie dili- 
gemment en fon couuoir, ainfi qu'auons dit de la poulle, lon 
la met foubs la cage en lieu ou le paon ne puiffe vertir : car il 
haït & fait mal à fes petits iufques à ce qu'ilsayent fait la cre- 


- fte: & alors qu'ils la font, il Les faut tenir bien chaudement:car 


ils font fort malades, & en meurent le plus fouuent. 

I! faut nourrir les petits les premiers iours, auec de farine 
d'orge deftrempé en vin, en forme de potage efpes : & pour 
l'efpefir lon y adioufte du fourmage mol bien peftry, preflé 
& eipuré: car le laiét clair leur nuit grandement. Quelquef- 
fois ion leur iette des fautereaux, à qui on a ofté les pieds, & 
des charentons, des araignes, & des moufches pour leur cure: 
carils chaffent naturellemét à la vermine, & là où ils hantent, 
ne Pen trouue gucres. Six mois apres lon leur baille l'orge 
bouillie, comme à la mere, & les laiffe lon trotter : mais illes 
faut garder du froid & de la pluye: car ils piolent & trainent 
l'aile incontinent, principalement en ce païs où ils font forts 
à cfleuer, s'ils ne font efclos à la my Iuing : car quand lau- 
tomne jes accueille bien ieunes, iamais n’endurent l’hyuer. 

Qui veut que la paonneffe face fes trois pontes,il en faut 
bailler à couuer aux poullesles plus grandes, & plus adroites, 
& laiffer les paonneffes paracheuer leurs pontes. Et comme 
nous auons defia dit en la nourriture des poulles, lon leur en 
baïlléra cinq de paonneffe le premier iour, & neuf des leurs. 
Puis le dixiefme iour en ofter les neuf de poulle, & y en re- 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 8 


mettra lon neuf autres. Et par ce moyen voustrouuerez au 
terme de trente iours,qu'ils efclorront tous enfemble:& ainfi 
en ferez à plufieurs poulles en vn mefmetemps. Et pource 
que l'œuf de la paonneffe,pour fa groffeur,ne peut eftre aifé- 
mentremué de la poulle,vousle remuerez doucement quand 
la pouile fortira pour repaiftre, & marquez auec de l'encre 
l'endroit de fon deffus,à fin que quand vous y voudrez con- 
tinuer, vous voyez fi elle l’aura remué & retourné:autrement 
vous y perdriez temps. Et quand touteft efclos,baillez tous 
les poullets à vne feule poulle, & les paonneaux à vnautre: 
& gardez que celle qui manie les poucins, ne voye ou hante 
auec l’autre qui manie les paonneaux: car elle lairroitincon- 
tinent les fiens du defdaing & ialouzie de la grandeur & Ialouzie d’oy- 
beauté desautres. feau. 
Les paons font fort malades quät ils muent, &alorsilles Maladies des 
faut efchauffer auec du miel,fourmét,auoine, & febues grof- paons. 
Jees. Ils font en grande chaleur aux iours caniculaires, & lors 
ne les faut laiffer fans eau frefche, & faut à chacun paon cinq Combien il faut 
ou fix femelles pour rechäger, car il greue celles qui ont l'œuf de femelles au 
preft à faire, quant elles le refufent & ne faut l'œuf à fe cafler, P+on: 


Poulles d'Inde. Chap. 15. 


Eluy quinous apporta ceft oyfeau en Fran- 
| ce,foit que nousl'appelôs coq,ou paon d’In- 

de, nous a pluftoft enrichry de gueule,que de 
profit , car c’eft vn droit coffreàauoine,vn  Poulles d'Inde 
gouffre de mangeaille,ou lon ne peut prendre Cof:e à auoinee 
autre plaiir que de bruit & fureur, quant aux 
grands,ou d’vn continuel piollement,quant aux petits. Vray D 
que la chaireneft delicate, mais fadde & de dure digeftion. pu rex 
C’eft pourquoy lon la fait faupoudrer & fort larder & aro- pi. ST 
matizer, il y à trop plus de plaifir & de bôté de chair au paô. Chair de paon 

La nourriture de cefte volaille fe fait en pareil faiét que meilleure 4 de 

les gelines & de mefme viande, & auec autant de diligence,re- ls poulle d'Inde 
fte qu'il leur en faut d’auantage. Et peut bien dire le fermier LS 
qu'autät de paôs d’[nde qu'il à en fon courtil, autät luy font- ji 
ce de mullets,pourle regard de la nourriture.Leur traittemét 
eft plus aifé que des autres paons & ne demandent fi haut air, 
mais ils paiflent & font grand degafts aux iardins, & font ords 
€ i) 


Chair de poul- 


LIVRET 
comme oyfons. Parquoy faut toufiours eftre apres pourles 


Ponte des poul- ESS S 
Te Quant au pondre & au couuer, ceft du tout le pareil que 


nousauons ditaux paons , & peut onaufsi baïller leurs œufs 
aux poulles & les faire conduire,pendant que les meres para- 
cheucront leur ponte. Leurs maladies & les remedes d'icelles 
font aufi pareils du tout, parquoy feroit fuperflu d’en dire 
1cy d'auantage. 


Maladies des 
poulles d'inde, 


Les Tourterelles Perdrix, Cailles, 7° 
Grues. Chap. 16. 


Eÿ"S À voliere, pluftoft pournourriture que pour 
Zen auoir engence, de ces oyfeaux, fera dreffee 
comme le taiét aux Faifans &ainfi adoffee c6- 
M tre la muraille du courtil, & vers le iour, tyÎfuë 
: à de fil d’archet enchafsillé de menuferie auec fa 
porte au propre, & au dedans principalement vers les coings 
y aura quantité de iuchoirs & branches de rameaux dege- 
nefure,laurier, & autres arbres.dans lefquels feront appliquez 
contre ladite muraille des petits penniers pourles inuiter a 
pondre & à couuer, fil leur en vient appetit. 

La hauteur d’vn homme y mettrez à trauers & en tous 
ceux des perches arreftees par Les deux bouts pour lesiucher, 
& au deffoubs d’iceux iuchoirs force paille frefche,que pour- 
rez renouueller fouuenten nettoyät vers le cofté du iour,fe- 
Jon la longueur de leur tait entre deux aiz bien longs. Et vn 
tiers au deffoubs ferez les places pour mettre leur mangeaille, 
& leurs augets à boire, que raffrefchirez & nettoyerez bien 
fouuent. 

Ces oyfeaux font tous de paflage, & ayment l'air chaud, 
ERP & en temps froid pañfent la mer à trouppes & compagnies, 
TONER feretirent de païs en autre. Parquoy de les appriuoifer 
les & Grues. pour en faire comme desnoftres domeftiques, il eft fort dif- 
ficile & n’en faifons eftat que pour leur delicateffe, qui les fait 
de grand requefte à noz feftins & banquets. 


Oifeaux de paf- 


ourtter,plus ; ï SRE 
Ra jLRE De toutes ces trois fortes d'oyfeaux n’y en àdefi prôpts 
Et Fes 3 Se HÉMLEN -; rate 1 le 29 à fit ter sreffees 3. 
- ot. 27 = rc dl . — >] 
uoifer & en. 4 APP! uoifet que les tourtres : ne 1 toit Engrelices, apres que 


greiler. ieunes font prinfes, par le moyen du vin elles ont oubliéleur 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 19 


Jiberté:car c’eft vn oyfeau fort defpit & qui fe chefme beau- 
coup quant il fe veoit prins. Aufsine pond il gueres enfermé, 
& ne fengreffe gueres en hyuer,tout au contraire des tourds, 
où des griues, fa nourriture eft deveffes,orge, & quafi tout au- 
tre grain, & veut auoir eau claire, & fouuét raffrefchie & l’au- 
get affez large pour fy baigner quelquefois. Surtoutilayme 
le millet, & le paniz, aufi fait il le fourment, defquels grains 
demy boiffeau fufftà fix vingtsoyfeaux. Etne faut oublier 
le grauier que lon mettra pres des augets pour fa cure, & en- 
cor en quelque coing de la voliere pour la cômodité fil trai- 
ne l’aille, & ne bouge de fon pennier,il Le faut prendre & luy 
regarder au bec fil à lapepie, & luy ofter. Etaux pieds fils 
font empefchez de leur fiente:ou foubs les ailles Fils ont de la 
vermine, & par tout ailleurs pour les medeciner de la mefme 
façon qu'il a efté dit aux poulles. 

Lon peut en cefte mefme façon nourrir & engreffer les ra- 
miers, mais ils font plus gourmands, & mal-aifez à appriuoi- 
fer,ils aimêët en hyuer la fouppe au vin & en engreffent fort, 
fi font les tourterelles & ne leur faut oublier le grauier. 

Les perdrix griefches, plus aifement fe domeftiquent que 
les maillees & autres:aufsi n’en ontelles la chair fi delicate 
eftans toutesfois bien nourriesne font de guere inferieures 
aux Faifans:& les fauttout ainfitraitter, & de mefme viande, 
finon qu’elles ayment quelquesfois paiftre le bled & l'herbe 
verd. Les mafles des perdrix font fort chauds. Aufsifontles 
femelles grande quantité d'œufs, & fe battent iceux mafles 
pour les femelles, iufques à vaincre Pvnl'autre, & le viéteur 
cocque le vaincu, & le contraint fuiure & courre apresluy, 
ainfi que les femelles.Leur nourriture plus delicate,eft le mil- 
let & le paniz. 

Les cailles font fort farouches, & pour cefte caufe lonne 
leur donne tant d’efpace ny deiour, qu'aux autres oyfeaux. 
Aufsi voyons nous que lon couureleurs cages derezeaux,on 
de cuir,de peur qu’en volant haut & montant de roiddeur el- 
les ne fe rompent. On leur dreffe leurs augets à mengeaille & 


Re : 5 
à boire à part a chacune le fien. Etayment le bled verd,& le 


Le vin fait ou- 
blier aux tour- 
tres leur liberté. 
La tourtre n’ay- 
me eftre enfer- 
mee. € 

Nourriture de 
la tourtre. 


Maladies de la 
tourtre. 


Ramiers. 


Perdrix grief- 
ches. 


Guerre entre 
les perdriz ma{- 
les, pourles fee 
melles. 


Cailles firou- 
ches. 


grain de fourmét,aufsi eft-ce leur principal repaire, elles mä-. 


gentaux endroits ou elles vont, ailleurs qu'en ce païs, quan- 

uté d’ellebor, qu'aucuns nomment veratre. C’eft pourquoy 

Didymus difoit que leur chair en eft Jaxatiue, & fait eftour- 
d ii) 


Dilymus. 
La chair dela 
caille eft la rati- 


LA VSROoErR 


ue, & donneef- diffement & mal de tefte, & pour cefte caufe qu'il les faut 
tourdiflement & farcir de millet,ou les y faire bouilhr,ou bié,fi lon s’en trou- 
mal dereite, mal, boire de la decoétion de millet,ou de graine de myr- 
tre. Sera bon aufsi en donner aux cailles à manger. 
Tourdçou gri- Les tourds ou les griuesne font oyfeaux de ce païs, & 
ues. guieres n’endurent ceft air.Parquoy feroit abus d'y en cuider 
engraifler. Ceit oyfeau eft montagnier, & l’engraiffe lon és 
païs de montagnes pluftoft en hyuer qu'en efté. Les anciens 
Les griues pri- en faifoyent grand cas, & fe vendoyent du temps des Ro- 
fez desanciens. sains deux fols la piece : fi font encor les Italiens, & en ce 
païs, les Lyonnois, Prouençaux, & Auuergnacs : mais ilsne 
font fi gros deça que dela lesmonts. Ceit oyfeau eft plus 
defpit que nul des deffufdiéts, & fe meurt toit apres qu'il eft 
prins, fi lon le tranfporte hors de fon air,ou fi on ne le metin- 
Nourriture des continent auec des vieux appriuoifez, lon leur iette la man- 
griues, geaille fur l'aire bien nettoyee, &loing de leursiuchoirs : & 
leur iette lon des figues feiches pillees auec fleur de farine, 
tant qu'il leur en demeure de refte: & quelquesfois pour 
changement de viande lon leur iette des grains de lentifque 
& de meurte, ou de la graine de lierre, & d’oliuiers fauuages, 
toutesfois que leurs augets doiuent toufiourseftre pleins de 
millet : car c’eft leur principale viande. Etneles faut laiffer 
fans eau claire, non plus que les oyfeaux deffufdits. 


Le Conlombier. C bap. F2 


Profit du Cou- 


E profit qui vient de la nourriture du pigeon, 
lombier. $ 


|n’eft moindre que de la poulaille, principale- 


tous les ans peuplent en grand nombre, Etya 
$ telle fermiere qui en vendra à chafcune volee 
deux cens & trois cens paires aux viuandiers.Etn'y a fi grâd 
foing qu'aux autres volailles : vray qu’il eft de grand frais, & 

Le pigeon eft de grand degaft pourlesterres: & pour cefte caufe n’eft per- 
de grand degaft. mis le coulombier à pied, finon és lieux où il y a beaucoup 


et de terres labourables. 


AN Dreffons donques à noftre apoinét pour l'aifance de la 
Forme du Cou. fermiere vn coulombier à pied, & le plantoir en lieu moyen- 
lombier. nement cfleué : ou baftiflons-le à l'endroit de noftre maifon 


ruftique cy deffus propofee, aufsi qu’vne tour de maffonne- 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 20 


rie feruant à moulin À vent, ou à peu pres loing d’vn vol ou 
de deux de l’eau, à ce quele pigeon puiffe efchauffer ce qu'il 
en a prins pour donner à fes petits:car1l eft certain que com- 
me les pies & les moyneaux, le mafle & la femelle couuent 
aïternatiuement, & pendant que lvn d'eux eftau pourchas, 
l’autre fe tient fur les œufs : ainfi font-ils de la garde de leurs 
petits,iufques à ce qu'ils foyent hors des tuyaux.Etn'entéds 
que le coulombier foit ouuert du tout au leuant de ce païs, 
mais bien qu'il participe da midy: & qu'au midy mefmeil y 
ait vne feneftre dormante, pour en hyuer donner quelque 
chaleur aux pigeons. Et faut qu’il foit bien efpatté,bien fon- 


Pies & moy- 
neaux mafle & 
femeile couuét. 


Feneftre dor- 
mante. 


dé,bien couuert: laire fort battue & cymentee,pour le dan- 


ger de la fiente qui caue & corrompt les fondemens: bien 
vnimentenduiét par dedans, & les fentes ou creuaffes qui fe 
peuuent faire, fouuent recherchees & eftoppees de peur des 
rats & des fouris : ce qui aduient és lieux où il n’y a commo- 
dité de plaftre : & par dehors aufsi enduiét de mefme façon: 
car Le crefpis de chaulx & fable, fert d’efchelles aux foinnes, 
belettes,chats, & autre beftial pour entrer.Et pour ce mefme 
danger ferez à l’entour du coulombier, par dehors, deux 
ceintures de taille à triple & quadruple moflure. L'vne d'i- 
celles ceinctures vers le milieu dudit coulombier, l’autre iu- 
ftement au deffoubs de la feneftre par où entre le pigeon : fur 
laquelle le pigeon aufsi fe pourra esbatre & rouer. l'entends 
encor que la feneftre foit par dehors entouree de lames de 
fer blanc bien clouces côtre la muraille, & qu’elle ferme auec 
vne couliffe de lattes bien drues,qui fe puiffe aualler & hauf- 
fer par engin les foirs & les matins, pour le danger des hi- 
bouts & chats huants. Et au pignon dela couuerture, faites 
y la figure d’vn pigeon pour attirer les fuyars à y venir:faites 
dreffer à l'endroit du coulombier, force pots à moyneaux 
auec fagots d’efpines : & gardez que ce coquin beftial ne fe 
habite en voftre coulombier, çar il effarouche & eftrange 
les petits. 

Pour peupler voitre coulombier, c'eft affez de vingt pai- 
res de ieunes pigeons,qui commencent à fortir du duuet : car 
il y auroit danger que les viels ou plus aagez ne retournaffent 
à leurs premieres repaires quelque loing qu'ilsen fuffent : & 
font bons les cendriers, ou les bruns, & les noirs. Les pattez 


Beftesi craindre 
pour les cou- 
lombiers. 


Couliffe de lar- 
tes. 


Fuyars à attirer. 


Coulombier à 
peupler. 


Difference dela 
nature des pi- 


C huppez, font les plus coquins & domeftiques : aufsi font geons, 


A ppriuoifer les 
pigeons. 


Esbat aux pi- 
geonss 
Parfun du cou- 
lombier, 


Pour attirer pi. 
geons, 


Les pigeôs font 
des perits trois 
fois l'an, 


Fiente des pi- 
geons. 


LIVRE I 


les griuellets chapperonnez & piarts, les dorez parle col, & 
qui ont l'œil &le pied rouge, font les plus francs, & qui peu- 
plent le plus. Les bläcs font forts à efleuer, & plus dangereux 
du mil4 & de l’oyfeau de proye,les fauues & les roux ne peu-" 
plent gueres. Pour les accoquiner & appriuoifer baillez leur 
tantoit du mil, puis de la veffe,puis du cumin, car ce grain les 
attrait fort, & quelquefois du fourmét parmy les cribleures. 
& ne les laiffer faillir de quinze iours apres que les y aurez mis. 
Et fi vous leur donnez l’esbat, que ce foit de foir & en temps 
trouble & pluuieux,afin qu'ils nevollent gueres loing.Parfu- 
mez fouuêt le coulombier de genefure,romarin, & quelque- 
fois d’vn peu d’'encens fin, car cela les retient fort, & leur fait 
aymer leur coulombier plus quenulautre, Quant vous ap- 
parceuerez qu'ils commenceront à pondre,donnez leur adôc 
liberté, & vous verrez qu'en leur iettät foir & matin quelque 
peu de grain net contre la muraille de lagrange, & loing du 
fiens, & en leur faifant fouuent nettoyer l’auge ou ils fe bai- 
gnent & recreent. Lis en ameneront beaucoup d’ailleurs, fans 
ce que voz vingts paires, dans quarante iours en auront peu 
plé deux, voire trois fois autät, car ils font des petits trois fois, 
& les bôs quatre fois l'annee, & n’y faut autre foing,finon de 
tenir le coulombier net, fans effaroucher ny eftranger les pe- 
tits, ny les meres en efmondät les boulins, pour les garder des 
poux & du vermin,plus fouuent beaucoup en Efté qu'en hy- 
uer.Vray eft que le pigeon vous eft de couft en hyuer,quant 
ou par le temps de glace ou de neiges, ouquantles bleds ont 
germé, ils netrouuent rien furles champs, mais c’eft la peine 
de deux mois ou enuiron à les nourrir, des graines fufdites. 
Aufsi vous font ilen cetemps la vollee, que lon nomme de 
Mars, & qui font les plus gras, tendres, & douillets de toute 
l'annee. Gardez bien la fiente qu’ofterez du coulombier, & 
ne la meflez parmy celle des vaches,ou des cheuaux, n6 plus 
que celle des brebis, car elle eft trop chaude, & fert à engref- 
fer & amender les endroits chaunuz de voftre champart , ou 
de voz prez, & à recreer la moiteur & froideur des viels ar- 
bres. 


Le bouuier, 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 21 


Le bonuier. Chap. 18. 


Ombien quenous ayons donné le gouuer- 
nement des vaches à la fermiere, & queles 
beufs {oyét de pareille nourriture,toutesfois 
es fermes ou lon en nourrit pour le labour & 
pour la vente, il y efchet vn hôme qui n'ait 
autre charge que de les penfer & conduire, 
attendu qu'il y à autant ou plus de foing à cefte befte qu’au 
cheual,vray qu'elle n’eft de fi grands frais en viures ny en har 
nas. Aufsi en faut 1l nourrir deux pour vn:& ne font tât trois 
bons beufs des meilleurs du Bourbônois,ou de Foreft, qu’vn 
bon cheual de la Fräce,ou de la Beauce. Aufsi eft il fans dou- 
te : que le labour des beufs ne fe fait que par necefsité, esen- 
droits ou lon ne peut commodemét nourrir haraz, ou lon ne 
peut recouurer des cheuaux que de loingtain païs , car encor 
que le pafturage foit bon & fingulier pour le beuf,comme en 
Flandres & ailleurs, fi-effe que ils ont le cheual à comman- 
dement,ils Sen feruent beaucoup pluftoft que du beuf, Tout 
ainfi qu’en Auuergne 16 Paide de mullets pour le labour pluf- 
toft que de beufs ou de vaches, parce qu'ils ne font de fi prô- 
pteny de fi bonne execution. 

La charge du bouuier eft de tenir fon eftable nette : que 
les poulles & les pourceauxny entrent, car les plumes font 
mourir les beufs: & la fiente du pourceau malade engendre la 
pefte. De donner paille frefche à fes beftes, & leurietteren 
Efté dela verdure, & des bourgeons detreilles de vignes & 
autres, & en hyuer des coffets & des gerbes foir & matin,que 
fache quanit les beufs de labour onttrop,ou trop peu trauail- 
lé, pour felon cela leur baïller viures à proporti6, & tels qu'il 
fera de befoing, qu'il ne les laiffe partir en téps trop chaud,nÿ 
trop froid,ny trop humide. Qu'il ne les abreuve fi toftapres 
le gräd trauail, qu'il leurnettoye & raffrefchifle fouuét le pa- 
fturon: & ne le laiffe gercer n'efclatter:mais à ceft effeét qu'il 
facetous les ans reparer le paué de fon cftable, qui feruira 
aufsi pour la defence des beftes & vermines quinuifent à ces 
beufs. Qu'il regarde bien au retour des champs fils ont quel- 
que efpine aux pieds, fils font degouftez, & le collier ou le 
ioug leur à fait mal au frôc, ou ailleurs, & fils font efcorchez 
fur le col, Fils ont efté trop picquez de l'efguillon du chartier 


Trois beufs ne 
Jabourét pas tät 
qu'yn bon che- 
val. 

Labour de beufs 
n’eft que par ne- 
cefsité. 


Mullets d'Au- 
uérgne, 
Charge du bou- 
UleEr, 

Eftable à beufs, 
nette, 

Fieute de pour- 
ceau malade,rn- 
gendre la pete, 


Beuf chaftré plus 
commode au la- 
bour que le rau- 
reau. 


Téps de chaîtrer 


les beufs. 


Achept debeufs 


Force de beufs 
à cognoitre. 
La coznoiffince 
de l'aage des 


beufs. 
Beuf de labour. 


Daifcription de 
bon beuf, 


Aage de beuf, 


EL V'R ENT: 


ou des hannetons &'freflons, & felon ce qu'il leur face mede- 
cine conuenable. 

Le beuf chaftré eft meilleur pour la nourriture & pour 
le labour,que le taureau qui a la chair plus coriace, & eft plus 
fafcheux à conduire. Parquoy,de cent veaux que le bouvier 
aura,il n’en retiendra que deux pour faillir les vaches: les au- 
tres, il les chaftrera tous enuiron l’aage de deux ans: car apres 
cetemps,il ne le pourroit faire commodément.Le faudra fai- 
reen Automne & en decours:& mettez fur la playe de la cen 
dre de farment mefleeauec de la litarge: & troisiours apres 
de la poix fondue : & meflee auec ladite cendre. 

Si vousachetez vos beufs de labour, prenez les du quar- 
tier où eft voftre ferme: carils ne s’accouftument pas fi aifé- 
ment à l’aireftranger queles cheuaux. Au demeurant choi- 
fiez-les de trois ans ou enuiron, car pluftoft ne les pouuez 
dompter au labour.V'ous cognoiftrez leur force en leur vifi- 
tant la bouche:car dans dix mois du premier an, ils muent les 
dents de deuant: & fix moisapres les prochaines: & au bout 
destroisans,ils les muenttoutes:& quand ils font en eftat,ils 
les ontefgalles, blanches, & longues. Et quand elles vieilli 
fent,elles leur racourfiffent, & deuiennent inegales & noires. 

Ne faut que les beufs de labour foyenttrop gras ne trop 
maigres : & ceux qui mangent doucement & à loifir,s’entre- 
tiennent mieux en leur force. Le bon beuf doit ëltre de 
moyenne taille, vifte au piquer, & quiremue promptement 
pour le regard de fa nature. Bien membru & carré de corps: 
ferme & roide. De mufcle efleué , les aureilles grandes, le 
front large & crefpu,l’œil gros & noir: & la corne forte, vi- 
ue, & de moyenne grandeur. Le mufle gros & camus,la refte 
courte & entaflee, larges efpaules & poictrine, grand fanon 
& ventre:longue queué & touffue par le bout. Le dos droiét 
& plam,les coftez eftendus, les reins larges, les cuiffes fermes 
& nerueufes,l’ongle court & large, le poil efpez & dru. Doux 
au manier: de couleur noir ou rouge c’eit le meilleur : & 
apres bay, piard, & mouchetté:le blanc eft le pire de tous:le 
gris & le fauucau eft de moyenne valleur. 

Le beuf de cefte façon, vous feruira au labour iufques à 
dix ans : puis encor le pourrez-vous engraiffer, & le vendre: 
car il vit iufques à quatorze & feize ans. Et vous pourrez 
aufsi aider au harnas & au labour des vaches brehaignes & 


DE LA MAISON"RVSTIQVE. 22 


chaftrees. Mais fi vous achetez les beufs tous duits & dref- 
fez au harnas de routture ou de charrue,ou que vous en vou- 
liez faire de voftre troupeau, voftre bouuier en doit prendre 
la peine, & doit pour le plus aifé cognoiftre la nature: & [fi 
fofe dire] la complexion de celuy qu'il veut dompter, Pil eft 
fetard, & s’il fe couche fouuent : s’il eft trop prompt;furieux, 
& impetueux, & feger à leuer & donner du pied, ou de la 
corne: s'il eft dur à l'efguillon,paoureux;,retif,ou craingnant 
entrer en l’eau. Defquelles fautes il faut le chaftier premier 
que l’accouftumer à porter teftiere : pluftoft ne s’y empef- 
cheraucunement. Etnotez que pour ce faire, il eft trop toft 
dans trois ans, & trop tard apres cinq ans. La diette & le flat- 
ter, fait & accouftume mieux le beuf au icug que la crainte. 
Etn'y a moyen plusexpedient que d’en accoupler vn ieune 
& encor nouueau,auec vn exercité & bien feur: toutesfois de 
mefme taille & roideur: car c’eft le principal que de les bien 
apparier en grandeur,force & naturc.Et fi le beuf eft de dit- 
ficile conduitte, toutesfois beau, & à voftre iugement pro- 
pre au harnas, mettez-le en vn grand ioug au milieu de deux 
autres de fa taille qui foyent doux & bien faits au labour, & 
en trois iours il fe dreffera. 

Et fi vous le voulez dompter feul , accouftumez luy peu 
a peu à endurer le lien & la ferrure aux cornes: & apres quel- 
quesiours liez-le à vn pau bien ferme, & le laiffez là quelque 
temps ieufner.S’il cft fafcheux, fa colere paffee, faites luy fleu- 
rer voitre main pluficurs fois pour vous accouftumer, & le 
maniez entre les cuiffes & partout en leflattant. Puis faites 
luy tirer vne brife ou deux lices au ioug : & par fois attachez 
le à la charrette vuide, & le faites tirer quelque peu loing: 
puis mettez dans la charrette quelque charge pour efprou- 
uer fa force, & aufsi l'accouftumez au cry, à la parole, & à 
la verge. 

Si vousauez acheté le beuf tout fait au harnas, & que 
cognoiflez fa complexion, il le faut approuuer quand il eft 
accouplé, voir s'il eft retif, paoureux, furieux, ou s’il fe cou- 
cheaurayon : & de fes fautes ne l'en corriger ne par feu, nà 
coups de l'efguillon : car l’vn le rend furieux, l’autre l’endur- 
cit, mais par luy lier les iambes, & le laiffer ieufner quelque 
temps: car ce vice n'aduient gueres qu'à ceux qui font trop 
gras. Aufsi y a-il moyen deles nourrir: & n’eft moindre faute 


f ij 


Complexion de 
beuf à cogroi- 
ftre. 


Fautes du beuf 
à chaftier, 


Apparier les 
eufs. 


Dompter lebeuf 


Icufne aux 
beufs. 


Prife eft vne ter 
re quiaefté log 
temps fans la- 
bourer, 


Corre&tion des 
fautes du beuf. 


Icufne aux 
beufs, 


H'HVIRENT. 


Nourriture pour l'aifance du labour, que le beuf foit trop gras, que trop 
moyenne, maigre. 
La nourriture du beufne doit eftre fi à gräd foifon en hy- 
uer,quantil ne trauaille point,il aymeles coffats des legumes, 
Mangeaille aux comine vefles,poix & febues. Lon l’engreffe d'orge boulluë, 
beufs. & de febues brifees & caffces, & luy baïlle lon volontiers du 
foing,non pas tant qu’à vn cheual,mais tout fon faoul, quant 
il trauaille. Les bourgeons tendres le recreent en Efté, & luy 
en baille lon volontiers du foir vn faiffeau à broutter, ilayme 
fur tout le bourgeon de la vigne & de l’orme, aufñi faitil le 
marc du vin.Les gerbes de fourment & de feigle luy font bô- 
nes, & quelquefois le fon entremeflé de criblures,mais il l’en- 
fle plus qu'il nele rend fort. Le gläd le fait rongneux fil n’eft 
aoullé, & fil n’en mange tout fon faoul. Les choux bouilluz, 
aucc le fon luy font bon ventre, & nourriffent quelque peu 
aufsi fait la paille d’orge,meflee auec le fon. 
Il eft fubieét à moins de maladies que le cheual. Et pour 
Pour pre@ruer Je preferuer des plus commanes,les anciens le purgeoyent fur 
Pr mali- [1 fin de chacune des quatre faifons de l'annee, & trois iours 
ë enfuiuans. Les vns auec des luppins,& de la graine de cyprez 
brayez enfemble autant d'vn que d'autre, & trépez vne nuict 
en l'air en vne pinte ou trois chopines d’eau commune,les au- 
tres auec d’autres drogues, felon la couftume & diuerfité des 
païs. : 
Pour luy dôner Pour luy donner appetit, qauantileft defgoutté par trop 
appetit. gräde lafsiueté ou efchauffaion , lon luy frotte la lâgue & le 
palais auec du fel, & du vinaigre. 
Pour lafcheté & S'il eft vain & lafche, lon luy donne tous les moys de Ia 
vaineté,  vefle pillee & deftrempee dans l’eau de fon boire. 
Pour hfitude,  Pourle garder detoft fe laffer, frottez luy les cornes de 
terebentine deftrempee en huille.Mais gardez bié que neluy 
L'huile fait per en frottez le mufle,ou les nazeaux:car l’huille leur fait perdre 
dre la veuë au la veue. 
beuf. Contrele bondiffement de cueur, ou de vouloir vomir, 
Den € Jon luy frotte le mufleauec des aux, ou des poreaux broyez, 
& luy en fait on aualler, ou ainfi, ou auec vne pinte de vin, 
Colique des principalement à la colique, & au bruit de ventre, ce que fon 
beufs, cognoift quant il fe plaint, fe couche & leue fouuent, & ne 
peut durer en place. Aucuns y adiouftent de l'huille de noix, 
& les autres luy baillent des oingnons cuits en vin vermeil:& 
autres du myrrhe;auec dela graine de laurier, deftrempec en 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 


vin, & luy Font picquer la chair du lentour des ongles, ou de 
la queüsiufques au fang. 

Au flux de ventre, qui quelquefois vient iufquesau fang, Flux de ventre 
& l'affoiblift Fort, lon le garde de boire quatre ou cinqiours, ** BED 
& luy baille Ion des pepins de raifins, deftrempez en vin ver- 
meil, ou des noix de galle & du cyprez, auec du fourmage 
vieil deflayez en vin gros & efpez. Et pour extreme remede 
lon le cauterize au milieu du front. RP AE] 

Soit quele vueillez engraiffer ou nourrir au labour,lauez fin le beuf. 
luy tous les huitiours la bouche auec fon vrine:& vous en ti- 
rerez force phlegme quile defgoufte, & luy fait tort à man- 
ger. Et file phlegme luy à fait venir le catarre , que vous co- Catarre du beuf 
gnoiftrez quât l'œilluy pleure,& qu'il eft defgoufté, & qu'il 
péche l'aureille faites Iuy lauer la bouche auec du thym pil- 
lé en via blanc, ou la frottez auec de l’ail & du fel menu : puis 
la lauez de vin. Aucuns nettoyent ce phlegmeauec des fueil- 
les de laurier pillees auec de l'efcorce de grenade, autres luy 
mettent dans les nazeaux du vin & du myrrhe. 

Contrele catarre & les yeux enflez, lon le faignefoubs la EE is 
Jangue. nu 

À la maille en l'œil on luy fait vn collyre defelammo- 1, maille en 
niac deftrempé en miel : & aufsi oingt on l'œil tout autour a- l'œil. 
uec de la poix bien deffaite en huille, pour le danger des mou 
ches qui à caufe du miel luy feroyent toufiours enuiron. Liban a 

S'il à les barbes, qui eft vne carnofité qui luy vient foubs beufs, 
la langue,il la faut coupper : puis frotter l'endroit auec du fel 
de l'ail broyez enfemble:puis lon luy laue la bouche auec du 
vin, & faut doucement lauer auec les pincettes les vers qui 
fengendrent foubs icelle langue. 

À la fiebure quiluy vient dutropgrandtrauailen temps  ficbure aux 
chaud auec pefanteur de tefte, enflure d’yeux & chaleur ex- beufs. 
traordinaire, que lon fent au toucher du cuir, lon les feigne 
dela veine du front,ou de celle de l'aureille: & luy baille lon 
viandes frefches,laiétuës & autres, & leur bafsine lon le corps 
auec du vin blanc, & luy fair on boire eau froide. 

À la toux lon luy fait boire dela decoctio del’hyfoppe, Touxau beufs 
& manger des racines de porreaux pillees auec du pur four- « 
ment,autres leur font boire par feptiours de la deco@i6 d’ar- 
moilc, 

f ï) 


EVE 


Sangfuë auallee  Sien beuuantilauallevne fangfuë , & elle tient encorele 

par lebeuf.  Jong du gofier, lon luy faittomber en luy verfant de l'huile 
tiede dans la bouche, fi elle eftdedans l'eftomach, lon luy 
entonne du vinaigre, 

Contielamor-  S'ilaefté mords d’vn ferpent, fcorpion, miferaigne, ou 

fure deferpent. chien enragé : lon luy frotte la playe de l'huile de fcorpion, 
ou du fauon trempé au vinaigre, & le laue lun de decoction 

Morfure du frel de gloterons,ou de vieille faulmure Et contre la morfure du 

lon. frellon, lon le frotte de cerufe deftrempee en eau, & arroufe 
lon les endroits où le beuf pafturera de decoction de graine 
de laurier , pour en faire fuir & eftranger les tahous, ou bien 
lon le frotte di'celle decoétion : & s’il eft picqué,lon mouille 
l'endroit auec la faliue dudit beuf 

Pour la rongne, À la rogne,lon le frotte auec d'ail broyé,de farrictteauec 
le foulfre & le vinaigre, de noix de galle pillee en ius d'herbe 

Pour les vlceres. à chat,ou marrubium auec de la fuye. Etaux vlcereslonles 

Pour cloux & frotte de mauues pillees en vin bläc. Aux cloux & apoftumes 

apoftumes. il les faut faire meurir auec leuain, oignon de lis ou de fquille 
& vinaigre: & puis les creuer, & les nettoyer en fon vrine 
chaudement, & y mettre des tentes trempees en poix liqui- 
des, & finalement du charpy trempé en fuif de cheure ou 
de beuf. 

Pourlagalle. A la galle,il le faut frotter de fon vrine auec du vieil beur- 
re falé,ou l’oindre de poix raifine fondueen vin blanc. Aux 

Pour les peux. poux faut la decoétion d'oliuier fauuage, auec du fel, & luy 

Au mal de poul- faut cfter les vefsies qu’il a foubs la langue. Au mal de poul- 

a VE mon, lon luy fait aualler du ius de porreaux auec du vin bläc 
doux : & luy met lon dans l’aureille de la racine de coudre. 

Efpaule retrait. S'il a vne efpaule retraitte, il le faut feigner du pied de 

te. derriere du cofté oppofite. Sitoutes les deux, aufsi le faut 
feigner des deux jambes. 

Lecolfroiffé.  S'ilale col froiffé,& le chefnon pendant & enflé,il le faut 
feigner de l’'vne des aureilles.Et fi c’eft au milieu, de toutes les 
deux:& mettre fur le mal vne emplaftre faite auec la mouëlle 
de beuf, &e fuif de bouc, fondus par egalle portion en huile & 

Peautenätaux poix liquide ou fondue. Si la peau luy tient aux os,il la faut 

os. bafsiner auec du vin ou feul,ou meflé auec d'huile. S'il clo- 

Beufclochant. Che pourauoir enduré froid au pied, il le faut laucr auec fon 
vrine vieille & tiede: fi c’eft par abondance de fang qui fe re- 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 24 


tireau pafturon, & fur le pied, il le faut refoudreen frottant 
bien fort & fcarifiant. S'ilne veut partir par ce moyen, & s’il 
eft defia defcendu, faudra fendre l’ongle parle bout iufques 
au vif, & l'en faire fortir, & enuelopper le pafturon d’vne 
bourfe de cuir que l’eau ne luy face tort iufques à ce qu'il 
foit guary. 

S'il cloche à caufe du nerfrefoullé,il luy faut bafsiner les 
iambes d'huile & de fel. Si c'eft pour enflure du genoil , il le 
faut bafsiner de vinaigre chaut ou de decoétion de millet & 
graine de lin. En tous euenemens faut cauterifer l'endroit du 
mal & y mettre fus de beurre frais laué en eau & vinaigre: 
puis à la fin faire vnguent de beurre falé , auec de la graiffe de 
cheure. Si c’eft d’vne efcharde ou d’vn heurt contre quelque 
pierre ou eftot,il faut bafsiner l'endroit auec vrine chaude, & 
mettre defflus du vieil oingt fondu en huile & poix liquide.Et 
n'y a rien qui les garde plus de clocher, que de leur lauer les 
pieds d’eau froide, fi toft qu'ils font defcouplez: puis les frot- 
ter de vieil oingt. 

Si la corne fe fend ou efclatte,il la faut premierement eftu- 
uer de vinaigre, fel & huile meflé enfemble : puis y mettre fus 
du vieil oingt fondu en poix neufue. 

Les bufles ou beufs fauuages font meilleurs aux harnas 
de voiture, qu’au labour: carilsne font iamais fi francsne fi 
roides. Etn'eft bon le labour du taureau, par ce qu'il eft fa- 
rouche & ne faccommode aux beufs chaftrez. Etencorne 
vaut gueres celuy de la vache chaftree : maisil faut garder & 
engraiffer le taureau à part, pour les vaches lefquelles on fera 
couurirenuiron les mois de May, luin & Luillet. Et fuffit vn 
taureau à foixante vaches. 

Les beufs que lon voudra nourrir pour engraiffer & pour 


Corne fenduë. 


Bufles, oubeufs 
fauuages. 


Labour du tau- 
reau n'eft bon. 


Temps de faire 
couurir les va- 
ches au taureau. 

Vn taureau à 


vendre, netreront que quelques fois la femaine, & en beau fi, antevaches. 
temps & bonne faifon, & terre douce : & ne porteront que Beufs à engraif- 
petits faix pour lesexerciter: & ne mangeront que de l'orge, fer pour vendre, 


du foing , & des gerbecs, & quelquesfois des bourgeons 
de vignes & autres qu'ilsayment. Etle beuf qui aura tiréle 
matin,fe repofera du foir. 


Pourceau plus 
gourmand que 
toutes beftes de 
nourriture. 

Six feaux de rai 
fins au ventre, 


Vtilité de paille 
frefche. 


Mangeaille des 
pourceaux. 


Eftable des 


pourceaux. 


Engraiffement 
de pourceaux. 


Sovris nicher 
fur le dos des 
pourceaux. 


L'EVORMER TE 
Le Porcher. Chap. 19. 


E toutes beftes denourriture, la plus gour- 
mande, la plus falle, & la plus dommageable, 
à fçauoir le porc,nous eft en finguliere recom 
mandation, pour la fuauité de fa chair,quand 
il eft de laïét, & encorieune. Et pour la falu- 
re,le lard,le cuir & la foye. De fa gloutonnie 
en tefmoigne la truye que tua le Roy Françoys à la chaffe: 
dans le ventre de laquelle furent trouuez fix feaux de raifins. 
De fon ordure,il en appert. De fon veautrer & manger, & du 
dommage qu’il fait,affez en refpondroyent le fapper au pied 
des murailles, & le fouillez qu'il fait autour des arbres & li- 
eux enfemencez.A cefte caufe en vne ferme de gräd rapport, 
telle que nous figurons en ceft endroit,il faut vn homme ex- 
pres pour les gouuerner,& mener aux champs : qui fache pé- 
fer & curer fes troupeaux d'heure, & nettement mettre les co 
chôs deflaittez à part, & les truyes auec leurs petits marquez, 
aufsi en taiét feparé, Les verrotsau taiêt des cochons deflait- 
tez, & encor les malades en lieu particuher. La paille frefche 
& fouuent renouuellee les engraiffe autant que fait le mäger, 
& faut foigner que leur auge foit toufiours nette, & que quät 
le temps fera diuers,le porcher aye toufioursen referue force 
gland, fruitage pourry,ou quelques legumes, & a faute de ce, 
de l'orge deftrempee auec le fon & les choux ou naueaux,ou 
grofles raues pour leur prefenter, & que leur mägeaille ne foit 
froide,ne trop deftrempee de peur du flux de vétre.Que l'ai- 
re ou paué de leur eftable foit tous les moys renouuellé de 

rauier ou de fable pour retenir leur vrine : car ce beftial, cô- 
bien qu'il foit falle & fangeux, toutesfoisil profite mieux en 
taict bien net & bien entretenu. 

Les pourceaux que voudrez engraiffer ne fortiront d’vn 
taiét à part, & n'auront veuë que de la porte quant on y en- 
trera pour les penfér. Et n'y à fi grand foing qu'aux autres, fi- 
non de les nettoyer & entendre à leur faire bon appañt, iuf- 
ques à ce qu'ilsayent prins graifle:car depuis cetemps, il leur 
demeure toufiours viande de refte, & ne bougeront d'vne 
place, comme fans aucun fentiment & puiffance de ce mou- 
uoir,de forte que les fouris quelques fois leur nichent fur le 
dos, que fouuents’eft trouué vn pourceau ayant du lard vn 


pied 


DE LA MAISON/RVSTIQVE. 25 
pied & demy d’efpes. 


Ne referuez que dix verrots pour centtruyes & ainf à 
proportion,le refte tât mafles que femelles faites les chaftrer 
apres vn an ou fix mois pour le moins, combien que le plus 
certain eft quant ils commencent à entrer en challeur,ne laif- 
fez nourrir aux truyes plus de dixhuit cochons d'ordinaire & 
vendez le refte de huit ou dixiours: & vnanapres, feurez & 
chaftrez les autres, & les enuoyez pafturer,gardez du tout les 
plus courts,gros,carrez,bié entaflez,de couleur noire ou blä- 


che, &fort foyeux fur le doz,pour faire des verrots, & les plus. 


longs, à ventre pendant, larges feffes, & coftes eftendués,auf- 
fi de couleur toute blanche,à tefte petite, & iambes courtes, 
pour voz truyes, des autres faites-en nournture. Ne faites 
fouer la truye qu’elle n’ait vn an paffé:& que le verrot foit de 
trois à quatre ans, car apres cinq ans il le faut chaftrer, pour 
engraifler. Le temps dela fouer,foit pour porter où pour en- 
graifler,eft au premier quartier de la Lune & iufques à la ple- 
ne,car il n’eft pas bon, non plus qu’en decours, & fer? depuis 
la chandeleuriufques à la my Mars ou peu apres, afin qu'en 
Iuing,luillet & Aouft,voz petits commencent à prendre for 
ce, & foyent druz en Septébre,car les cochons d'hyuer font 
forts à efleuer, & moins naturels que les autres : parce que ce 
beftial eft des plus frilleux, qui eft caufe qu’en beaucoup d’é- 
droits lon leur dreffe eftable, auec la bauge, encor qu'il y ait 
commodité de pierre,chaux,fable & plaftre, gardez aufsique 
le verrot ne hante lès truyes pleines:car il les morderoït, & les 
feroitauorter. Ce beftial eft gourmäd & impatient dela fain, 
principalemét les truyes, quien cefte necefsité ont quelque- 
fois mangé leurs petits, & ceux desautres , mefmes les en- 
fans au bers:qui n’eft petit inconueniét,parquoy faut foigner 
que leur auge ne foit iamais vuide. 

Lo les chaître en decours au renouueau,ou à l'arriere fai- 
fon, & cognoift lon fi le pourceau eft malade quantil penche 
fort l’auralle, &qu'il eft plus lent & pefant que de couftume, 
ou qu'il fztrouue defgoufté. Poureneftre plus certain, fil 
n'apparoift aucun de ces fignes, arrachez luy à côtrepoil vne 
poingnee de foye de für le doz, fi elle eft nette & bläche à la 
racine,il fe porte bien,fi elle eft fanglante,ou autremétta chee 
ileft malade. Or eft il fubieét principalement à la lepre pour 
fa gloutonnie, & falle manger, c’efl pourquoy lonlelangaye, 


o 


D 


Dix verrots 
pour cét truyes. 


Dixhuir coches 
à nourrir à vne 
truye, 


Temps de fouer 
la truye. 


Le porc eft im- 
patient de fain, 
Fruyes mâgeäs 
leurs petits. 
Tiuyes mägent. 
les petits enfans 
aux bers. 
Temps à cha- 
ftrer pourceaux. 
Mal:d e du 
peurceau , à co- 
gnoîiftre. 


epre des pour 
ceaux. 
Laingayerie des 
pOourceaux, 


Pourceau fubiet 
à la pefte & en- 
flure de ratte. 


Defgouttement 
à oft:r, 


Medecines des 
pourceaux. 
Fiebure. 
Catarre. 
Eafleure. 


Galle. 


Manve-:l! 
L 


Caux, 
Soif, 


Soins des beftes 
à laine & profit 
qui en vient. 


LIVRE L 


& que lon le vilite derriere les aureilles quand on les expofe 
en vente aux marchez & aux foires des bonnes villes. Et croy 
encor que c’a cité la raifon pour laquelle noz peres n'en fai- 
foyent ordinaire. 

Encor eft-il fubiect à la douleur & enflure de ratte, & à 
la peite, qui par l’infelicité du temps s'attache pluftoft à van 
corps ord, infect & de mefchante nourriture. 

Au defgouftement lon le faitieufner vn iour & vne nuict 
bien enfermé, & en lieu obfcur pour confommer les hu- 
meurs fuperflues, & le remettre en appetit. 

A la fiebure lon le faigne de la queuë. Et au catarre, & 
enflure de glandes du col, ou encor à la fufpicion de lepre, 
lon le feigne foubs la langue. 

À la douleur & erfleure qui luy vient au temps des fruits, 
quand il yen a quantité, & qu'ilen mange de pourris fon 
fioul , lon luy fait manger de vieilles capres bien deffallees 


parmy le fon & l'eau : & encor force choux tant rouges que 


d'autreS: & luy fait-on vne mangeoire de thamaris. 

À la gaile & enflure des glandes du col, lon le frotte de 
fel battu auec farine de pur fourment. 

S'il a mangé de la hannebanne, que les anciens nomment 
febue de porc, ou de la fegue, lon luy fait boire de la deco- 
étion du cocôbre fauuage bien fort tiede pour le faire vomir, 

Surtout, il le faut bien abbruuer aux iours caniculaires 
& autres bien chauds, & le laiffer touiller & veautrer à fon 
plaifir : car la foif le fait definer. | 


Le Berper. Chap. 20. 


I la meilleure part du profit de la metairie de- 
pend de la nourriture du beftial qui fe fait 
partie des furcrefts, & le mefnager efpargne 
en fes fourrages, criblures , & autres chofes 
qui ne couftent que la peine de les recueillir 
& referrer:ie puis affermer la meilleure & plus fruétueufe 
nourriture de la maifon ruftique, eft des beftes à laine: vray 
qu'il ÿ faut du foing pour les preferuer du froid, du tac, dela 
galle, du fang, & autres inconueniens qui tantoft prennent 
d'vne befte à l’autre : & auoir la peine de les garder aux chäps 
& à la creiche : maisaufsi qu'eft-ce de la tant finguliere & 


DR 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 26 


vtile drapperie qui fe fait partoute l'Europe, queft- ce du 
fourmage de Betune & d’autres endroits, & de la tât delicate 
chair des moutons françoys. Nefe trouuera donc eftrange,fi 
nous enfeignons au pere de famille,que fur tout il entende & 
foit foigneux de fa bergerie plus que d'autre beftial, & face de 
forte, que fon tect aux ouailles foit bien equippé, & couuert 
enhyuer, & fon berger de bonne nature, bien comptable, & 
adroit à plufieurs chofes honeftes : car peu fen trouuent au- 
jourd'huy de ceft eftat [ principalement pres des villes] qui 
par leur defidence & long repos, ne s’adonnent à quelque 
malice pluftoft qu’au bien ou profit de leurs maiftres,en for - 
te que d’iceux, mal moriginez , iournellement voyons venir 
plufieurs larcins,pilleries, voleries, & autres maux infiniz, au 
contraire les premiers bergers d'Egypte & d’ailleurs furétin- Bergers inuen- 
uéteurs de l'aftrologie,art de medecine,mufique, & plufieurs REA 
autres fciéces liberales, iene fçay fi r y dois adioufter l’art mi- HOT 
litaire,les principautez & gouuernement des Royaumes:par- 
ce que bien long tempsils parquoyentaux chäps & viuoyét Meurs des ber- 
foubs la cabanne plufieursannees, obferuants par loyfir le gers anciens 
cours des aftres,les difpofitions des faifons, & par long vfage 
& experience marquansles felicitez & infelicitez du temps, 
en forte que des anciens pafteurs font venuz les gens de fça- 
uoir en tefmoignage des Hieroglyphiques. Il faut doncen 
fomme vn grand foing & aduis à choifir vn bon berger. 

Orrentéds quela bergerie,ainfi que la porcherie, foit pa- 
uce de pierre de grez,ou de liaiz,en pendant fur la court, vers 
la foffe au fumier , ou rofmarin de Beauce, pour l'efgouft des 
vrines, & afsife(comme cy deflus à efté ditvers le Midy : car 
le beftial, quoy qu'il foit bié couuert, eft moult frilleux:par- 
quoy luy faut faire longue eftable, bien baffe, & aflez large. 

L’afsiette des mangeoires, fera enuiron pied & demy au 
deffus de l'aire, & y aura des perches hautes, droites, & affez 
druës, lices contre lefdites mâgeoires pour empefcher que le 
beftial ne paffe au dela de fes rafteliers. : 

Le berger tiendra fes rafteliers, & clayesnettes,lefquelles L'office du ber- 
ilaffeurera bien qu'elles ne puiffent cheoir, & que les belliers 8° 
ne puiflent pafler aux meres,ny les aigneaux trauerfer aux be- 
tes malades. Aura befoing de remettreles aignelets en te fi 
toft qu'ils aurôt elté alaictez, & de laiffer aux aigneaux du fon 
pour les empefcher pendant que les meres ferôt aux champs. 


8 1 


Le berger de 
bonne nature. 


Figure de berge 
rie 


L 


Ouailles frillew 
cs: 


Parc da berger 
en Efé. 


Cure de la ber. 
gerice 


Saifen de todre., 


Maladies des 
brebis. 


Rensne dela 


brebis. 


Brebis pouilleu- 
fe, 


LIVRE L 


Sur l'hyuerilles affouragera des meilleures gerbes de la 
granche, & en raîteler fouuent les effaiz,qui puis apres pour- 
rent feruir de liétiere aux vaches, & aux cheuaux. 

En grand Eftéil fe parquera au milieu des iacheres &c fe- 
ra fes feparations de clayes à la façon de l'eftable, hors mis la 
couuerture, & aux quatre coins de fon parc,afferra fes chiens 
pour guet, & fe logera au milieu d’iceluy parc dans fa cabäne 
de bois qu'il rolleraça & la à mefme qu'il changera de chäp. 

Ne curera fa bergerie qu'vne fois l’annee,qui fera inconti- 
sent apres l'Aouft,ou bien en luillet,quand les tropeaux font 
parquez. Jamais en Autonne ne fur l’'hyuer, car la fiente leur 
{ert de chaleur. Tout aufsi toft le fermier fera porter ce fiens 
aux plus maigres endroits de fes terres, & le lairra effuer Le re- 
fie de l'Efté iufques en O&tobre, qu'il le fera efpädre en chäp 
ou le meflera auec la marne. Et aura cefte difcretion den’en 
mettre en vn mefme endroit que de quatre à cinq ans. 

Le fermier fera tondre fes troupeaux à la premiere canicu 
le du Printemps, fi c’eft en lieu chaleureux & auftral, en lieu 
froid &moins efchauffé enuiro la Magdaleine,iamais en Efté 
ny enhyuer, & n'y fera entendre que depuisles huit heures 
du matin iufquesau midy. Puis aux tondues leur fera pafler 
fur la peau à main fiche de l'huile & du vin meflez enfemble 
pour les reconforter, & fil y a efcorcheure, y faut adioufter 
de la cire fonduë auec du fein doux, cela les guarit & preferue 


delaron gne. 


La brebis eft fubiecte au mal de la rongne, dela toux, de 
fang, qui eft vn extreme mal detefte, & à la pefte. Ces trois 
dernieres maladies font incurables & contagieufes, en forte 
que l’vne d'elles infectee de lvn de ces maux, fait mourirles 
autres. Et alors faudra leur faire changer d’air & d’eftable, & 
cependant curer la leur, & 1araffrefchir de paille bien haute 
& neufue, & parfumer l’eftable par plufeursiours auec thym 
pouliot;mariolaine;baume,coq,bafilic, & autres herbes odo- 
rantes. 

Pour larongne de la brebis faut faire vnguent de poudre 
de fouffre, & de racine de fouchet autant d’vn que d’autre,in- 
corporezauec le blanc rafis,camphre, & dela cire pour en fai 
re vnguent, puis apres en auoir frotté par trois foirs ladite bre 
bis, la faut lauer auec de lefsiue, d’eau de mer, ou faumure, & 
pour le derniere fois aueceau commune. Le mefme remede 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 27 


fert à la brebis pouilleufe, 

A la toux, fi elle dure, faut leur faire boire du matin auec 
le cornet de l'huile d'amande douce, & quelque peu de vin 
blanc, le tout tiede, & leur bailler paille frefche, & leur faire 
manger du pas d’afne: car c’eit voulontiers en la faifon du 
temps nouueau,q ce mal leur prend: & fi c’eft en autre temps, 
on leur pourra offrir quelque peu de fenugrec,concaffé auec 
du cumin, & de la dragee aux cheuaux. 

Pour la courte alaine, faut leur fendre les nazeaux ainfi 
qu'aux cheuaux, ou bien leur coupper l'aureille l'vne apres 
l'autre. 

La morue de la brebis,comme celle du cheual,tient telle- 
ment dans les poulmons, que ny par faigneeny par potions 
elle ne fe peut abattre. Le fingulier remede eft, d’eftouffer la 
belte fi le mal continue deux iours feulement : car les autres 
tant mafles que femelles font friandes de ce qu'elles laiffent 
fur le bord du raftellier, & bien toft apres en prennentle mal. 
Quelques amuletiers,pluftoft que muletiers,difent qu'il leur 
faut pendre au col vn crapaut de vigne encor viuant, & en- 
clos dans vn fachet de toille neufue, & luy laiffer l'efpace de 
neuf iours: autres,qu'il le faut remettre aux herbes, fi c’eft vn 
cheual, & vne brebis en pafturage particulier:rien n’y fait, fi- 
non qu'elles meurent alterees des poulmons, & auec la toux 
de brebis,phthifiques. Autres remedes à ce mal ne fetrou- 
uent, que la voyrie. 

Le fang eft vn eftourdiffement quiles prend vers la gran- 
de canicule, de forte qu’elles tournent,bronchent, & faultent 
fans nulle caufe, & fi vous leur touchez le fronc & les pieds, 
vous les trouuerez en chaleur extreme. A cela faut prompte- 
ment, auec le cornet aguifé, leur incifer la veine qui eft fur le 
nez, & iuftement au milieu d'iceluy, le plus haut que faire fe 
pourra. Soudain la befte s’efuanouït, & tantoft apres reuient 
ou à bien ou à mal, plus toutesfois au dernier qu’au premier. 
Aucuns bergers ont efprouué la faignee de la temple à petite 
quantité, & fen font quelquesfois bien trouuez,comme ceux 
qui à la toux & morfondure leur ont fait aualler vne cuilleree 
d’eau de vie auec du methridat. 

À la pefte n’y a non plus de remede aux beftes qu'aux 


Pour la toux des 
brebis. 


Courte alaine. 


La morue. 


Contagion à 
euiter, 


Pour le fang des 
brebis, 


Pour la pefte 


perfonnes:& croy que ce beftial,ainfi que le pourceau,pour de la brebis. 


la grade feteur de fon ordure,y eft plus fubieét que nul autre: 
g ii] 


Maladies des ai- 
gneaut. 


Gratelle du mé- 
ton, 


Signes de bôüne 
brebis & bellier. 


Camelot depoil 


de cheure, 


LIVRE I. 

mais pour precaution & côtregarde a efté aduifé de fouuent 
parfumer leur creiche auec les herbes odorantes fufdites, 
comme le pouliot,le baulme fauuage, la rue auec des grains 
de geneure: & fouuent leur faire manger parmy leur man- 
geaille du melilot commun, au lieu de franc melilot & de 
montaigne que lon nomme cythifus, & du pouliot fauuage: 
encor eft bon l'origail ou baulme fauuage tant à cela qu'à 
la toux. 

Aufsi eft bon fecourir les agneaux, foit qu'ilsayent la 
fiebure, ou quelque autre maladie: fils font malades, les faut 
feparer de leur mere, & leur donner à boire du lai& de leur 
mere auec autant d’eau du ciel fils ont la fiebure. 

Souuent leur aduient vne rongne & gratelle au menton 4- 
pres auoir mangé des herbes couuertes deroufee. Le remede 
eft prendre de l'hyfope & autant de fel broyez enfemble, & 
en frotter le palais, la langue, & tout le mufeau, puis lauerles 
vlceres de vinaigre, & apres les oingdre de poix liquide auec 
graiffe de pourceau. 

Ie ne veux omettre auät que mettre fin à cetraitté du ber- 
ger,t'enfeigner comme tu cognoiftras la bonté de la brebis & 
du bellier. La brebis eit prifee qui n’à paflé trois ans, quiait 
force laine & molle,non tachee de diuerfes couleurs, & de la- 
quelle la toyfon foit efpefle par tout le corps, principalemét 
à l'entour du col, de la tefte & au ventre: qui ait grands yeux, 
longues tambes & longue quetie. Le bellier eft eftimé beau- 
coup, qui a le corps haut & long, le ventre grand & couuert 
de laine, la queuë longue & de toyfon efpeife, le front large, 
les yeux noirs & plaifans, le dos large, gros tefticules, les au- 
reilles couuertes de laine, bien cornuz & neantmois de peti- 
tes cornes, d'vne couleur, non de diuerfe en aucune partie de 
fon corps. 


Le cheurier. C bap. 21. 


Eaucoup y a de païs en noftre Europe, & 
| particulhicremét en quelques endroits deno- 
| ftre France,qui n’ont commodité ny abon- 
dance de beftial plus grâde que de la cheure, 
AS] de laquelle ils recuaillent laiétages & ce que 

= | fenfuit, fans la commodité de la peau, & du 
poil,mefmes dôt lon fait le camelot en Turquie, & encor fans 


== 
= 


DE LA MAISON /RNWSTIQUE, 28 


la vente des petits en leur faifon qu’ilsequipollent aux meil- Cheureaux bien 
leures viandes, que lorsne fe pourroyenttrouuer. Car c'eft eftimez. 
le temps que les oyfeaux s'apparient, & les groffes beftes font 
en ruift, ou de bien peu de temps en fortent petits, qui ne fe 
doibuent comparer à l’aignelet de cefte mefme faifon:en tef- 
moignage des praéticiens rotiffeurs qui fubtilement entent [a Tromperie des 
queuë d’vn cheureau au quartier de l’aignelet,qui autrement rouffeurs à la 
£e trouue auoir la chair coriace & fade fans aucune delica- £nte des che- 

. ureaur. 
teffe que du lait. 

La cheure fe nourrit quafi de rien, elle broute & fe paift. Nourriture de 
de plus folid: viande que la brebis, & monteen païs plusef- la cheure. 
leué & où le foleil a plus grande force : elle eft de plus grand 
trauail & exercice, & de plus forte & robufte nature. C'eft 
pourquoy les anciens en ont faiét cas,comme encor lon fait 
aux païs de montaignes : nous,fi peu que nous en auons,leur 
donnons eftables & gouuerneurs communs aux ouailles, & 
mettons le bouc à part comme le bellier. 

Et pource que nous fommes diftans & feparez du Lan- Lacheure eft de 
guedoc, de l’Auuergne, & des montaignaux de Sauoye,;auf- grande recomä- 
quels cefte nourriture pour la commodité du païs eft de plus LES Dee pee 
grande recommandation, nous en ferons defcription plus ACTES 
courte,tant pour leur gouuernement,que nous faifons pareil 
à celuy de la befte à l’aine,côme par ce que ces deux beftiaux 
habitent fous van mefme teét & creiche, & ont nourriture 
femblable & quali font trairecs de mefme façon, & conduit- 
tes en mefme troupeau. 

Le cheurier diligentnettoyera tous les iours leur eftable, Office du che- 
& ne fouffrira qu'il y demeure du fiens ou de l'humidité, ou uriere 
qu'il s’y face de la fange, qui font toutes chofes contraires 
aux cheures. Iceluy doit eftre rude, difhicile,diligent, patient, 
alaigre & hardy, & qu'il aille par les rochers, par les deferts, 
par les buiflons : non pas qu'il fuiue fon troupeau commeles 
palteurs d'autre beftial, mais qu'il foit toufiours deuant. Il 
n'en doit auoir en fa garde plus de cinquante, par ce que ce 
beftial eft fot & diffolu, facile à Pefpandre çà & là, contraire 
à la brebis, qui fe contient, & ne donne peine aucune à fon 
pafteur pour fa garde. Il fe donnera garde de les laïfer repai- 
ftre en lieux froids car le froid leur eft fur tout dômageable. 

La bonté de la cheure fe doit eftimer, fi elle a le corps fer- Signes de bon- 
me, grand & leger, le poil efpais, les tetins grans & gros. Le n° cheure, 


LEE VIN EMA. 


L: bouc, bouc aufsi fra de pris fil n’a paflé cinq ans, par ce que faci- 
lement à raifon de fa chaleur excefsiue il enuieilift, qui a le 
corps grand, jambes groffes,le col plein & court,les aureilles 
pendantes & grandes, la tefte petite, le poil noir, efpois, net 
& long. 

Chen uant aux maladies de la cheure,iamais elle n’eft fans 
w'eft sis fiebure. fiebure,de fait à fi la fiebure la laifle quelquefois, elle meurt, 
Maladies des outrelesmaladiesdes brebis aufquelles la cheure eft fubiccte, 
cheures, elle eft affigee principalement de deux, à fçauoir hydropifie 
& enflure apres la portee : Hydropitie luy furuient par trop 
boire d’eau, & alorsil la fautincifer foubs l’efpaule, & tirer 
par la toute l'humidité fuperfluë, & puis guarir la playe auec 
de la poix liquide. Apres qu'elle aura porté , {la matrice eft 
enflee, ou fi l'arriere fais ne feft bien porté,il leur faut faire a- 
ualler vn gräd voirre plein de fort bon vin:Et quant aux au- 
tres maladies il la faudra fecourir de tels remedes qu'ont efté 

dits pour les ouaïlles & brebis. 


Lechenil. Chap. 22. 


V berger tenant aufsi l'eftat du cheurieren 
cefte police rurale, appartient la charge du 
U chenil, tät pource que la necefsité veut qu'il 


no |ait des limiers pour combatre & donnera 
CAE Ÿ fuitteaux loups, & des bracques & barbets 


D pour la quefte de ce qu'il fe prefente quel- 
quesfois par les chäps,ou qui efchappe à l'improuifte és fleu- 
ue ou eftangs,comme pour les dogues defquels le fermier luy 
donne la charge, pour la garde de fa maïfon , defquels y en a 
toufiours vn ou deux, le iour enfermez &lyez, que l’on laif- 
fe [a nuiét voltiger & garder la court pour la defence des lar- 
rons,comme pour eftranger les beftes fauuages qui la nuit fe 
prefentent à la quefte. 

C’eft donc à luy la charge de les nourrir,nettoyer,efpou- 
fer,chaftier,dôpter,apprendre & dreffer à ce qu'il eft befoing 
qu'ils facent, & pour celt effect, le fermier ne luy efpargne le 
gros colin qui fe fait propre poureux à chacune fourneec, fans 
ce qu'il leur viét de furcreft à leur quefte tät domeftique c6- 

Pour obuierà ME Châpeftre.Il aura donc la charge des colicrs d’iceux chiés, 
la rage deschiés. de les faire baigner à la canicule pour peur de la rage, er 
aire 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 29 


faire coucher fraifchement & mollement apres le trauail: 
aufsi de les efieuner pour les faire auides, & prôpts à la quefte 
qu'’ilattendra d’aguet auec fon arbalefte ou piftolet, fi le gt- 
bier fe prefente la part où il fe trouuera. | 

Sera foigneux les guarir quand ils feront malades, fils font 
rongneux;,tigneux,ou affligez d'autres maladies: vfera de fem 
blables remedes quenous auons declaré pour les brebis. 


Le Chartier. Chap. 23. 


TE chartier modefte & patient, & qui bien ai- 
me fes beftes , iamais ne les frappe, mais bien 
Xl 1es accouftume au finglet & fon de fa verge, 
| à fa parole & à fon cry : ne leur faittirerne 
&| trauailler plus qu’elles ne peuuét. Il les eftrille 
ioyeufement les matins, & en efté quelquef- 
fois apres midy : ne les abreuue qu'aux heures, & apres leur 
repos, leur laue fouuent les pieds en efté auec l’eau froide, &c. 
‘ quelquesfois auec le vin, ou lie de vin pour les renforcir, & 
auec Pvrine fils font refoulez, leur mettant pour la nuiét de 
Ja fiente au creux de l’ongle, & fils font efchauffez, ou def- 
gouftez, il leur laue la bouche auec le vinaigre & le fel,ne 
leur baille foing, ne fourrage, paille, auoyne, ne liétiere, que 
bien nettement efpouffez, ne les laiffe deferrer, ny defclouër. 
Et prend foing que leurs traits, fellettes, colliers, brides ou 
autres pieces de leurs hardes & harnas,ne foyent defchirees, 
ny corrompues. Aufsi doit-il fçauoir coudre de fil, fiffelle & 
chef-gros,embourer & reftablir fes flles:brief,il doit enten- 
dre l'eitat du fellier & mefmement du marefchal. Et pource 
n'eftre jamais defgarny de fa bougette & gibbafle pour les 
felles & harnas, & de fa ferriere pour les pieds de fes beftes. 

Doibt bien eftre fongneux de veoir à quoyiltient quand 
l'vn de fes cheuaux cloche,de quel pied, & où le mal refpôd, 
& luy mettre tellesfois du furpoinét, & tellesfois de la fiente 
aux pafturons. Doit bien aufsi aduertir quand la befle fait 
pieds neufs, & lu y faire donner au renouueau la corne quand 
il a la bouche efchauffee : le fera couurir fil toufle : & Fil et 
mortondu au trauail par pluyes & temps fafcheux;,luy faire 
manger du fénegrec, ou anis parmy fa prouende, le changer 
quand il vient fur l’aage : & bien entendre à l'amour que les 
h 


Eftat de fellier 
& marefchal à 
cognoiftre au 
chartier, 


Faire pieds 
neufs. 


Eftables à che- 
uauxàtenir nets 


Sailluredesiu- 
mens.’ 


Eftalon pour 
faillir. 


lumët pour fail 
lir. 


LIN RE: 


cheuaux portent les vnsaux autres, & felonicelle les placer 
en l'eftable : laquelle il doit tous les matins en efté vuider de- 
fiens qu’il n’y en demeure rien, & le foir donner litiere fref- 
che. Faut qu'il coucheenl’eftable pour le danger des mala- 
dies, encheueftremens, & querelles de fes beftes, & qu'ilen- 
tende à bien drefler & pofer fa lumiere hors des dangers en: 
icclle eftable, & à bien referrer & tenir fes harnas equippez 
dés le foir,fi que lendemain retournantaux champs il neluy 
manque rien quand il faudra afteller. S'il y a quelques mules 
ouiumens;il les doit mettre à part, & referuer en autre char- 
roy & labeur. Et fi quelcun de fes cheuaux fe trouue mal, fi 
ce n'eft de lafsitude, refoulure,ou efcorchure;il la doit fepa- 
rer d’auec lesautres. 
C'eftaufsileftat du chartier de gouuerner fon haras & 
fes iumens foigneufement, qu'aucun inconueniét n’en aduié- 
nc,il les mettra pafturer, & enuoyera aux herbes quäd letéps 
y fera propre, ne permettra que les iumens foyent fallies des 
cftalons qu'enuiron la my Mars, à fin qu’en mefme faifon que 
les iumens aurôt efté couuertes & pleines, elles puiffent faci- : 
lement nourrir leurs poulainsayants les herbes tédres & bel- 
les apres les meftiues, car au bout de douze moys elles pouli- 
nent. L'eftalon plus ieune de troisans n’eft bon pour faillir, 
mais peut feruir a ceiufques à vingtans. La iumét porte bien 
à deux ans, afin que quand elle aura troisans, elle puiffe bien 
nourrir fon poulain , apres dixans elle n’y vaut plus rien, car 
d'vne vieille iument les cheuaux font lafches & pefants. L’e- 
ftalon au téps qu'il doit faillir,doit eftre bien nourry, & quäd 
le temps approche, le faut engraifler d'orge & d’orabe, à ce 
qu'il puiffe micux fournir à leur defir, car plus il fera fort deli- 
beré à faillir, d'autant fera il de plus forts poulains. La iument 
de laquelle lon delire auoir de bonne race, doit eftre bien fai- 
te de corps, grande à l’aduenant,ayant beau regard, les flancs 
& la crouppe large, bien nourrie, & qui n’aye delong temps 
trauaillé, ne doit porter que de deux en deux ans, afin qu'elle 
puifle mieux nourrir fon poulain. Quand elle fera pleine, fau- 
dra la bien nourrir,ne la faire trauailler ne courir, ne la laiffer 
à la froïdure, Apres que le poulain fera hors du ventre, onle. 
lairra auec fa mere en vn lieu chaud & fpacieux, afin que le 
froid ne luy nuyfe, ou que la mere le bleffe en lieu eftroit : & 
quand il fera plus fort, on le lairra aller paiftre auec fa mere, 


DE LA MAISON RVSTIQVE.  3o 


afin qu’elle ne fe fafche de ne veoir fon poulain, car commu- 
nement les iumens deuiennent malades d'amour de leurs pe- 
tits, fi elles ne les voyent. Lon dônera bon iugement du pou- 
lain comme au fi du cheual qui à petite tefte, les yeux noirs, 
narines ouuertes,aureilles courtes, & eftroites,le chaignon du 
col large & doux, & non long, les crins efpoix & pendans du 
cofté droi&, poictrine large, ouuerte & fort mufculeufe , les 
efpaules grandes & droiètes, les coftez ronds, l’efchine dou- 
ble, ventre ferré, les couillons pareils & petits,les reins larges 
& auallez, la queuë longue,groffe & crefpuë,les iambes efga- 
les, hautes & droiétes, le genouil rond & petit & non tourné 
dedans, les feffes rondes, les cuiffes groffes & fortes, la corne 
dure & haute, creufe & ronde, & la couronne bien petite par 
deffus,qui eftioyeux,foudain, & doux,car ceux de telle natu- 
re obeïffent facilement & endurent patiemment le labeur. 

Le chartier pareillement doitauoir cognoiffance de l’aa- 
ge de fes cheuaux à fin de lesemployer au labeur felon leur 
force. L’aage des cheuaux fe cognoit,par les pieds,ongles, & 
principalement les dents. Quand le cheual a deux ans & de- 
my, les dents da milieu de deflus & de deffoubs tombent. 
Quand il a quatre ans, les dents que nous difons canines ou 
dents de chien , tombent & y en reuient d’autres. Auant la 
fixiefme annee les groffes dents mafchelieres du deffus tom- 
bent, & la fixiefme annee les premieres tombees retournent, 
Ja feptieme tout eft rempli, & font cauces toutes, & depuis ce 
temps-là on ne peut bonnement cognoiftre combien ils ont 
d’annees : la dixiefme annee les temples fe commencent à 
abaifer & cauer, & quelquesfois les fourcils grifonnent, & 
- les dents croiffent. 

C’eft auf l'eftat du chartier fur tout d’eftre fongneux de 
la fanté de fes cheuaux, parquoy quand il les voit fains, & ce 
neantmoins maigres, il leur baillera du froument rofi, au de 
l'orge pilé double mefure, les frotrera tous les iours partout 
le corps, eftant afleuré que plus leur profite d’eftre fouuent 
maniez & frottez que leur bailler beaucoup à manger. S'ils 
ne peuuent vriner, leur fera boire vn breuuage fait d’vne 
pinte de vin, d’ails pilez, & de dix blanc d'œufs : ou bien du 
ius de choux rouges meflé auec du vin blanc. Cepédant leur 
faut ofter du tout l'auoyne & l'orge, & ne les fuftenter que 
de fourrage & verdure propre, Fil fen recouure fel6 la faifon. 

h 1) 


Signes d’vn bon 
poulain, & aufsi 
cheual, 


Aage des che- 


uaux à cognoi- 
[=] 
Ître. 


Dents de che. 
uaux indices de 
laage. 


Cheuaux mal:- 
des,à traiter. 


Difficulté d’vri- 
ne. 


Mal detefte 


Pour Ia tayeen 
l'œil, 


Oeil chafsieux. 


Les auiues, 
Efcrouelles. 


Squinancie, 


Mal des genci- 
ues & des dents, 


L'ETVRENT K 


Le cruel mal de tefte & rage du cheual,fe guarit par vfage 
frequent d’ache,& de force fon, dans lequel auras menuféde 
fueilles de laiêtue, & des pailles d'orge frefche cueiilie fais-le 
faigner du ceruean ou des temples, ou de tous deux, & l'efta- 
bler en lieu bien obfcur bas & tenebreux. 

Contre la fuffufion ou taye de l'œil eft vn fingulierreme- 
de vn collyre fait du ius de l'herbe terreftre, pillee dans vn 
mortier de bois, ou bien du ius dela graine delierre, ou des 
fueilles, battues & pillees dans vn mortier en ea froide, ou 
pluftoft en vin:& côtinuez ce remede par plufieurs iours foir 
& matin. 

L'œil chafsieux fe guarit par vn collyre fait auecencene, 
myrrhe;amydon & miel fin. 

Le cheual forbeu , ou trop toft apres le grand trauail fans 
eftre promené & deflaffé,engendre les auiues, qui ne different 
gueres des efcrouelles, par ce que tant aux beftes qu'aux per- 
fonnes l’efcrouclle procede de hatrop gräd froideur de l’eau, 
le gofier eftantefchauffé, faut premierement faire fomenta- 
tions chaudes & de chofes propres fur le partie, pour efmou- 
uoir l'humeur, puis appliquer cataplafme compofé de farine 
d'orge,& trois onces de refiné,le tout cuit à perfeétio, en vin 
vermeil bon & puiffant:& quand la matiere fera affemblee & 
prôpte à fuppuration,il faut donner le coup delancette pour 
la faire fortir, puis en la cauité mettre tentes & plumaceaux, 
trempez en eau,huile, & fel. 

La fquinancie,autrement le mal de gofier, & enflure de 14- 
gue, demande premierement fomentation detoutela bouche 
& la langue auec l'eau chaude, puis liniment du fiel,ou amer 
de taureau. Et quant au breuuage, faut prendre huille vieille 
deux liures, vin vieil vn poffon, dans Le tout tu mefleras neuf 
figues graffes,auec neuf teftes de porreaux, deftrempe bien le 
tout enfemble : puis en fais decoétion, à la fin de laquelle de- 
uant la colature tu adioufteras du nitre bié broyé,ce que ver. 
ras eftre neceflaire,du tout bien paffé tu en feras vn breuuage, 
duquel entôneras en la bouche du cheual auec la corne,deux 
fois le iour foir & matin, vn demy feptier pour fois. Pour fon 
manger fais luy prendre de l'orge, ou veffe en verd : ou finon 
de la farine d'orge,dans laquelle tu mefleras du nitre.Si tu luy 
tre du fang, fera du palais en necefsité. 

Le mal des genciues & des dents aduient fouuent au pou- 


DE LA MAISON RYSTIQVE. 31 


Jain quäd il dentit, & alors deftremperas de la croye la meil- 
leure que pourras recouurer, fuit elle de reims,en bié fort vin- 
aigre, & de ce luy en frotteras les mafchoueres par dehors &c 
plus à l’endroit ou il fe refent. 

Le cheual poufsif, c’eft à dire quin’à point fon vent à l’ai- 
fe, & combien qu'il foit picqué, tiré, & fouetté, toutesfois il 
ne veut marcher, mais halette bien fort, & iette foufpirs en a- 
bondance, mefmes en mangeantil ne ceffe de touffer, à grand 
peine peut jamais receuoir guari{on, vray que le mal eftät re- 
cent,comme caufé de poulier ou vent poudreux,ou bien d’a- 
uoirinägé quelque ordure dans fa prouende;le remede pour- 
roit eftre luy tirer fang des harts, & l'en charger à chaut perle 
poictral & fur le dos,ledit fang eftant meflé auec du vin & de 
l'huile d’oliue, apres auoir continué cela cinq iours , les dits 
cinqiowrs fuiuans luy faire tirer par les nazeaux de la lefsiue, 
ou il y ait de l’huille miflionnee, puis lu y baïller ce breuuage, 
feneué bien frit, foufre vif, femence de paradis, autant d'vn 
que d'autre, faits en poudre, de laqueïla tu feras decoëtion en 
hydromel,ou bien en feras compofte bien efpeffe, de laquelle 
tu luy feras prendre tous les matins la groffeur d’vne groffe 
noix dejauge,auec du gros vin vermeïl, mais bô & genereux. 

La toux recognoilt de foy plufieurs caufes,toutesfois cel 
Je qui prouient du coffre,;comme des poumons & parties cir- 
conuoifines, ou bien des autres internes & inferieures nobles 
toutes, & de grande office,n’à point de plus fouuerain reme- 
de que de fendre les nazeaux à la befte, & fi apres cela le mal 
n'en reçoit autre amendement, faire aualler auec la corne vne 
bonne chopine du breuuage fequent : prend fenugrec & fe- 
mence de lin de chacun vn poffon , gomme dragant, oliban, 
myrrhe, de chacun vne once, fücre gruyau d'ers, de chacun 
vne once, letout bien pilé & paffé par le facher, feras infufer 
toute vne nuit en eau chaude, & le iour fuiuant en bailleras a 
la befte, comme dit eft : & ce continueras en y adiouitant vn 
gobelet d'huille rofat , iufques à fin de guarifon : Au furplus 
jamais ne faut tirer fang à la befte, de quelqueendroiït que ce 
foit, mais il fera bon luy bailler & continuer de la gomme de 
dragant,auec de l'huille douce. 

La fiebure du cheual reçoit guarifon par la faignee de la 
veine qui fe trouue au milieu de lacuiffe, quatre doigts, ou 
couiron,au deffoubs du fiege:finon & au defaut d'icelle,de la 

h ii 


Cheual poufsif, 


Pourlatcux du 
cheual. 


Pour la ficbure 
du cheual, 


Côtreles defail- 
lances de cueur. 


LIVRE I 


veine du col versle guarrot : & fi tu vois qu'il ait meftier de 
breuuage, tu efpraindras vne poignee de pourpier, & mefle- 
ras le iusauec la gomme de dragaut, & de l'encens fn, & vn 
peu de rofes de prouins : le tout luy feras prendre auec de 
l'hydromel en petite quantité. 

‘Contre les defaillances & mal de cueur eft bontenir le 
cheual fort chaudement, & luy baïller ce breuuage, myrrhe 
deux onces,gomme dragaut quatre onces, fafran quatre dra- 
gmes, melilot en pouldre vne once, mercuriale vne liure,en- 
cens fin ce qui conuiendra en proportion, le tout meflé en- 
fembie & reduit en pouldre referueras à part pour lvfage,qui 


_féra de deux bonnes cucillerees pour prinfe auec vne chopi- 


Cheual arné, 
Pour le cheual 


trop efchauffé. 


Pour les dou- 
leurs de ventre. 


Pour l’efcorcku 
re du dos, 


Fauniffe, 


Durté de ventre 


ne d'eau, deux cueillerees de miel, & deux goubelets d'huile 
rofat. Cefte potion feruira par plufieurs ioursiufques à ce 
que le cheual fe trouue mieux. Et note que ce bruuage eft 
encor propre aux arnez,& quiontles membres trop roides. 

Au cheual trop efchauffé,tu luy feras aualler auec la cor- 
ne,en hyuertrois onces d'huile auec vne chopine de vin ver- 
meil, & en Efté deux onces d'huile feulement auec la quan- 
tité de vin telle que deflus. 

Aux douleurs de ventre, que lon nomme les ventrees, tu 
prendras femence de rue fauuage, ou de iardins, & la pileras 
bien fort, & auec du vin chaut luy en feras breuuage. C’eft 
chofe approuuce de prendre cinq ou neuf cantharides entie- 
res, & les enueloper dans vn linge, lequel tu appliqueras con- 
tre la cuiffe du cheual : & comme que ce foit, luy feras tenir 
quelque téps,cela prouoque l’vrine : mais garde-toy bien de 
luy en faire prédreen poudre;ny en clyftere ny en breuuage. 

A l’efcorchure du dos recente, pren deux gros oignons, 
& en fais decoétion en eau bouillante, puis tout chaud tant 
que le cheual le pourra endurer, tu les appliqueras fur le mal, 
toute l’enflure fe partira en vnenuiét. Autrement, prens du 
fel en pouldre, & le deftrempe auec du fort vinaigre,en y ad- 
iouftant vn moyau d'œuf, & de ce tout enfemble tu en frot- 
teras la partie, & tu en verras l'experience. 

* La jauniffe a pour fingulier remede le bruuage que fen- 
fuit : Pren femence de panais, & d’ache de chacun vne liure, 
fais le tout bouillirauec des lapins & du bon miel, & du tout 
bien parcoulé,fais-luy prendre chopine huict iours fuiuans. 

La durté du ventre fe guarit par bruuage & clyftere. Le 


DE LA MAISON/RVSTIQUE. 32 


breuuage fera tel, baillez-luy ordinairement de la poudre de 
rue fauuage,auec la feméce dicelle deftrépee en bon vin ver- 
meil:ou bien prens racine deflambe iaulne,auec femence d’a- 
nis & opopauax:& de ce tout enfemble pilé fort menu,en fe- 
ras trois prifes;auec trois onces de bon vin vermeil, & autant 
d'huile d’olif, l’efpace de trois iours : En.clyflere tu luy met- 
tras ius de flambes deflayé en trois liures de decoction de 
mauues, & poiree, & dans le tout adioufteras nitre & fente 
de pigeon, de chacun vne once, huile de laurier, & derue,de 
chacü trois onces. Apres qu'il aura receu le clyftere,il le faut 
longuement & doucement pourmener. Quelques veteruiai- 
res ont experimenté à ce mal la fiente de lieure, auec neuf 
cuillerces de miel, & quinze grains de poiure rond,de ce tout 
en faire breuuage, qui fera pris auec la decoétion de poix ci- 
ches ou choux rouges. 

Pour la hargne & rupture lon tient qu'il n’y a rien fi fou- 
uerain que prendre feptonces cendre de farment, ou d'orme 
auec trois onces d’huile d'oliue, efchalottes broyees, fept en 
nombre,miel trois onces,beurre frais, & fuif de cheureau de 
chacun vne once;ius de plantain trois onces auec du vin bläc 
vieil,ou de la decoctiô de poix ciches, cela féruira pour trois 
prifes à iours fuiuants. à 

Pour la galle faut tirer du fang des parties cGuenables fe- 
Jon Pendroit ou le mal eft,pour purge côuenable & fufffante 
fera bon d'vfer de la poudre de racine de concombre fauua- 
ge,meflce aucc du nitre & baillee à la corne,;auec du vin bläc, 
Je medicament fouuent prefenté,purge les humeurs mauuai- 
fes pour remede exterieur,prend foufre vif,poix graffe,bitui- 
ne de Judee nommé afphaltum mefle le tout, & le diffous en 
beurre frais-falé: de ceft vnguent tu feras frotter Ja befte par 
tout le corps,au plus chaud du foleil, & à plufieurs perfonnes 
& longuemét.Si mieux tu n’aimes fort vinaigre demy-feptier 
poix-refine quatre onces,poix de cedre ou de gomme, d'ice- 
Juy quatre onces, mefle le tout bien enfemble en vnguent, a- 
uec de l’vrine d'homme & eau tiede, y adiouftant fein doux 
& huile vieil de chacun trois onces, fais en liniment ou cero- 
me, fil ne te femble meilleur le lauer par tout,ou bien fomen- 
ter aucc l'urine & l’eau tiede,puis paffer ton liniment par def 
fus, l'herbe appellee chododaphne cuitteen huile,ïentens les 
fucilles feulement, eft vn remede bien exquis à cemal, en y 


‘Pour la hargne, 


Pour lagaile. 


Colique du che 
wa. 


Cheual clochäit. 


Tumeursinue- 
térees. 


Contre les vers 
lumbrics. 


Contrela cou- 
rance. 


LIVRETL 


adiouftant de la poix graffe, du vinaigre, & de la cire: & aye 
fouuenance en toute friction ou bien onction que tu feras, de 
frotter toufiours la befte à contrepoil. 

Quand le cheual fe fent mal d'auoir mangé mauuais foin 
ouauoinc,tu luy feras ce breuuage, prendras la taye du dedäs 
deiufier de trois poulets, & les feras bien feicher au four, puis 
les pulueriferas aucc demie once de poyure, & quatre cucille- 
rees de miel, & vne once de poudre d’encens fin, fais luy prc- 
dre ce remede auec chopine de vin tiede. 

Contre la colique,cabaret fucille & racine, perfil, fenoil, 
de chacun vneonce,poyure noir deux onces,mairubium vne 
once,garderobe demie once, miel fin vn poffon, cuys bien & 
efcume le tout enfemble, & en fais trochifques en groffeur de 
noix aueleines, & auec vn demy-feptier de bonvin tu en feras 


prédre à la befte en façon de breuuage. Et leiour que la coli- 


que le tient, tu pileras trois ou quatre cueillerees & démie fe- 
mence de fenoil, & luy feras aualler promptemét auec le vin: 
& le couuriras fort,pour le faire fuer. 

Pour le cheual qui cloche à caufe des nerfs refoulez,pren 
fuif de bouc vne liure,molibdene demie liure,refine vneliure 
couperofe demie liure, fais en vnguent. 

Et pour le genoil enflé, pren chopine de fort vinaigre, däs 
lequel tu deftréperas vn peu de fel, cuyure bruflé demie liure 
fynople ce qui fera propre & neceflaire. 

Aux tumeurs dures & inueterees fais ce cerome,galbane 
deux onces, refine vneliure,ammoniac demie liure,poix noi- 
reautant,cire vneliure, huile autant qu'il faudra pour incor- 
porer le tout en bonne façon. 

Côtreles vers & lumbricz fais cédre de bois d’oliuier,ou 
poudre d’aluine feiche auec la graine & de lupins cruds & de 
cétauree autant d’vn que d'autre, auec deux onces de femen- 
ce de raphane,corne de cerfvne once : & auec vin blanc, fer- 
uira à prendre à trois fois, le iour fuiuant les trois que deflus, 
tu luy feras cliftere de decoction d'aluyne & de ruë,y mettât 
au pafler deux amers de beuf, & vne once d’aloé, 

Contre le flux de ventre que lon nomme la courance,fert 
beaucoup le breuuage fait de poudre de galles, auec vin ver- 
meil & farine d’amydon deftrempez enfemble: ou bien fi le 
flux aduient par morfondure, baillez de foupes trempeesen 
vin vermeil doux & eau rofe:.& luy frottezles reins & le vé- 

tre 


DE LA MAISON RVSTIQVE. #% 


tre auec du vin vérmeil, de l’huilerofat, & quelque peu de 
fel. 

Pour le flux de fang par le fourreau, fais tirer du fang à la 
befte, dela veine des harts, puis fais decoétion de froument 
auec fain doux & poudre d'efcorce de grenade feiche, & le 
tout pafferas pour en faire breuuage & luy donnerastousles 
matins, fans le faire aucunement trauailler : pareïllement feras 
cataplafme fur le dos & füurles reins auec de la centinode,du 
bol d’armenie, & du fang de la befte meflez enfemble auec du 
fort vinaigre, ou gros vin vermeil, qui peut encor feruir & 
profiter aux errenez & eflancez. 

Le cheual quelquesfois en mangeant fon foin, à deuoré 
quelque befte venimeufe, comme fcorpion, araigne,efcargot 
que lon nomme buprefte, lors il le faut faire courir iufques à 
fuer, puis haftiuement lu y tirer du fang du palaiz,lequel aufsi 
toit qu'il fera tiré, luy ferasaualler tout chaut à mefure qu'il 
fortira : pour viande, tu luy feras prendre porreaux & frou- 
ment cuits enfemble. 

Pour la morfure de vipere, vaut beaucoup vn coq tout 
vifouuert par le milieu du corps, & chaudemét appliqué fur 
la playe, puis tout foubdain, vn breuuage de poudre de racine 
de flambe jaune, auec du fort vin & du fel : ou bien la recine, 
fucille & fruit de la couleuree mifesen cendre & beuë auec 
de bon vin. 

La morfüure du chien enragé à pour fingulier remede auât 
les neuf iours la leur de fainét foin bruflee & meflec,auec du 
vieil oingt,appliquee fur la playe, ou bien la piler auee le vin 
blanc vieil, & la luy faire boire. Auffi la racine d’efglätier m1- 
fe en poudre fur la playe, ou luy faire aualler, auec bon vin 
vieil. Item graine de fufeau ou ius des fucilles d’iceluy. 

La fiente de poulle, auallee par fortune apporte des tren- 
chees au cheual,à quoy pren ache vieil, & en feiche deux on- 
ces, & les luy faits boire auec du vin & du miel : puisle pro- 
meineiufques à ce que le ventre luy brouifle, & qu'il facela 
premiere cgeflion. 

Plus ampletraitté & curation des maladies des cheuaux, 
pourras trouuer à la Veterinaire de P. Vegéce, queï'ay tra- 
duit,ou pluftoft Paraphrafté, de Latin en François, combien 
qu'vn Bernard du Poy-monclar fen foit attribué l'honneur. 

[ Sic vos non vobis vellera fertis oues. | 


Flux de fang, 


Contre le venin 
deuoré, 


Contre morfure 
de vipere. 


Côtre morfure 
du chié enragé. 


Veterinaire de 
P. Vegece, tra- 
duitte par l’au 
thcur de celiure 


Lai& d’afnefe 
fingulier pour 
les tabides. 


Reposrend l'af- 
ne pareffeux. 


Maladies de 
l'afne. 


LIVRE I. 

L_Afne. Chap." 24. 
Ombien que l'afne foit vn beftial vil & con- 
temptible, toutesfois il eft tref-neceffaire 
en toute maifon champaiftre, parce qu'il tra- 
uaille & fait de la befongne neceffaire plus 
\ qu'iln'eft grand & corpulent:comme a tour- 

ner la meule & moudre Je bled, porter le bled 
au moulin, & plufieurs vtenfiles à la ville & rapporter fur fon 
dos, labourer la terre legere & non gueres forte à labourer, 
tirer des chariots qui ne font pas trop chargez: fansla com- 
modité du laiét d’afneffe, qui eft vn fouuerain remede pour 
les tabides & autres maladies femblables. Parquoy le bon 
pere de famille luy doit donner vn gouuerneur, lequel tou- 
tesfois ne pouuoitauoir beaucoup de peine à le traiter, car il 
cft aife & facile à entretenir : il fe contente de peu de pañture, 
& telle que lon veut: on le nourrit de fucilles, d’efpines, de 
chardons, on l’engraiffe de pailles & feurres que lon trouue 
communément prefqu’en tout païs:1l n’empire point pour 
eftre mal penfé & traitté de celuy qui l'aura en garde :1l en- 
dure aifement les coups & la faim, & n’eft facile à tomber 
malade : toutesfois l’afnier fera foigneux de faire faillir l'af- 
neffe en temps opportun, à fçauoir,à la my Iuing, & non auât 
trois ans iufques à dix, & alors doit foulager l’afneffe pour le 
regard de fon fruit, au contraire ne laiffer aucunement le 
mafle fans trauail, par ce 4 trop grand repos le réd pareffeux. 
Fera nourrir le petit afnon du laiét de fa mere iufques à deux 
ans,ou bien du laiét de iument à fin que ce foit quelque chofe 
de meilleur:ne fera trauailler l’afnon auant l'aage de trois ans. 
Bref fera curieux de les guarir quädils ferôt malades(iaçoit q 
côme il a efté dit ce beftial n’eft pas beaucoup fubieét à mala- 
dies) &vfera de femblablesremedes qu'aux cheuaux malades. 


Le Malerier. Chap. 25. 


Ÿ/1 fa nourriture, que pour fonaife. Parquoy, 
encor qu'à vn befoin il fe puifle paffer de 
|mulets, ayant commodité de cheuaux pour 
4 fe faire porter à la ville & autres lieux où fes 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 34 


affaires l'appelleront, toutesfois les mulets luy font aucune- 
ment neceflaires pour fon aife, foit qu'il ne vueille vfer de 
cheuaux mais de mulets pour aller plus doucement, foit que 
par fa vicilleffe ou male fanté de fon corps, il ne puiffe endu- 
rer le trauail du cheual, mais foit contraint de fe faire porter 
en lictiere. l’adioufteray de furcroift qu’en d’aucuns païs, cô- 
meen Auucrgne, pour la rarité de cheuaux & beufs, les imu- 
lets font en grand pris, & lon vfe d'iceux pour labourer la 
terre, trauailler & faire autres chofes neceffaires à la commo- 
dité & entretenement de la maifon ruftique. 

Le gouucrnement & charge des mulets eft pareille à celle 
des cheuaux, tant pour leur nourriture, pafture, harnas, que 
gucrifon des maladies aufquelles ils font fubieéts, ainfi en fe- 
rons plus courte defcription, & laifferons l’entiere cognoif- 
fance de la nourriture & traittement de ce beftial aux Auuer- 
gnacs, aufquels pour la cômodité du païs il eft de plus gran- 
de recoômandation:toutesfois pour en parler fommairement, 
le muletier ne doit point feulement eftre foigneux de la bon- 
ne nourriture de fes mulets,mais aufsi de tirer du profit d’eux 
tant pour le feruice de fon maïitre, que pour l'augmentation 
de fon bien. Le profit que lon peuttirer d'eux confifte prin- 
cipalement en beaux haras, parquoy le muletier doit cher- 
cher & choifir vn bon & beau mafle, & parcillement vne fe- 
melle pour en porter: car fils ne font tous deux bien difpos, 
ce qui en viendrane fera rien qui vaille : &: combien que les 
mules & mulets foyentengendrez d’afne en jument, ou de 
cheual en afneffe, toutesfois les meilleurs font ceux de l’afne 
en la iument : car ceux qui font d’vn cheual & d’vne afnefle, 
jaçoit qu'ils portent ie nom de leur pere, c’eft à fçauoir, mu- 
lets cheualins, toutesfois refemblent du tout à leurs meres. 
Parquoy le meilleur eft pour auoir des beaux mulcts, faire 
vneafhne eftalon,qui foit beau & de bonne race & bien expe- 
rimenté.Il le faut choifir grand de corpuléce,le col puiffant, 
Jes coftes fortes & larges,la poiétrine ouuerte & mufculeufe, 
les cuifles charnues, les jambes trouflees, noir de couleur ou 
moufcheté: car communément les afnes font de poil de fou- 
ris : mais ce poil n’eft plaifant en vne mulle: la jument doit 
eftre au deffous de dix ans, grande & belle, & bien membrue, 
à fin qu'elle recoiue & porte facilement la femence difcor- 
dante à fon ventre, & d'autre efpece qu’elle n’eft : & qu'elle 

125 


Le profit du 


mulet, 


Mulets d’Au- 


uergnc, 


Diuerfité de la 
generation des 
mules& mulets, 


Eftalon, 


Beauté d’eftals, 


LIVRE DyYDENXEA MAIS RVS"T. 


donne à fon fruit non feulement les dons du corps,mais aufsi 
de l'efprit:le petit demeure au ventre de fa mere douze mois, 

lequel forty doit eftre traitté à la façon des petits poulains. 
Maladies des Le mulet eft fubiect à mefmes maladies que le cheual, 
mules & malets comme dict eft:toutesfois ie ne vueil oublier quelques mala- 
dies particulieres à ce beftial;defquelles fenfuiuent les reme- 
Fiebure. des, Au mulet qui a la fiebure, faut bailler des choux cruds. 
Difüculté d'a Quandil foufpire fouuent & a l’aleine courte,le faut faigner, 
leine. puis luy faire aualler trois demy fextiers de vin auec demie 
once d'huile & d’encens, & du ius de marrubeenuiron trois 
Galles aux pa- poflons.S'ila les mulles & galles aux pafturons,il faudra met 
fturons. tre deffus de la farine d'orge, & ouurir apoftume fi aucune 
Maigreur. ya. On luy ofte la maigreur & langueur par breuuages fre- 
quents d’vne demie once de foulfre batu, vn œuf crud, & le 

poids d’vn drachme de myrrhe auec du vin, ce mef- 
me remede eft bon à la douleur du ven- 


Æouxe 6 tre & à latoux. S'il eft laffé & ef- 
RE | chauffé, on luy iette de la 
LPC graiffe dans la gorge, 
chauffaifon. ES 
& du vin. 


Fin du premier liure de la mai[on 


Rusfique. 


PPS SMEONTREE 


LES IARDINS. 


L'afsiette > pourpris des iardins, tant 
potager que parterre. 


CAP; AE 


AINTENANT eft befoing qu’enten- 
dions à la defcription dela culture, & 
labeur dela terre, apres auoir difcouru 


pris de la ferme,office du pere de famil- 
le,du fermier & defes gés, & generale- 
mét de ce qui concernele profit du be- 

ftial. Nous commencerons donc fuiuit 
l'ordre cy deuant propofé à defcrire les iardihs, en premier 
lieu le jardin potager, lequel à efté diuifé & dreffé à cofté du 
parterre, feparé d’aueciceluy, par le moyen d’vne gräde allee 
de trois toyfes de large, ayantle puys, oules conduits dela 
fontaine au milieu [ fi vous n’auez la commodité de faire vn 
puys particulier au milieu de chacun iardin | & encor d’vne 
haye vifue bien efpefle, qui pourra auoir trois entrees , l’vne 
vers le baftimét, l'autre à l'endroit du puys, ou de la fontaine, 
& l’autre contrela clofture du verger.Et fera plantee de cou- 
dres, grofeliers blancs & rouges,poifuries, framboy fiers, ef- 
glantiers,ronces, cheurefenil,viornes,houffeaux,fuzeaux en- 
tremeflez par voye d'aubepins, pémmiers fauuages, & de pa- 
radis,cormiers,neffliers & trocfnes, car il faut qu'elle foit plus 
i iij 


ce qu’appartient au baftiment, & pour- ‘ 


Haye vifue. 


LIVRET. 


efpeffe & de plus grande defence que l’autre, pour le danger 
du beftial efchappé, qui peut plus faire de dommageau pro- 
fit,qu’au plaifir de fon maiftre. 

Pente desiar- La fituation des iardins deffufdits, pour la commodité 
CIE de leur labeur,doit eftre vn peu à pente pourla cheute & de- 
fcente des caux du ciel, & duius du fumier qui toufiours cou 
lera en bas le long des allees par les pluyes,& amédera le gue- 
ret : & à cofté de chacun d’iceux jardins, dans le pourpris du 
baftimét & clofture, fi faire fe peut,tiendront deux autresiar- 

dins feparez par autres hayes, & grand chemin entre deux. 
Chemin es iar. Sçauoir eft du cofté du jardin potager, vn jardin particulier 
dins, aux chanures, lin, faffran, paitel & autres chofes de mefnage 
& profit que requiert fa particuliere culture: & du cofté du 
parterre vnautre jardin aux legumes,comme poix,febues,vef 


fes, riz, paniz, millet, qui féruent grandement à la nourriture 
de la famille. 


Quel doit effre le terroir cr labourage des 
sardins. Chap. 2. 


À terre du iardin doit eftre amendee vn an a- 
uant qu’eftre befchee pour y femer, & apres 
:eftre befchee & fumee de rechef, ou marnee, 
lil la faut laiffer raffeoir & prendre fon fien & 
fe marne, & quant à la nature & bonté d'icel- 


le,elle ne vaut rien argilleufe,croyeufe, ny fa- 
=] blôneufe,mais doit eitre grafle au manier,nOi- 
re en couleur, & qui fefmye aifément en la frayant, & re- 
muant aux doigts. 


La forme des bayes des jardins. 
Chap. 3. 


Æÿ À haye vifuc feparant le potager d’auec le par- 
| terre, veut eftre plantee, & dreffee des plantes 
fufdites au moys de Nouembre, & au commeé- 
"Y cement d'Octobre, fort befchee & amandeeen 
pied, couppee par laracine, & efmondee tous 
les ans pour l'arrondir, & efpefsir, & faut laifler grofsir &c 


QE 74 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 36 


monter amont les arbres par voye pour feruir de pieux, & de 
perches à treille, & le plus d’ormeaux que pourrez mettre en 
voftre haye, & auxautres qui fepareront le mefhager, & les 
legumes fera le meilleur, pour fagottage tous les ans à fin de 
les faire grofsir , & aufsi pour le marrain de vos charrues & 
autres harnas. 


Des treilles du iardin potager. 
Chap. 4. 


7 Out ainfi que le parterre fera circuy de ber- 
5 ceaux couuerts de ioffemin , feau noftre da- 
CR me,rofes mufquees, & autres fingularitez, 
LAN aufsi fera le iardin potager entouré de treil- 
) Kaesrll les, de ieune bourdelats,ou du meilleur com- 
plant du païs, pour le verius de la prouifion 
& profit du mefnage. ; 
La façon des treilles, fera en forme d’auuent (car les ber- Façon de treilles 
ceaux couftent trop à entretenir) à fin de dreffer quelques 
couches par deffoubs, ou quelque planche d'herbes, qui ne 
demande grand folage , en y laiffanttoutesfois vne allee de 
trois pieds de coufté & d'autre pour le labeur dela treille, & 
faudra mettre les meilleurs & plus gros complants à la veuë 
du midy : & neles tailler fi long que le bois ne puifle grofsir: 
car il n’eft que le bon pied & gros pour faire beau fruit, ne 
doit eftre la treille fi drue ny efpeffe: & la faut monter de neuf 
tout les cinq annees, & rafraichir & relier tous les ans du bois 
de voftre faulfaye & ozcraye, ou de geneure de voftre ga- 
rene. Ne liez eftroit les perches de la treille ny les feps mef- 
mes contre vos arbres de la haye qui feruiront de pieux, car 
le lien entreroit dans l'efcorce quand ils grofsiroyent & leur 1 isure des per- 
feroittort. Et n'oubliez à fumer & defchauffer vos feps en ches de latreille 
hyuer & marquetter le ieune bois,pour en faire du complant 
à reuendre, & pour toufiours la mieux peupler,ne cueillez les 
grappes trop meures,ne trop vertes,ne quand il pleut. Au de-  Labeur de la 
meurant le labeur de latreillecft pareil à celuy de la vigne, nor pareil à 
& feroit chofe fuperflue d’en traitter plus longuemët en ceft 7 ane 
endroit. Parquoy faudra auoir recours au gouuernement de 
la vigne qui fera cy apres declairé. 


L'ONVER EE TIE, 
Le labour du iardin potager. Chap. $. 


| V'antau labour du jardin potager, ou de mef- 
NA] nage, lon en doit faire la premiere façon en No- 
| uembre,apres toutesfois qu’il aura ou an ou de- 
Toute terre par my an deuant eftre fumé, & bien engraiffé: car 
longue iachere 2] 11 n°y à {1 bonne terre quine famaigrifle, & def- 
famaigrift. chee en longue iachere. Parquoy faut que le friche qu’aurez 
dedié à voz iardins, foit premierement efpierré , puis befché 
en vif fons, & les mefchätes herbes extirpees iufques au bout 
Cendres faites des racines, defquelles la bonne mefnagere pourra faire bon- 
d'herbes, nes cendres. Puis amédé de menu fiens de vache & de cheual 
bien meflé,bien pourry, & longuement repofé. Pour la fecô- 
de façon fera labouré à la houë, de bout à autre : & en labou- 
rât meflerez tresbien le fiens ou la marne parmy la terre.Pour 
la tierce façon fera efmotté, fait vny, & raftelé en platte- for- 
me, & du dos du ratteau en paffant , ferez le deffaing de voz 
planches, & des chemins entreicelles filongs & fi larges que 
faire pourrez,felon le pourpris & capacité de voftre heu. Et 
faut obferuer que vous puifsiez aiamber & eftendre voz bras 
de cofté à autre de la largeur de voz planches: & quant voz 
chemins d’entre celles aurôt deux pieds de largeur, fera bien 
affez:car de plus n'eft que terre perduë, 


La difpofition des planches du iardin potager. 
Chap. 6. 


— Ous difpoferez voz planches au milieu de vo- 


rs #1 ftre rardin, en forte que celle des naueaux aye 
Patiais ë le plus d'efpace, & apres celle des choux, 1oi- 

4 goant lefquelles en ferez deux, l’vne pourles 
Res, | deux fortes de raues, apres lefquelles pläches, 


ferez vn chemin de trois pieds de largeur, a- 
pres lequel vous drefferez autres planches particulieres, pour: 
Jes efpinars,poiree,arroches,roquette,perfil, & ozeïlle. 

Efpinars, Puis ferez encor vn chemin large d’autres trois pieds : & 

Porreaux & ci- ei à É £ 
re au dela d’iceluy efquarrirez vne pläche pour les porreaux, & 
Oignons &ci- Ciuots: & joignant icelle, deux autres pour les oignons & ci- 
boulles. boulles, & pour les ails,efchalottes,& panaiz. Au dela de ces 


planches 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 37 
planches drefferez vn grand chemin detroïs pieds & demy':& 
apres iceluy ferez plufieurs plâches de bouitteures, tant pour 
la referue du jardin d'odeurs, comme pour voz hayes : & en- 
cor pour les potages d’hyuer. Etfera bon drefler à cefte fin 
vne planche de fauge, & vne autre d'hyffope, aufsi vne de 
thym, & vne de mariolaine,;autre de lauande, & autre de rof- 
marin,auronce & menu cipres, encor vne de farriette & hy{- 
fope,de coft,de bafiliq, afpic, baume, pouliot, & vne de ca- 
momille pour faire les fieges & labyrinthes que lon nomme 
dedalus. 

Sera bon aufsi pour lesnecefsitezf car la fermiere doiten- 
tédre plufieurs remedes pour les maladies, & ne faut doubter 
quen’ayons apris beaucoup deremedes par les femmes | ef- 
quarrir fur le bas du iardin potager, pres la muraille du clos 
fruitier, aucunes planches pour les herbes medecinales,com- 
me valeriane,millefueil,efpargoutte, armoyfe, cabaret, iom- 
barde,patience,mercuriale,paritoire, & autres femblables. 


L'afsiette des couches du iardin potager. 
Chap. 7. 


- L'endroit ou donne le foleil de midy, vous 
x! drefferez voz couches moyennement hautes, 
Hi bien entremeflees de terre & de fiens de che- 
S ual, &les lairrez repofer quelque tempsauant 
qd'y rien femer.En l’vne defquelles planches 


voftre graine de laiètue, & de pourpierf car elles viénent auf- 
fi toft de Mars que de Feburier ] pour les replanter en leurs 
planches, quât elle ferôt hautes de demy doigt.En cefte mef- 
me couche vous pourrez mettre graine de pipinelle,corne de 
cerf, & trippe-madame,auec ozeille d’ägleterre, & autres for- 
tes pour les falades,le tout efpez & pcfle-mcfle pour les met- 
tre fepareement, & au large quand elles feront leuces. 
Entédez tresbié i voz graines qu'elles ne foyét trop vicil- 
les efuätees,mouillees,/moyfies ou entichees, & aux borts de 
cefte couche à la largeur de deux palmes,femerezlartichaud, 
Vous ferez aufsi vne planche pour les herbes fines quien 
hyuer feruét fciches aux potages, & de bouttures pour le iar- 
din à fleurs, comme font le baume franc,le bafilica, le coff, le 
thym,l'hyffope, la farriette,la mariolaine & la fauge. 


Sauge & hy£ 
fope. 


Labyrinthes,ou 
d 


«dalus. 


Herbes medeci- 
nales. 


Grainede lai- 


Que, 


Ele&:16 des grai- 
nes. 


Hérbes fines. 


Graines diffci- 


Îles à faire venir. 


Cencombres & 
citrouilles. 


_Melons. 


Vertu du croif- 
fant de la lune. 


L'IVRETE 

Encor fera bon en faire vne pour femer les graines de ci- 
trons, orenges, limons, poufilles, grenades, lauriers,myrtes, 
dattes: & puis qu'ils font difficiles à faire venir en cefte part 
par ce que l'air n’y eft marinnefi propre, & faut bien aduifer 
en les plantant , ou femant, que Jon mette le plus petit bout 
à mont, & que lon ne les affee de plat: & quand les citrons 
& les femblables femences feront venus & leuez, il les faut 
tranfplanter en cafles qui fe puiffent rouler çà & là, pour les 
defendre de trop grand chaud & froid, & les couurir & mi- 
gnarder felon les faifons, comme fera dit cy apres. 

En vne autre couche, qui fera bien longue, & vers les 
hayes vifues & les treilles, vous y femerez de concombres, 
citrouilles, & courges longues, & rondes. | 

En la quarte, lougue & eftroitte comme la precedente 
[parce qu'il les faut fouuent arroufer & mettre de l’eau en . 
pied | femez-y des melons de plufieurs fortes. 

Et pour le danger des volailles & oyfeaux, iettez des ef- 
pines affez drues fur voz couches, & fielles font femees en 
croiffant de la lune de Feburier, pour les hafter, voire encor 
que ce foit en Mars,efpandez fur les efpines, de la paille affez 
claire, & la faites plus drue pour le danger des gelees,lefquel- 
les fi vous fentez eftre fortes,comme il aduient quelques an- 
necs, mettez au lieu de paille, des vicilles nattes ou des gluits 
entiers, de forte qu’ils ne poifent fur la terre, & ne puiffent 
greuer ce qui leuera. Et ce que voudrez qui demeure für vos 
couches, comme leconcombre, melon, & autres fruits, fe. 
parez-lemoyennement, & l’arroufez fouuent d’eauticdie au 
foleil, & tirce de long temps deuant, & repofec en l’auge ou 
tonneau qui eft pres du puys:toutesfois que toutes herbes & 
fruits de potages que lon met fur couches amendent fort au 
replanter: ce que lon fait aufsi pour les affranchir, & rendre 
leur faueur meilleure. 


Le temps de femer le potager. Chap. #8. 


Outes graines defquelles le jardin potager eft 
fourny , fe doiuent femer en croïffant, depuis 
{le premier iour iufques au fixiefme, celles qui 
font femeesen decours ou elles font tardiues, 
ouellesne valét rien, fans ce qu'encor que vous 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 38 


femez en croiffant, il aduient quelquesfois que combien que 
vos graines foyent graffes,groffes, & qui facent la farine blan 
che, & ne foyentaucunement corrompues & endommagees, 
toutesfois quelque mauuaife conftellation[ que les 1ardiniers 
nomment cours du ciel |empefche qu'elles ne profitent & 
puiflent croiitre. ni 

Si lon veut femer graines en Efté, faut que ce foit fur le 
croiflant de Juillet, & d’Aouft, & en Automne fur les mois 
de Septembre & d'Octobre, & comme aufsi en renouueau 
en Feburier & en Mars. 

Les choux & efpinars de toutes fortes, la cichoree blan- 
che, les aux, porreaux,& oignons fe fement en Automne, & 
endurent l'hyuer. 

Les naueaux, raues, refforts, paftenades, carottes, perfil, 
fenouil, & autres herbes dont la racine eft bonne aux pota- 
ges, fe fement en Iuillet és païs chauds, & en Aouft és païs 
mediocres, & en Septembre és païs froids. 

La laiétue, ozcille, pourpier, corne de cerf, trippe ma da- 
me, poiree ou bette, & autres herbes tendres, & encor les ar- 
tichauds, fe lement en printemps, & le plus fouuent aufsi toft 
viennent celles de Mars, & d’Apuril,que de Feburier,felon la 

diuerfité du temps. 


Planter, replanter, cueillir é9° garder les herbes 
potageres. Chap. 9. 


On tranfplante les herbes pour lesaffrächir, 
| & faire plusgrandes:& ce fait-on,ou de plan- 
| che en planche, où de couche en couche, 
| quand elles ont quatre ou cinq fucilles hors 
di de terre, & ce peut lon faire en toutes faifons, 
mais que le temps foit humide, & pluuieux: 
& les doit-on mettreen terre bien fournie, & graffe, fans au- 
tre amendement de fiens.Si le temps n’eft pluuieux, il faut les 
arroufer apres qu'elles feront miles en terre affez auant, & à 
d’aucunes faut trancher les bouts des racines & les planter au 
large, à fin que lon les puiffe farcler & ferfouïr quand be- 
foing fera. 
Les boutteures pour le iardin d’odeurs, fe forit aufsi en 
y 


Cours du ciel, 


Semer graines 
en Efté, 


Herbes tendres 


Tranfplitation. 


Humidité du 
téps à obferuer, 


Boutteurés. 


Sarclemét d'her 
bes. 


Serfouyment. 


Cueilletre, 


Saifon de cueil- 
ir femences, 


Garde des fleurs 
& femences. 


Garde des raci- 
nes. 


L'IV REZLIL 


toutes faifons, & des reiectons de l’annce en prenant partie 
du vieil bois, & tordant ce que mettez en terre : ou bien en Le 
fendant par bas, & y mettant vn grain d’auoineen la fente, 
& à l'entour quelques autres grains d'icelle auoine. 

Les efpinars, arroches, perfil & ferfueil, ne valent rien 
tranfplantez. 

Lon farcle les bônes herbes pour ofter les mauuaifes, qui 
confomment leurnourriture, & les offufquent,cela doit eftre 
faitauec cerfouettes, quant elles font encor petites, & auec la 
main quand les herbes à potages font defia fortes & grandes, 

Lon les ferfouift tant pour le poix dela terre, come pour 
l'efgouft des eaux, & pour le deffoulement des pieds des per- 
founes dont la terre Fendurcit. 

On cucille les racines, quand les fueilles de l'herbe font 
cheutes:& pareillemét lon cucille les fleurs, comme bourro- 
che,buglofe, toutebonne & fouciz,quand elles font entiere- 
ment ouuertes: come aufsi lon prent les fueilles & herbes en- 
tieres quand elles font venuës à perfection. Les fruits comme 
melons,concombres,cytroulles, & courges quand ils iaunif- 
fent, & font venuz à leur accompliffemet.Si c’eft pour femer, 
il les faut laiffer fur terre iufques à ce qu'ils foyét outres, puis 
les mettre en referuc iufques au temps de les femer: & les faut 
cucillir en clair temps, & en decours. 

Les femences fe prennent quant l'herbe eft toute cou- 
chee & feiche. 


Les herbes & fleurs doiuent eftre gardees en lieux clos & 


obfcurs, & les femences en des fachets, ou vaifleaux de terre, 
‘quiayent la bouche eftroiéte, ou dedans des boettes,ou bien 


dedans des calebaffes bien eftouppces. Les femences des oi- 
gnons, ciboules, & porreaux, comme aufsi du pauot, fe gat- 
dent en leurs gaines,ou efcorces. « 

Les racines fe gardent en la caue fur le fable ou grauoir 
bien delié & quelque peu couuertes , toutesfois auant que les 
enfermer, les faut diligemment preparer, à fçauoir, dés qu'el- 
les feront hors deterre, faudra foingneufement les lauer auec 
de l’eau clere, puis leur ofter toutes les petites fibres, & apres 
les feicher ou à l’ymbre fi elles font rares & tenuës, côme les 
racines de fenoil,cichoree & autres femblables: ou au foleil fi 
elles font denfes, craffes & efpeffes. 


Lon obferuera cemoyen aux fleurs, herbes, & femence 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 39 


auant que de les mettre en quelque lieu pour les garder,com- 
bien que le confeil du prince des medecins Hippocrates eff, 
que les herbes fleurs & racines, tant recentes que feiches ne 
foyent mifes aucunement au vent pour eftre gardees, mais 
pluftoft enfermees en des vaifleaux ou autres receptacles fem 
blables, à fin qu’elles ne perdent leurs vertus, lefquelles elles 
perdroyent facilement eftans expofces au vent. 


Des herbes pour les potages en particulier: 
7° premierement, des choux. 


Chap. 10. 


Tæ. 7] Es choux communs que lon appelle longs Choux comuns. 
Mer 0 ou verds,doiuent eftre femez à la myAouit, 
À J£ MA ou en Septembre, qui en veut auoir les fueil- 
; BA ÉN es en carefme, & l'hyuer. On les plante en 
NES 9} Oétobre & replante en Decembre pour en 
== prendre les fueilles en hyuer, & la graine en 
Tuing & Luillet, & pour les faire plus touffus, combié qu'aux 
autres faifons de l’annee,on y peut aufsi entédre:mais ce n’eft 
fi commodément. Et prenez bien garde que voftre femence Semence trop 
ne foit trop vicille:car elle produiroit des refforts,c’eft pour- vieille. 
quoy lon dit,Semez-y des choux, il y viédra des raues ou des Prouerbe, 
naueaux: toutesfois qu’elle dure fix ans en nature, fi elle eft 
bien gardee. 
Les choux cabuz,que lon nomme blancs, ou en pomme, Choux cabur. 
fe fement {ur couches, & fe replantent en terre franche & 
bien amendee, quand ils commencent à monter en tronc: & 
aiment l'air froid,car en air chaudiils ne pourroyent viure,& 
les faut couurir de paille pour les faire mieux pommer, & 
blanchir. 
Les choux tortus,crefpus, & Romains, qui font de natu- Choux tortus. 
re plus tendre & delicate, fe fement en Mars, & fe plantent le 
long de l’annec, & demandent fouuent eftre arroufés. 
Quand vous voyez que la fueille du chou blefmit, ou 
iaunit, c'eff figne qu'il luy faut de l’eau, & luy oftez fouuent 


les fueilles iaunes & percees, ou pourries, ou feiches, car cela 
Je fcroit mourrir, 


k üi 


Choux rouges, 


Plantation de 
ehoux. 


Arroufemet de 
choux. 


Inimitié entre 
la vigae, le vin 


& le chou. 


Laiêue crefpc- 
lue & pommee, 


LC. 


LIN R'ELE 


Les choux rouges viennent naturellement de l'abondan- 
ce du fumier. 

Ne prenez jamais Ja cime du chou Romain crefpu , n’au- 
tre pour voitre vfage,mais toufiours les fucilles, depuis ladite 
cime en bas. 

Toutes manieres de choux fe plantent en toutesfaifons, 
pourueu qu'ilne face trop froid,ne trop chaut.Et quät vous 
les plantez, rongnez leur la racine, de peur qu’elle ne foit re- 
plice, ou rebouriee en terre. Etneles mettez fi auant quele 
fommet ne furmonte. 

Aucunsles arroufent d’eau failee, pour les faire plus ten- 
dres, & autres leur fement du falpeftre par deflus la fuperficie 
dela terre, ou bien des cendres menu criblees pour les garen- 
ur des puflons, chenilles, & autre vermine. Surtout, le chou 
ne doit eftre pläté pres de la vigne, ny la vigne pres du chou, 
caril y a fi grâdeinimitié entre ces deux plantes: que les deux 
plätez en vn mefmeterroir, ayants pris quelque croiffance, fe 
retournent arriere l’un de l’autre, & n’en font tant frutueux, 
qu'il foit vray, filon mefle du vin tant foit peu au pot ou cui- 
ra lechou, le chou ne cuira par apres & fi il corrompra fa 
couleur. 


Lalaiclue. "sr Chap ere 


A laictue fe feme dru &efpes, come le chou, 
mais en Mars principalement:car elle ne peut 
tant endurer le froid,ny le chaut. Toutesfois 
4} Îlaue femec en Septembre elle fendurciroit, 
> NZ Jpour l'hyuer, & peut durer quelque téps re- 
DE plantee : il la faut arroufer de deux ou trois 
dl} iours l’vn,filetemps n'eflmoite & pluuieux. 
Eten la femant la faut arroufer pour doute que la chaleur du 
fiens ne iette la femence hors. Eftant venue fur la couche, de 
la hauteur de quatre ou cinq fueilles,il la faut replanter enter 
re grafle & loing l’vne de l’autre, & les arroufer en pied , mais 
qu'ilne gele point, & ne face trop grand chaleur. 
Lon ne repiante point la petite laictue, ny la commune, 
mais la groffe que 16 veuteftre crefpeluë, & pomme, ou que 


Laiétue Romaï- Jon nomme Romaine, qui a la femence blanche, & plus grof= 


fe:car par la replanter, elle en deuient plus belle & plus grofle 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 40 


& de faueur plus douce. 

Si vous la voulez belle & blanche, liez-en la cyme deux 
jours auparauant que la tirer de la couche,ou la replanter de 
de lieu à autre : & la poudrez de faiblon par deffus. 

La laictue pommee & fucillue,& crefpue, & qui ne vient Lai@ue pômee. 
haute, fe faiten la defchauffant en pied apres qu’elle eft re- 
plantee : peutauoir la hauteur d'vn palme, & luy mettez du 
fiens de vache bien frais à la racine, puis la rechauffez & ar- 
roufez, & fi toft qu’elle fera en force,fendez-luy le germe & 
la couurez d'vn pot de terre, qui foit neuf,en forte que la cy- 
me foit rabatue, & par ce moyen celle viendra touffue, pom- 
mee, & bläche:ou bien fi vous voulez auoir de belles laiétues 
deux iours au parauant que les arracher,il leur faut lier la cy- 
me: car ainfi elles deuiendront blanches & belles. Pareille- 
ment le fablonietté par deffus,les fait deuenir blanches. 

Pour la faire de bonne odeur, Semez-la auec la graine de Ronne odeur 
cytrons, où par trois iours faites tremper la graine en eau ou és lai&ues. 
de damars, ou de parfum. 

Pour la faire mefler auec autres herbes de falade, comme 
ozeille, roquette, & femblables,toutes prouenans d’vne mef- 
me racine, mettez toutes les graines diuerfes dans vne crotte 
de brebis bien creufec au propre,puis la plâtez bien profond, 
ou enuiron dixhuit doigts en terre, & arroufez fouuent& peu 
à peu, & y prenez grand foing quandelle fortira de terre, 

Les autresrompent & efmient trois où quatre crottes de 
cheures ou de brebis, & mettent les graines parm y, & les cou- 
urent de linge bien deflié en forme de nouuer, & les plantant 
comme deflus, auec la diligence quand elles fortent. 


L’endine. C bap. 12 


tlaigre fert plusen medecine, qu'’autrement, & 
ne fe cultiue aux jardins, par ce qu’elle eft 
| toufiours amere, combien qu’elle foit des ef- 
——" peces de laictues.Vray qu'à fouuent la replan- 
ter & tranfporter de lieu à autre, elle peut chager de nature, 
& fans grand peine du jardinier elle vient. 


Cardes. 


L'EVR EL 
Cichorce. Chap. 13. 


À cichoree eft de la nature de l’endiue, & fans 
la culture & bon traittemétretienttoufiours 
fon amertume, mais l'vfage en eft es falades 
Li} d'hyuer, & lors16 l'appelle cichoree biâche, 

l & pource fait,onlareplante à la fin d'Aouft, 


Al puis au commécement de Septembre, que fes 
=) fueilles font grädes, lon la defplante fans rien 
froiffer, & auec vn petit brin de ferre 16 lie fes fueilles enfem- 
ble tout doucement fans côtrainte, puis lon la coucheen ter. 
re bien fumee, les fueilles plongees & couuertes : & laracine 
côtremont, & au deffus y fait Ion quelque couuerture en ma- 
niere de loge, ou lon y iette dela paille pour la garder dela 
gelee & du mauuais vent : autâten fait on de l’endiue que lon 
trouuc blanche quant on la retire, & eft au manger affez de- 
licate. 


_/Artichand. Chap. 14. 


À plante de l'artichaud eft autre que de l'en 
diue ou cichoree, car aux artichauds, onne 
préd que les plus grandes fueilles auec leurs 
branches, & autant des groffes tiges du mi- 
lieu , qui ne feruent plus de rien apres que les 
œillets en font tirez & replantez , aufsi bien 
on à couftumeietter par voye lefdits tiges, & les plôgent lon 
en terre bié fumce,la fucille amont, & la tige couchee & bien 
couuerte, & les garde lon ainfi en les arroufant quelquesfois, 
fi le téps n’eft aflez moite,pour en hyuer ou autre temps faire 
des cardes, & repicque lon les œillets en terre famee,bié pro- 
uignez, & couuertsen hyuer, pour l'annee d’apres produire 
fruit nouueau. 

Au demeurant lon fait ainfi del’artichaud, quand au fe- 
mer fur couche & replanter fur planches famees, comme fe- 
fe dit Cy apresaux melons, courges, concombres, & autres 

TUtS, 


P ourpier: 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 4 


Pourpier, ozeille, pimprenelle, corne de cerf. 
Chap. 15. 


= Ourpier, ozeille, pimprenelle, corne de cerf, 
LE] trippe-madame, percepierre , ou crefte ma- 
 rine, & encor le foucy,fe fement fur du 
À fiensau printemps, & demandent à eftre du 
&] commencement fortarroufez, & qui en veut 
* auoir la graine, il les faut replanter, & les laif- 
fer croiftre à perfection, & feicher. 


Bettes eo poiree. Chap. 16. 


À poiree que lon nomme autrement bette 
iotte en Romans, fe feme entouttemps, fpe- 
2 cialemét depuis Decembre, iufques en Mars, 
LÔEES & en Aouff, pour auoir femence, qui dure 
D) bonnetrois ans. Et pour ceft effect, la faut re- 
ExY planter de cinq fueilles, & la ferfouër, & bien 

— nettoyer d'herbe, elle croiftaffez, & reuient 
encor qu'elle foit couppee, fi elleeft mife enterre grafle & 
bien fumee. Si voulez auoir des bettes qui foyent fort gran- 
des & blanches, il faut couurir leur racine de fien de beuf re- 
cent, & leur fendre le germe, comme lon fait au porreau, & 
mettre par deffus vne pierre large ou vn carreau, 


ÆArroches. Chap. 17. 


SA] Es arroches viennent naturellement fur terre 
RAI fumee de fiens de cheual, & en lieu où autrefois 
2911 y ait eu poirec : & deuiennentrouges, ainfi que 
sh | la poiree, en lieu trop gras & fumé. Sinon, lon 
=" la feme en Feburier, Mars, & Apuril, & veut 
eftre fouuent arroufce. Aucuns la fement en Decembre pour 
en cueillir lhyuer.La femence dure bonne quatre ans. 


& œ 
NRA 


) 


LIVRE IT. ; 
Efpinars. Chap. 18. 


3 Spinars ou efpinoches, fe fement en Septers- 
=) bre & Otobre;pour le Quarefme,& en De- 
4 cembre,lanuier, & Fcburier pour l'Efté:elles 
| 244 endurent affez l'importunité du téps. Et qui 
VA Jes veut faire longuement durer & profiter,il 
leur faut tailler à vne fois la moitié delatige, 
& à l’autre fois l’autre moitié. 


Bogrroche,buolofe 9° langue de chien. 
C bap. 19. 


Ourroche, buglofe, & langue de chien, ier= 
uent en potage, quant leurs fueiliss font ten- 
| dres: & leurs fleurs duifent en falade. Lôn les 
S| feme en Aouft & Septembre,pourl'hyuer,& 

j! pour l'Efté en Apuril, & les peut on tranf- 

= planterentouttemps, & en cusille lon la fe- 
mence demy meurc,à ce qu'elle ne faille hors de la cotte. 


Porreaux,cibosles,cinotz. Chap. 20. 


ex Es porreaux, ciboules, & ciuots ne deman- 
KQS dent terre firicheny amendee que lesher- 
Er bes cy deflus nommées, & les peut lon femer 


CES en tout temps, finon que pour en auoir la 
LIL P}Ÿ graine, il les faut femer en Decembre, Ian- 
uier,& Feburier,pour la cucillir apres le mois 

de Mars, & my Aouft.Et fi toft qu'ils auront efté femez,mar 
chez fur les rayons, & ne les arroufez que quatreiours apres, 
Lon les plante fi toft qu’ils font creuz de femence,ou par 
rayons, & lors on ne leur ofte rien que les cimes, ou dansvn 
trou auec le bafton:& adonc an leuremonde, & efchargotte 
Jon les racines &e Les fueilles,en meflät du fable auec de la ter- 
re où Les planterez pour faire deuenir gros,mefmes en y met- 
tant vn carreau fur la tefte apres que les aurez plantez.Ce fera 
en Auril, May, & tout au l6g de luing, pour en auoir en Efté, 
en Aoufl,Septembre,& Octobre,pourenauoir en hyuer:fur 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 4 


tout les faut farcler & fumer fouuent,principalement les por- 
reaux,teftus. Au demourant pour les grofsir bien fort,mettez 
grainé de concombre, ou de naueaux, dedans vne canne ou 
cafle percee, & inferez cefte canne dans la tefte du porreau en 
le replantant, ou bien fi voulez auoir des grands & gros por- 
reaux faut mettre de leur graine tât que trois doigts en pour- 
ront prendre, en vn vieil linge & fale, & l'inferer dans terre, 
puis le couurir de fien l’arroufer incontinent : car tout le 
monceau de la graine aflemblé & vny, fait vn grand & gros 
poireau. 


Posrceline ou pourpier. C bap. 21. 


> DA À pourcelineayme d’eftre femee entre choux, 

oignons & porreaux: & depuis qu’elle aura 
| ©) prins l'amour de la terre, ne faudra tous les ans 
Ce RE reuenir fans labour, toutesfois elle demande 
2-7 d'eftre fouuent arroufce, & afin qu’elle ne face 
point de fouche, elle doit eftre mife és vmbres des arbres, & 


cn mottes pleines d'herbes. 


e4ils, oignons, efchalottes,appetits. 
Chap. 22. 


TEST Ils, oignons, efchalottes & appetits, veulent 
WS eftre femez en Nouembre,en terre amendee: 
#4, & demandét cftre replantez en Apuril loing 
jà loing,bié fsrclez & fouuét labourez, pour 

Ÿ Les faire grofir, & defenduz du vent de ga- 

7 SN Jerne:lon les cucille en decours,en temps fe- 
rain & fec,quand les fucilles font feiches:& dir lon,quiles fe- 
me & plante quant la lune eft foubs terre ,1ls n’en fentent fi 
fort:au furplus lon les laboure ainfi que les porreaux. Maisil 
futnoter que les ails ayment la terre blanche, & les oignons 

Ja terre rouge:& que pour les faire venir grands;il leur faut en 

les plantant ofter les cimes, & defnuer les teftes: & vingtiours 

auant que les repläter,fouir la terre, & la laiffer feicher, qu’el- 
le n’aitaucune humidité. Et pour faire que les oignons ne fe 
pourriront point.il es faut plonger en eau chaude, & les fai- 
re feicher au foleil,& apres qu'ils feront fecs,les mettre deffus 

de la paille d'orge ,en forte qu'il ne touchent point l'vn à 

autre, 


1 ij 


E'PVRTENE 


Perfil, anet, fenoil, anis, roquette. 
Chap. 23. 


SRE F perfil, l’anet, le fenoil, l’anis, la roquette, 
à FER : requierent pas grand labeur, & aiment 
ESS =! tcrre pierreufe & fablonneufe. Ne demap- 
EN ke > dent aufsi grand folage: parquey, fera bon 
, Swi<l les femer foubs les treilles : fur tout le perfil 
ET demande fort eftre arroufé, qu'ainf pe foit 
quand il eft femé ou planté pres de quelque fontain: os ruif- 
feau,il croift fort beau & en grande quantité.Et fi quelqu'vn 
en veut auoir qui ait les feuilles larges, faut qu'il mette dans 
vn linge cler tant de graine qu’il en pourra prendre auec trois 
doigts: & la mettre ainfi dedäs les quarreaux:& qui le voudra 
crefpu,il faudra piler la graine d’vn pilon de faul,tant qu’elle 
fe defcouure & defpouilie, puis l'enuelopper en linges, & la 
mettre en terre: Autrement fans auoir cefte peine on le peut 
faire crefpu en quelque forte qu’il foit femé, fi on roulle van 
cylindre ou pierre ronde par deffus aufsi toft qu'il commen- 
ce a croiftre:il fait bon le femer depuis la my May iufques au 
folftice, car il demande aucunement la chaleur, plus que l'a- 
net, & fenoil. 


A[parge. C 7. 24. 


Sparge vient en terre plaine & vnie, & ne 
demande cftre arroufé finon quelque peu en 
il automne.Lon le feme en foffes profondes de 
SN trois doigts, & deux ou trois graïne: en cha- 


Ai 


= 


A] cune fofle diftante de lautre enuiror de neuf 
doigts, lon le doit farcler fouuent : & ne le 
faut remuer Ja premiere annee : & n’eft bon à manger que de 

trois à fix ans tranfplanté, & fouuent farclé. 

Moyen d'auoir Pour auoir belles afparges & en quantité, femez aux ra- 
quantité d'afpar yonsou vous les replanterez, poudre de cornes de moutons, 
PAUL is 0h de baliers fauuages,ou autres:& puis les arrouferez. C’eft 
croire del POurce qu'aux prezils viennent naturellement. 
corne de moult: Autres difent (chofe toutesfois admirable ) qu'il ne faut 
ou de Rclier. que percer lefdites cornes, & les enfouïr en terre bonne,elles 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 43 


produirontafparges. Et pour faire que fouuent les afparges 
produifent,il faut ferfouër & farclerles racines en cueillät le 
fruit:car la plante eftant ainfi traittee portera fruitautresfois. 


Targon. Chap. 25. 


a Argon,que les iardiniers nomment cftargon, 
77%) {e fait de graine de lin, picqueeen plufieurs 
al endroits de la tefte d’vn oignon rouges, qui 
SI foit le plus fort que lon pourra trouuer, &c 
]| mis en terre bien fumee : & apres qu'il aura 
germé la hauteur d’vn pied ouenuiron,ilen 
faut prendre la boutteure, & la replanter en mefme terre, & 
l'arroufer fouuent. 


Creffon, er Berle. Chap. 26, 


Reflon de cailler & alenois, & aufsi la berle, 
à[ayment les lieux humides, & les riuages des 
fontaines, & petits ruifleaux : parquoy ne de- 
mandent autre labeur ésiardins, finon d’eftre 
toufiours arroufez, & qu’ellesayent toufiours 
l'eau au pied. 


+ Safran. Chap. 27. 


TT E faffran,comme fera dit cy apres,ayme ter- 
CAR) re moyenne, & toutesfois bien aree : & vient 
\ /ÉY) bien és lieux où lon aura planté l’oignon. Il 
Ve n'aime l’eau, craint la fouris, & la taulpe: & 
LS 2 vient mieux planté d’oignon que de femen- 

7 A ce. Lon le plante par feillons en A puril ou 
May: & laifle lon premicrement meurir les oignonsamon- 
cellez enuiron huit iours à l'ombre du foleil, & les plante lon 
auec la racine, en terre bien fouée, & loing l'vn de l’autre en- 
uiron demy paulme & trois doigtsen profond. Aucunsles 
plantent, pour le mieux, depuis la my Aouft, iufques à la my 
Septembre, & les laiffent en terre deux ou trois ans: & chacu- 
ne annee en Apuril & May,lon lie l'herbe qui fera feiche, & 
Ja refoule-on aux pieds enuiron deux doigts en fons,fans of- 
il) 


ELV KE: 


fenfer l’oignon:& apres auoir bien nettoyé les herbes, quand 
la fleur fera meure,comme en Aouft, & vers l’Auromne, lon 
Ja cueillira au matin à foleil leuant , & la referuera lon en lieu 
clos, & feichement. 


Naneaux;raues,refforts,carrottes,panets €o° 
paffenades. Chap. 28. 

A Es naueaux, raues,refforts, carrottes,panets & pa= 
ce flenades,fe fement tous d’vne mefme façon,en ter- 
DK re bien befchee & amendee : ou que lon veut def- 
 fricher, & mefle lon la femence parmy laterreen 
poudre menué, pour la femer plus clair. Et fils viennenttrop 
dru lon en ofte vne partie pour träfplanter ailleurs, il les faut. 
bien farcler, & befcher, & garder les plus beaux& plus gräds, 
pour en auoir de la feméce, lon les {eme en Aouft & les cueil- 
le lon en Nouembre. 


Seneuné. Chap. 29. 


== E feneué aime terre grafle, & fe feme auec la 
AE poudre auant l’hyuer & apres , & eft culriué 

3 comme deflus,ne demande toutesfois d’eftre fe- 
Sr mé trop efpez, car il fe multiplie facilement. La 
terre là où il aura efté femé eft difficile à defen- 
ger puisapres, & la femence fe garde cinq ans. 


Pauot. Chap. 30. 


SE pauot doitcftre femé en Septébreen lieux chauds 
LS x fecs, & autres endroits, depuis lanuieriufques en 
Fos Mars, & le feme lon auec les choux communement, 


Concombres gr citroulles. Chap. 31. 


— És concombres & citroulles fe fement for la 
{HN couche au mois-de Mars:& pour le “äger des 

gelees lon les couure de paille iufques à la my 
May,qui cf lors quil les faut repläter fur ter- 
res bicn fumees & efpefles, pour les laiffer 
neurir par terre,ou bien fur ficgcs de treilles, 
pérous & berceaux, pour donner le plaïlir de veoirle fruit 


1? 
ES 
TT 


SA 
/ y 1, 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 44 


pendant, principalement des courges, & citroulles: car les 
concombres ainfi que ies auguries, dont nevoyotis guicres 
en ce pas, aiment mieux ramper par terre. 


Mebors, €r pompons. Chap. 32. 


_#% Es melons & pomponsne font fi aifez à faire 
SSL 9" venir en ce païs,mais on les y contraint par la- 
beur &artiñce,encores ne peut-on fi bien fai- 
re,qu'ils ne viennent en faïfon de grande cha- 
leur:car telles fois l'ETÉ et fi diuers, & entre- 
mcflé de froidures, ou trop fec;ou trop moit- 
te, qui les retarde iufques en l'Automne & vers les vendan- 
ges. Parquoy nous cit de necelsité de les hafter par fiens, & 
chaleur de couches,qui n’eit toutesfois la fanté des perfon- 
nes: caren ce païs lon voit beaucoup plus de craffonnisres 
-que de melonnieres. {1 faut donc prendre la graine de melon, 
qu'aurez referuee en voftre melônicre, iufques à parfaite ma- 
turité, & garder pour en faire d'autres : car elle vaut mieux 
ainfi prinfe dans le melon, & referuee en fa fubftance & en 
fon corps: & fi vous voulez qu’elle forte bien toit, faites-la 
tremper fix ou dix heures en eau tiede, puis faites enuiron le 
dixiefme iour de Mars, des foffettes fur voftre couche, à trois 
ou quatre piedsloing l'vn de l'autre, & profondes & larges 
de deux pieds, & les empliffez de vieil fiens, & bien menu, & 
de terre noire bien deflice enfemble, qu'il ne fen faille que 
deux doigts qu'ellesne foyent plaines. Aucuns y mettent le 
fiens de cheual tout chaut venant de l’eftable, pour les faire 
pluftoft leuer: & là deffuspicquez-y fix ou dix grains de vo- 
fire pompon, la pointe contre bas : côbien qu'aucuns n’y en 
mettét que iufques à quatre ou cinq, & les recouurez douce- 
ment fans trop piler ny fouler.Puis pour le däger des gelces, 
couurez-les de paille,ou de nattes efleuces & fouflenuesauec 
des baftons fichez en votre couche, par voye : ou fi vous en 
auez la cômodité, de grâdes planches, tables en ais foufleuez 
&t fouftenus fur des pierres ou plaftrats, par voye, qu’ellesne 
touchent contre la couche, de forte que les puifsiez leuer 
quand le foleil fera fort,de remettre quand la galerne donne- 
ra,ou que les gelecs viendront. Et fi toit que le melon aura 
fait fucilles affez grandes, il les faut arroufer auec la lifiere de 


C'EVRIENEL. 


drap qui trempe inceffamment dans le godet plein d’eau : &. 
continucr ceft arroufemêét en lieu fort fec. Encor qu’ayez re- 
planté voz melonsiufques à ce que le fruit en foit gros com- 
me oréges, & les replanterez apres la my May en ce païs,hors 
le danger des gelees,enuiron cinq ou fix pieds l’vn de l'autre, 
{ur planche bien cultiuee & fumec. 


Singularitez pour les melons , ex fruits 


femblables. Chap. 33. 


I la pläche du melon n’eft fi graffe, & moins fumee 
que celle du côcombre,ou de la courge, & fi on ne 
l'arroufe point fi toft qu'il eft né,il en viét plus fer- 
| me; plus fauoureux & en eft pluftoft meur. 
Pompons & c6- Pour faire pompons & concombres fans graine, faites 
combres fans tremper voftre graine en huile de fafame trois iours deuant 
Sp que la femer. 
Auancement de Pour les auancer de croiftre, il les faut femer en cafles ou 
croiftre, mannequins,ou autres grands vaifleaux qui f puiflent porter 
& rouller ou trainer de lieu à autre au foleil, & mettre à l'abry 
& à couuert hors du danger du mauuais vent & des gelees.Et 
quantils commenceront à croiftre,rongnez leur les bouts. 
Pour les garentir de la vermine & des puflons, femez de 
l'origan à l'entour,ou en picquez des bräches entre les plâtes, 
Côcombre fans Pour faire que le côcombre ou melon n’aura point d’eau, 
eau. rempliff:z à moitié de paille ou de ferment bien menu la fof- 
_fette qu’aurez faite pour femer voz graines, & y mettezlater 
re par deflus, puis voz graines: & ne les arrouféz point, ou bié 
fort peu. 
Pompôsoume- Pour faire melons ou concombres laxatifs, arroufez les 
lons laxatifs, cinq iours durät, & cinq fois le iour d’eau ou aittrempé la ra- 
cine du concombre fauuage,l'efpace de trois iours. Autremét 
defchauffez les fi toft qu'ils auront fait germe, & les fumez en 
pied d’enuiron deux onces d’ellebore,ou veratenoir deftrem- 
pé en eau:puis les recouurez. Autremét faites tremper la grai- 
neauât que la femer, par trois iours en vneinfufion de fcam- 


monee. 
Pompons odo- Pour faire pompons odorans & qui fleurent bon,mettez 
rans. leur graine parmy les rofes feiches, & les femez enfemblemét 


ou bien mettez tremper leur graine auant que la femer,en eau 
: | de 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 45 


de damars ou de parfum. 

Pour faire pompons o concombres fucrins, faites trem- 
per la graine en eau bien fucree ou en miel : & pour les faire 
doux, en du laict, & ainfi les femez. 

Pour faire,qu'’ils fe garderontlong temps fans eftre gaftez 
ou corrompus,il les faut arroufer de ius de iombarde que lon 
nomme autrement, ioubarbe, 

La femme eftant en fes mois, fe pourmenant par les plan- 
ches des pompons & concombres, les fait feicher & mourir: 
le fruit quien refchappe, fera amer. 

Les concombres demeurent frais long temps, fils font 
mis en lie douce de vin;ou bien en faulmure, ou fils pendent 
en vn vaiffeau où il y aura vn peu de vinaigre. 

Les pompons auront l'odeur des rofes, fi leur graine eft 
meflee auec rofes feiches, puis femee tout enfemble, & alors 
font fort vtiles pour eftancher la foif en fiebure ardente, 


PÉTER ERRE, EE Y 
iardin à fleurs. 


Quel profit ex plaifir apporte le parterre. 
Chap. 34. 
—E plus plaifant & recreatif de la metairie 
françoife, c’eft le jardin à fleurs, tant pour la 
recreation du feigneur à qui appartient l’he- 
< 4 Alritage, côme aufsi pour les ruches des mouf- 
“| ches à miel. C’eft chofe louable & bien feante 
voir de {a feneftre beaucoup d’arpens de ter- 
“rc bien cultiuez,tant en prairie qu’en faulfaye & terre labou- 
rables , ainfi que nous auons cy deuant propofé: maisencor 
eft-ce bien autant, voir le bouquet pres foy fi odorant, que 
l'odeur mefme n'y fait rien dauantage, quand le feigneur du 
logis, apres que le folçil leuant a donné fur cefte rofée tant 
clare, & bien perlee;fur laquelle lon oit la trop plaifante mu- 
fique des moufches fil, qui en la Cueillant gracieufement, 
rempliffent l'air de toute douceur & fuauité, fans les bordeu- 
res & piqueures du gracieux thym,melliffe,rofmarin,mario- 
leine,cypres, garde-robbe, & autres herbes odorantes, dont 
V'alpeét & la veué, ne peuuent donner finon trop grand con- 
tentement aux perfonnes. 


m 


Pompes fuc- 
crins, 


Pompons de 
garde. 


Femme en fes 
mois , fait fei- 
cher & mourir 
les pompons. 

Concombres 
long téps frais. 


Pompons ayans 
odeur des rofes. 


lardin à feu:s 


LIVRE FE 
L'afiette, difofition, éx culture du parterre. 
bap. 3. 


== parterre côme à efté cy deuant declaré, doit eftre 
Ireffé à cofté du iardin potager, feparé d’auccluy 


femblable bôté & receuera pareille culture, que le iardin po- 
tiger, & comme le tardin potager a efté entouré de treilles &e 
ieuncs bordelats,aufsi le parterre fera circuit de berceaux faits 
& appropriez desofmin, rofmarin,buys, geneure,cypres,fa- 
uinier,cedre, rofiers & autres fingularitez, plantez premiere. 
ment, & cfmondez felon le naturel d’vn chacun, puis arrâgez 
auec perches de faux ou de geneure en forme de berceaux. 

Allecs dura din Les allces & chemins feront couuertes & femees de fable 
delié bié batu,ou de poudre de fi£ure de marbre, ou du plus 
delié poulfier delyaiz, & autres pierres de taille le tout ferre- 
ment & vniment applany auec la batte faite au propre, 


La difpofition des herbes cr fleurs du parterre. 
Chap. 36. 


E parterre,par lemoyÿen d’vn cheminlarge de 
+hx pieds fera diuifé en deux parties egales 
l’vne contiédra les herbes & fleurs dedié aux 
bouqucts,chappeaux, & coronnes,côme vio- 
iette de Mars, œillets de Prouence, œillets de 
roferte;æillets d'inde,menuës péfees,margue- 
rites, giroflees iaune & blanche, foucy, muguet, flambes,an- 
cholies,paffe-velours, paffe-fleur coquelourdes,armoiries,liz 
& autres femblables, & pourra eftre ditiardin aux bouquets: 
l'autre aura toutes autres herbes odorantes,ou quine portent 
fleurs,ou fielles en portent,telles fleurs ne font mifes en bou- 
quets feules,mais auec l'herbe entiere, côme auroefhe, aluine, 
cfpargoutte,rofmarin;iofmin,mariolaine,baume,méthe, pou 
hot,coq,hy Mope;lauande,bafilica, fauge, farriette, ruë,tenai- 
tarde aux her. M@thim, chamamille, armoife, mariolane baftarde, herbe au 
besdebcnelen. Chat.meliffe;toutebône, anet, marrubiü & autres femblables: 
teur, & pourra eftre nommé le iardin aux herbes de bône fenteur. 


Jardin aux bou- 
quets. 


DELA, MANSON' RVSTIQUE. 46 


Les herbes odorantes & fleurs à bouquets feront difpo- 
fees par planches & carreaux de femblable grandeur & lar- 
geur que celles du jardin potager , d’aucunes par fieges & la- 
byrinthes, que lon nomme vulgairemét dedalus faits pour le 
contentemét & recreation de la veuë : la plus grand part def 
quelles combien que naturellement & de leur bon gré croif- 
fent fans aucun labeur & trauail du iardinier, principalement 
les herbes à bouquets, toutesfais celles qui reçoiuent cultu- 
re,feront femees,plantees,replantees, cueillies, & gardees non 
autremét que les herbes potageres, où toutesfois faudra auoir 
efgard au naturel de chacune, comme fera cy apres declairé 
en la particuliere defcription d'aucunes, 


Des berbes pour les bouquets en particulier: Et 
premierement,des violettes de Mars. 


C bap. 37. | 

À violette de Mars,tät fimple que double,doiteftre 
CRE plantee de fa plante entiere en terre bien fumee, & 
|befchee auant les calendes de Mars: fi tu la veux fe_ 
" mer,faire le pourras en automne & prime-vere,prin- 
cipalement ne faut planter ou femer la violette touslesans en 
va lieu mefme, autrement elle portera vne fleur menue & de 
peu d’odeur.Tu feras qu’vne mefme violette retiendra toutes 
les couleurs des autres, à fçauoir, blanche palle,iaune, & ver- 
meille,fi tu mefleenfemble les femences de toutes,enfermees 
en vn linge, & le mets ainfi en terre bien fumec. 


Oeillers. Chap. 38. 


a Eillets fe fement rarement, mais plus fouuent 
ù font plantez de leur racine,ou des branches ti- 
\ Ÿ rees de leur plante:la racine fera plantee au cô- 
] À mencement d'automne en terre bien grafle, &c 
JAY mife en pots de terre, à fin qu'elle puifle eftre 
au couuert durant l'hyuer pour crainte des 
gelees:l'efté venu auant que la gräde plante ayeietté fes bou- 
tons,lon en pourra tirer plufieurs menues branchettes d'alen- 
tour du pied, quafi pour en peupler vn carreau, & en faire 
m i)j 


Labyrinthes. 
Dedalus, 


Oeillets ayäs la 
fenteur de clou 


de girofles. 


Oeillets de Pro- 
uenCe. 


Oeillets de ro- 


fette, 


Oeillets d'Inde. 


Liz rouges. 


E FV'ROEAT. 


nouuclles plantes. Tu donneras aux œillets, fenteur de clou 
de girofle, li à l'entour de leur racine tu applique vn clou de 
girofle battu. Pareillement tu rendrasleurs fleurs belles, lar- 
ges, plus plaifantes & odorantes, fi tu efmonde fouuent leurs 
fucilles,befche & arroufe foigneufement leurterre : aufsitels 
œillets font appelez communément, œillets de Prouence,du 
lieu où les œillets ainfi cultiuez prouiennent comme les au- 
tres, qui n’ont les fleurs tant larges ny tant odorantes & ne 
font tant diligément cultiuez, font nômez œillets de rofette. 

L'œillet d'Inde iaçoit qu’il ne refufe aucune terre, toutef- 
fois, fi tu le plante de fa plante ou de fes branches,ou feme en 
terre graîfe & bien fumee, principalement au commencement 
de Juillet, il croiftra en telle hauteur qu’il degenerera quafi 
en arbre, & iettera de fa tige plufieurs rameaux à la maniere 
d'vnarbre, ou arbriffeau, & par mefme moyen produira des 
fleurs durables iufques en hyuer. 


LiX. Chap. 39° 


à Es liz doiuenteftre plantez au mois d'Otobre & 
de Nouembre en terre grafle & bien houée:tu dô- 
ÇA neras telle couleur à leurs fleurs que tu voudras fi 
a auant que les planter, tu macereleur racine en tel- 
le fubftäce coloree qu’il te femblera,puis arrofe la racine plä- 
tee dans la foffètte de la mefme liqueur, en cefte forte lon dit 
que les fleurs desliz prouiennent rouges & purpurees, fi leur 
racine auant qu eftre-plantee, eft trempee en lie de vin rouge, 
ou en cinuabre deftrempé, puis de la mefme lie arrofee en la 
foffe ou elle fera plantee. 


Des herbes odorantes en particulier: Er 
premierement , du Bafilic. 
Chap. 40. 


GE bafilic fe feme en Mars, & en Apuril en ter- 
re graffe, & prouient fubitement fiincontinent 
apres qu'il aura efté femé,eft arrofé d'eau quel- 
| que peu chaude, on le peut aufsi femer en Au- 
Le 4 romne, &la femence fe veut abreuuer en vinai- 
gre, duquel Pil eft arrofé tant foit peu, il viendra en branche. 


————— 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 37 


Situ le feme en terre feiche & expofeau foleil , incontinent 
fe changera ou en ferpollet ou en creffon. 


Rue. Chap. 41. 


4 À ruen’aime point lieu humide,ny froid, ny 

+ engraiflé de beaucoup de fien, mais fec & 

chaud fans vent,à raifon dequoy durant lhy- 

uer la faut couvrir de cendre, car par la natu- 

relle chaleur des cendres elle refifte au froid. 

On la peut femer en Mars, Aouft, & Septem- 

bre,iaçoit qu'elle vienne mieux plantee de racine ou de bran- 

che,que femce, Quand elle enuicillift,elle degenere en bois: 

parquoy deux fois l'anluy faut coupper la tige iufques à la ra 
cine,pourluy renouueller fa ieuneffe,ne faut permettre Fil eft 

pofsible qu'elle fleurifle : car ficelle fleurit, elle en defeiche 
pluftoft:lon dit chofe admirable de cefte herbe,que fi la fem- Notez femmes. 
me qui aura mal verfé de fon corps ou qui aura fes mois, tou- 
che cefte plante,ou en approche tant foit peu;incontinent el- 

le meurt. 


Menthe. Chap. 42. 


Enthe ne veut point terre fumee,ny graffe, ny 
lexpolee au foleil,mais pluftoft humide ou pres 
des eaux , au defaut dequoy la faut afsiduemét 
arrofer : autrement elle fe meurt : elle éft plan- 
dtec deracine, ou de branche en Autoume ou 
Printemps. 


Thym. Chap. 43. 


D thym vient mieux planté que femé, & demande vn lieu 
expofé au foleil,marin & maigre. 


Origan. Chap. 44. 


‘Origan, autrement dit mariolaine baftarde, ayme la ter- 
To pierreufe, & cailloueufe,demande toutesfois d’eftre 
fumé & arrofé , iufques à tant qu'il ait prins fa naïflance & 
grandeur, 

m ii) 


LTV RIETEL 
Sarriette co hyffope. Chap. 45. 


| Me farriette & l'hyflope doiuent eftre plantees ou femees 
en lieu ny gras ny fumé,mais expofé au foleil. 


Coriandre. Chap. 46. 


Vand tu voudras femer de la coriandre, eflisla 
graine plus vielle que tu pourras, car tant plus fera 
clle vieille, tant meilleure fera, moyennant qu’elle 
ne foit räcide & moifie:feme-la aufsien terre graf- 
fe & humide, & ne neglige pas toutesfois le maigre terroir. 


Sange. Chap. 47: 


\ A fauge fe plante de branche torfe au pied, & de 
racine en prin-temps & automne:elle fe feme aufsi 
en mefme temps : fa racine fe refiouït d’eftre en- 
2 touree de cendre de lexiue. 


_Aluine. Chap. 48. 
Trac ouabfince, enfuiten ce la fauge, & toutesfois 


n'eft tant femee ou plantee, pour fon odeur, que pour- 
ce qu'elle eft vtile pour la fanté. 


Rofmarin, co lofmin. Chap. 49. 


(ie rofmarin & iofmin, viennent en tout air,mais ils aiment 
mieux la marine, font plantez en automne de racine, ou 
de branchesen prime-vere. 


Serpoller. Chap. jo. 


E ferpollet fe refiouït d’eftre planté ou femé pres fontai- 
nes,ou ruifleaux, ou puys, & iette par ce moyen de plus 
belles fucilles. 


LAnet. | Chap. I. 


1 vient mieux femé que planté: & demande fouuent 
d’eftre arroufé. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 48 
_ Fenoil. Chap. 52. 
EE fenoil fe plante, & fe femeau prin-temps & 


Æ == t « . LA 
PT) automne : toutesfois celuy qui cft doux,demä- 


SX de pluftoft d’eftre femé que planté, mefme pluf- 
& toit en Printéps qu’en Automne: carilen vient 
= plus doux, & en fait de plus gros grains. Situ 
veux auotr du fenoil fort doux, mets la femence dedans vne Fenoil doux. 
figue de Marftille, & la plante ainfi, ou bien mefle du miel 
uec laterre ou tu veux femer le fenoil. | 


> 


—= 


Bref difcours des arbres, ex arbriffeaux , tant 
etrangers que dome[fiques qui font plantez 


on tranfplantez au parterre. 


Chap. LÉ 


E parterre [ comme à efté dit cy deuant] eft 
bafty & acouftré pourla feule recreation du 
Lane de famille, laquelle ne pourroit eftre du 
irout fi grande à fentirles fleurs & herbes o- 
x] dorantes, qu'à veoir les arbres & aibriffeaux 
| Pan atranges que domcitiques, qui expirét 
—— non feulement vne odeur plus plaifante fans 
comparoifon que les herbes, mais encor la plus gräd part d'i- 
ceuxapportent fruits de grande admiration, comme grena- 
diers,citronniers,orengers, limoniers, pomalles, palmiers, fi= . 
guiers,oliuiers, & autres femblables: parquoy añn que ne de- 
laifsions rien en noftre parterre, dequoy le pere de famille ne 
puiffe prendre fes esbats, parlerons fommairement de la cul- 
ture des arbres, & arbriffeaux qui doiuent eftre plâtez en ice- 
Ju y defquels les vns font dediez aux berceaux dôreft circuit 
le parterre à fçauoir cypres, geneure, famnier, cedre, rofiers, 
buys & autres, les autres font femez ou plantez & tran{plan- 
tez en couches propres ou vaifleaux & cafles, à (çauoir lau- 
rier,meutre,palmier, pin, citronnier,orenger,limonter,figuier, 
oliuier & autres femblables, qui feront cy apres declarez. 


Seméce de rofe. 


É L'VRNE DEN 


Des arbriffeaux d'où font faits les berceaux 
du parterre en particulier: Et pre- 
mierement , dn Cypres. 

Chap. 54. 


7 E cypres tant mafle que femelle, combien 
wr 495 qu'en l’ifle de Crete, fans culture & de fon 
FÉS) bon gré prouienne,toutesfois en ces païsne 
peut naïftre fans grand foing du iardinier, & 
bonté du terroir : il vient de plante & de fe- 
9 mence en terre feiche, eflongnee de fleuues, 
riuieres,marefcages, lieux fangeux & humides:il hait fur tout 
la terre fumee tant foit peu, mefme que fi lon enuironne de 
fiens la foffe où il eft planté, bien peu de temps apres il fe 
meurt. C’eft quafi chofe admirable en nature de la femence 
de cefte arbre, laquelle, iaçoit qu'elle foit tant menue, qu’à 
grand’ peine on la puiffe voir,toutesfois elle engendre de foy 
va arbre tant hautefleué. Quand tu la femeras, feme-la par 
rayons depuis le vingtiefme d'Octobre, iufques en hyuer, & 
aupres d’elle,de l'orge:car il y a fi grande familiarité entre ces 
deux femences,qu’elles croiffent quafi parenuy l’vn de Pau- 
tre:dont aduiendra que quäd il fera grand annee d’orge,aufsi 
fera-il de cypres. Si tu le tranfplante fais le pareil:donne-toy 
bien garde ce pendant l’arrofer, esbrancher, ou tondre fes 
fommités, car il ne peut endurer aucune playe tant petite 
foit-elle. 


Rofier. Chap. ss: 


E rofier fe plante en Feurier,de plante & de 
femence:il eft planté de vergettes diuifees en 
Hi pieces longues de quatre doigt, & mifesen 
27] terre bien fumee vn pied en profond. Le ro- 
RS] fier femé vient tardiuement, toutesfois fi tu 

le feme,feme-le quatre pieds dans terre, & ne 

te trompe à la femence, car la feméce de la rofe n’eft pas cefte 
petite fleurette jaune qui eft au milieu de la rofe, mais ce qui 
eft contenu & nourry au menu fruit que produit la rofe 


apres vendanges, que lon cognoit cftre menu , quand il 
noircit 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 249 


noircit & deuient mol. 

Pour auoir rofes fort odorantes, faut planter ou femer le 
rofier en lieu fec,ou l’enuironner de toute part d’ail. Les rofes 
feront auancees, fi tu fais vne foffette large de deux palmes à 
l’entour du rofier, & y refpans de l'eau chaude foir & matin, 
non toutesfois auant que le bouton de la rofe commencera à 
germer,tu feras fe femblable, fi tu plâtes le rofier en cophins, 
ou pots de terre, & le cultiue de mefme façon & diligéce que 
les courges & concombres auancez, comme à efté cy deuant 
enfeigné. 

Tu garderas les rofes recentes en leur vigueur, fi tu les 
mets dans la lie d'huile, en forte que la liqueur foit par deflus. 

Tuauras des rofes de couleur verte, fituente le rofier fur 
va tronc de vicil chou, ou fur le tronc d’vn chefne, combien 
que les rofes feront de nul odeur. 

Tu rendras bläche la rofe incarnate, fi tu la parfume auec 
du fouffre,alors qu’elle commence de fefpandre. 


Bois, genefhcedre,fauignier. Chap. 56. 


Ouis eft planté dereiettons & de rameaux 

SX] apres ie douziemceiour de Nouembre : & ai- 
SD 2<Ë| me lieux humides, 
1  Legencft cômeaufsile cedre[ qui eft tou- 
1 resfois fort rare en ces païs ] fe plante dere- 
È— SI] iettons, & de rameaux, au Croiffant de la lu- 
ne,enuiron les calendes de Mars. 

Le fauignier {& plante comme le bouis, 


Des arbres er arbriffeaux,tant effrangers que 
… domeffiques,qui font plantex on fèmex par 
couches où vaiffeaux,au parterre en 
particulier. Chap. 57. 


E laurier vient en toute terre, toutesfois il fe dele- 
Cte pres la marine, en terre maigre & délice, ou eft 
l'air chaud & temperé. Doit eftre plâtéen Autom- 
ne & prime-vere de raix de plante, & de branche: & 


fe prouigne en Mars bien proprement, quand l'humeur vient 
n 


Refes fort odo- 
ran'’'es, 
Rofes auancees. 


Rofes recentes, 


Rofes vertes, 


Gencf. 


Laurier, 


EN REYVE 


à l’efcorce. On le peut aufsi femer apres le quatorzicfme de 
Mars en terre bien fumee, vn pied fous terre quatre grains en- 
femble: & au bout d’vnan le dois planter ailieurs. 


Menrte. Chap. 58. 


E meurte fe doit planter au plus haut lieu du 
parterre, car par fon odeur rend lelieu fort 
delectable. Il eft planté de reiettons prins de 
{la vifucracine,ou de rameaux prins de la plus 
haute cime de l'arbre, en terre fablonneufe, 

JE] poudreufe & maigre. Il fe peut aufsi femer à 
= i la façon du laurier:maisil vient tardiuement. 
11 croiltra fort beau & haut efleué, fi tu le nettoye & efcure 
fouuent à l’entour:& produira des fruits amples & fertiles, fi 
tu plantes pres deluy, des rofiers. Demande à eftre arroufé 
d'vrine d'homme, & principalement de brebis, ou au defaut 
d'icelles d’eau chaude, de laquelle il fe deleéte grandement, 
comme quelquesfois il fut cognu par vn meurte planté pres 
d'vn baing, qui à veuë d'œil croifloit en toute beauté, encor 
que lon n'en tint compte. La graine de meurte mife dans vn 
vaifféau qui ne foit point poixé, & bien couuert, fe garde lon- 
guement en fa verdeur. Aucuns difent,qu’il vaut mieux de la 
mettre auec les petits rameaux. 


Palmier. Chap. y9. 


 Almier demande air chaut &temperé, terre 
dr fablonneufe,poudreufe.Il eft planté de peti- 
tes plantes auec la racine en Apuril & May, 
fa plante eftant bien enuirônee de terre graf- 
8 fe. Lon feme aufsi les noyaux frais de datte, 
=" QC" qui faitla palme, en Oétobre, deux coudees 
en profondeur, de terre meflee de cendre & bien amendee de 
fien de cheure, & le cofté aigu au deflus:& veut eftre arroufé 
tous lesiours:& que chacun an lon luy refpande du fel à l'en- 
tour, ou pour le mieux qu’on l’arroufe fouuêt d'eau quelque 
peu falce, Noteauffi,que parce qu'à grand peine d’vn noyau 
feul peut venir vn palmier qui croifle &face vn tronc qui foit 
aîez fort pour fouftenir l'arbre, fera bon de mettre & con- 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 50 


joindre deux ou trois noyaux enfemble coufuzen toille, en 

forte que les coftez aigus fentreregardent, & les planter ainfi, 

car par cemoyen Ja vertu de deux ou trois conioints, pourra 

faire le trôc de l'arbre plus parfaiét. Note aufi que fi tu veux 

que la femelle du palmier foit fertile en fruit, dois pläter pres Mañe & femel- 
elle le mafle palmier,non feulement vn, mais plufieurs fil eft le palmiers. 
pofsible, par ce que la vicinité fait que la vertu du mafle eft 

portce à la femelle par la commixtion du vent, d’où vient 

l'abondance du fruit. 


Pin. Chap. 60. 


E pin vient principalement de fon noyau, qui 
doit eftre planté en OËtobre ou Nouuembre 
en lieux chauds : ou en lieux froids en Feburier 
& Mars, ou enuiron la cheute de la pomme, ou 

1] peu apres, en fofles bien befchees, & de bon 
gueret : & ne doit-on rompre la pomme à force où auec au- 
cun ferrement pour auoir les pignons, lefquels faudra faire 
tremper trois iours au parauant, & en planter fépt enfemble 
à la profondeur de cinq doigts feulement. Quand ils feront 
pais, ne les faut fi toft tranfporter, par ce qu'ilsne prennent 
racine qu'auec long efpace de temps, & grande difficulté: 
ains ne peuuent endurer, fans leur grand dommage, qu’ils 
foyent träfplantez,toutesfois quand le temps fera venu pour 
les tranfplanter,garde-toy fur tout que tu ne bleffes la racine 
plus principale & plus efpeffe. 


4 ñ A 
F ivHier. FE bap. 6r. 


= E figuieraimeeftre és lieux expofez au foleil, 
AT] pierreux, croyeux, & quelquesfois caillouëux, 
AREST principalement celuy qui porte figues petites, 
A8 tort douces & blanchaitres, quelles font celles 

| 4e Marfille:comme aufsi celuy qui les produit 
plusgroffes moins douces & rougeaftres, demande le terroir 
gras & bien fumé, Il profite en air chaud & temperé, car c’eft 
vn arbre fort delicat & facile à eftre endommagé de lagelce, 
& rompu des vents, ains le faut planterau printemps apres 
les gelces,au regard de Midy, ou d'Orient en foffes grandes, 

ni '[1] 


TE — 


Fruié tardif, 


Figuier fertile, 


Figues de cou 
leur diuerfe. 


L'TV RCEME 


profondes & bien befchces, de reiettons & rameaux rempliz 
deneuz, car ce fontles plus fertiles. Pourra eftre femé pareil- 
lement de figues trempees, & lices à l’entourauec petite cor- 
de, puis ainfi plantees & apres diligemment arrofees. Plus cô- 
modement fera entéen prunier ou amandier : car ilen dure 
plus longuement. Soit planté ou enté,ne le faut beaucoup ar- 
rofer,car l'abondance d’eau corrompt la beauté naturelle des 
figuiers, & les pourrit facilemér,beaucoup meilleur fera pour 
le rendre beau & fertile, ficher fa plante dans vn ail fauuage, 
nommé en Latin fci!la, ou la tremper en faumeure, ou lenui- 
ronner auec du fien de beuf,ou de chaux vifue. Si tu veux que 
le figuier apporte fruit tardif, qui eft chofe contre fon natu- 
rel;tu dois ofter Les premieres petites figues qui commencent 
à grofsir, & le figuier iettera vn autre fruit qui fe gardera iuf- 
ques en hyuer. 

Îl fera aufsi fertile, & produira figue pleine, & de bon fuc, 
fi dés qu'iliettera fes fueilles, lon met à fes racines de laterre 
rouge batuë & deftrempee auec de lalie d'oliue, & du fiens 
d'hômes:ou bien quand il cômencera à frondoyer;,luy coup- 
per la cime & le bout des branches. 

Les figues feront auancees,fi on applique à leurracine du 
fien des pigeons, & du poiure meflez & broyez auec de l'hui- 
le, ou bien fi quand leurs pommes groffes commenceront à 
rougir, tu les oings auccleius d'vn gros oignon meflé auec 
huile & poiure. 

Tu les rendras de couleur diterfe, à fçauoir d’vn cofté 
blanche, & de l’autre rouge, fi tu lies enfemble dans vn linge 
la graine de deux figuiers diuers, & ainfi les plantes, puis tran- 
fplantes. 

Les figues ne tumberont du figuier, fi tu arrofes letronc 
fofloyé à l’entour, auec de la faumeure & eau, egalement 
meflez. 

Les garderas toufiours vertes fi tu les mets en vn pot plein 
de miel bien couuert,deforte qu’elles nefe touchét,ny le pot 
mefme:ou bien fi tu les mets en vne courge chacune à part, & 
pends la courge en vn lieu ombrageux, ou le feu ny la fumee 
puiffe aller. 

Defendras les feiches de corruption, fi tu les efpands fur 
vne claye au four,apres que le pain en eft hors, puis les pofes 
en vn vaifleau de terre neuf,quine foit poiffé, 


DE LA MAISON RVSTIQYE # 
L'olinier. Chap. 62. e 


’Oliuier ne vient fans grand foing & labeur 
<) en ces païs feptentriônaux, à raifon de la froi- 
deur de l'air, parce qu'il demäde vn air chaud 
& temperé, ains {i tu veux planter oliuier en 
ton parterre, efliz vn lieu tourné au Midy & 
= affez haut cefleué qui foit de bon gueret, au 
deffous argilleux, & par deflus meflé de fablon & de croye, 
efpois, moitte & non maigre, auquel planteras enuiron la 
my Mars des reiettons & branches nouuelles,belles & ferti- 
les, arrachees des rameaux de larbre, groffes comme le poi- 
guet, & longues d’vn pied & demy, & les poferas en terre,de 
mefme façon qu'elleseftoyent en l'arbre, le bout d'embas en 
bas, & celuy d'enhaut tourné & regardant au ciel, comme 
quand elles eftoyent en larbre:car fi tu les mets renuerfees en 
terre, elles prendront à grand peine: & fi elles prennent, de- 
meureront toufiours fteriles, les faudra enduire tant au pied 
qu'à la tefte, de fien meflé auec cendre, & les pofer en terre 
auec telle profondeur,que par deffus il y ait quatre doigts de 
terre menue:ne les tranfplanteras auant cinq ans,mais cepen- 
dant les faudra fouïr tous les mois, fumer de fien de cheure 
en automne : arroufer d’eau de pluye pluftoft que de fontai- 
ne, puys, ou riuierc : quelquesfois efmonder des branches 
fuperflues, & principalement des iettons fecs & arides:tailler 
non pluftoft que huit ans, & apres de huit ansen huit ans:ar- 
roufer quelquesfois le pied des puiffans oliuiers de la lie d'o- 
liues, pour les garder des vents ou autres vermines, qui font 
fouvent moleftes à cefte plante:les defendre du beftial, prin- 
cipalement du broutement de la cheure, qui la rend du tout p:outement de 
fterile. Ne planter plantes aucunes pres de Foliuier,que le fi- cheure. 
uier ou la vigne, la vicinité defquels le refiouït, & hayt fur 
tout,le chefne,mefme que fil eft planté au lieu d’où lon a ar- 
raché le chefne,il meurt incontinent. Lon tient qui eft chofe 
admirable, que l’oliuier deuient plus fertile, & copieux en Merueille chofe 
fruit, f'ileft plâté & cultiué de perlonnes vierges ou qui n’au- entour l'oliuier. 
ront violé le lié d’autruy, mefme qu’en d’aucuns païs lesen- Virginité. 
fans chaftes plantent, traittent, & gouuernent les oliuiers, Ris 
dont ils viennent beaux & fertiles. 


-— 


n ii} 


LE VIRE MT 
5 Piflaches. Chap. 63. 


Iftachesrequierét non moindre diligéce que 
l'oliuier & demandent eftre femez enuiron 
le premier iour d’Apuril tant le maîle que la 
femelle, le mafle ayant le dos tourné à l'Oc- 
cident en terre bien graffe & aëree, & la les 
pouuez enter fureux-mefmes , ou fur le te- 
rebinth, combien qu’aucuns les entent fur lauandier. Ceft 
arbre eft rare en ces païs, toutesfois Y’ay fouuenance en auoir 
veu à Paris au jardin de l'Euefché, & au iardin de mofeigneur 
oùange de Re- René du Bellay Euefque du Mans,l'vn des plus abfolut per- 
so fonnage en toute fcience, que noftre aage aye cognu: auquel 
: ” deuons celte grace, que par fa diligence & foing du bien pu- 
blic, feul & premier des François a apporté en ces païs la co- 
gnoiffance, non feulement des noms qui nouseftoyent du 
tout incognus,mais aufsi de la culture & figure des herbes & 
arbres eftrangers , defquels nous admirons & exaltons les 
fruits, mais ne cognoïfsions leurs parents. En quoy toute 
noftre gent & nation fe doitrefentir d'vne p:rpetuelle obli- 
gation à luy redeuable: & apres luy à monfeigneur leReue- 
- Loüange de rendifsime Cardinal du Bellay, homme digne de memoire 
monfeigneur le cternelle, & auquel la pofterité Françoife naura iamais fon 
É du femblable, pour fon incredible erudition, authorité, & efprit 
UE incomparable qui l’a rendu non feulement aux fiés,mais aufsi 
aux eftranges nations, du tout admirable. 


Louan 


Citronniers,Oren gters, Limoniers, Poucilles. 


\ 


Chap. C4. 


Itronniers,orengers,limoniers, poucilles, de- 
mandent pareille culture, pour le femblable 
naturel qu'eft entreeux. Ils aymentà eftre en 
air chaud & humide,en terroir rare & tendre, 
pres la marine & ou l'humeur abonde : & qui 
4 eft vne chofe contrele naturel de tous autres 
arbres,ils fe nourrifent au vét de midy: & reçoiuent domma- 
ge de celuy de Septentrion, parquoy fi on veut nourrir & 
appriuoifer ces plâtes en ces païs qni font aucunemét froids, 
faut fur tout choifir vn lieu au parterre qui regarde au midy, 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 5 


pres des murailles, afin qu'ils ayent vn rampart côtre les par- 
ties Septentrionales,ou pour plus grande & affeuree commo- 
dité les faut planter ou femer dans demy tonneaux refenduz, 
vaifleaux de terre appropriez, qui font delices des princes & 
gros feigneurs,ou bien des caffes larges par bas, & peu eftroi- 
êtes par le haut, bafties d’aiz de fente, fort bien colez & aian- 
cez enfemble, de forte que rien nefe puifle reietter ou def- 
monter par- ce que la terre, par le fouuent arrofer furmonte 
toufiours le bois de quelque forte qu’il foit. Toutesfois que 
J'arrofer donne accroifemét à l'arbre, mais il faut faire par bas 
conduiét & yfluë à l’eau extrauagante ou fuperabondäte ain- 
fi comme aux cuuiers des lifsiues:parquoy femez les ou plan- 
tezentels ou femblables vaifleaux qui pourront eftre con- 
duits en tel lieu & part que lon voudra, car parce que ces plä- 
tes {e meurent quand elles font tantfoit peu touchees de la 
gelee, comme eftant delicates & tendres de leur natürel, fau- 
dra en hyuer,apres les auoir fort bien couuertes & entourees 
de paille, ou de farment de courges ( car ils ont vne naturelle 
côtrarieté pour empefcher que le froid ne les puiffe endom- 
mager) les conduire par petites brouettes en caueaux voutez 
& quand PEfTé fera venu, les ramener & raconduire en plein 
foleil pour eftrenourriz & recreez de fa chaleur. 

Quart à leur culture, ils font femez de leur graine, & 
plantez de reïettons, de rameaux & de greffes. La maniere de 
les femer fera premierement de bien preparer & fumer la ter- 
rcenuiron le mois de May, & y mefler de la cendre ou de 
bois,ou pour le meilleur,faiéte de concombres, puis en foffes 
larges de demy pied mettre trois grains enfemble le bout ai- 
au au deflus, & le haut du grain contreterre : ce fait, les faut 
fouuént arroufer d’eau vn peu ticde, ou de lai& de brebis:car 
ils en viendront mieux & pluftoft. N'oublie pas toutesfois 
auant que les femer, de mettre tremper les grainsen lait de 
vache, qui foit tiede: & fi tu les veux doux y adioufter au 
tremper du fucre candy. 

En terre cultiuce & befchee de mefme façon, planteras 
leurs reiettons,rameaux, & greffes, enuiron la my May,met- 
tant les plus gros bouts deffus.En mefme temps aufi fe peu- 
uent enter fur grenadier,poirier, pommier,meurier, peu fou- 
uententre bois & l’efcorce, mais au tronc tranché pres des 
racines : & ne permettras aucunes herbes croiftre à l'entour 


La courge, amie 
des citrons. 


Citr5s de garde. 


C'tron rouge. 


Grenadiers. 


L'EVIRE IT 


d'eux, fi ce n'eft la courge, de laquelle elle fe recree pour voi” 
fine, receuant d'elle grande aide côtre le froid, mefme que fes 
cendres efpanduz à l’entour des racines des citrons,les rendé! 
plus beaux & plus fertiles. 

Les citrons,orenges,limons, poucilles, pour eftre de bon- 
ne garde, feront cueilliz de nuict auec leurs fueilles entre les 
deux lunes. Les garderas frais & purs toute l’annee, fi tu les 
caches en monceaux d'orge ou millet, ou bien fi tules frottes 
aucc du plaftre bien deftrempé. 

Le citron fera rouge & doux, fileftenté fur vn meuricr: 
& retiendra telle forme en figure que lon voudra,fi auät qu'il 
ait pris fa graädeur & groffeur,eft mis dans des pourtraits tail- 
lez, & eniceluy prend fa croiflance. 


Grenadiers. Chap. 65. 


Vant aux grenadiers, il neles faut fi foigneufe- 
VE] mét traitter que les fruits deflufdits,parce qu'ils 
viennent de picqueure, & bien endurentle pros 
F] uigner , maisenter iamais. Vray que fitu veux 

2] prédre la peine de les efmonder enieuneffe & en 
faifon, le fruit en fera beaucoup plus gros, & de meilleure fa- 
çon , maisil faut qu'ils foyent plâtez deuers le foleil de inidy, 
Jamais à l'Orient, ny aufsià l'Occident, car c’eft ce que luy 
nuit le plus, aufsi bien qu’à la vigne. Note toutesfois que les 
prouins que tu en feras, doiuent eftre pris quand la mere au- 
ra bourionné, non pas pluftoft [ qui eft au contraire des pro- 
uins des autres arbres ] mefme queleietton foitauec efcorce: 
Au demeurant il le faut fouuent arrofer, & l’eflagner quand le 
foleil eft au figne de Libra. 

Les gre nadiers feront fertiles fi vous pilez du pourpier & 
del'efpurge enfemble:puis en frottesle tronc de l'arbre. 

Les grenades ne feromprôt,ny ouuriront en Parbre fi lon 
met trois pierres à la racine quand on plante l'arbre:& fi l’ar- 
bre eft defia planté aupres dela racine du grenadier faut plä- 
ter la fquille, qui eft vn oignon marin. 

Le g renadier ne perdra fes fleurs, fi trois fois l'annee on ar- 
rofe fes racines auec vieille vrine,meflee auec autant d'eau. 

Les grenades feront de garde, fi vous les plongez en l’eau 


chaude quifoitnette& lestixes incontinét, ou bien fi les met- 
tCz 


DE LA MAISON RVSTIQVE 59 


tez feparément en du fablon fec, ou en monceau de bled , à 
l'ombre, iufques à tant qu’elles foyent ridees. 


Des deux iardins particuliers, af$is au bout 
du iardin potager € du parterre. 
Chap. cc 


E jardin tant potager que par terre eflät de la 
“grandeur fi deffus declarce, peut auoir de re- 
3 lérue deux ou troisarpents pout le profit du 
pere de famille ou meftayer comme pour les 
garences, gaude, chardon à bonnetier, ligne- 
raye & channeuiere. Encor y pourrons-nous 
adioufter le faffran, combien que toutes ces chofes, ainfi que 
les legumes, fi la terre eft franche & naturelle,meritent bien 
auoir champ à part, & eftre cultiuees de la façon des grains 
& legumes. 


Garence. Chap. 67. 


Onc pour la garence domeftique qui eft de 
plus grande requefte que l’agrefte & fauuage 
que lon nomme rubie maieur , ou rubie des 
teinéturiers,nous referuerons lieu à part d’en- 
uiron quatre ou cinqarpents,qui ne fera trop 
loing de l’eau , mais en terre franche cultiuee 
en cheualiers plus druz, & plus petits que ceux que nous di- 
rons de la vigne nouuelle, car cefte plante a fes faifons de cul- 
ture particuliere ainfi que la vigne, bien y a cefte difference, 
que l’vn eft herbe, l’autre eft arbufte : l’vn meurt tous les ans 
faufsi n’en requiert-on que la racine pour les bonnes teinétu- 
res] l’autre dure pour le moins douze ansen bonne faifon, 
dont les fix premiers font de croiffance, & quelque peu de 
rapport : les autres font de profit plain & entier, hors-mis le 
danger des grefles,coulures, & gelees, aufquelles neantmoins 
la garence cit fubiette, & fouuent plus que la vigne, pour fa 
tendreur. Ce point y a que la vigne gelce ne fe peut reparer, 
ha garence fe peut replanter & femer, comme aufsi la gaude 
& la guefde particuliere culture des Prouençaux , richeffe 
& profit des tain@uriers de draps, & de laine en quelque 
couleur que ce foit. 


© 


Rubie maieur, 


LTV'IC ET 


Lc choix dela racine que tu voudras planter & cultiue- 
[cariln’y à ordre de la femer]doit eftre de l'édroit de la hau- 
te Prouence plus orienté & plus frais, & quant à l'œil & au 
gouft icelle racine doit eftre de la plus iaune,groffe & cheue- 
luë, tirant fur le vray orenger de Prouéce fortamereau gouft 
& à la cuiffon [ pour l’experimenter | plus rouge & plus fuc- 
culente, c’eft à dire moins feiche & aride. 

Le temps de la planter, eft depuis Mars iufques à la my 
May,& n’en attéds parfaite vtilité que deux ans apres la pre- 
miere plante faite, mais il te faut bien munir ton clos de garé- 
ce côtre tout beftial, cariln'y à rié qui plus luy face nuisäce. 

OrlAutomne venu, & quand tu verras que l'herbe iau- 
nira, & perdra fa naïue couleur, tu la tireras, & en defroque- 
ras les racines, lefquelles tu ietteras fur le condolz ou cheua- 
liers, pour feicher l’efpace d’enuiron trois ou quatre iours de 
temps propre, finon fix ou huiten faifon pluuieufe & plus 
moitte & humide: puis tu les feras leuer, efpoudrer, & racler 
fi qu’il n’y demeure aucune cheueleure, & ainfi nettoyé la fe- 
meras pour l’vfage ou la vente. 


Gaude 7 Guefde. Chap. 68. 


z Vant a la gaude & la guefde, qui font differentes, 
(5) c’eft ce que les anciens ontnommé Glaftin & 1fa- 
Le) tis, elles fe cultiuëc en plain champ de labeur tout 
ainfi comme le nauet ou la raue, combien que l’on 

n’en demäde que le deffus & le plus loing en fleurs & en tige, 
l'vne & l’autre ne craignent rien du danger des gelees, pluies 
ou froidures extraordinaires. Vray que le trop gras gueret ne 
leur fert pas beaucoup, qui eft le contraire de la garence, qui 
requiert autant d'amendemét que le formét & la vigne, mef- 
me veut le repos de fon gueret par interualles d’annees a au- 


tres: autrement les racines fi fouuent plantees auortent & de- 
generent de leur vertu & bonté, 


Chardon à Bonnetier. Chap. 639. 


le chardon à bônetier,que les modernes nommerent ver- 
ge du pafteur, & les plus anciens cuuette de Venus, pour- 
te qu'il à toufioursentre deux füucilles qui Fefpandent de co- 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 54 


Îté & d'autre, comme vne petite cuuctte ou l’eau fe referue, 
pour donner arrofemét à la plante,que de fon naturel (com- 
me aufi toutes efpeces de chardôs)eft fort chaude & feiche: 
Or cefte plante fert grandement, quant à la tefte du chardon 
qu’elle produit;aux drappiers-drappans , à chardonner leurs 
draps neufs,pour en faire fortir la laine, & les parer: & autant 
ou d’auantage aux bonnetiers apres que le bonnet à efté fillé, 
pilé,defpraiffé & gouuerné aucc le fauon, la croye & la terre 
à lauer. Or celuy qui veut auoir profit de cefte herbe, il la 
faut femer ou planter par rayons, à ce que l’eau luy puiffe or- 
dinairement couler au pied, & dénner perpetuelle frefcheur. 
Aufsi n’eft il befoing le femer aillieurs qu’en lieu moyenne- 
ment aquatique, car la trop grande moitteur fait le chardon, 
ou la tefte d’iceluy{ dont on à le plus d'affaire] plus courte & 
de moindre vtilité. Il ne le faut cueillir ne botteler qu’en téps 
fec, vers le mois d'O&tobre pour le plus tard, & pour le plus 
toft,füur la fin de Septembre: Aucuns le font & laiffent feicher 
à la granche en vn lieu a part, à caufe qu'il eft fubieét aux puf- 
fons, & petite vermine, qui fait cheoir le petit pied qui {ou- 
ftient cefte tefte. 


Le faffran. Chap. 70. 


YA] Es meilleurs mefnagers, & plus experts à la 
Mer» culture des plantes font cas du faffran, que 


"À lon nomme baftard, c’eft ce que les anciens 
5 appellerent carthame, & le vulgaire le nom- 


8 que pour fa graine,qui purge le phlegme,ou 
la pituite aux perfonnes, & fert comme de curenutritiueaux 
perroquets qui en font fort friands. Cefte plante,quand elle 
cit percreuë & bien cultiuce,porte certaines teftelettes grof- 
fes,comme gaufles d'ail, & fur le milieu vne fleur que lon di- 
roit eftre faffran. Ce bien fait-elle à la terre,qu’élle l'amende 
& engraifle, aufsi ne demande grandenourriture, & ne laifle 
racine apres qu’elle eft cueillie qui puiffe pulluler, ou recroi- 
fire ou endommager le gueret Il y a bien autant de profit à la 
culture de cefte herbe comme à l'anis ou fenoil, quand tout 
en eft dit, vn bon mefnager met tout à profit:& n’eft pas( cô- 
mie nous difons | qu’il ne face valoir l'ail & l'oignon pour 
o ij 


Saffran baftard. 


Perroquet friäd 


-de faffsan. 


Safran ordinai- 
ré. 


Saffran, venin 
pop pour 
ecueur. 


Raues de deux 
fortes. 


Reffoït, 


ÉANVÉRERPTR 


vendre és foires fainét Laurens & de la noftre dame de Se- 
tembre, qu'il ne faide pour faire argent. 

Le faffran ordinaire, feruät pour le condiment,les peinétu- 
res, & teinétures,eft de peine & de profit : ren demanderoye 
aux Tourengeois,Prouéçaux & Portuguez;qui en font queft 
quafi incredible. Lon le plante ainfi que la camomiile en téps 
nouueau: mais il faut que la terre foit franche, & bien amen- 
dee : & le foulle Ion bien fort à petonner quand il veutietter 
fa fleur : mais quand elle bourgeonne, il en faut laiffer faire à 
nature. Au cueillir il faut auoirlinges pour letrayer & tirer 
hors de {a cloche: puis bien le feicher à l'ombre du foleil, & 
couurir de linges nets, le nettoyer & purger que toute ordu- 
reen foithors, & le referueren lieu fec & couuert. Aucuns 
tiennent que letrop vfer de faffran, fait tort à la perfonne, & 
que c’eft vn particulier venin pour le cueur : comme que ce 
foit, le profiten eft fort grand, & pourtant commode & re- 
quis du mefnager,qui ne veut fà terre eftre inutile. 


Bref renuoy touchant les legumes. 
Chap. 77. 


E nediray rien icy du nauet ny des deux fortes 
jh de raues,dôt la grofle & la ronde cit pour le Li- 
mofin Auuergnac & Prouençal: & la longue 
qu'ils nomment reffort, pour la France & ail- 

«tu - leurs,;commene feray pareillement mention du 
fencué,millet, panis, & cumin, ny aufsi des ers,lupins,lentille 
& fenegré, qui font toutesfois femences & legumes de profit 
& commodité de mefnage, qu'auons referué pour le jardin 
des legumes pofé au bout du iardin potager : ie me contente- 
ray en ceft endroit d'aduertir le bon meftayer, que pour de- 
fricher les terres pendant qu'elles font de repos, apres auoir 
le meilleur grain, cela ne fait point de mal y femer la raue, & 
le nauct, pourueu que les graines apres les plantes arrachees 
en foyent fi bien leuees que la terre en foit du tout defangee, 
autrement à l’aduenir parmy le grain ce ne feroyent que fan- 
ues, hyebles, & autres herbes fafcheufes : vray que leslegu- 
mes {ont autant de mefnage, que les grains propres à faire le 
le pain: car le potage pour la famille eft toufiours de requete 
en quelque maifon que ce foit. Aucuns font panifice du mil- 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. ss 
Jet, mais c’eft en trop grands neceäité. Quoy que ce foit, la 


febue, le poix, les ciches,la veffs,ne font de moindre requefte 


ou faueur que les ers,lupins,cumin, fenegré, & la lentille : de 
cela j'en produiray pour tefmoings l’Auuergnac,le Limofin, 
le Sauoyfien, & les Daulphinois : duquel labeur, pour n’en 
parler ici dauantage, & comme par fuperfluité, nous te ren- 
uoyons pour en fauoir le tout, à la culture des grains & le- 
gumes en terres labourables. 


Les remedes contre les accidents qui faruiennent 


aux herbes. Chap. 72. 


Es herbestant femees que plantees auxiar- 

i| dins cy deffus defcrits , ne reçoiuent feulemét 
ANIdommage de la grefle,efclair,tonnerre,gelee, 
6%] brouillars nielle,& autres iniures du ciel,mais 
| au fsi font moleftees du degaft que leurs font 
plufieurs beftioles, comme fautereaux , che- 
nilles, belertes, rats tant domeftiques que des champs, chats, 
taupes, fourmis, mouches, moucherons, chauue-fouris, pu- 
naifes, puces, cantharides, fenfuës, grenoilles, limaçons, fer- 
pents, & autres femblables,aufquels accidéts faut obuier foi- 
gneufement, autrement le labeur du jardinier feroit inutile & 
de nul plaifir au pere de famille: Entends donc en brefles re- 
medes qui font neceflaires pour euiter tels accidents. 

Contre la grefle lesanciens enuironnoyent le circuit de 
leur iardin de vigne blanche:ou attachoyét contre vn poteau 
affez haut efleué vn chat huant ayant les ailes eftenduës. 

L’efclair & tonnerre ne feront aucune nuifance filon en- 
terre au milieu du jardin vne forte de crapaut, qu’on appelle 
verdier enfermé dans vn pot deterre.Les autres au milieu du 
iardin,ou bien aux quatres coings d’iceluy, pendent des plu- 
maceaux d'aigle,ou la peau de veau marin. Les autres plantét 
plufieurs lauriers à l'entour duiardin. 

Siles brouillars menacent de quelque dommage, faut a- 
maffer en diners lieux du iardin plufieurs monceaux de far- 
ments, & de paille,ou d'herbes & arbriffeaux arrachez au lieu 
mefme, puis y mettre le feu: car la fumee corrôpt & nettoye 
J'air nubileux. 

‘ Contre la nielle, qui eft vne corruption qui aduient aux 
o iij 


a 
Beftioles dora- 
mageables. 


Côtre la grefles 


Contre l’efclair. 
Crapaut ver- 


dier. 


Côtre les brouil 
lars, 


Cütre lanielle. 


Contre les be- 
ftioles. 


Cütre les lima- 
cons. 


Contre les che. 
nilles, 


LENIRE IL 


herbes & arbres par vne mauuaife côftellatiô n'eft rien meil- 
leur que de brufler auec du fien la corne dextre du beuf, de 
telle façon qu'il en forte de toute part grande fumee:car cefte 
fumee chaffera & refoudra l'air pernicieux, qui eft porteur de 
cefte maligne influence. 

Pour empefcher tout dommage que pourroit furuenir 
par beftioles, fera bon de feicher für le cuir d’vne tortuë tou- 
tes les femences,que tu voudras femer en tes iardins:ou plan- 
teren plufieurs lieux de ton iardin dela menthe, principale- 
mententre les choux ou bien femer entre les herbes à pota- 
ges,des poix ciches, ou de la roquette : ou réplr le terroir du 
iardin potager de fien d’oyfon deftrempé auec faumeure. 

Contre les limaçons & efcargots, fert beaucoup la lie re- 
cente d'huile, ou la fuye de cheminee efpanduë parmy les 
jardins. 

Pour empefcher les chenilles, faut arrofer les plätesauec 
eau ou auront trempé cendres de farment de vigne: ou perfu- 


- merles herbes & arbres auec fouphre vif. Aucuns trempent 


Contre les puf- 
fons. 


Contre les mou 
cherons, 


Cüôtre les four- 
sais. 


les femences en lifsiue de cédre de figuier, & pour faire mou- 
rir les chenilles, iettent par deflus elles la cédre mefme: les au- 
tres aiment mieux planter vn gros oignon, qu'eft appellé en 
Latin foilla, où bien brufler champignons qnifortent des 
noyers,ou grande quantité d'ails fans tefte,afñin que par la ni- 
deur qui en fortira,elles puiffent toutes mourir. 

Les puffons meurent incontinent,fils font arrofez de fort 
vinaigre meflé auec du ius d’hanebane,ou de l'eau ou de la fi- 
guë aura cuit. 

Les moucherons fe mourront fi vous mettez tremper de 
la ruë, & l’efpädez parmy lesiardins: ou fi vous faites parfun 
de galbane ou de foulfe,ou de cumin,ou de fien de beuf. 

Si vous voulez chaffer les moufches, faites parfum de 
colocynthe. 

Pour amaffer toutes les cloportes & autres femblables 
beftes en va lieu, à fin de les tuer, faut eftendre fur le lieu où 
elles abondent principalement,les boyaux & entrailles d'une 


“brebis n'aguere tuee, qui ne foyent aucunement nettoyez, 


mais encor pleins de leurs ordures, deux iours apres, tu les 
trouucras toutes amaffees en cefdits boyaux. 

Lon chaffera les fourmis, fi lon brufle ceux qui font prins: 
ou fi fon frotte l’efcorce des plantes où ils abondent;auec du 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 56 


fiel de taureau, ou auec de la decoétion de lupins: ou bien fi 
on brufle au iardin concombre fauuage: ou fi lon croye auec 
croye blanche ou rouge, l'arbre où il ÿ en aura. 

Les fautereaux ne feront aucun mal aux herbes fi elles 
fontarroufees d'abfince,ou de porreaux,ou centaure,broyez 
auec eau. 

Chafferas les rats champaiftres, fi tu iettes durant les iours 
caniculaires en leurs cauernes de la graine de figue,auec elle- 
bore & farine d'orge:ou bien fi tu ferme l’entree de leurs ca- 
uernes aucc fueilles de laurier, à fin que quand ils voudront 
fortir, ils viennent à prendre auec les dents lefdittes fueilles, 
car par le feul attouchement, ils en font tuez. 

Les taupes iamais ne fouïront la terre du iardin,où vien- 
dra, foit de fon bon gré, foit femee, l'herbe que lon nomme 
Palma-Chrifti: mefmes vous les chafferez ou ferez mourir, fi 
mettez à l’entree du trou où elles habitent, vnenoix enflam- 
bee, remplie de païfle,foulphre, & poix-refine, car par la fu- 
mee qui fortira de cefte noix, les taulpes fe mourront ou 
fenfuyront. 

Toutes fortes de ferpents font chaflez auec parfum fait 
ou de galbane, ou de corne de cerf, ou de racine deliz, ou 
d'ongle de cheure. 

Les chauuc-fouris ne voleront aux iardins fi faites vn 
parfum de lierre. f 

Les grenoilles fe tairont, & ne crieront plus fi vous met- 


tez vne lanterne allumee fur bort de l’eau ou ruiffeau qui en- 
wronne le iardin. 


La mouche à miel. Chap. 73. 


I la meilleure part du profit de la metairie de- 
{| pend de la nourriture du beftial,ie puis affer- 
| mer que la plus fruétueufe nourriture de la 

1 maifon ruftique eft des moufches à miel, vray 
qu'il y faut du foing pour les choifir,amafler, 
retenir, nourrir, garder, tenir nettes dans leurs 
ruches : mais aufsi qu'eft-ce de la tant finguliere commodité 
de la cire qui nous eft donnee par les moufches à miel:qu’eft- 
ce du miel, admirable ouuraged'celles, tant vtile & profita- 
ble aux vfages des hommes ? Ne fe trouuera donceftrange, fi 


Contre les fau 


tereaux, 


Contre les rats 


champeftres. 


Contre les tau- 


pes. 


Contre les fer- 
pents. 


Contreles chau- 
ue-fouris. 
Contre les gre> 
noilles. 


Mouches à miel 


LIVRE PEL 


nous confeillons au pere de famille qu'il entende & foit foi- 
gneux dé nourrir en fa metairie des mouches à miel & enfei- 
gnons en peu de paroles quel doit eftre le gouuernement d'- 
celles & deleursruches. 


L'affictte du lieu;pour les mouches à miel. 
Chap. 74. ; 


7 Onc le pere de famille pour la nourriture de fes 
mouches à miel, choifira premierement vn lieu 
dans le parterre bien propre & fecret, expoféau 
ES) foleil de midy,qui ne foit toutesfoisny chaud ny 
froid,mais temperé, où il y aura grande quantité dethym,o- 
rigan, thymbre, farrictte, ferpollet, rofmarin,fauge, fiambes, 
giroflees, violettes de Mars, liz blancs, rofes, paife-velours, 
bafilicq,faffran, & autres herbes & fleurs odorantes,ouil n’y 
ait aucune amertume, parcillement affez bon nôbre;tant d'ar- 
briffeaux de bonne fenteur, comme cypres, cedre, palmier, 


pin, terebinthe,lentifque:que d'arbres fruitiers,çcommeaman- 
diers,pefchers, poyries,pommiers,cerifiers, & autres fembla- : 


bles : outre tout cela d'herbes infinies, lefquelles ne fonttant 
notables ne tant cogneuës , & naiflent en terres labourees &c 
en pafty,qui font augmenter la cire, comme reffort fauuage, 
la fueille de cichorec fauuage,les fleurs du pauot noir:puis les 
paftenades fauuages, & celles des iardins,que lon nomme ca- 
rottes. 

Le lieu doit eftre loing de fumier,retraits,baings,maraits, 
marefcages,bouës, fanges qui puiffent dôner mauuaife odeur, 
pluftoft Fil eft pofsible, proche d’vn ruiffeau d’eau courante 
paturellement, ou parartifice, dans vn conduit ou canal qui 
receura l’eau tiree de puys, ou de fontaine, lequel fera bordé 
de pierres & de bruis d'arbres pour affeoir les mouches. 

Or quelque lieu que ce foit, foit au parterre ou ailleurs 
[combien qu'auons à ce dedié le parterre Jilne le faut ciorre 
de hautes murailles: & fi de peur des larrons on les veut hau- 
fer,il out percer les murailles à trois pieds deffus la terre, & y 
faire par ordre des petits trous pour paffer les mouches: & là 
aupres y baftir vne maifonnette, fi 16 veult,ou demeurera ce- 


luy qui en aura la charge, & pour y retirer lesinftruments. 
La 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 57 
La forme eg affiette des Ruches pour les 
moufches à miel. Chap. 75. 


’Afsiette du lieu où lon pourra mettre les 
moufches à miel ainfi ordonnees, il faudra 
felon la commodité du païs faire des ruches: 
les meilleures font de l'efcorce deliege,apres 
Al elles de ferules & de faulx telles que voyons 
den ces païs, les pires deterre cuitte, carelles 
= 1} bruflent de chaleur en efté, & gelent de froid 
enhyuer. Elles doiuenteftre larges par bas, & eftroittes par 
le haut, larges d’vne coudee, & hautes de deux, enduites & 
plaftrees par dehors de chaux & de fien de beuf meflez, à fin 
qu’elles en foyent de plus longues durees : féront afsifes fur 
ais appropriez pres la muraille,non pas côtre,car il faut qu'il 
y ait efpace par derriere pour les pouuoir nettoyer : ou bien 
fus des perrons de pierre, hauts de trois pieds & larges d’au- 
tant, fi bien enduits & polis de toutes parts que les lezards & 
ferpents, ou autres beftes,n”y puiffent monter & grauir pour 
nuire. Les ruches feront tellemét pofees,qu'il y aura quelque 
diftance de l’vne à l'autre, à fin que quand on en voudra vifi- 
ter vne & la nettoyer, on n'esbranle la prochaine, & qu’on 
n’eftonne les moufches d’aupres,lefquellescraignent fur tout 
que lon ne touche,ou remue leur ouurage de cire, qui eft fort 
imbecile & facile à gafter. Le deuant par où entrét les mouf- 
ches,doit eftre plus en pendant que le derriere à fin que l’eau 
ou la rofee du ciel n'entre dedans, & fi d’auétureelle y entre, 
qu’elle n’y arrefte point;ains forte par l’entree:& pource faut 
il couurir lesruches de petites couuertures & portiques: fi- 
non les ombrager de fucillages & ramees y attacheesauec 
mortier de terre pour liaifon: & cela feruira contre le froid, 
Ja pluye, & la chaleur : toutesfois que la chaleur ne nuit pas 
tant aux moufches que la froidure:parquoy faut que derrie- 
re le lieu où feront les moufches,il y ait vn baftimét, ou pour 
le moins vne muraille qui leur ferue d’abry contre le vent de 
bife, & entretienne les ruchesentiedeur. Et d’auantage les 
ruches, combien qu’elles foyent à couuert de ce baftiment, 
toutesfois doiuét eftre tournees à l'Orient d’hyuer, à fin que 
le matin lors que les moufches fortiront, elles ayét la chaleur, 


PA 


CAN RE URE 


du foleil, & en foyent plus efueillecs:car le froid les rend pe- 
fantes & pareffeufes:& pource les trous par où elles fortiront 
ou entreront, doiuent eftre Fort petits, à fin que par lil n'y 
entre gueres de froidure: & füthira qu'vne moufche feule y 
puiffe paffer,par ce moyen ne le ftellion venimeux,ny le vil- 
Jain fouille-merde, ne les papillons viédront piller lesruches 
& rayons du miel. Etoutre, felon qu'il y aura quantité de 
moufches dans les ruches, il y faudra faire en vn mefme cou- 
uercle deux ou trois trous pour entrer, quelque peu diftants 
l’vn de l’autre, & pour deceuoir les lezards, qui les guettent à 
la fortie pour les prendre & les tuer:par-ainfi il y en aura peu 
de prinfes, quand elles pourront efchapper par vnautre trou, 
que par celuy où cefte pete ou autres beftes venimeufes les 
guettent. 


Quelles doinent eftre les moufches à miel. 
Chap. FA 


F1] E ne parleray icy comme font engendrees les 
| moufches à miel, à fauoir de leurs femblables, 
comme nous voyons aux autres beftes, ou par la 
| corrupti6 & pourriture dn corps d’vn ieune beuf, 
dequoy parle Virgile,mais les defcriray ia engendrees quelles 
doiuent eftre pour faire bon miel. Soit donc que tu vueilles 
achepter ou amaffer les iettons qui font és foreits pour en 
urer du miel, regarde diligemment qu'elles ayét lesmarques 
qui fenfuiuent, à fauoir, qu’elles foyent petites, longuettes, 
non velues,nettes,dorees,reluifantes & eftincellantes comme 
l'or, moufchettees par deffus, douces & amiables, car plus la 
moufche eft grande & longue, & plus elle eft mauuaife, & fi 
elle eft cruelle,elle ne vaut rien : combien qu’on corrige faci- 
lement leur cholere & malice, quand elles font autrement de 


Choix des mouf bonne marque & fertiles, en les vifitant fouuent. Or par ce 


ches que [6 veut 
acheter, 


que lonne fauroit cognoiftre fi elles ont toutes ces marques 
fufdites fi on ne les voit, fi tu les achetes, auant que les mar- 
chander, faut ouurir les ruches, & regarder fi elles font bien 
peuplees : & fi lon ne peut bonnement regarder dedans, fau- 
dra vfer de conietures & aduifer fil y en aura quätité à l’en- 
tree, fi lon oit grand bruit là dedans, & plus, fi elles font tou- 
tes retirees & le repofent, en mettant la bouche au trou de 


DE LA MAISON RVSTIQUE. % 


l'entree, & foufflant fort dedans, on pourra apparceuoir fil 
y en a beaucoup ou peu,par le bruit qu'elles feront foudaine- 
ment en fentant le vent. Il faut principalement aduifer à les 
achepter plus pres de foy quelon pourra, & n6 és païs loing- 
tains : car la mutation de l'air & du païs les eftonne:& fi cela 
ne fe peut faire, & eft neceflaire les aller chercher bien loin, 
il fe faut donner garde de les porter par autre lieu que par 
beau chemin, en printemps pluftoft qu’en hyuer, tout dou- 
cement de peur de les efmouuoir, de nuit à fon col: car de 
jour il les faut laiflerrepofer. Eteftant apportees ne faudra 
ouurir leurs ruches ny les affeoir iufques au vefpre du lende- 
main. Lon ne regarde pas tant foigneufement à celles qui ont 
efté dônees,n’à celles qu’on a prinfes & amaflees aux champs 
& foreftz:combien que ie ne confeille qu’on en ait, fi elles ne 
font tresbonnes : car il y a autant de defpence & de peine à 
entretenir les pires que les bonnes. Toutesfois quand on les 
amaffe,on ne les peut pas choifir comme lon veut,ains fe faut 
contenter de ce qui fe prefente,& ce neantmoins tenter tous 
moyés d'en'auoir les meilleures que lon pourra. Tu les amaf- 
feras donc en telle forte, apres que tu auras trouué le lieu où 
les moufches à miel auolent(quieft communément aux bof- 
cages & foreftz ou abondent herbes & arbres de bonne fen- 
teur, pres d'vn ruiffeau ou fontaine ) & cogneu leur retraitte 
& demeure, faudra au commencement du renouueau pren- 
dre dela meliffe,thym,broyees auec d’autres femblables her 
bes que les moufches à miel aiment , defquelles tu frotteras 


les ruches fi fort que l'odeur d'icelle & le ius y demeure:puis. 


nettoyeras iceiles ruches :apres y afpargeras vn peu du miel, 
& ce fait, tu ies afferras & arrangeras par les bois & foreftz 
pres des fontaines:& quandelles feront pleines de moufches, 
tu les rapporteras à la maifon. Voila la maniere d’amafler les 
iettons des moufches à miel. 


Qwel doit effre le gonnernement des mouches 
qui font domeftiques. Chap. 77. 


E pere de famille ou meftayer ayant ordonné pa- 


, Ÿ ES ditures, ruches & licux propres pourles mouches à 
BE mi , mefmemétacheté où ama Mé affez bône quä- 
“ss tité de iettôs pour peupler lesruches. fera loigneux 


le 


Choix de mouf- 
ches que lon a- 
mafle aux fo- 
reits. 


Meurs des mou- 
ches à miel. 


L'IEVINE TI 


de leur donner vn gouuerneur attentif & diligët,plus que nul 
autre pafteur ou gouuerneur de beftial, car d'autät 4 la mou- 
che à miel eft plus fage & plus induftrieufe que nul autre ani- 
mal,mefme qu'elle à vne prudence qui approche pres de l'in- 
telligence de l’homme, d'autant plus foigneufement elle veut 
eftre traittee & conduite de fon gouuerneur : fur tout quelle . 
gouuerneur ne foitny trompeur,ny ord,ny negligent, car elle 
n'ayme point eftre ny chichement ny falement traittee. Sera 
donc l’eftat de celuy quien aura la charge, de côfiderer leurs 
meurs & façon de viure & fy accommoderle plus attentiue- 
ment qu'il pourra:elles ont vn Roy, auquel elles obciffent du 
tout, foit pour fortir hors des ruches, foit pour y retourner, 
foit pour y demeurer, & luy tiennét toufiours compagnie en 
quelque lieu qu'il foit. Nulle d’elles eft pareffeufe, mais cha- 
cune vaque à quelque befongne, les vnes apportent fleurs & 
fueilles odorantes, les autres font le miel,les autres fadonnét 
à quelque autre vacation:elles hayent fur tout mauuaifes fen- 
teurs, & ne volent jamais côtre la lumiere, ne a la chair, ny au 
fang ny à aucuneautre graifle, mais fe contentent feulement 
de fueilles & fleurs qui ont le ius odorant. Brefleur maniere 
& façon de viure eft quafi admirable en nature : mais delaif- 
fant plus longue defcription d'icelles m'arrefteray feulement 
à enfeigner l'eftat & office de leur gouuerneur. 


La maniere de gouuerner les mouches 4 miel 
toute l'annee. 78. 


Eluy donc quien ala charge, fera foigneux 
à] premieremét de leur pafture qu’auons cy de- 
uant mentionnee, vifitera dilgemment leurs 
ruches, caril n'y à temps en l'annee auquelil 
ne leur faille quelque chofe: Enuiron le mois 
= de Marsles ouurira & nettoyera afin que tou 
tes les ordures qui Fy font amaffees l’hyuer, foyent mifes de- 
hors,& les araignees qui gaftent tousles rayons, oftees: puis 
155 perfumera toutes de fien de beufbruflé, car ce fien par vne 
certaine cognation eft propre aux mouches. Mais ce pédant 
auant que de manier les ruches,auifera que Ic iour precedétil 
n'ait eu affaire à femme,qu'luc foit yure, & qu'iln'approche 


Lo & MS) 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 59 


d’elles fans eftre laué & net : pareillement qu’il Fabftienne de 
toutes viandes fentant fort, côme font toutes falleures & fau- 
meures, & toutes chofes fentants les ails ou oignons, ou fem- 
blables chofes. En ce mefme temps, parce qu'elles commen- 
cent à fe multiplier, & faire nouueauxiettons, lefquels fi toit 
qu'ils peuuent voler, ne demandent qu’à fenfuir, pour ne de- 
meurer auec les vieilles, & encor moins fafluiettir à elles, il y 
faudra faire bon guet ,afin qu'ilsne fen volentailleurs. Par- 
quoy on tiendra toutes preftes des ruches nouuelles pour les 
receuoir, quand lon verra que les Rois feront fortis auec leur 
ieune compagnie, laquelle fera bien vn iour ou deux amaffee 
entrouppe à l’entree de la ruche. Lon cognoiftra que cefte 
nouuelle compagnie voudra fortir, par le bruit & bourdon- 
nement qu’elle fera dans les ruchestrois iours auant qu’elle 
vueille fortir, comme fi vn camp de gents de guerre vouloit 
defloger, & pource cognoiftrelon mettra l'oreille à chacune 
ruche pour entendre ce bourdonnement, Lon difcernera les 
Rois des autres, parce qu'ils font va peu plus gräds,pluslôgs, 
les iambes plus droites,les ailles moindres,de belle couleur, & 
nets, polis, fans poil & aguillon, fi quelqu'vn ne vouloit dire 
qu'vn poil gros qu'ils ont au ventre, foit leur aguillon duquel 
toutesfois 1ls ne picquét point pour mal faire. Les ruches qui 
feront préparees pour receuoir les nouueaux iettons, doiuent 
eftre frottees des herbes cy deuant defcrites, & arrofces de 
goutte de miel pour les y contenir plus facilemér.En ce mef- 
me temps furuientaufsi aucunefois que pour l'incommodi- 
té de l'hyuer precedét,ou par maladie le trouppeau des mou- 
ches fappetiffe & diminuë en vne vieille ruche lequel faudra 
reparer & remplir par vn nouueau ietton, duquel faudra tuer 
 leieune Roy, afin que les ieunes habitent en paixauz?cleurs 
meres Et fi lon n’a nouucauietton pour y remettre,on peuft 
amaffer la trouppe de deux ou trois ruches enfemble, & au 
parauant les arrofer de quelque doulce liqueur: puisles en- 
clorre en vne ruche, & leur baïller à mäger la dedans, iufques 
à ce qu'elles fy accouftument. Durant l'Eftélon doit amaffer 
le miel,dequoy parlerons cy apres, & en ce mefme temps de 
dix en dix iours ouurir les ruches, & les perfumer auec fien de 
beuf, puis les refroidir, en arrofant les parti:s de la ruche qui 
font vuides,en y icttant de l’eau bien fraifche, & pareillement 
lesnettoyer & ofker les teignes, fil y en a : puis lc laiffer vol- 


pre) 


Rois des mouf- 
ches à miel. 


Maladies des 
moufches âmiel 


LEN ME UE 


tiger fur les fleurs, & lors ne leur faut rien ofter,à fin qu’on ne 
les ennuye & fafche trop fouuét, & en fuyét par defefpoir, 
fur la fin de l’antomne faudra nettoyer leurs ruches au plus 
beau iour & ferain , car durant l'hyuer il ne les faut ouurirne 
toucher,mais tenir clofes & bien couuertes,en bouchant par 
dehors toutes les fentes & trous de lut & bouze de beuf mef- 
lez enfemble, & ne leur laiffer que leur entree & ifue:mefmes 
combien que les ruches foyét à couuert,toutesfois il les faut 
encores couurir de chaume & branches: & en tant qu'il fera 
pofsible, engarder de froid & vents. Et à fin qu’en hyuerel- 
les n’endurent faim, ou qu’ellesne mangent le miel qu'elles 
feront & qu’on leur aura laïffé, fera bon leur bailler à l’entree 
des ruches dans des petits tuyaux & canaux des figues feiches 
pilees ou trempees en eau, ou du vin cuit. Il fera bon aufsi 
leur bailler des raifins de cabaz vn peu pilez &arroufez d’eau, 
ou bien par l'entrec des ruches leur ietter quelques liqueurs 
douces auec des fyringues, pour fouftenir la difette & poure- 
té du temps iufques au printemps. 


Les remedes des maladies au[quelles font 
fubiecles les monfches à miel. 
Chap. 79. 


TEA À moufche à miel eft fubieéte à pete, à la- 
x quelle n’y a plus fouuerain remede, que de 


À tranfporter bien loin les ruches. 
Véém»l Elles font moleftecs de flux de ventre 
SD au commencement du nouueau temps,quäd 
8 le titimalle fleurit,&les ormeaux produifent 
leur graine, dont elles mangent auidement & de grand appe- 
titapres qu’elles ont enduré la faim tout l’hyuer:& font ainfi 
conuoiteufes de manger de ces nouuelles fleurs, comme les 
autres des pommes nouuelles. Subitement il faut remedier à 
ce flux de ventre auec efcorce ou grains de pommes de gre- 
nade pilez & paffez par l’eftamine, puis meflez auec du miel 
& arroufez de vin bien fort: le tout baillé dedans des augets 

& canaux faits de bois. 

Siles poux ou teignes qui font engendrez de icur ordure, 
les affigent faudra faire parfum de rameaux de grenadier 


DE LA MAISON RVSTIQVE.  6o 
& de figuier fauuage. 


Elles deuicanét tabides, & toutes defechees apres auoir en- 
duré trop gräde chaleur ou froideur, & alors on ieur fera pa- 
fture de miel cuit & battu auec noix de galle,ou rofes feches, 

Vous appaiferez le combat des iettons contreiettons, en 
leuriettät vn peu de poudre menue,ou du vin cuit, ou du vin 
emmiellé, ou autre liqueur femblable , qui par leur douceur 
commune & familiere aux mouches,appaiferont leur fureur. 

Les mouches cruelles & rigoureufës feront appriuoifees 
par frequentes vifitations. 

Les papillons qui aucunesfois fe cachent dedans les ru- 
ches, & tuent les mouches feront occis {i quand lesmauues 
font en fleur, & qu’on en a grande quantité,lon met le foir en- 
tre les ruches vn pot d'eftain haut & eftroit, & au fond vnelu 
miere ardente : carincontinent tousles papillons voleront & 
accourront à l'entourr de la lumiere : & en volant à l'entour 
fe brufleront. 


La maniere de recueillir le miel. 


Chap. 8o. 


7 À cueillette du miel pour laquelleon prent 
tât de peine toute l'annee, fe fait en trois téps 
| diuers,bien toft apres le Printemps , au com- 
1|mencement d'Automne, & enuiron le mois 
wi d'Oétobre.Il ne faut pas toutesfois auoir cer- 

tin iour & prefix pour ce faire,mais fel6 que 
les rayons ferôt parfaits, car fi vous les tirez auant qu’ils foyét 
parfaitement tiflus,les mouches fe fafchent, & ceflent de be- 
fongner, pour la foif qu'elles endurent.On cognoift le temps 
de cueillir le miel quäd les mouches ne font plus gräd bruit, 
mais font vn murmure doux & delié, fi les trous des vaiffeaux 
fonteftouppez de cire par defus, fi les mouches chaffent les 
freflons dehors, qui font femblables aux mouches mais plus 
grands, beftial inutile, & fans induftrie. L'heure de prendre les 
rayons eft communément le matin : car il n’eft bon le fafcher 
& tormenter fur le chaut du iour, & ceauec deux ferrements 
ou coufteaux,lvn defquels feruira à trencher les rayons, l’au- 
tre pour ratifler & tirer dehors les ordures, qui y feront tom- 
bees. [ne faut du tout vuider les vaiffeaux , ny prendre tout 


Combat des iet- 
tons. 


Côtre les papi- 
lons. 


Miel 3 recueil- 
lir, 


Freflons. 


Faire miel & ci- 
Le. 


EI VORVEN TIS'DIE ALAMMATSARIVIS 


le fruit,mais en laiffer la dixiefme, ouf côme les autres difent] 
la cinquiefme partie,tant au Printemps qu’en Efté, & en hy- 
uer les deux parties, & en prendre la troifiefme feulement:car 
par cemoyen elles ne fe fafcheront, & auront de quoy man- 
ger abondamment. D'auantage il faut les faire fortirauec fu- 
mec de fien de beuf,ouauec le perfum de veffe de loup, ou de 
mauue fauuage, & du ius de cefte mefme herbe fe doit frotter 
& oingdre celuy qui cucillera le miel, pour fe garder qu’il ne 
foit picqué. Les rayons oftez ferôt tranfportez au lieu ou lon 
voudra faire le miel, & de ce lieu cftouppee les fencftres, afin 
que les mouches n’y puiflent entrer:car elles chercheront di- 
ligemment les richeffes qu’elles auront perdues: & fi elles les 
trouuét,les confummeront, pour à quo y obuier, à l’entree de 
ce lieu faudra faire de la fumce,qui chaffera celles qui tafche- 
ront d'y entrer. 


Pour faire lemieler lacire. Chap. 81. 


Audra faire le miel,leiour mefme qu’on aura 
tiré les rayons, pendant qu'ils font tiedes & 
vn peu chauds : & pour ce faire on mettrales 
rayons l’vn contre l’autre dans vn pennier de 
faul ou d'ofier, tiflus affez clair, refemblant à 
vne chauffe d'hippocras;apres auoir premie- 
rementnettoyéles rayons des femences de petites moufches,. 
& de toute autre ordure, & quäd le miel fera coulé par ce pé- 
nier en vn bafsin qu’on aura mis deffous, on le mettra en vaif_ 
feaux de terre, qu’on laiffera quelque peu de téps ouuert, iuf- 
ques à ce qu'il ait bouill y là dedans & efcumé: puis on tirera 
les pieces & lopins des rayons, qui feront demeurez dansle 
pénier, & les preflurera lon, dont fortira encor du miel, quine 
fera fi bon que l’autre. Apres qu’on aura bien prefluré le de- 
meurât des rayons, & laué fort en eau douce,on lesiettera en 
vn vaiffeau d’erain avec de l'eau, puis on les mettra fur le feu 
lent pour les faire fondre. Cefte cire ainfi fondue on la coule- 
ra en la refpandät fur de l'eau,apres on la refondra, & auec de 
Veau on la mettra en telle forme que lon voudra. 


Ein du fécond linve de la mai[on 
Rustique. 


Troifiéfme 


SON RVSTIQYE. 
LESV ER GER. 


Des differences de Verger. 
Chap. 1. 


82 L y a trois fortes de vergers, l’vn que Verger, 
7 lon appelle autrement le preau, & ne Preau, 
: o) contient autre cas qu’herbe verte, & 

Ÿ y la fontaine au milieu auec quelques 


D 
A 


\ planes & branches par eftages, & fou- 
245 ftenues de charpenterie, fous laquelle 
SN grand nombre de perfonnes fe peu- 
uent mettre à couuert ainft que ray 
veu à Bafle, & plufieurs autres lieux d’Alemaigne: & met-on 
peine à bien efpierrer, & ofter toutes mauuaifes herbes,iuf- 
ques aux racines du lieu où lon veut faire ledit verger. Et 
pour ofter le refte des racines defdites herbes entierement, 
loniette de l’eau bouillante par deflus, puis ou bat l'aire bien 
fort: & par deflus on yiette grand’quantité de motteaux de 
terre, d'herbe vert, la terre eftant au deflus, & l'herbe au def- 
fous, & puis on les trepine aux pieds, & pafle-on legierement 
la batte par deffus,en forte que peu de tempsapres, l’herbe 
commence à fortir comme petits cheueux: & finalement 
fait le verger de plaifir pour les dames & pour la recreation, 
de leur efprit. 
L'autre maniere de verger a efté prins par noz anciens 
François, de ceux qui ont premierement efcrit noz Romans, 
& hiftoires, pour vn lieu de plaifir aux princes, qu'ancienne- 


q 


w 


Seiour. 
Beau regard, 


LEVN RE AN. 


ment on appeloit feiour, & maintenant lon nomme beau re- 
gard. Lequel outrele baftiment feigneurial bien perfe & dia- 
pré,entouré d'eaux viues és foffez, comprenoit haute & baffe 
court auec fes jardins à plaifir 6 à fruits, tailliz, garennes, vi- 
uiers, & tout ce qui fe voit de beau en vne maifon fcigneu- 
riale. 

La tierce maniere du verger,eft celle que nous entendons 
dreifer en ceft endroit, que peut fuppleer le lieu du iardin 
fruitier, pour vne maifon de mefhage, telle qu'auons delibe- 
ré de baitir & dreffer, & en laquelle y a moins de fuperfluité 
que de profit. 


Le iardin fruitier. Chap. 2. 


Viuant donc noftre deffaing & proicét cy 
| deffus propofé:ceft endroit requiert qu'apres 
É | les iardins à potages & à fleurs;auec leur cir- 

A| conftances,nous drefsions vn verger pour les 
| arbres fruitiers, contenant luy feul autant de 
* largeur & efpace, que les deux autres iardins 
enfemble, fans autres allees à l'entour, que de l'interualle des 
arbres, qui fera dit cy apres : & fans autre culture d'herbe au 
deffous,dont vous puifsiez efperer quelque profit ou amen- 


_ dement : car l’arbre fruitier ne veut auoir fa nourriture em- 


Sommaire dece 
qui fera traité 
en ce troifieme 
liure. 
Baftardicre, 


pefchce, & ne demande eftre defchauiTé en hyuer, & cultiué 
par fes faifons : autrement ne rendroit aucun profit à fon 
maiftre. 

Nous femerons premierement la pepiniere du cofté de 
l’entree d'iceluy verger, & toutioignant drefferons la baftar- 
disre où feront plantez les fauuageaux, prins en icelle pepi- 
niere pour eftre puis apres entez en leur téps.En l’autre cofté 
nous planterons les fruits à noyaux, & de là nousles tranf- 
porterons & enterons en diuerfes minieres. Au dela de ces 
deux grandes aires feparees d’vn grand chemin, nous aligne- 
rons & cultiuerons nos gros arbres : & au bout d'iceux nous 
piquerons noftre ozeraye. 


DE LA MAISON RVSTIQVE. &@ 
La pepiniere, qui ef} la plante d'arbres 
par pepins ou [emence. 
Chap. 3. 


Our dreffer voftre pepiniere de poiriers, pô- 
miers,coigniers, & autres arbres à pepin,vous 
ferez befcher bien en fond vn grand carreau 
en bonne terre, & bon folage:& fil eft pofsi- 
ble , dés l'hyuer precedant que vous y vou- 

drez femer, & prefque demy l’entremcflerez 
de bon grefsin, qui fe puiffe meurir & pourrir auec la terre, & 
fe garder par gros feillons , iufques au temps des cydres, qui 
eft en Septembre & Octobre. 

Prenez du marc defdits fruits 1 l’yffue du preffoir,ou peu 
apres,auant que les pepins en foyent corrompus, & les frot- 
tez & efluyez tresbié entre les mains, puis eftendez & cfquar- 
rillez voftre gueret bié vny,& dreflez voitre carreau par plä- 
ches larges de quatre pieds ou enuiron, que lon les puife far- 
cler d'vn cofté & d’autre fans pietonner par defflus.Ce fait fe- 
mez yiceluy marc, de façon que la terre en foit legerement 
couuerte, puis le recouurez tresbien de la terre qu'aurez leuee 
en faifant les rafes d’entre les planches : & farclez vn peu par 
defflus,qu'iceluy marc ne foit emmoncellé. 

Autrement faites ficher les pepins deffufdits, & les gar- 
dez iufques à l’hyuer enfuiuant: & puis enuiron la fainét An- 
… dré fèmez les comme dit eff, fans leuer gueres de terre des ra- 
fes quât vous taillerez voz planches, & les farclez vn peu par 
deffus, & y iettez force rameaux affez clair apres qu'aurez fe- 
mésafin que les poulailles, où les pourceaux n’y facent dom- 
mage. 

Quant les pepins ferôt creuz d’vn an,farclez leur tous les 
bourriers, & les arrofez l'Efté quant il fera fec, puis les arra- 
chez vers l'hyuer auant qu'ils ayent recomencé à bourgeon- 
ner pour de la les planter en la baftardiere. 

Pour les faire pluftcit boutter & faillir hors de terre, il 
faut mettre tremper les pepins en eau, où en Jaiét l’efpace de 
deux ou trois iours, & fauticy entendre que la graine ou pe- Graine du meu- 
pin du meurier ne vient ou croift fi roft, & ne produit fi bon ner. 
fruit que celle du figuier. 


qi 


* 


LUY MEMEIE 


__ Lonfemelelaurier vn piedauât en terre, & quatre grains 
enfemble:& vn an apres lon le replante ailleurs : & autant en 
fait on de toutes graines femblables. 


La baslardiere. Chap. 4. 


& y reyonner les petits fauuageaux que vous 
#4 aurez arrachez de la pepiniere en leur coup- 
À] pant à tousles racines, & ne leur laiffez que 
les fouchettes. 
Faites les rayons en bon gueret creux d’vn demy pied,ou 
enuiron,au deffoubs defdites fouchettes. 

__ Arrengez voz petits fauuageaux en iceux rayons à vn de- 
my pied l’vn de l’autre & les y couurez bien viuemét, & laif- 
fez l'efpace d'vn pied entre chacun de vozrayons, afin que 
vous puifsiez faire des raifes, puis apres entre chacun rayon 
pour y aller à l'aife farcler & enter. L 

Quant voz fauuageaux ferontafis, illeur faut coupper 
letronc rez terre, & emplir les raifes de fumier fans autremét 
enterrerny couurir les plantes: & à mefmes qu’ils viendront, 
il les fant bien farcler à l’entour, & nettoyer de bourriers, & 
les befcher aucunesfois en Efté vn peu par deffus fans appro- 
chertrop pres des racines, & aufsi les arrofer de foir, quantle 
iouril aura fait grand chaud, & quant ils aurôt la premiere & 
fecodeanneeietté fcions nouueaux,ne laiffez en chacun fau- 
uageau que le plus beauietton, & couppezles autres bien rez 
du tronc. È 

Commeils croiftront, efmondez les bien à mont du me- 
nu bois fuperflu, & iufques au rez du tronc, ce fera au mois de 
Mars ou d’Apuril, & picquez au pied de chacun fauuageau 
vne petite gaulette, & la liez auec herbe forte pour le dreffer. 
Etaufsiles cultiuereziufques à ce qu'illes faudra tranfplan- 
ter.Si mieux vous n'en voulez enter quelques vns furle lieu. 

Quant par oubly vous aurez laïflé voz petits fauuageaux 
en leur pepiniere deux ou trois ans fans les arracher,il les fau- 
dra rayonner en la façon que dit eft,mais leurs rayons feront 
plus creux, & ne leur rongner tant les racines, & les esbräche- 
scz par haut felon que befoing en fera. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 6& 


Il fe trouue des pepins de poires ou pommes franches, 
ou qui au parauant ont efté plufieurs fois entees, qui amei- 
nent arbres bien fort droits, & d’aufsi beau bois comme s'ils 
eftoyent entez : & n’ont aucuns piquetons ou efpines qui les 
remonftrent fauuages.Tels arbrifeaux fi les voulezreplanter 
ainfi,ou faillir de leur baftardiere fans autrement enter, ilsne 
lairront à vousapporter bon fruit à manger, & à faire cy- 
dres:mais toufiours le meilleur eft de lesenter, car le fruit qui Fruit venant de 
vient de lente, retient touliours meilleure forme, & fen ap- ne fie 
priuoife & en grofsit d'auantage,mais celuy qui vient du pe- ne forme. 
pin, change autant de fois comme on change l'arbre qui le fruit venant du 
produit. Et outre cela faut noter, que combien que tous ar- pepin. 
bres dont le fruit eft puiffant, viennent mieux de femenceque _ Difference x 
de rameau: toutesfois lon fait mauuaife plante de femence É E Ls 
tardiue & mife hors de fon terroir. RCA 


La plante à noyau. Chap. 5. 


7 Our voz plantes à noyau, faites feicher les pe de noyan. 
noyaux frais tirez des fruits, que voudrez 
planter quand le foieil ne fera tropafpre, & 
KC à l'ombre d'iceluy : & les faites auparauant 

f Ÿ #P] tremper trois où quatre iours en du laiét ou 
> JA de l'eau. Ce fera au commencement de l’hy- 
uer pour les veoir fourdre au renouueau, & fi pour voftreai- 
fince vous les voulez Jaiffer & enter en leur baftardiere, 
mettez en chacun trou, trois ou quatre noyaux : & fi tous 
tiennent, n’en laiffez que le plus beau, & arrachez les autres, 
pour les replanter ailleurs. 

En quelque temps que planterez voznoyaux,voyez que 
ce foit en bon gueret, & bien profondement befché, & met- 
tez force menu fumier parmi: & les plantez trois doigts dans 
terre, & à demy pied loing l'vn de l’autre, & les arroufez trois 
fois le mois, principalement en cfté quand il fera fec : & les 
farclez vne fois le mois. 

Quand les noyaux plantez auront prins quelque peu de 
pourriture,arrachez enuiron l’aduët ceux que voudrez tranf- 
planter, & leur roignez les racines, & lesesbranchez auant 
que les pofer ailleurs. Et notez que le replanter deux fois, fait 
les fauuageaux meilleurs, & leur profite fort. 


q ii) 


Plante de perfi- 


guicr, 


Plante de pru- 
nes. 


Tuiubier, 


Plante de pin. 


Noifilles. 
Pefches. 
Auberges. 
Gros abricots. 


Noyau de datre 


Graines de li- 
mons,citros, O- 
réges,poucilles. 


LIN RE EE 


Et quant au particulier de chacun noyau, & commentil 
les faut planter,eit de fçauoir que les groffes noix,toutes ma- 
nieres de pefches,perfigues,amädes, chaftaignes,menuz abri- 
cots, & fingulierement les bois viennent Pares plantez de 
noyau,pourueu qu'ils trouucnt aufsi bonne terre, & aufsi be- 
au folage. 

On plante le noyau du perfiguier en lieu froid, vn pied 
parfond en terre la pointe deffoubs, à vn pied loing l'vn de 
l'autre en Nouembre és lieux hauts, & en Ianuier és lieux bas, 

On pläte aufsi les noyaux de prunes vn pied en terre graf- 
fe en Nouembre & Feburier, & les replante lon en mtfme 
mois en foffes,ny trop larges ny trop profondes. 

Le noyau du guindoulier, autrement dit tuiubier eft tar- 
difà croiftre, & fe plante tout ainfi que le perfiguier. 

Les noyaux de pin fe plantent en lieux froids en Feburier 
& Mars, ou enuiron la cheute de la pomme, ou peu apres, en 
foffes bien befchees & bon gueret & ne doit on rompre la 
pomme à force, ou auec aucun ferrement : & faut faire trem- 
per les pigneons trois jours au parauant & en planter fept en- 
femble, Aucuns les mettent en petits penniers, & les couppét 
quant ils font nez. 

Les noifilles & prunes de toutes fortes, pefches;auberges, 
& gros abricots,en quelque bône terre & folage queles met- 
tez , ne viennent du tout femblables à leur premier naturel, 
parquoy veulent eftre entez en leur baftardiere. 

Le noyau de datre qui fait la palme,fe plante deux cou- 
dees profond en terre, & en lieu amendé ds fien de cheure, & 
le cofté aigu au deffus, & veut eftre arrofé tous les iours, & 
que chicunanlonluy refpande du fel à l'entour, & quelon 
le tranfplante. 

Les graines de limons, citrons,orenges,poucilles, & fem- 
blables, comme à cfté dit cy deuant, fe picquenten couches 
bien preparees & fumées enuiron le mois de Mars, & le bout 
le plus aigu au deffus, Le grain à demy pied Joing l'vn delau- 
tre, & auant d’vn doigt & demy en terre & veulent eftre fou- 
uentarrofez,puis quant ils font creuz d’vn pied,replantez les 
contre les murailles vers le foleil de Midy, & bien couuerts 
de paille en hyuer & quant ie temps eft haireux. 

Autant en peut on dire des grenadiers & lauriers,\comme 
tu as peu entendre au fecond hure. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 64 


Les piftaches requierent plus grande diligéce, & deman- 
dent eftre femez enuiron le premier iour d’Apuril,tät le maf- 
le que la femelle,le dos tourné à l'Oriét, & en terre bien graf- 
fe & aërce, & là les pouuez enter fureux-mefmes. Combien 
qu'aucuns l’entent fur l’amandier. 

La pefche veut eftre plantee incontinent apres qu'on l'a 
mâgee, & que le noyau ait encor quelque peu de chair coup- 
pee à l'entour, & pour eftre de plus longue duree, veuteftre 
enté fur l'amandier. 


Plante par [cions er reiettons. 
Chap. 6, 


Es petits fcions bien cheueluz, qui fortét des 
racines des grands ceriliers : plantez ailleurs, 
viennent mieux & pluftoft que de noyaux, 
mais que ce foit tandis qu'ils feront ieunes, 
| comme de deux ou trois ans, car quant ils font 
gros,ils n’en profitét pas fi bien,pour le moins 
illes faudroit bien esbrancher auant que les planter. 

Les coudres franches au cas pareil viennent plantees des 
petits iettons qui fortent des racines des bonnes couldres 
bien cheuelues: &ne les faut ia esbrancher quantonlesre- 
plante, fi elles ne font fort grandes,mais trois ou quatre ans a- 
pres qu’on les à plantees, {1 lon void que les fcions ne foyent 
beaux & bié efleuez,on les peut coupper rez de terre, & laif- 
fer croitre les autres petits fcions qui fortent tout droit des 
racines des fouches qu’on aura plantees. 

Les fcions de la racine bien cheueluë, des bons pruniers 
non entez,rendent le fruit de mefme celuy des arbres ou vous 
les auez prins. 

Mais fi les pruniers fontentez,ilen faut prendre des gref- 
fes, & les enter en autres pruniers ou guiniers fauuages, ou en 
ceriliers aigres. 

Les heaumes & prunes franches ne viennent naturelles, 
plantees de fcions,mais veulent eftre entees de greffe. 


Plante de pefche 


Plante de ceri- 
fier par fcions. 


Plante des coui- 
dres franches. 


Plante de pru- 
nicrs, 


L'I VIRE MIE 


Picquer on affier par branchettes ou drageons. 
€ bap. LA 


] À plante de rameaux ou drageons vient plus 
| legerement & mieux à perfection que la fe- 
<| mence, principalement mife hors de fon ter- 
| roir & de cefte façon font les figuiers, coi- 
Ki gnicrs, & grenadiers. 
Manon TENTE .. Quand lon veut affer ou picquer bran- 
RP PAER chettes des meuriers,figuicrs,coigniers,cormiers grenadiers, 
gniers, grena- & pruniefs de plufieurs fortes;il les faut coupper étre la touf- 
diers,pruniers. faints, & noel ou peu apres : & faut qu'ils foyent beaux, & de 
faine efcorce, & pleins d'œillets, & gros comme baftons ou 
plus,qui les pourra trouuer droits & pleins d’humeur & d’v- 
ne verge feule, & de ieune bois de trois ou quatreans ou en- 
uiron,& qu'elles ayent du vieil bois quand & le ieune: & les 
faut aiguifer comme vn pieu demi pied de long, fans en ofter 
l'efcorce d'vn des coftez, & lesesbrancher, & les picquer vn 
pied auant dans terre. 

Il faut tordre l'endroit de voftre branche où voudrez 
que vienne la racine, ou bien la fendre & mettre en la fente 
vne petite pierre viue, ou mettre le bout de la branchetteen 
vn vaifleau de bois plein d’eau, & l’enterrer auec ledit vaif- 
feau:&qui la planteroit en plufieurs lieux où lon veut qu'elle 
prenne racine, feroit le mieux. 

Il faut que les branchettes foyent d'arbre gros plein 
poing, & quiait porté fruit : aufsi qu'elles foyent bien faines: 
& peuuent eftre arroufees auec vn canal qui aille iufques à la 
racine. 

Marquez bien l’endroit & folage de l'arbre dont vous 
aurez tiré le drageon, pour le planter & picquer du cofté 
qu'il auoit accouftumé: & luy mettez du fuzeau deffous, fi 
vous defirez que l'arbre ne monte fi haut & foit toufiours 
baffet,les branchettes en prendront mieux, & ne fe rompront 
point pour tirer. 

Plante de figuier Pour planter le figuier à la mode Geneuoife qui portera 
à la mode Gene- fruit trois ansapres, & fe peut planter tout le long de l'Efté: 
po on doit prendre vne branche de figuier portant fruit de deux 


ou trois ans, foit qu'elle ait encores fon fruit & fes fucilles ou 
non: 


Picqueure de 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 6; 


non : & la faut aiguifer & tailler en biais, & picotter ce qu'en 
voulez mettreen terre & puis le plantez en vne foffe de de- 
my pied, mais que la cime demeure deflusterre auec trois ou 
quatre œillets, & foit couuerte de paille par fix iours, & ar- 
roufee chacun defdits iours : puis foit defcouuerte pource 
qu'elle aura defia ietté : & au bout de lan vers le mois de 
Feburier, faut tailler le ietton bien bas ioignant la terre: & il 
en de fi grande puiflance, qu’au deuxiefme an il fera 
ruit. : 


Maniere de faire fcions à planter. 
Chap. À ï 


Our faire fcions de plufieurs fortes à planter 
quäd befoin fera:couppez en hyuer quelque 
gräd arbre, fil comméce à iaunir & blefmir, 
& duquel vous defirez auoir l’engeäce , fciez 
| luy le tronc des plus groffes branches, par 
 trôçonslongs comme d’vn pied ou enuiron, 
& faites vn reau en terre bien grafle, fi profond que vous y 
puifsiez loger voz tronçons fus bout arrengez à demy pied 
l'vn de l’autre, tant que la terre foit trois ou quatre doigts au 
deffus d’iceux. Couurez-les bien, & les arroufez l'Efté s’il en 
eft befoing, & en farclez bien les boyries,vous trouuerez par 
efpace de temps qu'ils ietteront des fcions que pourrez träf- 
planter quand ils feront cheueluz de deux ou trois ans, & ne 
lairront lefdits fcions d’en reietter d’autres: & s’ils n’ont point 
de racines, enfondez-les bien fort en bonne terre pour leur 
en faire venir. 

Notez que tous arbres qui ietteront drageons,fi vous les 
couppez en hyuer, ils en ietteront plus abondamment, & fe- 
ront tous bons à planter. 

Les groifilliers, framboifiers, vinettiers, que lon appelle pjante de oroi- 
efpine benoïfte, fe plantent aufsi en hyuer par fcions qui for- filliers framboi- 
tent de leurs racines, & faut qu’elles foyent cheuelues: & s'ils fiers, & vinet- 
n’ont racines, il les faut prouigner. FEES: 

r 


e 7 
Prou'oner d 


trois fories. 


Q 


CINRIECEIL. 
De pronicner relettons ou antenats. 


Chap. 9. 

7] On prouigneen trois fortes, ou en couchät 

les reiettons ou branchettes, encor tendres 
en fofle faite au propre,comme fera dit cy a- 
 pres:ou en cfchelette:ou en vn penrier plein 
“de terre attaché au bas de la branche : ou en 
€ perçaut vn faulx, & y paflant la branche de 
l'arbre par dedans, comme fera plus à plein declaré,au chapi- 
tre d'enter. 

Lon prouigne aufsi en plufieurs temps : mais le meilleur 
eft à la prime-vere, & en Mars quant les arbres font en fleur, 
& commencent entrer en amour. 

Il faut prouigner les petites entes ou fcions plantez d’vn 
an,au commencement de l’hyuer vn pied bas en terre:& mef- 
Jerez du bon graifsin parmy la terre que tirerez de la foffe,ou 
les voudrez prouigner. 

Il fautaufsi coupper rez de terre:les fcions fuperflux aux 
enuirons des bons membres que voudrez coucher: carils fe 
conuertiront en pourriture, 

Îtem faut befcher tout à l’entour de l'arbre, queles raci- 
nes en foyent comme à demy defchauffees, puis alongez la 
foffe du cofté que voudrez prouigner, & fe16 que verrez que 
les racines pourrôt mieux obeirenicelle foffe, traittez les bié 
gracieufement, & bouchez voftre fcion de façon que la tor- 
queure par ou il auraefté enté, foit vn peu plus bas queles 
fcions du bois nouueau fortent hors de terre, de telle hauteur 
que faire fe pourra. 

Si l'arbre que voulez prouigner cftoit vn peu groffet, & 
qu'il fuft trop rude ou rebelle à coucheren la foffe, vousen 
pourrez incifer le tronc prefque demy , entre la racine & la 
torqueure,& bien courber en ladite foffe le bois que les gref- 
fes aurontietté, & le plus rondement que pourrez & gardez 
le de rompre. 

S'il y à plufieurs membres en la plâche que voudrez pro- 
uigner, & que tous rompent de fortune, le remede fera rele- 
uer l’arbretout droit, & en rechaufler les racines de la terre, 
quiau parauant y eftoit, & en tailler tous les fcionsrompuz 
peu plus bas que la rompure:& les laiffer ainfi, iufques à l’au- 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 66 


tre annee qu'ils auront reietté fcionsnouueaux, que pourrez 
prouigner en hyuer, mais fil y demeure vn fcion, qui ne foit 
pointrompu,paflez outre & le prouignez,& couppez au rez 
de Ja terre de la torqueure les efcots de ceux quine feront 
rompuz. 

En provignant, eflargiffez bien les fcions de voftre bran- 
che en la foffe, & les y couchez bien rondemët enles choyät 
& les couurant de la terre que vous aurez tirge & bien meflee 
auec bG grefsin, & foullez peu à peu deffus, & gardez que nul 
des membres ne fe releue depuis qu'aurez commencé à les 
fouler. 

Redreffez bien droit à mont tous les bouts qui fortiront 
de la terre,de telle hauteur que faire pourrez, & les laiffez ain- 
fi trois ou quatre ans fans les rayonner , iufques à ce que leurs 
racines ayent prins terre, & foyent defia bié cheueluës, & pic- 
quez des baftons à l'enuiron pour les dreffer & garder qu’on 
ne les rompe, | 

Trois ou quatre ans paffez il les faut defterrer au commé- 
cemeat de l'hyuer, & en coupper tous les membres cheueluz 
des racines d’auec la fouche au deffoubs de la torqueure, & 
planter chacun d'iceux ou vous voudrez qu'il demeure,vous 
en pourrez bien laifler vn en la foffe, fi fe lieu eft propre pour 
y demeurer,mais neluy arrachez point {es racines cheueluës, 
depuis qu'il aura efté prouigné. 

Si les membres des entes prouignecs font ia gros & bran- 
chuz quät lon les arrache, il les faut esbrancherauant queles 
replanter, & lors qu'ils feront replantez, ils feront francs par 
tout: & toufiours fuccefsiuement ceux quien viendront fe- 
rontaufsifrancs. 

Encor fi voulez racoutrer la fouche que vous aurez pro- 
uignee, apres qu'en aurez couppé tous les mébres & que luy 
aurez laiffé des chiquots & des greffes , elle reiettera d’utres 
fcions d'iceux picquots dont vous pourrez encor faire autres 
arbres francs,en les prouignät, & les releuant en trois ou qua- 
tre ans vne fois. 

On ne prouigneque les fcions qui n’ont racines : car fils Scions à proui- 
en auoyét,il les faudroit arracher & replanter auec la befche, 896r. 
r ij 


Ente de quelar- 
bretiét le plus. 

Enter {ur vn 
choux, 


Temps d’enter 
les greffes. 


Croiffant de la 
Eune. 


L'IN-MEMPREE 
Enter faunageanx do autres arbres de plufreurs 
fortes en dinerfes façons.  C bap. 10. 
_ © 


= Remier que d’enter lon doit confiderer diligem- 
D Dé ment le terroir ou païs propre au pepin, ou au 


fouuent des entes,qu’autrement. 

Lon ente des greffes enuiron Noel,ou aux Aduents,felon 
que la faifon eft froide, principalemét les heaumiers, poiriers, 
& haftiucaux. Quätaux pommiers & mefliers,il eft meilleur 
attédre vers la fin de Ianuier & Feburier iufques en Mars, tât 
que lon voye qu'ils commencent à bourgeonner: caril ne fe 
haîte pas tant que lesautres. Et en ce mefme temps fait bon 
enter les gros fauuageaux entre l’efcorce & le bois de greffes 
tardiues ou gardees en terre. 

Tous mois font bons & commodes à enter, foit en greffe 
ou en efcuflon,refte les mois d'Oétobre & Nouembre, mais 
la greffe fente communément en hyuerainfi quediteft,quät 
les arbres bourgeonnent, & entrent en feue:on peut aufsi en- 
ter des greffes en Apuril, & en May, fi les greffes font œille- 
tees & qu’on lesait tenues fous terre auec la cime dehors, en 
lieux frais & vmbrageux. 

La greffe & l'efcuffon prennent mieux en croiffant qu'en 
autre temps de la lune: & doit lon tailler les iettons à la fin de 
la lune, fi lonles veut faire fructifher plus. 


DE LA MAISON RVSTIQ VE. 67 


Les meilleurs iours pour enter, font trois ou quatre iours Tours pour en- 
deuant le croiffant, & le lendemain iufques au tiers iour apres #r- 
iceluy. 

Il eft defendu d’enter quand le vent eît fur le midy. 

Enter fur le fauuageau, eft plus durable : fur le douceret Enter fur le fau- 
ou priué,eft plus fauoureux , côme auf en l'arbre qui germe uastau. 

& Aleuriten mefme temps, à l’efcorce vifue, & humide. 

Lon enteen efcuffon au temps d’Efté depuisenuiron Îa Enter en efcuf- 
fin de May,iufques en Aouft,quand lesarbres font ia fort en fon. 
feue & fucilluz comme en Iuing & luillet. Et fi l'Efté eft fi 
excefsiuement fec, qu'aucuns arbres retirent leur feue,il faut 
attendre qu’elle y foit retournee. 

Lon doit aufsi confiderer fi l'arbre cft haftif ou non: & 
luy bailler greffe de mefme. Aufñi faut regarder fi le temps 
fauance ou retarde. 

L’enteur doit eftre garny d’vn pennier à loger fes greffes, Les vrils de ce- 
fon argillette, ou fa terre forte, fa mouffe, fes drappeaux,ou luy qui ente, 
efcorces de faule pour torquer, & fes oziers pour lier. Aufsi 
faut qu'il ait va petit fciot,vn couftelet,ou caniuet bientren- 
chant, pour fendre & pour tailler fes greffes, & vn petit coing 
de bois ou de fer, vne ferpe & vn petit manche d'os d’yuoi- 
re, ou de bouïs, vn cifeau de bois de brefil,ou autre qui foit 
bien dur. \ 

Ne vous abufez à ceux qui entent en plantant les arbres, 
ou bien toit apres qu’ils les ont plantez : car le fauuageau qui 
n’a trop de fubftance pour foy, mefmes à peineen pourra-il 
donner à la greffe:fans ce qu'il fouffreaflez d’eftre tranfplan- 
té, fans luy donner nouuelle ou double peine: mais ce doit 
eftre vn an apres que l'arbre où le fauuageau aura efté planté, 

& l'autre annee d'apres, il porte: car l’entree ne profiteiamais Enteure doit 
bien, fi elle ne profite la premiere annee, & là où elle auroit profiter la pre- 
mal profité, mieux vaut la coupper, & la remettre plusbas, MISTS annee, 


_ 


Choifir cueillir er tailler les greffes pour enter en 
fente,en tronc,er en efcorce.  C bap. IL. 


L faut choifir des reiettons d’vn an qui foyent 

bien frais & pleins d'humeur,quiayentles œillets 

pres l’vn de l’autre, autremételles ne fra@tifieront 

en fi grande abondance : faut aufôi qu'elles ayent 
ï ii] 


EAN RE ŒPE 


du vieil bois auec du nouueau, fil eft pofsible : qu’ils foyene 
hauts, & de la fcue de l'arbre fructueux, & foyent prinfes vers 
le midy:car l’orient ne nous eft fi propre en ce païs:& foyent 
afsifes en mefme folage qu’elles auront efté cucillies. 

Pour les cueillir faites voftre incifion entre le vieil bois & 
Je nouueau, fi du vieil bois y a fous Fvn des vieils œillets de la 
greffe:de façon que l'œillet foit au derriere de la greffe quand 
lle fera afsife hors la fente du fauuageau, & fi l’œillet eft trop 
menu, il le vaut mieux coupper. 

Vous pourrez bien faire d’vne greffe longue,deux ou trois 
tronçons,dont aufsi bien ferez toufiours bonnes enteures : & 
ofterez icelle greffe auec fon vieil bois, & tirerez iufques aux 
gros œillets du meilleur d'icelle: & y fcrez incifionfousl'vn 
d'iceux. 

En taillant voftre greffe faites que l’incifion d’vn cofté & 
d’autre,par haut,foit bien vuidee, &carree,à fin qu’elle puiffe 
mieux joindre fur le tronc du fauuageau, & aufsi qu’elle foit 
applatie, de forte que par mefure en aual, elle fe trouue egale 
en la fente du fauuageau,quäd elle fera afsile : toutesfois qu'il 
n'eft ia requis qu’elle ioigne par tous les endroits, 

Quand vous taillez les greffes des haumiers & pruniers, 
ne leur plattiflez pas tant l'incifion comme aux autres:car él- 
les ont plus groffe moelle, de laquelle il fe faut garder d'ap- 
procher ne d'vn cofté ne d'autre, finon qu'ils doiuent eftre 
par boutsaflez piattes. 

Eucor fi ladite incifion n’efloit coucheence vuidee que 
par vn cofté, ce fera le mieux, & que de l'autre cofté foit feu- 
Jemét taillee en bihais,en maniere d’vn coin à fendre du bois: 
& puis par le boutamoderez les deux en maniere d’vn fer de 
lance. A 

En taillant voftre greffe, prenez garde que l'efcorcenefe 


lieue du cofté de dehors:lequel vous laifferez plus efpais que 
celuy de dedans. 


Enter en fente €5° entre l'efcorce ex le bois. 
Chap. 12. 
A Infi que vous auez choifi la greffe, ainfi faut-il que 


vous chaïfiffez le fauuageau qui foit beau & droit, & 
d’efcorce faine & nette & fans neud : qui foi vifue, & 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 68 


humide, & d'arbre qui ait porté fruit, & foit en pareille afsiet- 
te que Le lieu où vous auez cucilly voitre greffe, s’il eft pofsi- 
ble : qu’il germe & fleuriffe tout en vn mefme temps. 

Si le fauuageau eft tortu,adiouftez y bien la greffe, & fai- 
tesenlataillant, queles deux ioignent bien enfemble, & au 
plus gros fauuageau baillez les plus groffes greffes. 

D'autant que le fauuageau eft plus menu, d'autant le faut 
il coupper plus bas. 

S’il eft de la groffeur du doigt ou enuiron;il le faut coup- 
per àvn ou demy pied pres de terre en bihais à pied de cheure 
pour le fendre,& mettre feulement vne greffe. 

S'il eft gros comme vn baîton, couppez le tronc en rond 
par le haut à vn pied ou enuiron pres de terre pour y mettre 
deux bonnes greffes enla fente, & defquelles eftorcirez la 
moindre & plus foible quantelles commenceront à boutter. 

Si le fauuageau eft gros come le bras, fiez-le aufsi en rond 
à deux ou trois pieds enuiron haut de terre pour le fendre, & 
y mettre trois greffes, deux en fente, & l’autre entre l’efcorce 
& le bois du cofté le plus fpacieux. 

S'ileft gros comme la iambe,fiez-le quatre ou cinq pieds 
haut de terre, & le fendez en croix pour y mettre quatre gref- 
fes:ou le fendez tout fimplement, & y en mettez deux en fen- 
te, & deux entre l'efcorce & le bois, ou pour le mieux atten- 
dez à l’enter totalemententre l’efcorce & le bois quant il fera 
en feue: car le bois detelsgros fauuageaux eftraint trop fur 
Ja greffe, finon mettez vn petit coing de bois verd en la fente. 

Les grosarbres ne fe peuuent enter qu’en branche: carils 
feroyent pourrisauant que les greffes fe peuffent reclorre fur 
la couppure. 

Si les branches font arides & fans humeur,il les faut coup- 
por, & eftronçonner, & apres deux ou trois ans qu'elles aurôt 
ietté {ciôs nouueaux,enter les meilleurs, & ofter les plus che- 
tifs. Puis quät les greffes auront bienietté, il faut lier du bois 
parmy de peur du vent:ou bien fi l'arbre eft bon & franc; laif- 
fez en croiftre fcionsnouueaux. 

Onente grands arbres partie en fente,ou entre l'efcorce & 
le bois:& partie en efcuffon, fi 'efcorce eft fimple & delice. 

Quant vous voudrez mettre plufieurs greffes en vne mef- 
me fente,auifez qu'vneincifion foitaufsi groffe que l’autre, fi 
ce n’eftoit paraduenture que la fente fouurift plus d’vn cofté 


Seues desarbres 
entez fe doiuét 
rencontrer. 


LIVRE Tr 


que d'autre, faites aufsi que les greffes foyent d’vne mefme 
longueur, ou peu pres, & fufhra qu'elles ayent chacune trois 
ou quatre œillets hors de la torqueure. 

Quät le fauuageau fera fcié,auät que le fendre mettez par 
deflus du fciage , & auec voftre coufteau ou autre ferrement 
bien trenchant fendez letout doucement parle milieu, & y 
mettez voz coingsentre deux, iufques à ce qu'ayez adioufté 
voz greffes : & en le fendant tenez le coufteau d’vne main, & 
l'arbre de l'autre,afin qu'il ne fe fendetrop. Puis de la mefme 
main qu'aurez tenu l'arbre,mettez voftre coing de bois, d’os, 
ou brefil, par la pointe, à fin de le retirer mieux quant aurez 
enté voz greffes. 

Sile tronc fe fend ou fepare trop l'efcorce d’auec le bois, 
fendez par plus bas, & y mettez voz greffes, & regardez fi 
leurincifion eft propre, & bien iufte felon la fente, & que les 
deux feues d’entre la greffe & le fauuageau foyét bi€ au droit 
l’une de l’autre:car fi ellesne fentrerencontrét,iamais ne pré- 
drôt enfemble, & ne faites voftre fente au trauers de la mou- 
elle mais vn peu à cofté, 

L’efcorce du fauuageau eftant plus groffe quecelle dela 
greffe,il faut retirer plus auant la greffe en la fente,afin d’auoir 
fa feue au droit de celle du fauuageau , & doit aufsi l’efcorce 
du fauuageau furmonter celle de la greffe par dehors, du 
cofté de la fente, 

Quant le fauuageau fe fend bien droit,il n’y a point de dä- 
ger en taillant l'incifion de la greffe, de la laifer vn peu rabo- 
teufe par endroits, afin que les feues de l’vn & del’autrefe 
puiffent mieux conglutiner. 

Apres que voz greffes feront bien adiouftees dans le fau- 
uageau, tirez voftre coing tout doucement,que ne les defpla- 
cez, vous y pourrez laiffer en la fente vn petit bout de coin 
de bois verd, & le couperez bié rez fur le tronc,ou bien fi oh 
que voltre coing fera retiré,mettez quelque petite peleure de 
bois verd fur la fente du fauuageau, & couurez les fentes de 
l'enture tout à l’enuiron de terre forte de deux doigts ou en- 
uiron d’efpez que le vent ny la pluye n’y puiffent entrer, & 
l'enueloppez de mouffe:& la torquez de vieils drappeaux,ou 
d’efcorce de faules, & les liez bié eftroit de petits oziers:mais 
gardez en la liant que la torqueure ne vire d’vn cofté ou d’au- 
tre, & fi vous n'auez de l'argille, meflez du foin menu auec la 

: terre 


DE LA MAISON RVSTIQUE 6 


terre du lieu ou vous enterez en forme de bouge. 
Quand voz entes féront torquess,liez quelques rameaux 
à l'entour pourles garder. 


Enter an bont des branches. Chap. 13. 


EN Our enter au haut des branches qui ayent 
beau boisnouucau, & gros fcions par haut, 
quoy que l'arbre ait efté enté au precedent, 
Z) & qu'il ne foit encores percreu, prenez des 
d greffes de telle forte d'arbres que voudrez, & 
AG couppez aucuns des fciôs du haut de l'arbre 
où vous les voulez mettre: & fi les greffes font plus grofles 
que les fcions,entez en pied de cheure, comme dit eft ües pe- 
tits fauuageaux, 

Et fi les fcions que coupperez,font de la groffeur de vo- 
ftre greffe, couppez-le étre le vieil bois & le nouueau,ou peu 
plus haut ou bas, & le fendez vn peu, & taillez la greffe de 
groffeur pareille à ce que vous aurez couppé,& faites lincifiô 
courte, quiait l’efcorce des deux coftez, fans quel’vn cofté 
foit plusefpais que l’autre: & mettez votre greffe en icelle 
fente, tellement que lesefcorces d’vn cofté & d'autre de la 
greffe foyent bien au droit d’icelle fente. 

Il füuffira que chacune greffe ait vn bon œillet ou deux 
hors de la torqueure: car de les laiffer trop longues, ne feroit 
pas bon, & les faut torquer & enuelopper de terre & de 
moule, & les recouurir de drappeaux, & lier fort, comme 
dit eft. 

Parce moyen pourrez faire qu’vn mefme arbre portera 
plufieurs fruits. Et fi voulez enter les petits fauuageaux en 
cefte façon , faites qu'ils foyent de la groffeur des greffes : &c 
les entez bien pres de terre,côme de trois doigts ou enuiron. 


Onenteen cefte maniere au temps que les arbres 


Enter entre le bois ex l'efcorce. Chap. 14. 
commencent d'entrer en leur feue, comme depuis 
enuiron la fin de Feburier iufques en Apuri!, qui 


r 0 
eft lors que l’efcorce fe depart mieux d’auec le 


bois, & principalement en gros fauuageaux, & au tronc &c 


ELVRE TEE 


branches des arbres de groffe & graffe efcorce, comme fi- 
guiers, pruniers, poiriers, & chaftaigniers. 

11 faut fcier le fauuageau par le plus haut, & puis tailler 
vos greffes,comme il eft ia dit cy deflus : mais ne faut pas que 
l'incifion en foit gueres Iongue, ny efpaifle, & que l’efcorce 
en foit par le tout vn peu oftee, & moderee en maniere d’vn 
fer de lance, & autant efpeffe d’vn cofté que d'autre, puis net- 
toyez bien voftretronc pour en ofterle fciage,auec vn ferre- 
ment bien trenchant, à fin qne les greffes qu'y mettez y puif- 
fent bien joindre, & fichez vn coufteau bien pointu ou vn 
cifeau d'os, ou d’yuoire, affez auantentre l'efcorce & le bois 
du fiuuageau,tant qu'apres qu'il fera retiré, Pincifion y puifle 
bien entrer, & que la greffe puifle ioindre für le tronc quand 
cile y feraafsife. Cela fait, il Ja faut bien couurir & enuelop- 
per de terre forte & de moufle: en cefte façon pourrez pic- 
quer plufieurs greffes à l’entour de voftre tronc, felon que 
peut {à groffeur. 

Lonente en cefte maniere, en abricquots, pommiers, al- 
berges, pefchiers;amädiers, figuiers,parfiguiers,chaftaigniers, 
poiriers, & pruniers ieunes & menuz, comme depuis la grof- 
{eur du petit doigt iufques à la groffeur du bras, & qui ait l'e- 
fcorce tendre & fimple : car les gros arbres qui ont l’efcorce 
dure & efpeffe, ne fe pourroit bien faire, fi ce n’eftoit qu'il y 
euft aucunes branches qui euffent l’efcorce delicate, & difpo- 
fee à ce faire. 


Enter en efcuffon. Chap. 1$. 


N Efté donques quand les arbres font ia bien 
en feue, & qu'ils ont du boisnouueau vn peu 
duret, vous prendrez vn ietton au bout des 
principales branches d’vn arbre priué dont : 
voulez auoir fruit, fans rien coupper du vieil 
bois, à fin d’auoir vn bon œillet d'iceluy iet- 
toniauec fa queuë pour faire voftre ente, mais choififfez le 
plus gros,tronçonnez-leur premierement la queuë par le mi- 
lieu, & en iettez la fueille fans arracher le refidu de:ladite 
queué, puis auec la pointe d’un coufteau bien trenchant & 
aigu,incifez de l’efcorce dudit ietton vnefcuffon de la lon- 
gueur de l’ongle, auquel y a feulement vn œillet plus haut 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 7o 


que le milieu auec le refidu de fa queuë que luy aurez laiffee, 
& notez que l’efcuflon du perfiguier veutauoir deux ou trois 
fucilles. Et aufsi que l’efcu du fruit aigre fe taille en carré: & 
pour leuer ledit efcuffon , apres qu'il fera incifé tout autour, 
fans auoir couppé le bois au dedans,il leur faut prendre dou- 
cementauec le poulce, & l’autre doigt prochain, & ainfi l’ar- 
racher fans le corrompre : & enl'arrachant preffez contre le 
bois dont vous l’arracherez, que le germe dudit œillet de- 
meure en efcuffon : car fil demeuroit auec le bois du ietton, 
voftre efcuffon ne vaudroit rien. 

Vous cognoiftrez fi l'efcuflon cft bon en regardét au de- 
dans d'iceluy, quât il fera arraché d’auec le bois duietton, fil 
cft pertuifé au dedäs, car alors il ne vaut rié, & encores moins 
file germe en eft demeuré auec le bois enietton, qui deuoit 
demeurer en l’efcuflon. 

Voftre efcuffon eftant bien leué, tenez-le vn peu par la 
queüe entre voz leures,tandis que vousinciferez Pefcorce de 
l'arbre, pour le mettre, fans toutesfois le mouiller : & l’incifez 
en maniere de potence vn peu plus longue que n'eft l'empla- 
Ître qu’y voulez mettre, fans trencher le bois au dedans. 

Voftreincilion faite, il la faut ouurir des deux coftez bien 
doucemét;auec vn petit cizeau d'os, & feparez vn peu au de- 
dans l’efcorce d'auec le bois;autät comme l’efcuffon eft long 
& large, & gardez bien d'en corrompre lefcorce. 

Prenez voftre efcuffon par le bout & la queüe queluy a- 
uez laiflee, & le mettez dedans l'incifion de l'arbre, en leuant 
tout bellement les deux coftez de l’efcorce de laditeincifion 
aucc le petit cizeau d'os, & faites bien ioindre parfaitemétle- 
dit efcuffon auec le bois, dedäs l’incifion de l'arbre, en pefant 
vn peu par deffus Le bout de la pelure, & que le haut d'iceluy 
efcuffon touche bié du bout à l’efcorce du haut de l'incifion 
de l'arbre. 

Et pour lier voftre efcuffon,ayez vne liaffe de chäure,en- 
uiron aufsi grofle qu’vn tuyau de plume, felon que l'arbre eft 
gros, ou menu, & prenez iceluy chanure par le milieu, afin 
qu’vn bout puiffe autant fournir que l’autre, pourentortiller 
& lier leditefcuffon dedans l'incifion de l'arbre, & ne le faut 
pas lier trop eftroit: car cela le garderoit de prendre, & ne fe 
pourroit bien conioindre la feue de l’vn & de l’autre enfem- 
ble, & ne faut que l'efcuflon, ne le chanure dont lonle veut 

fi] 


Elcufon 3 co- 
gnoiftre. 


Enteren germe, [3 


eu en bouton, 


LL VERSET, 
lier, foyent mouillez. 

Commencez voftreligature par le derriere de l'arbre, iu- 
ftementau milieu de voftreincifion , & venez ioindre au de- 
uant foubs l’œillet & quete de l’efcuffon : fans toutesfois 
couurir ledit œillet, puis retournez encore liant au derriere 
del’arbre, & reuenezioindre au deuant, par deffus le haut dé 
l'efcuflon en croïfanttoufiours voftre chanure: & retournez 
encores derriere pour acheuer de lier au deffoubs de Fœillet, 
tant que toute la fente de l’incifion foit couuerte haut & bas 
aucc ledit chanure , excepté voftre œillet & fa queüe, quine 
faut point couurir, laquelle queüe cherra tout à part & bien 
toit apres l’enture faite, fi l'efcuffon doit prendre, 

Vous pourrez mettre en chacun arbre deux ou troisef- 
cuffons,mais que l'vn ne foit pointau droit de l’autre,ne d’vn 
cofté meme. Laiffez vez arbres & efcuflons ainfi liez, enui- 
ron va mois, & les plus gros beaucoup plus long temps. 

Six fepmaines apres,illes faut deflier,au moins en coupper 
le chäure par derriere, & les laiffer ainfi iufques apres l'hyuer, 
enuiro le mois de Mars & Apuril.Si vous voyez que le germe 
de voftre efcuffon bourgeonne, couppez l’arbretrois doigts 
ou enuiron au deffus, & puis vn an pafle que leiett6 fera bien 
fortifié, & qu’il commencera à bourgeonner, il faudraache- 
uer de coupper en bihais fes trois doigts de l’arbre qu’y aurez 
Jaiffe : car qui le coupperoittrop pres, lors qu'il commence à 
bourgeonner,il n'en profiteroit pas fi bien. 

Quät voz efcuffons aurontietté beau bois,il y faudralier 
parmy bien doucement des petites gaulles, que le vent ne les 
puiffe rompre. 

En cefte maniere vous pourrez facilemét enter les rofiers 


blancs en rouges, & rouges en blancs, pour auoir rofes de 
plufieurs fortes en vn mefme rofier. 


Autres manieres d'enter far toutes fortes 
d'arbres. Chap. IG. 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 7 
en mefmes arbres. 

En canon ou en fleufte,ou en cornuchet: lon leue vn ca- 
non l6g de deux ou trois œillets d’'vn nouueau drageon gros 
comme le doigt ou enuiron, en le fendant doucemét felon la 
longueur, puis lon plume vne bräche de fauuageau de pareil- 
le groffeur & longueur,& y fiche lon ledit canon le plus auât 
qu'il peut entrer, & luy laifferez l'efcorcefuperfluëé pour de- 
fenfe, puis on le lie deffus & deffous fans toucher aux œillets, 
& couppe lon le bois qui auance outre la racine, puis on l'e- 
ftouppe de ciregommee le long de la fente & au bout. 

En tronc, il faut percer l'arbre auec vne tariere iufques à 
la moelle, & y mettre leans par force vn greffe, qui ait deux 
ou trois œillets par dedans, & foit ce pertuis bien nettoye 
bouché de cire. 

En fauie & en chou, faites en la perche de faule, ou au 
tronc de chou deux pertuis iufques à la moelle, à demy picd 
lvn de l'autre,chauffez y leans comme par force vn grefie de 
tel fruit que voudrez, qui ait l’efcorce raclee, en forte que les 
pertuis en foyent tous bouchez, puis l’eftouppez tresbien de 
cire, & picquez la perche pres de l’eau,enuiron demy pied,en 
forte que les greffes foyét trois doigts foubsterre, & au bout 
de l'an qu’elle aura prins racines, taillerez la branche par pie- 
ces, & planterez chacune greffe la ou vous voudrez. 

En couronne,quit le tronc d’vn grand arbre couppé par 
haut n’eft encores vieil, & n’à l’efcorce dure,lon ouure ladite 
efcorce auec le manche du caniuet, qui foit d’os bien aguifé, 
en trois ou quatre endroits par le haut, au morceau couppé: 
en chacune ouuerture lon met vnente, & faut bien eftoupper 
& couurir d'argillela couppure de deffus, que le bois ne fe 
feiche & altere, 

En fcion, quant on entame l’arbreiufques à la moelle a- 
uec vne crefnette, & puis l’on y met vn drageon dedans & 
leftouppelonde cire: Autrement & pluftoit lon prent vn 
fcion à vn neud, & puis lonle tord, & luy ofte lon l’efcorce 
& le neud, & le met lon en vnietton aufsi gros que luy : & il 
prendaufsitof. 

En morcel, au mois de Mars quand lon prend vne piece 
du gros de poulce & large & longue affez auec fon œillet & 
ietton,tout aufsi toft lon le met en vne branche d’vn autre ar- 
bre en fendant l'efcorce en trois ou quatre, & Icioignant bien 

f ii 


Enter en canon. 


Enter entronc. 


Enter en faule. 


Enter en cou. 
ronne. 


Enteren{c'on, 


‘ 


Enter en morcel 


CNRS ARTE 


eftroittemét & au teft de la fouche,fi que le morcel entre de... 
dans l'efcorce de l’autre, fans offenfer fon efcorce, il prendra 
fans autre liaifon ou preparatif: toutesfois n’y auroit rien mal 
de mettre de la terre deftrempee bien efpais fur ladite ioin- 
ture, & lier tresbien d’vn drappelet à l’entour du morcel,fans 
toucher à l'œillet. En Iuing & luillet lon peut enter en cefte 
façon au haut des branches, fans li£ure, & quand le morcel a 
reprins, lon trenche la branche au deffus. 

Enter en perche En perche, ou à la hanede, quand lon perce auec vneta- 
ricre François vne perche de faulx ou autre bois blanc, & que 
dans les trous à demy pied l’un de l’autre lon y met à force 
des iettons de tels arbres que voulez planter, & les pliante 
Jon dans terre, fi que lonne voit que le bout duietton, puis 
apres, s'ils font prins, lon roigne la perche, & les replante-on. 
ailleurs. 


Singularite? enter, planter, x femer arbres, 
pour anoir fruits exquis. Chap. 17. 


;Ntez la pefche en franc meurier ou en vigne,elle 
sen viendra deux mois pluftoft. Tant plus vous 
fentez fur l'arbre,de fon fruit mefme,comme pri- 
ué fur priué, & fauuage fur fauuage, & plus 
le fruit grofsit, & eft de meilleure faueur,comme. 


Ente de pefche. Ç 
Pefchesauâceecs. 


a cfté dit. 

Entede pômier. Entez pommiers l’vn en l'autre, &c aufsi en groifilliers, 
& en franc meurier, vous aurez fruit du long de l'ERÉ, iuf- 
ques à la Touflaints. 

Demy pefche& Pour faire venir demy pefche & demy noix, prenez vn 

demy noix. œillet de l’vn & de l'autre, & taillez-les le plus pres de l'œil- 
let que pourrez, tant l’vn que l’autre, & raclez vn peu les gots 
qui y feront, & les ioignez & liez fort bien enfemble, & apres 
taillez les fammitez,le fruit qui en prouiendra fera demy pef- 
che & demy noix. 

Cerifes fans Qui caucroit vne branche de cerifier, & en ofteroit la 
gi di moelle, & puis la replanteroit, lon en feroit fruit fansnoyau, 
ou bien pour le meilleur, feroit bon de coupper vn ieune ce- 
rifier à vn pied pres deterre, & le fendre iufques à la racine, 
puis ofter la moelle d’vne part & d’autre, & ioindre les deux 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 


parsenfemble auec vn lien cftroit, & vn an apres que le ceri- 
fier fera reprins, faut y enter vne greffe de cerifier qui onques 
ne porta, & le fruit fera fans noyau. 

Sien la vigne, figuier, ou cerifier, ou pommier, vous fen- 
dez la branche qui ait fructiñié, & en oftez la moelle, & au 
lieu d’icelle y mettez tellaxatifque vous voudrez,bien lié, & 
eftraint, vous ferez que le fruit en fera laxatiffelon ce qu’au- 
rez mis: & f1 vous y mettez quelques odeurs ou plaifante 
couleur, le fruit fen fentira : & fi vous le faites en rofier, le 
fruit fentira la rofe : & qui mettra du metridat ou theriaque 
en la vigne, le vin guerira de morfure de ferpenr, & non feu- 
Jement le vin, mais le raifin, vinaigre, farment & cendre de 
irment, vaudra contre toute morfure de beftes venimeufes. 

Pour enter bien fubtilement,prenez vne greffe à vnneud, 
& la tordez, & oftez l'efcorce, & aufsi le neud, & puis le met- 
tez en vnjetton aufsi groffet comme la greffe, & il reprendra. 

Pour enter vigne fur vigne, on la doit fendre comme vn 
autre arbre, à fauoir,iufques à la moëlle, puis inferer la greffe 
en la fente,apres bien eftoupper de cire, & lier eftroittement, 
mais faut obferuer que la vigne ne fe doitenter qu’au mois 
de Feburier,en lieux chauds, & en Mars,en lieux froids,quäd 
Ja vigne iette des larmes éfpeffes non pas pure eau: on peut 
faire le femblableen May, &au commencement de Tuing, 
quand les larmes de la vigne feront toutes cheutes, mais ce- 
pendant faudra auoir gardé les greffes que lon veut enter en 
lieu froid & ombrageux, à fin qu'elles ne pullulent. 

Pour auair des prunes tout au long de P'Efté, & iufques à 
la Touffaints de plufieurs manieres, entez plufieurs efpeces 
de prunes en groifillier,franc-meurier ou en cerifier. 

Pour faire quencffles, cerifes, & pefches foyent au man- 
ger bonnes,comme efpices, & qu’on les puiffe garder iufques 
aux nouuclles,entez en franc meurier,comme ie vous ay dit: 
& en les entant, mouillez les greffes en micl, & y mettez vn 
peu de pouldre de menuëéefpice, comme clou de girofle,mu- 
guettes,& canelle. ‘ 

Pour faire que les nefles perdent leurs pierres & qu’elles 
dzuiennent douces comme miel, entez les en cglätier, & à les 
enter mouillez la greffe en miel. 

Pour auoir neffles groffes, deux mois pluftoft que les au- 
tres,& qu'vne vaille mieux que vingt des autres,entez en frâc 


Fruits laxatifs, 


Fruits odorans, 
Fruits colorez. 


Fruitsayans la 
vertu de la the- 
riacque, 

Vin contre mor 
fure de ferpent, 


Enter vigne {ur 
vigne. 


Prunes en tout 
temps. 


Pefches, cerifess 
nefles, efpices. 


Nefles fans pier 


res, & douccs. 


poires d’angoif. 
{c5, ou de par- 
main auancees. 


Franches meu- 
res, tardiues & 
auancees. 


Temps d'enter. 


Noix fans 
cocque, 


Noix, prunes, & 
amädes groffes. 


Chefne ou au- 
tre arbre, verd 
en tout temps. 
Figues efcrites, 


Figuiér ne per- 
dan: fon fruit. 


LAN RÉEYTRE 
meurier ou groifillier & à l'entermouillez la greffe. 

Pour auoir poires d'angoifle ou de parmain, ou defainét 
Kkieule vn mois ou deux pluitoft que les autres : & qui durent 
& foyent bônesiufques aux nouuelles,entez les en coingnier 
pour lesauoir tard:& en franc meurier pour lesauoir toit, 

Pour auoir franches meures bien toft, entez le meurieren 
poirier de chaftignel ou en grofillier : & pourles auoir bien à 
la Touffaints,entez en nefflier ou en coingnier. 

Faut toufours enter au Croiffant de la Lune, & encor 
pour le mieux trois ou quatre iours deuät le Croiffant: car au= 
tant de iours qu'il y auroit, autant de temps l'arbre mettra à 
porter fon fruit. 

Pour auoir noix fans cocque, prenez le noyau de lanoix 
qui ne foitaucunementintereffé, & l’enucloppez de faine,ou 
de fueilles de vignes,ou de plan à fin qu’il ne puiffe eftre man 
gé des fourmis & ainfi le plantez le femblable fe fera aux a- 
mandiers, fi on met fouuent des cendres au tronc & aux ra- 
cines & genaralement en tous autres fruits qui ont cocque 
par dehors, fils font plantez en céfte maniere. 

Pour auoir groffes noix, prunes & amandes, prenez qua- 
tre noyaux des fruits deffufdits, & les mettez en vn potou 
autre vaiffeau plein de terre, ioignans l’vn l’autre les plus pres 
que vous pourrez: & mettez le fond du pot deffus, auquel 
fond, faites vn pertuis, par lequel pertuis les noyaux feront 
contraints de ietter leur germe: & par tellle contrainte faf- 
fembleront l’vn à l’autre, tellement qu'ils ne feront qu’vn 
feul arbre, quien fon temps portera plus gros fruit que les 
autres de fa nature : ou pour faire cela plus facillement fau- 
droit oïter de l'arbre les pefches, prunes, amandes, plus me- 
nues & chetifues, à fin que le fuc de l'arbre fe conuertift à la 
nourriture des autres fruits plus gros: car la vertu de l'arbre 
diftribuee à plufieurs,eft moindre,& à peu,eft plus copieufe. 

Pour faire qu’vn chefne ou autre arbre foit verd aufsi 
bien en hyuer comme en Ef6, entez-le fur vn chou. 

Efcriuez ce que voudrez, à l’œil du figuier que voudrez 
enter & les figues qui en viendront, feront efcrites, ; 

Le figuier ne perdra fon fruit fi le tronc eft frotté de 
meures,ou fi durant que les Pieiades fe monftrent vous faites 
fouïr à l’entour des foffes, & arroufez le tronc de faulmure & 
d'eau efgalement meflee. 

É Le 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. T3 


Le cerifier portera fruit plaifant & de bon odeur, mefme Cerifier enté en 
qui ne fera aucunement fubicét à la rongeure des chenilles & laurier. 
vermifleaux fil eft entéen laurier. 

Greffe fleury,ny en fruit, ne fe doit enter. 

Sile peuple blanc eft enté fur le meurier, il portera meu- 
res blanches. 

Le cerifier portera fruit auant le temps,fi l’on met chaulx Cerifes auäcees. 
viue à fes racines, ou fi on les arroufe fouuent d’eau chaulde: 
lon dit aufsi que filon ente vigne noire fur vn cerifier, la vi- 
gneapportera raifins au Prin-temps. 

Entez cytronniers fur grenadiers & fur meurier, le fruit Raïfns au Prin- 
eneft rouge. temps. 

L’ente qui fe fait furaulne ou chefne,produit vn arbre fort 
grand,mais Fil porte fruit,le fruit eft de nulle faueur. 

Mettez toutes fortes de pommes ou poires, citrons & aU- pme es dite, 
tres fruits quand ils commencent à grofür,entre deux mofles selle que 16 veut 
de plaftre ou terre cuitteau four, où y ait portraistaillez en 
diuerfes fortes & les liez doucement:le fruit en prendra la for 
me:mais ce pendant faudra donner air aux mofles par petits 
trous,autrement le fruit fe corromproit dedans. 

Pour faire pefches ou amandes efcrites,apres que vous au: Pefches ou am 
rez mangé la pefche,ou amande, mettez en tremper le noyau des efcrites. 
deux ou trois iours, puis l’ouurez doucement, & en tirez l'a- 
mande, & auec vne plume de cuiure, ou autrement efcriuez 
fur l’efcorce ce que voudrez,n trop profond:puis la remet- 
tez & enuecloppez lenoyauauec du papier ou parchemin, & 

Je plantez ainfi,& le fruit viendra efcrit, 

Pour faire pefches rouges, fept iours apres que vous auez Pefches rouges. 
plantéle noyau, retirez-le deterre, & dans l'ouuerture de la 
coquille mettez y du vermillon ou cumable: puise replan- 
tez,ou finon entez la groffe pefche, fur le rofier rouge, ou fur 
Famandier,ou fur le prunier de damars rouge, vous ferez auf- 
fila pefched’autre couleur fi à la façon deflusdite vous met- 
tez telle couleur. : 

Pour empefcher que les pefches ne viennent fletries &  Pefches non 
pourries faut ofter l’efcorce du tronc;afin qu’il en forte quel-  pourries. 
que peu d'humeur, puis apres enduire la place auec mortier 
de paifle. 

Preffez le tronc du pefcher par bas:& couppez la moëlle, 

& leans fichez vn tampon de faulx ou de cormier: vous aurez 
t 


Meures bliches. 


Fefches fans 

noyau, 
Amandes ame- 
res faites douces 


Grenadiers fer- 
tilles, 


Bon mufcadct. 


Noyer :äsfueil- 
les ne fruit iuf- 
ques à la S.Ican. 


Ente de pefche. 


Ente de perfi- 
guier. 
Vrunes fembla- 
bles à l'amande. 


Frut fans fleu- 
ir. 

Pômes de blon. 
dure!. 


pefches fans noyau. 

Les amandes ameres deuiendront douces, fi auant que l’a- 
mandier floriffe on defcouure les racines aucunemét & quel- 
quesiours durant on les arroufe d’eau chaude. 

Les grenadiers apporteront beaucoup de fruit fi frottez 
le tronc de l'arbre auec pourpier & efburge pillez enfemble. 

D’vn amädicr dur & amer vous en ferez vn mol & doux, 
fi vous defcouurez le tronc, iufques aux racines qui font à la 
fuperficie dela terre & les arroufez fouuent d’eau chaude, a- 
uant qu'il iette {a fleur. 

Pour faire bon mufcadet,prenez vn fil de fer, & le mettez 
en la plante d'vn fep qui foittaillé à trois yeux : & foit toute 
la moclle tiree hors: & apres ce, empliffez ledit fep denoix 
mufcades : & puis l’eftouppez, tellement que l'eau n’y puiffe 
entrer. Et ce que ces trois yeux ietteront,fera mufcadert. 

La noix aura la coque fort tendre & le noyau fort denfe, 
fi l'on met à fon tronc ou à fes racines des cendres. 

Pour fairenoyer, qui ne porte fueilles iufques à la fainct 
Tean,& ladite vigileiliettera fueiiles & fruitenfemble, & en 
fera le fruit aufsi toft meur & auancé que les autres. 

Empliffez vn pot, de noix vertes, cucillies ladite vigileS. 
Jean, & faites vn trou au fonds du pot, que l’eau fe puiffe vui- 
der, & le mettez en terre en icelle vigile. Plätez lesiettons qui 
en fortiront, & vous trouuerez ce que deflus. 

La pefche fente mieux au prunier, & le parfiguier en la- 
mandier, & y durent plus longuement. 

L'œillet du perfiguier & de l’amandier entez enfemble,le 
noyau du fruit quien viendra,fera amande. 

Le prunier enté en l’amandier fait le fruit comme l'aman- 
de, & en noyer lefcorce refembleà la noix, & le dedans fera 
prune. Enté en coingnier, il fait aufsi fruit de diuerfe fiçon, 
feion le naturel d'iceluy coingnier. > 

Entez la greffe de prunier ou autre fruit, fur le figuier, vous 
avrez fruit qui viendra fans fleurir. 

Entez en poirier d’angoifle, & en pommiers de Richard, 
des greffes de pommiers,vous aurez pommes de blondurel, & 
de chaftignier : & pour en auoir iufques à la Touffaiots, les 
fautenter fur coingnier & autres arbres tardifs, & elles feront 
de garde iufques à deux ans. 

Prenez deux greffes de pommier, l'vne aigre & l’autre dou- 


DE LA MAISON RYSTIQVE. 74 


ce, & les faites bien ioindre quät vousenterez,la pomme par- Pommes de 
ticipera de lun & de l'autre faueur. deux faueurs, 

Vousaurez cerifes en pluficursarbres, qui feront bonnes Cerifes en tour 
à manger iufques à la Touffaints, fi vous entez fur franc meu- temps. 
rier & fur vn faulger. à 

Entez neflier en groifillier & en franc meurier, & à l'enter Ncfles douces, 
mouillez la greffe en miel, vous aurez pluftoft & meilleur 
fruit. 

Entez poiriers, de chaftaignier, & caliot fur groifillier, Poiresauancees, 
pour venir toft, & en aubepin pour venir tard, ou fur poirier & Poires tardif 
d’angoifle. Fo 

Vous aurez figues blanches d’vne part & rouges de l'au- Figues blanches 
tre, fi liez eftroittement les rameaux de deux diuers figuiers, & rouges, 

& les plantez ainfi: puis apres qu'ils auront bourgeonné, les 
liez derechef, à fin qu'il face vn feul tronc:les autres plantent_ 
de la graine de deux diuers figuiers lice en vnlinge, puis re- 
plantent les plantes qui en fortent. 

Pour faire pommes rouges, faut arroufer l'arbre d'vrine, Pommes rouges 
ou bien planter des rofiers pres les pommiers. 

Les poires n'auront point de pierres, fi vous efpierrez di- Poires fans 
higemment le fieu où fera plantée poirier, & affemblez par Pire. 
deffus,de la terre criblec, puis l'arroufez foigneufement : & fi 
Ja plante cft defia arbre parfait, 1l la faut defcouurir iufques 
aux baffes racines, & en ofter toutes les pierres, puis remettre 
la terre que vous en aurez tiree qui foit criblee & y adiouftez 

es fiens, & ainfi couuerte, l’arrouferez. 

L'oliuier portera grande quantité de beau fruit, s’il eft ar- 
roufé d'huile d'oliue fans fel meflee aucc autant d’eau douce, 
ou bien fi on enuironne fes racines de terre argilleufe meflce 
auec paille de febues, ou bien de beuf, puis lon refpand par 
deffus, vrine d homme : & cela fe doit faire aux iours canicu- 

Jaires. 

Si l’oliuier cft fterile, faites vn trou pres le tronc,de la lar-” 
geur du poulce, qui pafle d’outreen outre, & remplirez ce 
trou de deux rameaux d’vnautre oliuicr fertile, puis le ferme- 
rez de mortier empaillé. 

Si l’oliuier porte fort peu de fruit, faut ficher dans fes ra- 
cines,;vn petit pau qui fera fait d’oliuier fauuage,ou de pin,ou 
de chefne. 

Si l’oliuier laifle cheoir fon fruit, faut planter pres fes ra- 

tt 0 


» 


Moitié poires, 


cines, vn cofot de febue. | 
. pret? . ./ 
Pour auoir moitié poires, & moitié pommes, prenez deux 


moitié pommes greffes, & les fndez:& puis les ioignez enfemble,en mettant 


Grenade rouge, 


Grenade douce, 


Pefches & coïgs 
enfemble. 


la moitié de la greffe de la poire,bien ferree contre celle de la 
pomme: & fe faut bien garder que l'eau n'entre par la jointu- 
re. Lon peut aufsi bien enter fur tel eftoc que Ion voudra. 

Pour auoir gros fruit à noyau,comme a efté dit cy deuät 
des noix, prunes & amandes,prenez vn pot ou autre vaiffeau, 
& l'empliflez de terre, & y mettez trois noyaux de tel fruit 
que vous voudrez, de forte que lesnoyaux fe puiffent ioin- 
dre : & mettez le fons du pot deffus, & en iceluy faites vn 
trou , par lequel tousnoyaux feront contraintsietter leurs 
graines & ils Fafflembleront l’vn à l’autre, tellement qu'il n'y 
aura qu'vn feul arbre, qui en fa faifon portera bien gros fruit. 

La grenade viendra fort rouge, fi vous arroufez le grena- 
dier d'eau & de lixiue meflee enfemble. 

La grenade aigre deuiendra douce, fi enuironnez la raci- 
ne du grenadier , de fien de pourceau, & l’arroufez d’vrine 
d'homme. 

Entez la greffe du pefcher fur vn coingnier, vous aurez 


‘pefches & coings enfemble: pareillement fi vousentez fur 


le coingnier la greffe d’vn pefcher. 
La greffe d'vn amandier, entee fur vn pefcher, & au con- 


_traire, fait auoir pefches & amandes, dont l'efcorce & le 


Pefches & 1man 
des enfemble. 


Pommesdouces. 


Groffes cerifes. 


Pormier fertile 


noyau feront bons à manger. 

Pour auoir beau fruit à pepin, & pluftoft que nul autre, 
enté fur vn mefmeeftoc:prenez branches de poirier ou pom- 
mier, & au bout d’embas faites des petits trous,qui ne paffent 
point tout outre : & les faites diftans de plaine paume, & à 
l'oppofite l’vn de l'autre:mettez en vn trou vn ou deux grains 
de fel:puis couchez la branche en terre auec vn peu d’auoine, 
& en couppez du bout, ainfi que lon fait d’vne greffe,quand 
elle eft entee. Si la branche reuerdifi, elle en portera le fruit 
plus beau, & pluftoft que nul autre. 

Pour rendre les pommes douces, faut arroufer les racines 
du pommier,;auec vrine d'homme,en laquelle foyent diffouls 
fien de cheure, & lye de vin vieil. 

Pour auoir groffes cerifes, il vous faut faire fouuent ron- 
gner vos cerifiers. 

Pour auoir grande quantité de pommes faut entourer le 


DE LA MAISON RVSTIQVE. #5 


tronc du pommier, de la hauteur d'vn pied par deffus terre, 
auec vne lame de plomb prife d’vn tuyau d’vn efgouft, & 
quand le pommier commencera à fleurir, faudra ofter ce lien 
de plomb:lon pourra renouueler tous les ans ce remede,pour 
rendre le pommier fertile: lon en peut faire le femblable au 
poirier. 

Pour faire qu'vn arbre porte des raifins auec fon fruit, 
Mettez-luy vn fep de vigne au pied , & percez l'arbre d'vne 
tariere pour paffer ledit fep, tellement qu'il y ait deux neuds 
entre le tronc &c ce qu'il y aura dudit fep dans voftre arbre:&c 
ainfi le pelerez, & ofterez l’efcorce, à fin que la fubftance de 
l'arbre & du fep fe puiflent plus aifément ioindreenfemble: 
& eftouppez tresbien le pertuis d’vn cofté & d'autre, pour le 
danger de l’eau : & au bout de trois ans couppez le fep par 
derriere : ainfi voftre arbre portera raïifins auec fon fruit, & le 
tout d'vne mefme tige. 

Entez la greffe d'vn pommier fur vn pefcher, & pareille- 
ment la greffe d’vn pefcher ou prefsier {ur vn poirier, & au 
contraire, vous aurez yn fruit eftrange,que nommerez prefles 
ou pefches-pommes : & aufsi des poires. 


Du temps de planter co replanter les arbres 
entX gros €T moindres. 
GC bap. ai 


ex V cuns-difent qu'il eft meilleur planter en 
43 l’equinocce de la prime-vere, pource que 
U plus fubitement l'arbre en prend terre & 
| germe, & eniette pluftoit,principalemét en 
Jilieux froids. En Automne on doit planter 
c $ quinze iours auant l’equinocce, & en lieux 
hauts & {ecs. Lon plante en l’vne & en l’autre faifon. Le pre- 
mier iour du croiffant fait bon planter & femer, mais les 8, 9, 
10, 11, 12, 13,17, & 18,non. En decours de lune le fruit vient 
pluftoft. En lune nouuelle les arbres en prennent mieux, & en 
font plus durables mais ils mettront plus à porter fruit. Si par 
necefsité vous plantez en croiflant, faut rongner les ietrons 
que feront les arbres quand ferez en fin de lune, & ils porte- 
ront fruit comme les autres. 


t ii) 


Arbre portant 
raifins , & fon 
fruit naturel. 


Preffes ou pef- 


ches-pommes. 


CEVRE "TI 


On plante en Januier, de plante qui ait raix de ie taillé 
en biais, & de noyau en lieu attrempé: & en lieu chaud lon y 
plante en Octobre, Nouuembre & Decembre. 

Lon plante des brâches qui ont la racine groffe,en Oéto- 
bre,Nouembre, & Decembre, mais les iettons ou branchet- 
tes fe plantent en Mars, quantelles font en feue. 

Ce qui cit planté en decours, porte plus de profit, & de 
tant plus qu'on plante pres de la fin de Ja lune, pluftoft l'arbre 
profite & fruêtifie : mais ce que lon plante en Croiffant prent 
mieux, & multiplie en racine,bois & fueilles, & eft plus dura- 
ble:combien qu'ils tardent plus à rendre fruits. 

Les arbres de grand moelle,çcomme figuiers francs, meu- 
riers,coudres, & femblables,fe plantent fans racine, depuis la: 
my Septembre iufques à à la Touffaints. 

Les autres arbres à racine,doiue::t eftre plantez és auants 
de Noel,outantoftapres. 

Les gros arbres fe plätent delieu en autre,au mois de No- 
uembre:& les doit on efchargotter & efmonder par les bran- 
ches: carils en portent encores mieux leur fruit, & quantils 
ont'le bout des racines efcorchees,y mettre du fien à l'entour 
és lieux & endroits temperez. 

Lon replante depuis la Touffaintsiufques en Mars que les 
arbres entrent en feue, & le pluftoft,cft le meilleur:c'eit à fça- 
uoiraufsitoft que les fucilles en font tombees : mais en lieux 
froids & aquatiques, lon attend en läuier & Feburicr: & n’en 
faut rien faire quant il pleut,ou que la terre ft fort mouillee. 

Lesieunes entes qu'auez faites fur la baftardiere ou ailleurs, 
fe doiuent replanter, fi toft que les greffes aurontreprins für 
la couppure du fauuagear. 

Il faut tirer les arbres & aufiles replanter en des fcions, & 
fils font pluftofl tirez que ne les puifsiez rep läter, ou fi vous 
les faites A oise de loing;il leur faut couurir les racines d’a- 
lentour,mefmes pour les garder dela pluye & du hafle. 

Les ‘cerifiers aigres n'endurent le tranfplanter, car à grand 
peine peuuent prendre fcions, les LI RRERSSE principale 
ment fi on leur bleffe la maiftreffe racine. 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 76 


Du lieu er fola ge en general. 
Chap. 19. 
ES K? Es arbres qu’on plante 6s valees, y profitent Pliterés valees. 
a , #, communément:car quant il pleut,ilsen font 
A) mieux arroufez des efgouts d'amont. 
2 Aux lieux aquatiques, il ne faut pas trop 
| parfondement planter arbres. 


Combien qu'en bonnes terres viennent les bons fruits: 
toutestois en quelques lieux qu'ils puiffent croiftre,il les faut 
bien laiffer affaifonner, ou autrement ils ne feront de bonne 
gardé,ny de bon gout. 

Auifez de replanter voz arbres, aufsi en bonneterre & 
meilleure que celle dont vous les auez arrachez, & felon que 
da nature d’vn chacun d’iceux le requiert, 

Ec fi pofsible eft, replantez les en pareil folage auquelils 
eftoyent de leur premiere naïffance: &pour ce faire,auant que 
les arracher, marquez diligemment fur l’efcorce d'iceux l’en- 
droit ou le folcil leur donnoit, & retenez bien le quartier. 

Item plätez les de lieu primeroge,en lieu tardif, & de lieu 
tardif en lieu chaut. 

La plufpart des arbres ayment le foleil de midy , & eftre 
afsis à l'abry du vent d’aual,qui leur eft fort contraire,princi- 
palement aux amandiers,abriquots,meuriers, figuiers, & gre- 
nadiers : mais les chaftingniers, ceriliers aigres, coingniers, & 
pruniers ayment le froid. 

Aux lieux aquatiques communément les arbres viennent 
& croiffent grands, & ont moult de fucilles & de fruits, mais 
ils ne font point de grand faueur, couleur , n’aufsi de garde. 
Vray eft qu'ils portent communément fruit, la mefmeannee 
qu'ils feront plantez,fils font accouftumez de porter. 

Les arbres fe doiuent planter plus efpez éslieux venteux. 

Si vous voulez planteren lieu froid , qui ne foit dange- 
reux du froid, vous les deuez planter en la veuë du vent de 
bize, & du cofté de midy. 


Abricotiers, 


Noifiliers. 


EJVRE IIL 
Du lien ex temps auquel chacun arbre fruitier 
ayme d eftre femé, planté, eg enté en païti- 
culier. Etpremierement de l'amandier. 
(Gi bap. 20. 


Es amandiers plantez en lieu chaud floriffent 
=| toft,& portent fruit en abondäce, & en air at- 
= trempéils viennent bien : mais en airfroid & 
1 terre humide ou aquatique, 1lsne fruétifient 
| point bien, & fy meurent incontinent.La ter 
= —1 re dure,graueleufe, fablôneufe, feiche & chau- 
deleurplaift. Ils fe plantent plus conuenablement en Au- 
tomne qu’en autre temps iufques au Solftice d'hyuer: carles 
planter au Prin-temps n’eft pas bon,par- ce que c’eft vn arbre 
qui bourgeône de bonne heure. Se doiuent pareïllement en- 
ter en Automne, par-ce qu’au Printempsils ont prefque ietté 
toutes leurs fleurs : femer aufsien Ianuier & en Feburieren 
temps & lieux temperez : ou bien en Oétobre & Nouembre 
és lieux chauds : pour les planter de leur fruit, faut choifir a- 
mädes groffes & nouuelles, & que n'ayent pastrop groffe ef- 
caille, & auant queles planter,les mettre tremper vnenuiten- 
ticre en eau miellee, ou bochet, puis les planter en terre à la 
profondeur de quatre doigts,le bout aigu en bas& l’autre def 
fus, puisles arroufer trois foisle mois, & aucunesfois fouïr, 


principalemét deux fois le mois. Pour les planter ou enter de. 


reicttons, faudra choifir des greffes du plus haut de l'arbre 
nôpas du milieu, & fe peuuent enterentre l’efcorce & le trôc 
en eux mefmes, ou en pefchers & pruniers, combien que les 
enter n’eft tant profitable quele planter. La cueiilette des a- 


mandes fe fait quand leur efcorce ferompt. Autant en peut. 


on dire des abricotiers,ces deux arbres font tendres à la gelee 
principalement l’abricotier enté: & ne dure que la demy vie 
de l’amandier. 


Noifiller éo° couldre. Chap. 2x. 


Esnoifilliers,ou couldres viennenten tout air, & en tou 
teterre : mais fur toutils ayment lieu maigre & humide 

& fablonneux. Quant on les feue, on les doit mettre 
deux doigts foubsterre, mais ils viennent mieux, de planter 
auec 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 77 


aucc la raix, & de ietton taillé en biais,qui ait du bois vieil, & 
dunouueau. On les plante en temps d'Oétobre,& Nouem- 
bre, & en lieu chaud & attrempé,ou en Feburier & Mars : & 
ef le meilleur y laïffer aucuns rameaux quand on les plante, 
que de les planter d’vne verge fimple, car ils en portent plus 
de fruit, 


Cerifier. Chap. 22. 


Es cerifiers,côme aufsi guigniers & merifiers, Cerifiers. 
aiment lieu froid & humide : & viennent en 
lieu bien attrempé, & ne peuuent fouffrir l’air 
4 Pre trop chaud, ny terre fumee, car le fien leur eft 
ÉSNŸÆ du tout contraire. Pluftoft demandent que 
| leurs racines foyent enuironnees des petites 
branchettes & fcions couppees d'eux, defquelles ils fe ref- 
iouïffent & profitent grandement au lieu de fien.On les peut 
planter de femence en haut & en bas lieu pres des môtaignes 
en Octobre, Nouembre, Decembre, lanuier, & les plante lon 
de branche & noyau:on les ente en Nouembre,ou felon Pal- 
ladius depuis le douziefme iour de Decembre, iufques aux 
Calendes de Feburier.Le meilleur eft,les enter en Feburier & 
en Mars:combien que ce foit la meilleure incifion & trenche 
de tous arbres qui font gomme, quand la gomme n’eft pas 
encor venue ou qu'elle ceffe de fluer. Au demeurant les ceri- 
fiers ne profitent jamais tant d’eftre plantez qu'entez, ne 
fe delectent de fiens, bien d’eltre efmondez fouuent de leurs 
brâches feiches, & de celles qui croiftront à l’entour du pied: 
& ayment foffes hautes, & d’eftre fouuent befchez & {1 lon 
veutauancer leur fruit, faut leur mettre de la chaux au pied: 
peuuent eftre entez en pruniers, cormiers, & en eux-mefmes 
plus commodément,de façon queles cerifiers doux,entez en 
cerifiers aigrets, portent cerifes plus molles, que celles qui 
viennent de cerifiers doux,entez en cerifiers doux, 


Coingnier. Chap. 23. 


E coingnier defire lieu froid & humide, de fait 

qu’en téps de feicherefle;au defaut de pluye le faut 

fouuent arroufer: mefmes fi par defaut de terroir 

humide, & aquatique, il éft planté en terre fciche, 
v 


L'INRE CET 


pierreufe, ou argilleufe, faudra le fouuent arroufer pour en 
auoir bon fruit & copieux. Quand on le plante auéc la raci- 
ne,il vient {1 bien,que le fecond an il porte fruit:& n’en porte 
pas fa voft quand on le plante de branche: fon fruit doit eitre 
cueilly au mois d'Oétobre, quand la bruine vient, & que le 
fruit tire {ur la couleur d’or. 


Orengier, poucille,citron, limon. Chap. 24. 


Renger,poucille,citron & lim6, defirent eftre 
& en lieu pres de la marine & humide, & tout 
ainfi que le citron & limon. 

Lelimon citron & poucille,fe doiuent fe- 
mer en Mars: on les plante aufsi de branche 
ou de greffe, & fe peut faire en efchellette, ou 
en pennier : on les ente en Apuril & en May, au tronc pres la 
racine,comme l’orengier. On les peut aufsi enter en efcu,ou 
ypolichinier aux autres mois chauds en mettant fa femence 
en pot ou en pennier pres de l'arbre où le voulez ypolichi- 
nier. Voyez plus ample traitté de ces arbres au fecond liure. 


Figuier. Chap. 25. 


Es figuiers font de diuerfe nature, & portét l’vn 
41 pluftoft que l’autre, & l’vn vient mieux en vn 
A] cerroir, que l'autre. Ceux qui portent fruit auant 
VAT que le froid foit venu,fe peuuent planter en païs 
= froid. Communémentils aiment l’air chaud, & 
veulent eftre contregardez & couuerts en temps trop chaud 
ou trop froid, & delirent terre fumee : combien qu’en terre 


nn 
A kc 


feiche le fruit en eft meilleur, & ils font arroufez, les figues 


en font de garde. Celles qui viennent en lieu fec, froid, & 
pierreux, font de meilleure garde & feue. 

La plante des figuiers de branche ou deiettons nouueaux, 
eft faite en Oûobre & Nouuébre, en air chaud & attrempé, 
& en Feburier, Mars, Auril,en lieu froid. Les Geneuois plan- 
tent la branche du figuier,par tout le mois d’Aouft,auec {on 
fruit & fes fucilles, & ne porte dommage à la vigne, non plus 
que le pefcher:& veut eftre enté en Apuril,en tronc & en ef- 
corce. Voyez au fecond liure. 


DE,LA MAISON EVSTIQUVE: 78 
Pommier. Chap. 26. 


E pommier vient en tout air, & aymelaterre 
grafle,noire & humide, parquoy fil eft plan- 
té cn terre fablonneufe & argilleufe, on luy 
| doit ay der par arroufer, & en montaignes on 
{le doit mettre au regard du midy : lon le feme 
laucuresfois,maisaucec peu de profit,il profite 
quelque peu d’auantage, quädil eft planté de 


valeur, le meilleur eft de l’enter fur pommiers fauuages,pru- 
niers, poiriers, pefchers, perfiguiers, cormiers, & principale- 
ment fur coingniers, defquels prouiennent pômes, dites pom- 
mef-poires, & demande eftre befché le premier an feulement 
& neluy chaut de fiens: toutesfois que le fiens & la cendre le 
font mieux profiter. 


Poirier. Chap. 27. 


SSI poirier n'ayme paslieu plein de fiens, toutesfois il 
Sreceura grand profit fi de deux en deux ans, ou de 
lLrois en trois ans,on luy donne du fien au pied,meflé 
auec de la cendre, il vientaffez bien enclos de mu- 
railles principalemét, & en terre graffe,car celuy quieft plar. 
té en terre maigre,feiche,& croyceule, porte poires meauës & 
dures mefme arbre petit & chetif. Celuy qui eft planté de 
branche, vienttard, & vient mieux de fauuageau que de fe- 
mence. Lon le planteen lieu chaud,en Septembre & Octo- 
bre,& en lieu froid en Feburier & Mars, & en lieu attrempé, 
en l'un & l'autre temps,combien que le poirier qui porte poi- 
re longue & ronde, demande d'’eftre planté de meilleure heu- 
re que tout autre: il fe doit planter de viue racine ou de gref- 
fes. La viuc racine ne doit eftre que de deux ou troisans:les 
greffes doiuent eftre tirees de la cime de l'arbre: il ft enté en 
pefchiers, coingniers, amandiers, meuries, de fait qu'enté de 
greffe en meurier, produira poires rouges. 

Le nefflier vient en gros troncs, il fouftient l'air froid, & 
toutesfoisayme l'air chaud & attrempé, la terre graffe & fa- 
blonnenfe. On le plante de racine & debranche,en Nouem- 
bre : & on lefeme de noyau en terre meflee defien: il portera 

Vi) 


Pommiers 


L'EV RE AT. 


fruit en grande quantité, fi on luy met au pied terre meflee a- 
uec cendre. Peut cftre enté en foy-mefme, ou en poirier, ou 
pommier, de greffes prifes au milieu de larbre,;non de la fum- 
mité, & les doit on ficher au tronc fendu, pource que la mai- 
greur de l’efcorce ne les pourroitnourrir fuffifamment. 


Le meurier. Chap. 28. 


BEM E meurier ayme l'air chaud & attrempé, la 
A PR terre grafle & les fiens, non toutesfois l’hu- 
DS h midité & fe veut planter en Octobre, & No- 
CE uembre,ou d'arbre ou de branche,commele 
NE LR 2 figuier, & quant on le plante,ou luy mefle la 
D gr 4 terre auec la cendre, en foffes hautes & gran- 
des: à {eméce plantee ne fait arbre ny fruit qui foit de valeur: 
il eft enté en chaftaignier, pommier, poirier fauuage, ormier, 
peuplier blanc, & quandil eftenté en peuplier blanc il porte 
des meures blanches. 

L'auant-pefcher ayme telle terre côme le prunier, & vient 
de noyau ou de plante,lon le plante en Oétobre, Nouembre, 
Januier, ou Feburier. On l’ente tresbien en luy mefme, ou en 
prunier,perfiguier, & amädier, & en temps fec on le doit bef- 
cher, & fouuent arroufer.Semblable culture demande le pef- 
cher lequel n'eft aucunement different de l’auant-pefcher, fi- 
non que le fruit de l'auät-pefcher eft quelque peu plus menu 
& vient plus toft en maturité que la pefche : fur tout, tantle 
pefcher que l'auant-pefcher ne doiuent eftre plantez en lieux 
froids & expofez au vent, fi d’auantureils ne font enuironnez 
de quelque muraille, ou d’autres arbres, pour eftre defendus 
des vents. Tous deux defirent d’eftre fumez deleurs fueilles, 


& ne veulent eftre plantez plus profond dans terre que de 
deux ou trois doigts. 


Noyer. Chap. 29. 


IE noyer, ainfi dit de nuire, pource que fon 
vmbre nuïft aux autres arbres, vient en tout air 
& en touteterre, combien qu'il croifle mieux 
en terre grafle,deliee & fourmenteule, & defi- 
À re aufsi lieux montaigneux. Onles plante de 
ce & de reiettons en tel temps & lieu que les amandiers, 


DE LA MAISON RVSTIQVE 79 


à fçauoir en lieu haut, & chaud en Nouembre, & en païs froid 
en Feburier & Mars, &en païsattrempé, en vntemps & en 
V'autre,toutesfois faites feicher les noix que planterez en No- 
uembre vn peu au foleil, pour leur leuer l'humeur , & celles 
que planterez en Ianuier & Feburier , mettez les tremper vn 
iour deuant,en vrine d'vnenfant. On entelenoyer en Feb- 
urier en lieu mefme, & en prunier,en vn tronc fendu, combié 
quelenoyerne profite beaucoup d’eftre enté ailleurs qu’en 
foy-mefme,par-ce qu'il abhorre la compagnie de tous autres 
arbres. Onle doit befcher à l’entour afin que pour l'herbe:il 
ne viéne creux,on le doit tranfplanter en lieux fécs & chauds 
au mois d'Oétobre quand les fueilles font cheutes, & encor 
mieux en Nouëébre: & en lieux froids en Feburier & en Mars, 
& en lieux temperez en chacun de cestemps. Pareillemët on 
le doit tranfplanter de l’aage de deux ans,en lieux froids,& de 
trois ans,en lieux chauds:le noyer fe delecte en foffes profon- 
des felon la quantité de l'arbre, & demande grand efpace de 
terre de l’vn à l’autre,côme de quarante pieds du moins,pour- 
ce que l’vmbre de fes fueilles nuiroit aux autres noyers & aux 
autres arbres croiffants aupres. Jamais ne le plantez ou tranf- 
plantez preche du chefne, ou en la foffe ou aura efté autref- 
fois planté le chefne:car entre ces deux arbres y à haine mor. 
telle. 


Olinier. Chap. 30. 


’Oliuier defre teileterre & folage que la vi- 
gne, & fe plante en terre pierreu fe, legere, & 
quant vous le planterez de bräche, plantez le 
en terre maigre: car fi vous le plantez en terre 
grafle, l'huile qui en viendroit en feroit pire: 
ilaymeeftre befché fouuét: & que quant lon 
=] le plâte en lieu plein d’eau & en terre profon- 
de,ilen croift & fruétifie mieux. Plätez le en lieu qui eft haut 
& fec auec fa raix ou de branche en Otobre, ou en Nouem- 
bre; il vient affez bien,mais qu’on luy baille du fien de cheure 
& que lon eflargifle fes racines en la foffe, à deux pieds l'vne 
del’autre. Lon le peut aufsi piquer de branche: on lente en 
luy-mefme & en oliuier fauuage, & l’efmonde lon fouuent 
des branches fuperflues, voyezau fecondlure. 

v ii] 


Darrier. 


Pin. 


ETV RE TA 
Dattier, € palmier. Chap. 3r. 


TB E dattier à grand peine porte fruit iufques 
: 2% à ce qu'il ait cent ans: & veutauoir païs ou 
1 air chaud ou attrempé, & le fruit qu'il fait, fe 
», Ineurit auant que l’oliuier foit bon. Ilayme 
IN terre Jegere & fablonneufe, & terre fylueftre 
7 4" ou champaiftre: & la plante eft d’Apuril ou 
de May, de petite plante auec la racine. On feme le noyau 
frais en Oétobre: & doit-on mefler de cendre auec la terre 
là où on l’a planté, Voyez au fecond liure. 


ChaStaigner. Chap. 32. 


=] E chaflaignier fe delete en lieux hauts& froids, 
=|en terre moiite & defliee,non pas toutesfois fa- 
SA blüneufe,ny argilleufe,mais pluftoft noire : doit 
eftre femé de chaftaignes grandes & bien meu- 
res, qui {e departent au tomber qu'elles font de 
l'arbre, & font bonnes à planter iufquesen Feburier, & en 
doit-on femer fix enfemble, vn pied en profond, & à vn pied 
l'un de l’autre, & deux ans apres les planter ailleurs à quaran- 
te pieds d’interualle. Peut eftre prouigné deiettôsnouueaux, 
jamais planté de branche fans racines, car il n’en peut repren- 
dre, vaut beaucoup mieux le planter de fémence, ou l’enter 
en Mars, Apuril & May en foy-mefme,au tronc fendu,ou en 
canon, aucunesfois en fou, ou en faule : mais 1l fe meurt bien 
toft, & porte fruit de plus afpre faueur. 


Pin. Chap. 33. 


Fe pin demande terre legere & pierreufe : & vient volon- 
tiers en lieu pres de mer. On le plante au mois d'Octobre 
& Nouembre. Voyez au fecond liure. 


Prunier. Chap. 34. 


F2 prunier fouftient l'air froid , & la terre humide & pier- 
reufe, & hait les fiens, pource qu’ils luy font deuenir le 

fruit vermilleux, & facile à cheoir. On plätelesnoyaux 
de prunes,en Nouébre,en terre grafe, vn pied de profondeur: 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 80 


ou en Feburier, mais faut faire tremper lesnoyaux trois iours 
auant, en lixiue. Si le prunier eft planté de fa racine, nele faut 
mettre en larges & profondes fofles,pource qu'il ne fiche fes 
racines gueres en profond : on le peut enter en foy-mefme, 
pommiers, amandiers,pefchers, cormiers:toutesfois ft meil- 
leur l'enter en foy-mefme,par-ce que fil eft enté en arbre qui 
ne foit de fon efpece, portera fruit baftard & petit,il eft téps 
de l'enter en Feburier, ou en Mars, non autre temps. 


Grenadier. Chap. 35. 


ÿ E grenadier veut auoir terre argilleufe ou 
*“graffe: on le feme en Mars & Apuril éslieux 
hauts. On le plante de racine & de branche,le 
tronc gros de plein poing en Oétobre & No- 
uembre:& foit fait vn pal,lequel foit fiché par 
force en terre: & lente lon en toute maniere, 
mais en Apuril,entez-le de greffe. Lonle doit befcher deux 
fois l’an:lvneen Automne, & l’autre à la Prime-vere. Voyez 
au fecond liure, 


Cormier. Chap. 36. 


Gi E cormier ayme lieu froid, humide & montai- 
| gneux: & en lieu haut. Il va aucunement hors 
4\de fa generation. On l’ente à la fin de Mars & 
LY d’Auril en luy-mefme,en efpine, ou coingnier, 
A &r en pomme-poire à l'efcorce & de greffe. On 
le doit befcher fouuent, & l’arroufer qui peut, & luy mettre 
au picd fien meflé auec cendre, en foffes fort profondes. 


Guindoler,autrement dit luiubier. Chap. 37. 


Vindolier eft rare en noftre France, mais fre- 
quentau païs de Prouence, principalement 
dl aux enuirons du pont faint Efprit,ilaime l'air 
chaud, terre legere & grafle: & craind l'air 
froid : il eit planté de noyau, de greffe, & de 

vifue racine:on Île doit planter de greffe & de 
vifue racine en Mars en terre molle:& {emer en Apuril és re- 


Grenadier. 


Cormier. 


Grandeur d’ar- 
b£2s à cofiderer. 


Efpace & inter- 
ualle entre les 
arbres. 


CENSRCE 180 


giôs chaudes ou au mois de May és païs froids,trois noyaux 
enfemble ayant la pointe contre bas, & mis en foffes profon- 
des d'vn pied, remplies de fien meflé auec cendre, puis vn an 
apres, le tranfplanter ailleurs: il fe refiouït durant l'hyuer, 
d’eftre entouré d’vn amas de pierres, & l'Efté venu, qu’elles 
foyent oftees, demande aufsi qu’on luy mette fouuent à fes 
racines, fien de beuf, 


Laurier. Chap. 38. 


= E laurier vient en toute terre, mais il aime terre 
Æ pres la marine, on le planteen Automne ou en 
Prime-vere, de racine, de plante, de branche, & 
@l'e prouigne de Mars, quand l'humeur vient à 
Pefcorce. On le feme aux faifons deffufdites,vn 

ied fous terre, & quatre grains enfemble : & quand vnan a 
efté palfé, vous le deuez planter où vous voulez qu’il demeu- 
re. Voyez au fecond liure. 


L'efpace qu'il faur entre les arbres fruitiers que 
lon replante. Chap. 39. 


quelle chacun efpece d'arbre peut paruenir, & fi 
les arbres ont accouftumé de croiftre fort grands, 
à] & en quels lieux:& fuiuant ce,dreffer vos efpaces: 
car aux bonnes terres & grafles, où les arbres peuuent fort 
croiftre, il y faut plus d’efpace qu'ailleurs, & fur ce fautno- 
ter, qu'vn arbre planté bien au large, en quelque lieu que ce 
foit, en fruétifie beaucoup mieux. 

Si vous voulez planter gros arbres de reng,& fur les che- 
mins, & contre les hayes des champs, il leur faut laiffer enui- 
ron trentecinq pieds d’efpace de l’vn à l’autre:mais fivousen 
voulez planter plufieurs rengeesen vn mefme lieu, il y faut 
bien l’efpace de quarante & cinq pieds, ou enuiron, entre 
deux, & autant d'vne range à l’autre, à ce que les branches fe 
puiffent plus aifément cftendre fur les coftez vuides, 

Entre les poiriers pommiers & autres arbres de telle gran- 
deur, fi vous en plantez feulement vnerëgee contreleshayes 
des chäps & ailleurs, ce fera affez de vingt pieds de l'vn à l'au- 

tre, 


<> 


Ë L faut premierement confiderer la grandeur en Îa- 
à PS 


en Le or e, don dé er mel 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 8: 


tre, mais fi vous en mettez deuxrengees fur les allees des iar- 
dins, il leur faut enuiron vingt cinq pieds d'efpace , entre l’vn 
& l’autre:& autant entre chacune rengee, & ne les plantez pas 
à l'endroit l'vn de l’autre,mais foyent comme entrelaffez : 8 
à mefure qu'ils croiftreront,vous y pourrez entreplanter au- 
tres menus arbres non pas trop efpez. 

Si vous voulez planter tout de grands arbres fruitiers tels 
que deflus, il les faut dreffer en efchiquier & leur dôner efpa- 
ce de vingt à trente pieds entre deux, & autant d'vnreng à 
l'autre. 

Les pruniers & autres arbres à noyau de pareille grandeur, 
ne veulent que quatorze ou quinze pieds entre l'vn & l'autre 
en chacune rengee : mais fi vous voulez en planter feulement 
deux régees fur les allees du iardin,ilne leur faut que fix pieds 
d’efpace en carré : mais il faut auifer de les proportionner fe- 
lon la longueur d’iceux. 

Les guiniers & merifiers,demandät l'efpace de dix à dou- Guiniers 
ze pieds, & pour en mettre aux grandes allees en voz iardins, 
ce leur fera affez de neufà dix pieds. 

Les moindres arbres,comme cerifiers,coingniers, figuiers, Ectiliss, 
couldres, & autres femblables en ont affez de huit à neuf 
pieds en verger, & de cinq à fix,en allce & rengec deiardins. 

uant vous voudrez planter deux régees chacune de fon 
efpece d'arbres, plantez les plus petits à l'endroit ou donne le 
foleil,à ce que l'ombre des plus grands ne leur nuife. 


_Antres pretefles de planter arbres fruitiers. 
Chap. 4. 


I vous plantez les poiriers & pruniers, les vns 

auec les autres,micux vaut mettre les pruniers 

vers le foleil : car les poiriers endurent mieux 
l'ombre, 

Il feroit bon fi le temps eft fec, & encor Arroufez. 

autrement arroufer l’arbreen pied auant que 

le replanter, afin que la terre tienne mieux au pied:car le plus 

de fa terre que vousluy pouuéz laiffer, ce luy eft le meilleur. 

Et vifez bien l'endroit du ciel ou vous le prendrez pour le 

mettre en pareille fituation. 


X 


Pfantes fans ra- 
cines, 


Fofres. 


Terre trop mol 
le. 


Prouerbe, 


Petits arbres. 


LIVRE TI. 


Lon ne doit planter les arbres qui ont la cimebrouttee, 
rongee, ou rompuë : car ils ne croiffent point fi bien, fi vous 
n'aymez mieux leur coupper du tout le fommet pour efprou 
uer,{i par ce moyenils pourrontreprendre croiffance. 

Lon peut aufsi planter fans racines les arbres qui ont gräd 
moelle,comme font figuiers,francs meuriers, couldres & au- 
tres femblables,& voz fofles pour planter voz arbres, doiuét 
eftre profondes de fix pieds en lieux argilleux, & non tanten 
lieux humides. Faites les foffes affez larges 8 fpacieufes, fup- 
pofé que les arbres qu'y voudrez planter n’euffent les racines 
moult grandes:caril faut qu'il y ait bon gucret à l’entour, 

Si la terre eft trop molle ou vous faites la foffe,amandez la 
de terre feiche:ou attendez qu’elle durciffe.Si elle eft trop fei- 
che &trop dure, fumez la & l'amoitiffez d’eau, aufsi faut aue 
vozarbres ayenttrempé en pied fils font vieils cueillis enui- 
ron deux outroisiours. Siaucunes des racines de voz arbres 
fe trouuent trop longues ou efcorchees,il les faut coupper en 
biais, & que Le coftéle plus defgarny foit deffoubs, quant l’ar - 
bre fera planté : car les petites racines produiront tout à l’en- 
tour de la couppeure. 

C'’eft vne reigle generale qu’auant que replanter tous ar- 
bres, & principalement ceux à pepin, fils font gros, il les faut 
premierement esbrancher, & ne leur laiffer que des chiquots 
longs commeles doigts,aucunesfois plus ou moins, felon que 
l'arbre le requiert. C'eft donc ce que dit le prouerbe,que qui 
voudroit planter fon pere,on luy coupperoit la tefte. 

Les petitsarbres qui n'ont encores qu'vne vergette,n'eft 
ja befoing de les coupper par haut quant onles replante,mais 
les fauuageaux que voulez enter,fe doiuent esbrancher auant 
qu’eftre replantez en la baftardiere. 

Etquät vousafferrez voz arbres és foffes, il leur faut bien 
eflargir les racines, & faire qu'elles tirét toutes contre bas, fans 
que nul des bouts rebourfe en amont, & neles faut pläter tät 
parfondemét en terre,il fuffit que les racines foyent enfouyes 
tât que la terre foit demy pied ou enuiron au deffus d’icelles, 
fi le lieu n’eftoit fort ardent & pierreux , & ne rempliffez pas 
tant voftre foffe,quen’y laiffez ouuerture à l'entour de l'arbre 
ou conduit,afin que l'eau de la pluye fy puiffe arrefter. 

Quant voz arbres feront eftendus en la foffe, & les racines 
d'iceux bien couchees au large, poifez à l’aife par deflusauec 


© ot TS À Éd DÉS SE D 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 82 


Je pied, & puis meflez de la terre bien fumce auec vne partie 
de celle que vous aurez tiree de la foffe : & la femez fur voz 
racines,mais ne mettez pas le cofté herbu deuers elles, car ce- 
la les pourroit trop efchauffer. Meflerez bien vne terre auec 
l'autre, & en remplirez toute la foffe : & en faites couler de la 
plus menueentre les racines. 

Et s’il y auoit des vers en la terre qu’y mettrez, meflez-y 
parmy vn peu de charree de buee pour les faire mourir, car 
ils pourroyent faire dommage aux racines:puis quand voftre 


foffe fera comblec à demy pied pres ou enuiron, faut bien. 


fouler la terre par deflus, & és endroits des racines, plus beau- 
coup fi elle y eft feiche, que fi elle y eft mouillec. 

Mais {i vous picquez ou plantez l'arbre, de pau, ou de 
pieu , ou porchet, fans racines, auec le marteau,ou maillet de 
bois, ne luy faites point fa voye ne fon pertuis,auec vnautre 
pieu,mais laiflez-luy faire à luymefme, & ne luy laïffez le ter- 
roir fi profond, qu’il ne puiffe entrer fans gafter fon efcorce, 
& quand vous coignerez le pau, liez-le par le bout d’amont, 
à ce qu'en coïgnant, ilne fe fende. 


E fmonder, eflaigner,defchauffer, er nettoyer 
les arbres. NCDpa ZE 


ARS E fetard & negligent laboureur, dit qu'il ne 
#<| faut jamais toucher à l'arbre depuis qu'il eft 
| planté : mais le bon mefnager dit, faites du 
À] bien à la terre & à l'arbre, ils vous en feront: 
<< & n'aura jamais bon, ne beaucoup de fruit, 
celuy qui ne fera diligent à les nettoyer en 
hyuer, & für la fin de PAutomne : car quant à l'esbrancher 
& efmonder;il eft certain qu’vn arbre qui Famufe à faire bois, 
doit eftre esbranché aux Aduents de Noel, pour luy ofter le 
bois fuperflu , & les drageons fuperflus, & qu'il fait trop 
grands & hauts, & luy empefche de faire beaucoup de bou - 
tons à fleurs: en quoy faifant, ne faut toucher aux branches 
principales : aufsi le faut esbrancher & eftronçonner, quand 
ilcft derriere les autres, qui luy oftent fon iour, pour le faire 
monter & gaigner le foleil amont. 
Si le foleil ne donne par tout dans l'arbre, les branches 
qui ne participent de fa force & lumiere, ne portent aucun 
X i) 


Picqueure d’ar- 
bres. 


Donner foleil 2 
l'arbre. 


Mort bois à 
l'arbre à ofter. 


Abbougrir. 


Grand: ardeur 
du foicil nuifa- 
ble. 


Chien mort ou 
autre chirongne 
raife au pied de 
Parbe. 


Mouffe de l'ar- 
bre. 


LIVRE Mer 


fruit:parquoy faut marquer à mefure qu'il croift,les brâches 
qui obfüufquent les autres, & les leuer quäd il a laïffé fa fueiile. 

Il eft aufsi tout certain que le mort bois en vn arbre, fait 
mourir la branche, & par confequent tout l'arbre entierc- 
ment, ou bien le garde de monter & croiftre, qui eft ce que 
lon appelle abbougrir. Doncluy faut leuer le bois mort,foit 
en hyuer ou en Efté : ce mal dure principalement aux arbres 
anciens,ou aux jeunes à qui la grande ardeur du foleil a don- 
né trop afprement,felon l’afsiette où ils font, ou par quelque 
inconuentent d'efclatr,tonnerre,ou tempefte, ou de quelque 
befte en pied qui luy aura mords quelque aigneau de la raci- 
ne, où qu'en Ja defchauffant ou prouignant, la befche, ou la 
houë auroitattaint quelques branches d'iceluy. 

Et fi lon remedie à ce quieft hors de terre, encor faut-il 
plus grande diligence à ce qui eft dedans icelle:car la chaleur 
de la terre & du fien engendre vermine au pied de l’arbre, 
qui luy mange les racines : ou quelquesfois iette à l'entour 
fien de foy, par abondance de nourriture, tant de fcions & 
chicots, qu'elle le fait auorter, fans ce qu'ils nuifent & oftent 
lanourriture aux autres arbres, par-ainfi le faut befcher à vif 
fons en hyuer, & luy ofter ce qu'il aura de danger au pied, & 
lefchiquotter, & replanter fes fcions ailleurs, comme font 
ceux des pommiers, poiriers, pruniers, & tels autres arbres, 
pour trois ans apres les enter. Et fi faut noter que les fcions 
des couldres replantez, font les meilleures noïifilles. 

Aufsi luy faut-il donner quelque recreation en hyuer, 
apres le trauail qu’il aura prins à la produétion de fon fruit, 
de façon,que pour le defchauffer ou nettoyer fes racines : & 
faut bien que la pluye & la neige l’engraiffent, principalemét 
és lieux chauds & fecs, & fort expofez à l’ardeur du foleil: 
encor fi l’efcorcede l’arbre commence à feicher, & monftre 
peu de nourriture dedans, on luy met vn chien mort, ou au- 
tre charongne au pied pour lerefiouïr, & quelque hottee de 
bon & menu fien pour le refchauffer : & au contraire, de la 
charree ou de la cendre, fi la terre eft trop graffe & vermi- 
neufe. L'aage de l'arbre le fait deuenir mouflu,& fil eftieune, 
Ja trop grande humidité & feicherefle, ce mal le mange & 
amaigrit, comme la rongne faitau beftial. Etne faut croire 
que ce leur puiffe venir à raifon de la moufle que lon met au- 
tour & au deffous de la torqueure desentes. A cela faut re- 


À 


DE LA MAISON RVSTIQUVE, 83 


medier par les defchauffer, ainfi que diteft cy deffus, & aufsi 
les nettoyer en hyuer auec vn coufteau de bois ou d'os, de 
peur que la mouffe ne gaigne païs, & à traiét de temps,mange 
tout l'arbre. Qui veut auoir beaux ieunes arbres, il les faut 
befcher & defchiquoter à l’entour chacü mois,depuis Mars 
iufques en Oétobre, & iufques à ce qu'ils foyent grands : & 
quand ils feront grands,ne fe deuront befcher que deux fois: 
& en hyuer, foyent grands ou petits, on doit ofter la terre 
d’entour du pied, & la mefler de fiens : puis la remettre en fa 
fofle, pour toufiours auoir humidité & douceur du ciel. 

Et en Efté où à l’extreme chaleur lon doit garder & af- 
fembler vn monceau de terre frefche au pied de l'arbre, pour 
euiter le chaud & feichereffe du pied duditarbre. 

Lon esbranche & efmonde lon les arbres,quant ils entrêt 
en feue & commencent à bourgeonner l'Efté,en Mars & 
Apuril, & faut bien coupper rez du tronc, le bois qui eft fu- 
perflu, & la feue,recoler incontinent la couppure:ce qui ne fe 
pourroit fi bien faire qui les coupperoit à l’hyuer,& pour gar 
der que la groffeur des poifantes & grofles brâches en cheëét, 
ne feparez l’efcorce du tronc,couppez les premieremét demy 
pied deterre, & puis acheuez de fcier le refidu, bien pres de 
l'arbre:& mettez la fcieure fur la couppeure. 

Si vous esbranchez & efmondez en temps d’hyuer, laif- 

.fez les chiquots affez l6gs pour les recoupper apres,au temps 
de Mars & Apuril, mais fi vous voulez bouter ou esbrancher 
lesgros & vieils arbres pour les renouueller,quät vous voyez 
qu'ils iauniffent, faire le faudra,tätofl apres la Touffaints, que 
les fueilles en font cheutes, & auant qu'elles ay ét recommen- 
cé à entrer en feue:& couppant ou fciant les branches, laiffez 
leur des chiquots auecle tronc,pour y enter fciôs nouueaux, 
les vns bien longs,les autres moins, fel6 que l'arbre le requiert 
les plus mefchantes branches, afin que celles qui demeurent, 
en ayent plus d'humeur & de fubftance. 

Si l'arbre par vieilleffe ou autrement laiffe à charger com- 
me de couftume, ilne le faut du toutesbrancher oueflager, 
mais luy ofter feulement les branches mortes. Aufsi leur ae 
defchauffer les racines apres la Touffaints, & fendre les plus 
groffes, & mettre és fentes des efclats de pierre bien dure, & 
les laïffer, afin que l'humeur de [terre y puifle entrer. l’uis à 
Ja fin de l'hyuer les rechaufferez de fort bonne terre, 

x ii 


Temps d’efchi- 
quoter les ieu- 
nes arbres. 


Arbre vieil de 
uenant fterile. 


Entes rompues, 


BANK Er KE 


Quant lesentures de trois où quatre ans font rompuës, 
brouttees, ou endommagees des beftes, ou quelon verra que 
le bois n’en peut rien profiter, il les faut coupper, & r'enterrer 
par plus bas ou plus haut qu’elles n’eftoyent. Vous y pourrez. 
remettre du bois franc, que vous en coupperez, mais que ce 
foit plus bas dans le fauuageau , & aufsiqu'ilayeeftébien re- 
clos fur le fauuageau,de la premiere fois qu’ilauoitefté enté,. 
mais n'arrachez pas les fcions qui fortent du bois du fauua- 
geau , iufques à ce que voyez que les greffesayent ietté bois. 
nouucau, car par auéture vous feriez mourir le fauuageau le- 
quel pourrez bien encoresr'enter, fi les greffes fe mouroyent. 

Apres queles greffes de voz entures aurontietté de bois 
nouueau,comme de deux ou trois pieds de long, fi ellesiettét 
de petits fcions fuperflus, és enuirons des bons membres que 
voulez nourrir,couppez iceux mefchants fciôs bien rez,mef- 
mement en l'annee que les aurez entez : mais que ce foit en 
temps que le bois eft encores en feue. - 

Et fera bon coupper aucuns des principaux membres. 
des iettons & greffes de la premiere annee, fi trop yena, & 
les enter & affñer ailleurs, & puis trois ou quatre ans apres 
qu’elles auront efté entees, & que les greffes en auront bien 
reclos fur le fauuageau, acheuezencores d’en ofter à la mef- 
me raifon, fi tant y en eft demeuré : car c’eft affez pour vn ar- 
bre, de luy laiffer vn bon membre pourtronc, & principale- . 
ment à ceux qui ontecfté entez petits d'vn greffe: & en cft 
l'arbre plus beau, & meilleur à ia fin. Mais fi l'arbreauoitefté 
enté gros de plufieurs greffes, 1l luy en faudroit laiffér plus 
largement, felon que verrez eftre befoing pour bien recou- 
urir les fentes, & couppeures du faunageau. 

Quand vos arbres commenceront à croiftre, il les faut 
bien conduire trois ou quatre ans ou plus, iufques à ce qu'el- 
les foyent bien formees en leur couppant à montle coupeau,. 
& les menues branchettes du bois fuperflus, iufques à ce que 
elles foyent comme de la hauteur d’vn homme & plus, fi 
bien ce peut faire, & leur dreflez bien & compofez les mem- 
bres principaux & branches, tellement que lvne branche 
n'aproche trop de l’autre: & aufi neles attachez les vns aux 
autres, quand elles grofsiront: & en faut aufsi coupper au- 


cuns, fi l'arbre eft trop efpais dedans, à fin que le foleil y 
entre. 


ÿ | 
DE LA MAISON RVSTIQUWE. 84 


Lon peut tailler les arbres depuis le premier Nouembre, 
‘iufques à la fin de Mars: & dônez ordre de n'y faire tranchee 
en grand fons, & fi vous taillez les fcions ouiettons de l’ar- 
bre quine fait fruit, & que ce foit en decours & dernier quar- 
tier de la Lune, cela leur fera fruétifier. Et quant l'arbre que 


vous aurez enté fera gros, vous luy pourrez ofter les fcions, 
& laifler feulement voz greffes. 


Medeciner les arbres fraitiers. 


Chap. 42. 


Omme toutes chofes qui prennent croiflan- 
ce & force de la terre,ont quelque fentiment 
de ce quileureft profitable, au moyé duquel 
elles viuent,aufsi elles ont quelques maladies 
—| particulieres, prouenantes de ce quileur eft 

contraire,ou mefmes de leur vieilleffe ou de- 
faut,ou trop grande abondance de ce qui les nourrift. Donc 
ne fe faut efmerueiller fi les arbres en particulier, quelquefois 
feuffrent des incôueniens, aufquels qui ne donneroit fecours 
& prompt remede,ils ne faudroyent à mourir. 

Tous arbres qui par impetuofité des vents, ou autrement 
auront efté coignez ouefclattez, on les doit medeciner auec 
de la fange,fien de moutons, & de pourceaux. 

Les herbes qui creiflent à l’entour des arbres;tirent à eux 
le nourriffement, & par tant les faut farcler diligemment, & 
leuer la pelure de l'arbre auec la ferpe,non pas en trauers. 

Quät l'arbre ne grofsit point, & demeure trop à faire brä- 
ches & monter auant: & apres que l’aurez defchauffé au téps 
que dit à efté cy deflus,illuy faut fendre plufieurs racines,nô 
pas maiftreffes : & mettez leur du fumier de porc, meflé auec 
d’autres terres & quelquesfois iettez de la lie de vin bien fort 
autour des racines, & en abbatez la mouffeauec vn grâd cou- 
fteau de bois,tellement que n’en bleffez l’efcorce. Et au téps 
d'Efté quant la terre eft trop mouillee, feroit bon de befcher 
au pied à l’étour des racines de celles quin’ont point efté def- 
chauffees à l’hyuer, & y meflez aufsi quelques bonnes terres. 

Le fil eft vne maladie qui mâge l’efcorce des arbres,il leur 
faut dônc coupper ceftc infeétion bien nettement à l'yffue de 


NU 


Temps de tail 
ler lesarbres. 


Herbes arra- 
chees. 


Arbres efclattes 


L'arbre chetif 
& menu, 


Fil aux arbres. 


Vers aux arbres 


Jauniffe des ar- 
bres. 


Contre les li- 
rats & formis, 


LAVE TE 


lhyuer, auec vn ferrement bien trenchant, & mettre fur Îæ 
playe vn peu de fiente de beuf ou de porc, & l'enuelopper de 
vieux drappeaux, & lier bien eftroit d’ozier, & le laifler ainfi 
lié longuement, tant que les emplaftres y pourronttenir. 

Contreles vers qui fengendrent dans l'efcorce de l'ar- 
bre : au lieu où vous verrez l’efcorce enflee, il la fautincifer, 
& fendre iufques au bois, à fin que l’infeétion & humeur en 
puifle diftiller:& auec quelque crochet tirez les vers & pour- 
riture de dedans le pluftoft que faire fe pourra: & mettez de- 
dans & deflus la playe vn emplaftre de fente de beuf, ou de 
porc, meflee & broyeeauec fauge, & vn peu de chaux vifue,, 
& enueloppez & liez eftroittement le tout enfemble, & le 
laiffez ainfi, tant & filonguement qu’il pourra tenir. 

La lye de vin ou l'effondrille d’huille,efpandue fur les ra- 
cines d'arbres qui ont la iaunifle, ou font aucunement mala- 
des, leur fait grand bien. 

Il fengendre des petites beftes prefques femblables à 
coffons, & fontaucunement perfes ou noires , & les aucuns 
ont le bec long & pointu, & font trefgrand dommage aux 
entures, & autres ieunes arbres, car elles en couppent les 
fcionsnouueaux qui font encor tendres & longs comme les 
doigts: il y faut au haut du iour, quand vousles y verrez, 
mettre la main deflus tout doucement, fans remuer l'arbre: 
car ils fe laiffent cheoir quand on les cuide prendre, pource 
que promptement ne fen peuuent voler, & s’ils ne fe laiffent 
chcoir en voftre main, allez les prendre deffus les fcions auec 
l'autre main. 

Pour les limats & fourmis, mettez de la cendre & du 
fciage de bois au pied des arbres: & quand la pluye aura don- 
né deffus,rechargez lesde nouueau,fansremouuoir ce qu’au- 
rez mis au precedent:autrement,mettez quelques petits vaif- 
feaux pleins d’eau au pied d'iceux arbres : ou bien,efpandrez 
de lalye de vinà l’enuiron. 

Quand l'arbre perd fon fruit, faut entourer le tronc de 
l'arbre auec yuraye en forme de couronne: ou bien auec vne 
lame de plomb : ou pour le meilleur faut defchauffer les raci- 
nes de l'arbre, & les percer, & mettre au trou vn coing de 
corimier. 

Quand l'arbre perd fa fleur,ou queles fueilles luy tom- 
bent luy faut defchauffer les racines, & les entourer auec 

paille 


DE LA MAISON RVSTIQVE. S$ 


paille de febues trempee en eau. 

Le meilleur eft entendre aux chenilles au temps d'hyuer, 
auant que les arbres foyent fueilluz, & fi vous y voyez des 
poupes berceaux & bouchons de chenilles, oftez les auec les 
chenilliers auant qu’elles foyent efclofes. Ne couppez du 
bois ou ne pourrez attaindre de la main, quele moins que 
vous pourrez,nettoyez bien le bois par tout qu'il n’y demeu- 
re des œufs, & puis regardez au pied du tronc qu'il n’y ait des 
chenilleaux quine peuuent filler & qui fe foyét la attraits, & 
attachez entre les fcions & les racines fil y demeure quelque 
bouchons aurenouueau, ou que quelque bruine ou gaudeen 
ait engédré de nouuelles,regardez au haut du iour leur repai- 
re, & l'endroit ou vous les verrez enfemble par môceaux foit 
aux fourchôs, ou fur les branches, auec des vieux drappeaux, 
ou des fueilles larges enueloppces entre voz mains, abbatez 
les & les tuez bien diligemment en pefant bien promptement 
auec les deux mains & recouurez y à plufieurs fois en gardät 
qu'elles ne fe laiffent cheoir à terre, mais gardez qu’ellesne 
vousiettent la rofee au vifage. 

Quant l'arbre iette trop, il faut apres qu'il eft defchaufté 
luy fendre plufieurs racines, non pas des maïftreffes, & faire 
fortir l’eau qui eft dedans, fi aucune y en à,qui vaut autant ou 
mieux que la feignee à l'hôme : car par cefte medecine on re- 
nouuelle la vie à l'arbre. 

La maladie de l’efcorce de l'arbre vient de l'humidité du 
lieu ou eft la branche plantee, & aufsi au contraireles arbres 
viennent apres boyteux,quät ils font plantez en liéu trop fec. 
Pour garder les ieunes arbres francs en la pepiniere, & faire 
qu'ils profitét mieux, il les faut couurir la hauteur d'vn hom- 
me de chaume ou de paille : & fera la couuerture fouftenuë 
fur des perchesen long & en trauers. 

Pour hafter l'arbre quiattend trop long temps à porter 
fruit, faites vn trou de tariere en la plus groffe branche de fa 
racine, fans la percer tout outre:& au trou qu’aurez fait,met- 
tez vn bafton, & l’'eftouppez de cire : puis recouurez voftre 
pied, & l'arbre portera l'annee enfuiuant. 

Aux arbres qui ont efté plantez nouuellement & qui c6- 
mencent à feicher, vous leur aiderez moult fi vous les faites 
befcher & arroufer: & les doit on defendre côtre le chaud en 
Jeur aidant de chofe qui leur face vmbre,& contre le froid on 


y 


Côtre trop grä- 
de fertilité de 
l'arbre. 

Quafi feignee à 
l'arbre, 
Maladie de Pef. 
corce de l'arbre, 


Hafter l'arbre à 


produire fruit. 


Seichereffe d’ar 
bie. 


B'IVER EOPTI 


les doit couurir de paille. 

A faire mourir On fait mourir les vers auec fiente de pourceau ouauec 

vers qui mole- vrine d'hôme mife au pertuis ou font les vers:ou auec chaux 

Rent tes arbres. fie, mais fi l’efcorceeft bleffee en plufieurs parts foit fen- 
duë, & aufsi au pied de l'arbre vn peu, en forte que l'humeur 
fen parte. 

Engendrement Les vers fe creent en temps humide dedans les fruits à pe- 

SATIERS pins: & en iceluy temps on doit percer l'arbre auec vne tarie- 
re tout outre pour le meilleur, le plus pres de la racine que 16 
peut,afin que l’humeurqui cree les vers,diftille par là. 

Cheute des p5- Si les pommes cheent de l'arbre,fendez la racine & met- 

Ce EE tez enicelle fente vne pierre vifue. 

ES Si les fruits montent contre mont,lauez le pied de l'arbre 
d’eau de pourpier auec vinaigre ou y mettez de la lie de vin, 
ou prenez deux parts d'huile d’olif, &-vne part de poix noire, 
mellezenfemble, & puis les oingnez, ou y mettez cendre au 
picd de l’arbre,ou quelque vaiffeau plein d’eau à l’entour d'i- 
celuy , ou vn cercle couppé & oingt d'huile de Petrole, ou 
vae cordelle enduite de fang de pourceau, meflé auec argent 


vif. 
Fourmisà fare Pour faire mourir les fourmis d’alentour d’vn arbre,il faut 
mourir. recouurir la terre enuiron leditarbre, & deffus mettre quel- 


que quantité de fuye de cheminee. 

Prenez aufsi de la fcieure de chefne, & en mettez largemét 
au pied de l'arbre: & la pluye-qui cherra fera que les fourmis 
fen yront ou mourront. 


Garder g7° conferuer le fruit des arbres, pour eftre 


offez 9° mangez. en faïfon €9° hors 
celle. Chap. 43. 


E n’eft pas tout de cultiuer l'arbre fruitier & 
bien l’auoir entretenu qui n’en fçait garder & 
conferuer ie fruit,ou pour le vendre en temps 
nouueau,ou pour l’vfage du mefnager& de fa 
famille, principalemét és endroits,ou les fruits 
A croiffent plus delicats,côme au païs de Tou- 

Touraine late traine, & pour cefte caufe lenomme le iardin de France, par- 
din SFR uoy nous traiterons vn petit mot de la maniere de garder & 

conferuer le fruit: & commencerons à l’amande, 


DE LA MAISON RVSTIQVE.  % 


L'amandeeft meure,quand elle commence à fe defpouil- Amandes. 
ler de fonefcorce. Sielle eft laueeen faulmure, elle deuient 
blanche, & dure longuement, & encor dauantage, fi incon- 
tinent elle eft defeichce: fi elle ne peut defpouiller fon efcor- 
ce, la faut mettre quelque temps fur la paille, & incontinent 
apres elle la defpouillera. 

Les chaftaignes fe garderont iufquesau commencement Chaftaignes, 
du Printemps, fi on les feiche premierement à l'ombre, puis 
on les met en lieux fees par monceaux, ou en vaiffleaux cou- 
uerts de fablon:aucuns les eftendent fur des clayes,ou les en- 
terrent dans du fablon, de forte qu’ellesne fentretouchent 

oint. Lesautresles mettent dans des penniers ou corbeilles 
pleines de paille : tu experimenteras fi elles font entieres, les 
iettant en eau froide:car fi elles vont au fond,elles font faines 
& entieres, fi elles nagent pardeffus l’eau,elles font gaftees,ou 
corrompues. : 

Les cerifes feront de garde,fi les cueillez de l’arbre auant Cerites, 
foleil leuant,apres les arrégez en vn vaiffeau qui aura au fond 
vn liét de farriette : puis mettez les cerifes pardeffus, & encor 
par deflus d’autre farriette, & les arroufez auec force vinai- 
gre doux. Pareillement elles feront gardees auec des fueilles 
de chaulme,difpofees de mefme façon : elles font aufsi defei- 
chces au foleil, ou cuittes en leur ius, & confites auec du fu- 
cre, pour cftrelong temps gardees. 

Si vous frottez les citrons, de plaftre bien deftrempé, Cirrôs à garder, . 
vous les garderez toute l'annee fans eftre gaftez:fi les cachez 
& couurez d'orge, ils ne pourriront point,ou fi les enfermez 
en quelque vaifleau que ce foit. 

Le fruit qu’on appelle communément cornoille ou cor- Cornoille; 
ncille, pour eftre gardé eft mis dans vne bouteille de verre 
ayant la gucule affez large, & plongé en fucre ou miel: de fait 
que le ius où eft confit la corneille, fert beaucoup au flux de Contre le flux 
ventre. de ventre. 

Les coings fe gardent fort bien en ]ye de vin, & encor Coingsägarder 
mieux s'ils font mis dans vn pot neuf bien couuert & enfcr- 
mé en vn tonneau de vin, ou plongé au vin mefme. En cefle 
forte,les coings demeureront frais, & le vin fera fort plaifant, 
Aucuns les gardent en du foirre, ou de l’orge,ou des fcieures 
de bois, ou fucilles de figuiers. Les autres les couurent de 
fueilles & de mortier argilleux, ou terre de potier, puis le fer 


y 1 


_ 


Na'ure des 


coings,maligne 


“ « 
Figues à garder 
vertes. 


Noix à garder 
cntieres. 


Grenade à gar- 


der. 


Pommes à gar- 


der. 


Nefles à garier. 


O'iues à garder. 


Poires à garder. 


ENV RE UE 


chent au foieil, & quandils en veulent vfer,ils caffent le mor- 
ter, & trouuent les coings tels qu'ilsles y ont mis. Note tou- 
tesfois, qu’il ne faut point garder les coin gs en vne maifon où 
il y ait d'autre fruit, car par leur aigreur & odeur, ils gaftent 
& corrompent Îles autres fruits qui font aupres, & mefme- 
ment le vaiffeau. 

Les figues feront toufiours recentes, fi tu les mets en vn 
pot plein de miel bien couuert, de forte qu'elles ne fe tou- 
chent,ny le pot mefme, ou bien fi les mettez en vne courge 
chacune à part, & pendez la courge en vn lieu ombrageux, 
où le feu ny la fumee puiffe aller. Les feiches ne feront cor- 
rompues, {1 les arrengez fur vne claye au four, apres que le 
pain en eft hors, puis les mettez en vn vaiffeau de terre,neuf, 
qui ne foit poixé. | 

Les noix demeureront long temps entieres, fi on les cou- 
ure de paille, ou de leurs fueilles feiches : ou enferme en vn 
coffre fait de bois de noyer: ou fi on les mefle auec des oi- 
gnons,aufquels ils oftent la plus gräd part de leur acrimonie. 

La grenade fe garde dans l’huille douce, dans le mollet, & 
enuclopee & pendue au plancher en lieu bien eftoupé où la 
gelee ne donne point, ou mife en la caue : mais garde qu'elle 
n'y chanciffe. 

Les pommes fe gardent en vn lieu froid,ayät les feneftres 
tournees deuers le Septentrion,qui foyent ouuertes en temps 
ferain : ou fur de la paille, ou dans de l'orge, ou dans vn pot 
ciré par dedans, & bien couuert, ou dans vn vaiffeau de terre 
non poixé, qui foit percé au fond, &bien couuert par deflus, 
puis pendu à vnarbre tout l’hyuer : & les pommes demeure- 
ront telles commeelles y auront efté mifes. Aucuns les enue- 
lopent à part-foy de fueilles de figuier, puis les couurent de 
mortier d'argille blanche & mortier fec, & les mettent au 
foleil. 

Les nefles font gardees en des petits vaifleaux poixez, ou 
mis en des potsentre des grappes de railins. 

Les oliues font côfites auec faulmure ou auec vne mixtion 
de miel, vinaigre & fel. Aucuns adiouftent pouliot,menthe, 
anet,lentifque : les autres, des fucilles de laurier:les autres,des 
grains de laurier.’ 

Les poires fe garderont longuement,filon poixe la queuë 
des poires, & les pend lon ainfi. Les autres mettent les poires 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 87 


dans vn vaiffeau neuf, deterre & y verfent du vin cuit,ou du 
mouft,ou du vin tant que le vaiffeau eft plein.Les autres gar- 
dent les poires couuertes de limures ou de fcieures de bois. 
aucuns les mettent auec fueilles denoyerfeiches : ou bien en 
vn vaifleau de terre,qui ne foit gueres cuit, &y verfent du vin 
& du mouft, & eftoupent bien le vaifleau, & le gardent. Au- 
cuns les mettent en des foffes , en vn lieu pres duquel y a vne 
eau courante. Aucuns mettent par quartiers les pommes de 
certeau,de rofette, & de bonchreftien, & les nettoyét de leurs 
grains, & les defeichent au foleil,à fin qu’elles foyent bonnes 
au printemps. 

Les meures qui font bien eftoupees dans vn vaiffeau de 
verre, fe gardent longuement:& faut les remplir par deflus de 
leur ius. 

Le citron & l'orenge fe gardent en la caue feparez , ou 
dans la faulmure de verius,ou fans fel,ou pour forme de con- 
fiture auec le fel, ainfi que l’oliue. 

Les pefches,autrement dites prefles, font gardees en faul- 
mure,ou vinaigre doux, ou bien leur noyau ofté, font defei- 
chees au foleil à la forte des figues. Aucuns les confifentauec 
du miel. 

Les cormes font confites en vin doux : ou bien quand el- 
les font cueillies,on prend les plus dures, & les met-on adou- 
cir en vaiffeaux de terre, pleins ou prefque pleins, enduits de 
plaître, & mis en vne foffe d’vn pied en profond,en lieu fec, 
&c au regard du foleil, puis couuerts de terre. Onles peut aufsi 
coupper par le milieu, puis les mettre feicher au foleil. 

Les prunes de damas feront mis dans des vaiffeaux, & par 
deffus on iettera du vin nouueau,ou du vin doux, & remplira 
Jon ies vaifleaux, & couurira diligemment. 


La maniere de fairele cidre: Chap. 44. 


© V x païs où la vignene peut fruétifier, & où les 
fruits viennent fingulierement bien,encor que lon 


Prouence, & ailleurs, 
y üj 


Meures à garder 


Citron & orége 
à garder. 


Pefches, ou 


prefles. 


Cormes à garder 


Prunes de dimas 
à garder. 


LIVRE FE 


Cidre peré. Le vin des fruits fappelle cidre & eft de deux fortes, à fa- 

Cidre pomme. uoir le peré, qui cft plus de duree : & le pommé qui eft plus 
prefent à boire. 

… Leperéeft de plufieurs fortes, ou il fe fait de poires ten 

dres & delicates, ou il fe fait de poires rudes fauuages, ou de 

Cercle. poires cirettes iaunes & bié cultiuees que lon appelle cerele. 


Quelques fingulariteX de confire des fruits 


pour la referue de toute l'annee. 


Chap. 4. 


Our faire codignac, pren des coings, & les 
nettoye, & apres en auoir ofté les grains, fais 
les bouillir en eau frefche, tant qu'ils fe vien- 
nent à ouurir & creucr | fi tu n’aymes mieux 
les auoir couppez par cartiers | puis les pale 
— par va tamis biennet,qu'il n'y demeure finon 
le plus gros : à huit liures de la moelle ainfi paflee, mets trois 
liures de fucre fin, mefle le tout enfemble, puis fais bouillir à 
petit feu,en mouuât tresbien d’vne fpatule de bois large,tant 
que le tout foit bien cuit, ce que cognoiltras quand tu verras 
que rien ne tiendra plus au vaifleau,car alors il fera cuit à per- 
feétion:fi tu y veus adioufter des efpices, côme canelle, clous 
de girofle,noix mufcade & zingembre, les faudra ietter fur la 
fin de la decoction, & les remuer auec la fpatule. En mefme 
façon, tu pourras accouftrer des pefches, poires, & autres 
fruits. 
Confiture ef Pour faire bonnes confitures de chair de coing, faut pre- 
ee se mierement nettoyer les coings de leurs pepins, & les mettre 
or peu à peu en eau claire,pendant qu’on les nettoye.à fin qu'ils 
ne deuiennent noirs , tandis faut mettre le potau feu, à fin 
qu'il bouille: puisayant pefé les coings, les faut mettre au 
pot, & les laiffer tant bouillir, qu'ils Ponurent vn peu, apres 
les ofter & mettre dans vne terrine pour les rompre & piler 
d’vne cuilliere de bois, puis les pañler par vntemy, & adiou- 
fter à chacune liure de chair de coing, demie liure de fucre 
bien puluerifé, & faire cuire le tout enfemble à petit feu clair, 
dans vne poelle d’airain large,le meflant toufiours,à fin qu'il 
ne fe brufle: & apres que ladite paîte fera cuitte, la faudrs 


DE LA l''ISON RVSTIQUE. 88 


mettre en boitte pour i'vfage. 
Pour confre noix,pren premierement des noix petites & 


Confiture de 


verdes, auec l’elcorce & y faits des petitstrous, puis mets les noix vertes. 


tremper en eau par onze ou douzeiours plus ou moins : net- 
toye les tresbien & les mets bouilliren fucre clarifié fort 16- 
guement, de fait que fouuét y pourras adioufter du fucre cla- 
rifié à caufe qu'il fe confomme à lalongue cuiffon, finalemét 
les mettras en vaifleaux auec efpices faites de clou de girofle, 
gingembre, & canelle, mais n'y mets gucres de clous de giro- 
Ale, carilslesrendroyent tropameres. Autre maniere de les 
côfire,pren noix verdes enuiron le mois de May ou de Iuing, 
auant qu'elles ayent l'efcorce dure, pelle les, & les mets trem- 
per neuf iours durät{ plus ou moins,felon que tu cognoiftras 
qu'elles fattendriront] en eau pure que tu changeras tous les 
jours trois ou quatre fois, faits les cuire par apres pour les at- 
tendrir d'auâtage, cuittes feiche les à l'ombre du foleil, ou les 
effuye auec va linge, puis pique les de canelle & de clou de gi 
rofle, finablement mets les cuire en fucre clarifié,iufques à tât 
que tu cognoiftras que le fucre clarifié aura acquis confiften- 
ce defyrop, puis lemettras en vaifleaux d’eftain ou deterre 
faits au propre,auec le fvrop ou elles auront cuit: Aucunsen 
font autrement, ils cueillent noix encor vertes, & les piquent 
auec la pointe d’vn fufeau ou autre femblable inftrument de 
bois non defer( car le fer les noirciroit d’auantage ) les font 
tremper en eau fouuent changee, les cuifent iufques à les at- 
tendrir:attendryes les iertentincontinent en eau froide pure: 
refroidyes les pellent,&auec vn linge les efluyent:finalemét 
les piquent auec clous de girofles & canelle: les mettent ainfi 
en vaifleaux, & les couurentauec fyrop pour les contregar- 
der, & fil aduient que quelque peu de temps apres le fÿrop 
foit trop liquide, le font cuire de rechef, puis le remettent au 
vaiffeau : par ce moyen lon peut faire que les noix demeure- 
ront toufiours vertes felon leur naturel. 

Pour confireefcorces de citron & d’orenge, pren groffes 
efcorces d’orenges ou de citron taillees en quatre ou fix pie- 
ces,nettoye les de leur chair & pepins, mets les tremper en li- 
xiue claire par l'efpace de neuf iours, & en les changeant de 
lixiue au cinquicfmeiour, les neufiours paffez mets lesencor 
tremper en eau claire, iufques à tant qu'elles adoulciflent & 
ayent laiffé leur amertume,mefme qu’elles femblent tranfpa- 


Confiture d'ef- 
corce d'orenge. 


Confiture de 
pefches , d'abri- 
cots,d’albreges. 


Confitures de 
cerlfes, cormes, 
efpine vinette, 
verius. 


Paftez de pru- 
Res. 


Paftez. 


LVER EVIL 


rentes,car alors elles auront affez trempé:apres fais les cuire : 
en vn vaiffeau net d’erain ou plombé auec eau de fontaine,tät 
qu'elles puiffent attédrir apres qu’elles auront ietté toute leur 
aquofité mets les tremper vingt-quatre heures en Iulep, fait 
d'vne partie de fucre & de trois parties d’eau, puis fais-les y 
cuire à petit feu affez competemmétitire les de ce Iulep, & les 
mets en vn vaifleau de voirre,iettant par deffus Iulep rofat af- 
fez efpez, pour leur donner quafi vne crufle : tu les pourras fi 
tu veux aromatizer auec vn peu d'ambre & de mufc. 

Pour confire pefches entieres,faut faire cuire les pefches 
en Iulep aflez aqueux,non pas pour les faire cuire exactement 
mais pour les purifier feulement de leuraquofité qu’elles ont 
en grande quantité: puis en vnantre Iulep plus cuit les cuire 
parfaitement iufqués à tant qu'elles foyent amollies : finale- 
ment les mettre en vaiffeau deterre & les couurir du fyrop 
ou auront cuit,pour la referue: on les pourra aromatizer auec 
vn peu de canelle ou demufc. Cefte maniere de confire pef- 
ches entieres,eft generale pour côfire entiers tous autres gros 
fruits,comme coings,poires, pommes , abricots, alberges, a- 
uant pefches. 

Pour confire cerifes, faut premierement coupper la queue 
des cerifes à moïtié,puis Les faire cuire däs leur ius auec du fu- 
cre en telle proportion que pour chacüne liure de cerifes lon. 
mette demie liure de fucre,apres qu’elles ferôtaffez cuittesles 
faut mettre en vaifleaux de voirres, & ietter deflus le fyrop 
ou clles auront cuit, toutesfois file fyrop femble encor a- 
queux le faudra faire cuire exaétement. Ainfi tu pourras con- 
fire,prunes, cormes,efpine, vinette,ver-ius & autres tels petits 
fruits. - 

Pour faire paîtez de prunes,il les faut premierement faire 
bouillir en vn peu d’eau les remuant fouuent, afin qu’elles ne 
bruflent, puis les faut palfer par le tamis & les poifer, & pour 
chacune liure faut mettre quatre onces de fucre, remettant 
tout enfemble cuire de rechef & les remuer fouuent, les laif- 
fant ainfi tât que l’efcume de deffus fera du tout confommee, 
ce que fait, les faut dreffer ainfi chaudes ou lon veut, puis les 
mettre au foleil, les y laiffant l’efpace de trois iours, puis les 
faut ferrer : mais quand elles moifiroyent ou qu'il y euft de 
l’eau deflus,il les fau droit derechef remettre au foleil. Cefte 


formule de faire pourra eftre vniuerfelle, pour faire paftez de 
tous 


DE LA MAISON RVSTIQVE  % 


tous autres fruits, côme poires,pommes, ceries, pefches, fauf 
qu'il faudra auoir efgard à la quantité du fucre, laquelle fera 
plus grande ou moindre, felon l'humidité des fruits que lon 
voudra confire en pañte. 

* Pour garder pefches ou autres fruits, prenles pefchesou Garde de pefe 
autres fruits que tu veux garder, quäd il fait beau tem ps & fec, ches & autres 
& les ouure par le milieu & en oftele noyau & les metstout HU 
vniour feicher au foleil, puis pren du fucre bien cuit & bien 
purgé & lesenfrotte, & les mets de rechefleiour fuiuantau 
foleil, & les en frotte autant de fois qu’elles feicherôt, iufques 
à tât qu'elles ayent fait leur crufte, puis les garde à ton plaifir. 

Pour accouftrer des oliues en vn iour,pren des oliues ver- 
tes & les couppe vn peu d’vn cofté, puis les mets en eau auec 
chaux & cendres, bien entendu toutesfois qu’il faut prendre 
deux fois autant de cendres que de chaux, & les laiffe ainfi 
tremper l’efpace de vingtquatre heures, apres tu les ofteras &c 
les laueras quatre ou cinq fois en eau tiede, puis les mettras en 
vn vaifleau de pierre ou de verre, auec eau fallce & les garde 
ainfi. | 

Pour confire des oliues, mettez tremper l'efpace defix Con£grure d'oti- 

jours en eau de mer oliues blanches, & mettez les en vn vaif- ues, 
feau & par deffus verfez du mouft tout frais, & n’empliffez 

as fort le vaiffeau, afin que le mouft quand il bouitlira ne fe 
refpäde par deflus & apres qu’il aura bouiily, faudra boucher : 
le vaiffeau:aucuns y mettent au parauant vne poignee de fel, 
& puis verfent le mouft, & les oliues apres, & quand le mouft 
à bouilly ilseftouppentle vaiffeau. 


Garde d’oliues, 


Fin du troifiefme linre de La mai[on 
Raslique. 


Pré. 


Matne. 
Aube. 


Vefelle, 


Barleduc. 


Louuemont. 


Quatriefme liure de la maï- 
SON RVSTIQUE. 


LA PRAYRIE. 


Quil y a deux fortes de pré. 
GC bap. À 


Y deuant auons difcouru ce qu’appar- 
tient au labeur & culture des jardins &c 
vergiers: maintenât eft befoing qu'en 
}:endions à la prayrie, d’où vient la plus 
grand part de la nourriture du beftial, 

HX afin que füuiuions l'ordre cy deuât pro- 
7 y polé.Donc ce quelon appelle vulgai- 
Tr rement pré, rencontre au mot des an- 
ciens prat, tous deux ainfi dits & denommez côme pour ter- 
re prefte & appareillee à faire feruice à fon maiftre, ou me- 
fayer, fans toutesfois qu'il y peine aucunemét pour le regard 
du labeur,encor en terres dites prayrie, comme font celles 
qu'abreuuët la Marne d’vne part, & la riuiere d’Aube de l’au- 
tre,qui eft d’enuiron cent cinquante lieues de païs en quarré, 
mefme la riuiere nommee Vefelle, qui eft la plus affluente & 
abondante en prayries , autant en eft il és terres franches de- 
puis Bar leduciufques à Vitry en Pertois, & depuis Louue- 
montiufques à Vafly en Tierache, le long de la petite Blon- 
ae , encor l’oree du grand & petit Morin, en voftre Beau- 
uoifiz. 


LIVRE IIII DE LA MAIS. RVST. 90 


Quelles terres font bonnes pour les prex.- 
C bap. 2. 


© *Accorderay, & faut aufsi confeffer,que quelques 


À terres ne fe trouuent fi promptesny vtiles que les 
JDA [élautres à receuoir la femence du foin , comme font 

celles qui par trop grande voifinance de grands 
fleuues, & cftangs, ou lacs & trop larges eaux font fouuent 
inundez & couuerts de l’affluence qui en hyuer noye les ter- 
res, dont aduient que le foin n’en eft fi deflié ny delicat pour 
Jes beftes, ains plus gros & chargé d'herbes rudes, larges, & 
moins agreables au gouît d'icelles. Quoy qu’en foit, le foin Bon foin. 
des eftangs mal mefnagez, & alterez, ny mefme le foin qui 
naturellement prouient à l’entour, & aux larges bordures des 
Jacs,n’eft tel que la befte delicate requerroir,non plus que ce- 
luy qui fe recueille en terres maritimes, duquel le gouft trop 
nitreux & falé, defappetifle les beftes à ce paît moins accou- 
ftumees : ioin& que les herbes, outre les communes, en font 
plus fortes & de faueur trop diffemblable, 


Quelle culture demandent les preX. 
Chap. 3. 


= Eux quitrop obftinément dient qu’il ne faut 
ZE] main mettre à la prayrie, me femblent eftre 

A defuoyez de bon iugement,fous correction: 
SE car à la longue, touteterre fe laffe, & la faut 

= raffraifchir en quelques endroits,kmefmes re- 
—  femer & reformer fi befoing eft,principale- 
mentaux paftis, & prez dediez au pafturage de beftes à cor- Prez à femer, 
pe:car celles à laine ne demandét lieux aquatiques, & fe con- 
tentent des berges le long des chemins vers les terres labou- 
rables l’accorderay que le haras des ieunes cheuaux & afnes, 
paiffent proprement & commodément auec les beftes. En- Pont fur Seine, 
cor ay-ie veu en Champaigne, comme feroit à Pont fur feigneurie de 
Seine, païs de prayrie, les oyes & les poulles d'Inde eftre en- : LÉ 
uoyez iournellement & ordinairement aux prez de paftura- Bonne 
gc,pour moins de couft qu'au logis, ce qui ne feroit bon aux Montfort 
endroits de Montfort Lamorry, ou lonentretient partie du Lamorry. 
Z i) 


Saint foin: 


Souppe en vin. 


Carton. 
Palladius. 
‘lorable. 

Galiion. 


Plantain. 
Daucus. 


Panax. 
Heraclion. 
Germandree, 


Refconce. 


Co!chicon. 


LE N RE CAM 


haras des Rois de Fräce: car le duuet & la plume de la volail- 
le, mefines la fiente d'icelle, fait malade les beftes cauallines, 
comme outre les cheuaux,les mulets & les afnes. 


Ce qu'il faut femer aux preX. Chap. 4. 


Our donques reformer les endroits chanuz 
& alterez de ton pré, fils font trop defnuez, 
il les faut en temps de renouueau femer de 
bonne femence, qui eft le fainét foin,que lon 
nomme en quelques endroits fouppe en vin, 
à caufe de fa fleur, qui eft l'herbe dont les an- 
ciens faifoyent grand côpte, & la cultiuoyent à part;ainfi que 
la veffe, & la femoyent en Januier,ainfi que veulent Caton & 
Paliadius. Aufsi eft bonne la femence de florable,que les an- 
ciensnommerent Gallion , & du vefferon, & aueneray, qui 
furent nommez Vitiago & Aegilops, le poëte Latin l'appelle 
proprement auoine fterile. Encor n’y eft mauuaife la petite 
mauue fauuage, ny le gobelet ou remucule, pourueu qu'il 
n'ait point la racine bulbeufe, c’eft à dire ronde comme vn pe 
tit oignon, car elle eft cauftique & venimeufe pour la befte: 
mais faut qu'elle foit capillaire. Le fatyriô des deux fortes eft 
bon en d’aucuns endroits ou naturellement il croift. Aufsi eft 
l'herbe nommee hyacinthe dont l'vn eft de fleur bleuë, l'au- 
tre purpurec;en ce differente du fatyrion, qu’elle eft plus di- 
fcofte & feparce par les petits boutons & aufSi plus odoran- 
te.N'eft bon qu'il ait gräde quantité de plantain, fil n’eft bien 
petit, que lon nomme arnogloffe. Le Daucus qui eft comme 
efpece de carrotte fauuage, principalement celuy qui au mi- 
lieu de la blanche fleur en vmbelle porte & remôftre vn grain 
odorant au frotter fur la main, ainfi que l’efcarlatte, & de pa- 
reille couleur,le panax fauuage ( que Diofcoride nomme pa- 
naiz d Hercules ou panax Heraclion) eft fort bon,pourueu 
qu'ilne grandifle trop. Aufi eft bonne la Germädree,queles 
Grecsnommerent petit chefneau, à caufe de la forme de fa 
fueille. Bien bonne aufsi eft la refponce que les anciens nom- 
merent petite rauette,à caufe de fa racine,qui honorent les fa- 
lades de Quarefme, aufsi bien que le creffon, rien n’y vaut le 
Colchicon quelon appelle chien raige, ou faffran baftard à 
caufe de fa fleur,par-ce que tât la fleur que la racine font mou 
rir les beftes , ainfi que la feguë, que lon nomme la mortaux 


1 
1 
} 


BR 


æ 
DE LA MAISON RVSTIQYUE. or 


oyfons, ny le cidrage que lon nomme hydropiper venimeux 
auec chaleur, & prouenant autour des eaux croppies & puan- 
tes, come lache de rifee, que lon nomme herbe fardonique, 
pource qu'elle fait mourirles beltes & les perfonnes, comme 
en riant : La guefde fauuage nommée Ifatis : la baibe de bouc 
appellee Tragopogon: Aufñi la lägue de boué,la Toutebon- 
ne fauuage & baffe croiffant : le violier de deux fortes:la cen- 
tauree mineur,toutes les trois efpeces de marguerites que lon 
nomme confouldes, & fingulierement les gobelets, & le tref- 
ueil ou treffle dit prateufe de prayrie, font bonnes herbes & 
fingulieres aux prez de bon rapport, l'ail que lon nomme fer - 
pentin & que lon iugeroit comme vn petit ionc affez 16g,n'y 
fert pas mal non plus que le vray & petit fcordi6 qui fe trou- 
ue fouuent es prayries de Cheles & ailleurs, mais la quantité 
grande rend le foin mal odorant,comme bien odorant le ren- 
dent le pouliot, l’origan de deux fortes, ou les trois fortes de 


Ache de rifee, 


baulme, & le coft.Mais la mêthe ny le marrube qui eft camo- 


mille fauuage,ny valent gueres. La quâtité du vefferon fait le 
foin de grande nourriture pour la befte, la lancelee, l’argenti- 
ne des deux fortes, la perficaire à caufe qu’elle porte fleur de 
pefcher, la pimprenelle, les trois fortes d’aguilles de pafteur 
que les anciens nommerent col de gruë à caufe de la façon de 
ce qu'elles portent au deffus de la tige, dont l'herbe roberten 
eft vne, font grand bien aux beftes, & les garentiffent de gra- 
uelle,& leur prouoquent l'vrine en abondance. Le millefueil 
herbe bonne à la couppeure, c’eft pourquoy lon lanôme her 
be à charpentier, y et bonne, & d’odeuraflez fuaue, maisle 
chiendent que lon nomme gramen,deftruit le pré, d’autät que 
la melife l'amende, & augmente le laict aux vaches ainfi que le 
Cythifus fait aux cheures, & aufsi la verueine & le fenneçon, 
Berbe de bonne nourriture pour les counins : Garde que les 
chardons ne fengédrent en ton pré, fi ce n’eft le chardon be- 
noift,qui porte la fleur iaune: & le chardonnet principalemét 
aux bordeures fil à la fueille de branche vrfine,que lon nom- 
me Acäthus,mais plus petite, & tachee comme de gouttes de 
laict, c’eft pourquoy on lenomme chardon de la vierge Ma- 
rie, le mouron rouge & bleu, à caufe de leurs fleurs mefme le 
blanc y feruent autätque la mercuire ou mercuriale, mafle &c 
femelle,toutesfois que ce font plus herbes devignes & de che 
mins, ainfi quelelizet & la maurcile, la liuaire qui differe de 
Z 1] 


ETVR EXTRI. 


l'efale ou reueille matin en ce qu’elle n’a point de 141, &c 
croift plus haute ainfi quele lin, finon qu'elle à la fleuriaune, 
y eft bonne,mais le reueille matin n’ÿ vaut rien, nor plus que 
la millepertuis. Ces deux font trop chaudes & malfaifantes: 
le melilot petit & grâd , le myrrhis qui porte fueille de fenoil 
& plufieurs fleurs blanches feparees,eft de grande vertu & o- 
deur de myrrhe, bref la carrotte & le charnis feruent grande- 
ment à la nourriture & bonté du foin.Somme le pré bien en- 
tretenu & conferué raporte toufiours le double, côtre le mal 


gouuerné & mcfnagé. 


Prez à labourer. 


æ 


Qu'il faut effarter, cépierrer, ex fumer 
les prez. Chap. 5. 


ag) Virela femence des bonnes herbes,qui eft fort. 
& requifeaux prez, encor y a-il d’autres façons 

) neceflaires à la bonté du foin, caril les faut cf 

F farter,c’efl à dire,arracher les efpines,buffons, 
Z ou grandes herbes qui y viennét.Les buiffons, 

ronces, & efpines, doiuent eftre arrachees en 

Automne , ou deuant l’hyuer : les herbes grandes, au temps 

nouueau : pareillement les prez maigres & pendants,tels que 

font ceux qui ne font 2rroufez d'autre eau que du ciel,doiuét 

eftre labourez,remuez par plufieurs arations, & fumez en Fe- 

urier quand la laine croift, & n’y faut laiffer aucune pierreny 

autre chofe qui puiffe nuire au faucheur:puis les hercer apres 

qu'ils auront efté femez.Ne faudra laïffer entrer les porceaux 

aux prez, parce qu'ils fouillét toufiours du groin & enleuent 

des groffes mottes de terre : ny femblablement gros beftial, 

finon quand la terre «ft fort feiche, parce que la corne des 

pieds entre en terre & froiffe les herbes, ou en couppe les ra- 

cines, 


La cucillette du foin. Chap. 6. 


OL E foin doit cftre fauché auant qu'il foit fec,car on 
ZE en cueille dauantage’, & en eft plus friand & plai- 

© S$ ant à mäger au beftial : car Pil eftoit ferré trop fec, 
1] aüroit perdu tout fon fuc & fa fubftance, & ne 
feruiroit plus qu'à faire liéticre:& fil eftoit ferré trop verd,il 
fe pourriroitau fenil ou grenier. Eftant fauché fera feiché en 


Re 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 92 


temps beau & ferain deux ou trois iours auant que le ferrer, & 
cependant fi quelques pluyes furuiennent,ne fera ferré auant 
qu'eftre encor vne fois feiché. Et quand il fera fec de toutes 
parts, le mettras en meulons : puis le bottelleras pour l'vfage 
de ton beftial. : | 


L'ozeraye. Chap. 7. 


Rois chofes diligemment entretenues & aug- 
| mentees par l’afsiduité du laboureur l’enri- 
=] chiffent fans grand trauail:les prez,l’ozeraye, 
| & la faulfayc:lefquelles par le moyé de l’eau, 
FI] qui felon les veines fubterranees, difcourent 
legierement és lieux gras & amendez de la 
defcente des collines arroufees des fleuues efparts à l’entour, 
croiffent naturellement chacun an, & rendent grand profit à 
leur maiftre, pour la nourriture de fon beftial,faço de cercles 
à tonneaux, & liaifon d'iceux, & encor pour le chauffage & 
aifance des perches& marrain,pour les treilles & hayes d'ap- 
puy, & efchalats aux vignes. Nous parlerons donc premiere- 
ment de la façon & culture de l'ozeraye,puis de la faulfaye. 

L'ozier, que les anciens nommoyent faule amerine, ou Ouier. 
viminale, c’eit à dire, propre à lier, ne demande approcher fi 
pres de l’eau,mais veut eftre au declin de la vallée, & veut l'o- 
Zeraye finir au bord de la faulfaye : l’ozeraye doit eftre pi- 
-quee à la ligne, & petits foffez entre deux lignes, & faut fepa- 
rer vn brin de l’autre enuiron cinq pieds & demy pour luy 
donner fon efpattement, & eftendue. Elle ayme l’vmbre des 
hauts arbres, & craint le foleil du Midy. Le franc ozier ver 
meil, eft de plus difhicile culture, & craint les gelees & gril- 
lces de Mars, & l’eau trop froide : le blanc & Le verd,quine fe 
ployent ny fe refendent fi bien, font de plus dure nature, & 
montent plus haut.Sera bon piquer plus du franc que d'autre 
& toufiours pourueoir à l’vmbre, & qu'il ait l'eau au pied, la 
plus part de la faifon, parquoy lu y faut faire rayons par voye 
pour garder & entretenir l'eau. On luy fait plaifir deremuer 
Ja terre auec la befche, & luy réuerfer les mottes vers le pied, 
quinzeiours apres laS. Michel, qui eft le temps de la cueillir 
& botteler. Il faut tenirles bottes groffes d’vne embraffte 
frefchement ou en celier, où en caue, & fi la faifon eft feiche, 
par fois les arroufer par tout. Aucuns les cffucillent en cueil- 


Franc ozier. 


ETVRETPRER 


lant pour fäire bonnes cendres, autres leur laiflenttomber les 
fucilles d'elles mefmes, puis les recucillent pour le mefnage, 
& en hyuer aupres du feu donner le pafletemps aux valets de 
le refendre pour les väniers: Quelqu'vns ne couppent de l’o- 
zeraye que les brins d’alentour, & laiffent le maïftre brin en 
fon entier iufques à cinq ou fix ans, qu'il faut renouueller & 
repiquer, car c’eft la duree de la plante, autrement le refte du 
temps la plante fe feiche & le brin endurcit. 


La faul[aye. Chap. &. 


=] A faulfaye demande pareille culture que l'o- 
L\zeraye, parce que le faux differe feulement 
FN] d'vfage,ou de grandeur, & de forme d’efcor- 
ce, d’auec l’ozier : car Le faux eft pour les per- 
ches, l’ozier [comme il aefté dit | pour liai- 
==" /{on de la vigne & destonneaux. Le fauxeft 
gros & plus haut efleué, l'ozier plus menu & plus bas: le faux 
a l’efcorce de couleur de pourpre obfcur, l’ozier de couleur 
blonde jaune : quoy que ce foit,le faux demande lieux aqua- 
tiques, & eft planté de cime taillee, ou bien de perches: les 
perches font prinfes au deflus, de bonne groffeur, mais tou- 
tesfois non plus groffes que le bras: & doiuent eftre plantees 
& fichees en terre tant auant,qu’elles touchent la terre ferme: 
la taille de la cime peut eftre longue de pied & demy, & mife 
enterre,€n la couurantvn petit. Ce quetu planteras, doit 
eftre couppé tout fec de l'arbre: car fil eft couppé eftant 
mouillé il ne profitera:parquoy à la couppe du faux faut eui- 
ter iour pluuieux. Les plantes feront diftantes l’vne de l'autre 
de fix pieds en fix pieds en efchiquier, & fongneufement cul- 
tuees principalement les trois premierés annees, comme les 
nouuclles vignes. Plus ample traitté trouueras de la faulfaye 
au fixiefme liure. 


4 Le 
r> 


ct 


RS 
Re 


L'ormaye €7 _ Aulnay. Chap. 9. 


Ts. Es anciens faifoyent grand cas de l’ormeau , àrai- 
25 {on des vignes, parce qu'ils maryoyent les vignesà 
£.. à l’orme, comme mefme ce iourdhuy lon fait encor 
” en Italie : maintenant l'orme eft appliquee à autre 

vfage 


Vigne marice à 
Porme. 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 93 


vfage neceffaire à la maifon ruftique:aufsi auons-nous com- 
mandé au pere de famille qu’il fift planter vne ormaye & 
aulnaye au bout de fon iardin fruitier, l’vne pour le fagotage 
& pour les rouës & afsieux des charrettes & charrues: l’autre 
pour le chauffage & autre aifance, outre le plaifir que tous 
deux apportent le long de l'Efté. De l’ormaye & aulnaye 
aous ne ferons plus longue defcription,mais te renuoyerons 
au fixiefme liure, où tu trouueras en particulier affez ample- 
ment declairé comme il faut planter ces deux fortes d'arbres, 
& en quel lieu & terroir principalementelles viennent. 


LE ST AN GEL A NLA RE, r: 
& la foffe à poiflon, 


Quel eff le gibbier de l'effang. Chap. 16. 


E qui recommande beaucoup vn héritage, 

| c'eft d’auoir aux champs le gibbier, & le poif- 
fon, Quand au gibbier il eft partie au bois & 

à la garenne, de laquelle nous dirons en fon 
lieu , partie aux terres labourables, & de iaf- 
cheres,commele lieure grand & petit, la per- 
drix,la caille, & l’alouette : & partie dans les bois, comme le 
cerf, la bifche, le daim, & le fanglier, & quantaux oifeaux, le 
ramier, le bifet,la tourterelle, la gelinote,le pluuier & autres. 

Or pour retourner à noftreeitang , fon gibbier [ principale- 
ment d’oifcaux)eit le cygne,le heron,la beccafle & beccafsi- 
ne,le canard, farcelle, & halebran, l’oye fauuage, & le butor. 
Encor y a-il quantaux beftes,que les anciens nommerent de 
double vie, c’eft à dire, qui viuent aufsi bien dansles eaux,que Beftes de double 
dehors, la louttre, le caftor [ qui veritablement a la queuë vie 
chargee d’efcaille ainfi que le poiffon | bieure, & Le loir, auf- 
quels nous adioufterons la tortue délices des princes & gros Tortue. 
feigneurs : combien que la,plus finguliere & de plusgrande 
faueur & requefte foit celle que lon nomme nemorale, & qui 

fait fon terrier dans les bois,richeffe des païs de Prouence & , 
Languedoc. 


À 


LIVRE TITI 


De quels poiffons on doit peupler les eFfançgs, 
mares €9° fo (fes à poil. Chap. II. 


Our le regard du poiffon de l’eftang,mare,ou fof- 
A les (choles communes aux Beaucerons qui n'ont 
telle abondance d'eau quele Solongnois,Perche- 
ron, Tourengeois, Angeuin,ou Manceau } le plus 
Carpe. commun & qui mieux le peuple, font la carpe & Île barbeau, 
Barbeau. -Vray cft que le brochet en eft de bon manger, fi principale- 
Poe ment cft en eau vifue, & au trauers de laquelle coure quelque 
fleuue, comme en l’eftang de Nau ou de Nouë, & à celuy de 

Eftangsrenom- Gouuieux,deux des plus grands & naturels eftangs de noftre 
Eee de Nous France & quiiamais ne tariffent, mais il y à ce dâger que c'eft 
2 d> Goucieux Vntyran entre les poiffons d’eau doulce, & qui mange & de- 

Brochet,tyran uore le menu, tellement qu’à la pefche on ne reiette dans l'e- 
d’eau doulce.  flang pas vn de fes petits,ainfi que lon fait des autres. Le me- 
Poiffon blanc. nu poiffon que lon appelle blanc, font la perche, vandoife, 

mufnier,cheuefne,goujon,loche,menuife, & veron,combien 

que les premiers foyent de delices & requeftes pour les mala- 

des & gens delicats,mais le plus royal & delicieux eft la truit- 

. te, qui iamais ne fe trouue qu’en eau courante, ou aux grädes 

aulmoniere. : ; : Sn 

fontaines. La faulmoniere eft de grande delice, aufsi à elle la 

chair plus ferme & rouge ainfi que le faulmon, dont aufsi elle 

Tanche. porte lenom. La tanche,la bourbette, & le teftu font des plus 

vils & limonneux, ainfi que l’anguille, qui toutesfois eft fin- 

guliere és grands eftangs & recommandee en celuy de Nouë 

& aux molins de Gouuieux,tefmoing les anguillieres que les 

princes y ont fait faire, dont celle de Nouë me femble de fort 

grand eftime autant quela chaulfee, mais aucuns defdaignent 

l’anguille pour la fadeur de fa chair, & aufsi que lon dit qu’el- 

L PR: le fraye auec le ferpent ou la couleuure: quoy qu'en foit,iela 

GP ol. trouuc aufsi bonne eri eau fort courante que la lamproye & 

mel lamproyon, poiffon venimenx en la mer, & quantil eft def- 

gorgé, & entré dans les grands fleuues,côme le Loire,eft d'af- 

fez ferme nourriture, finon qu'il eft vifqueux, & de dure di- 
geftion,quelque bien appareillé qu'il foit. 

Excrementsde Les excrements de l’eftang, dontlon mange en guife de 
ere je poiflon, font lareine ou grenouille, & l'efcreuiffe,defquels le 
mouille.  Premierprinsen fa faifon, quandil n’eft plus en fray & bien 

apparcillé, donne gouft de quelque petit poulet, l’autre char- 


Anguillieres. 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 94 


ge plus l’eftomach qu’il ne nourrit,toutesfois c’eft au labou- 
reur & fermier côme vne méne pour fa famille, qui aux iours 
des petites feftes fe donne plaifir à les prendre à la longue ar- 
baleite, & au mannequin,côme aufsi le petit poiffon à la faul- 
ue, à la treuble & à la ligne, car le feusla tônelle & l’apait font 
defendus de tout droit;il n’eft fur tout quelarez & l'ameçon. 


Qwil faut curer les eStangs. 
Chap. 12. 


3, R fitu veux auoir profit de ton eftang ou deta 

NE foffe, tu dois prédre foing à la curer de troisen 
} trois ans, ofter les rofeaux,ioncs & larges fueil- 
les que lon appellenymphee, & fleurs d'eau: 
} car cela empefche le poiffon à fefgayer, & le 
rend limonneux & de mauuais gouft, faut aufsi 
chaffer aux rats d’eau:ou les prendre auec l’engin:& au loutre 
& au bieure, qui deftruifent fort vn eftang,ces deux tyrans fe 
trouuét plus en Lorraine, qu’en la noître vraye & naturelle 
Frâce. Encor faut il que tu ayes foing que Jon netire pas fou- 
uent au gibbier qui fe trouucra fur l’eau,auec l’arquebuze de 
chaffe, car cela cftonne le poiffon, & le fait mourir bien fou- 
uent. {l y a aufsi d’autres moyens pour les prendre: & n'eft fi 
dangereufe l'arbalefte foit a traïét ou à boulet. Vray que l'arc 
à Jalet ef le plus fingulier, & fait bien antant de meurtre que 
le turcquois,quand il cf tiré de bonne grace & feure vifee. 


Ow'il faut auoir foing de la leuee de l'effang. 
Chap. 13. 
, 2: E plus grand frais de l’eftang eft Pentretien de 


la leuce, des deux coftez & de la chauffce aucec 


KQÀ receuoir l'eau durant la pefche, & aufsi le cu- 
= Li Gyrer dulimion & mauuailes herbes d'iceluy,qui 
font chofes quäâd l’eau n’en eff fi fort vifue de 
le faire atterrer, & ores que fort vifue feroit,d’en faire tarir les 
fources, & prendre ailleurs la conduite de leur eau, parquoy 
les meilleurs mefnagers ferôt toufiours garnis de fer pour re- 
parer les grilles, & de cailloux & pierres fort dures pour l'en- 
tretien de la leuce, 
A ij 


Sortes de pef- 
cher defendues. 


Eftang à cuter. 


L'srquebuye 
fait mourir le 
poiflon. 


Frais del'cfkang. 


LENLR EFCIRERS 


Quel [oing eff requis pour la mare € la folle 
a poiffons. Chap. 14. 


A A mare & läfoffe à poiffons doiuent eftre 
fouuent curez, repeuplez de nouueau, & raf- 
<] fraifchis de menue denree, car de toufiours 
2%] prendre, & rien n’y mettre, cela fait le mon- 
4 ceau defcroiftre. Aufsi eît le bon mettayer 
loigneux & diligent en'la pefche,de toufiours 
reictter le menu dans l’eau, & ne le naurer aucunement fil 
peut: vray que pour meilleur mzfnage, il pique à l’entour de 
fa foffe ou de fa mare, force plantaux de faux, aucuns y met- 
tent l'aulne & l’ormeau pour le chauffage de la maignee : au- 
tres le trembie, & le peuple felon, la difpofition de la terre. 


De la nourriture des poiffons d’eflang , mare, 
ER folle 4 poiffons. Chap. Zfe 


77 L eft tout certain que les poiffons qui habitent 
Æ A à la mer ou aux fleuues & riuieres courantes ont 


LE plus grande commodité de pafture, que ceux 
EN qui font enfermez aux eftangs, mares, foffes & 
viuiers, car ceux qui ont liberté en pleine mer, & 
fleuues, trouuent toufiours quelque apaft que leur apporte 
l'eau courante, outre la diuesfité des petits poiffons,qui font 
nourriture des grands : mais les autres detenus & enferrez en 
vn gardoir ne peuvent conquefter aucune palturé: fera donc 
befoing quelquesfois de leur ietter toute forte de menus 
poiffons, des boyaux & entrailles des grands, des figues ten- 
dres decouppees,des noix quaffees,des cormes molles bouil- 
Jies, fourmage frais, lopins de pain bis,quelques fruits hachez 
menu, toute forte de poiffons falez, & autre femblable viäde. 
Car fi Ie poiffon n'elt nourry & engraiffé de la pafture que 
le perc de famille ou le fermier luy fera donner, quand on le 
portera à la halle ou marché à poiffon[ car 'entens que le bon 
mefnager face profit de tout ]fa maigreur denotera afféz qu'il 
n'aura pasefté prins en pleine mer, ou riuiere en fa liberté, 
mais en vn gardoir, qui luy ofte & rabat beaucoup de fon 
pris. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 55 
De la pejche des poiffons. € hap. 16. 


wa À pefche des poiffons eft diuerfe felon les ri- 
OR | uieres & lieux aquatiques où ils habitent, pa- 
&4#A| reiliement felon la diucrlité des poiffons: car 
Al autrement la pefche fe fait à lamer, autrement 
E =] aux eaux douces,autrement les grands poiffons, 
autrement l’anguille,autrement le brochet,autrement la car- 
peeft pefchee. Or par ce quetelle varieté de pefche, feroit 
fort difficile & longue à defcrire, nous laifferons cefte co- 
noiffance à ceux qui font eftat de vendre & achepter poif- 
ie nous dirons feulement pour la commodité du pere de 
famille, que les façons plus principales à prendre poiffons, 
font, au manequin, à la treule, à la ligne, au rets & à l'a- 
meçon. 


Pour faire affembler les poiffons en un 
lieu. … Chap. 17. 


\Renez pouliot, farrictte, origan, marioleine, 
trois drachmes de chacun : efcorce d’encens, 
myrrhe & finople,huit drachmes de chacun: 
zriottes feiches deftrempees en bon vin , de- 
B nie liure, foye de pourceau rofty, graifle de 
PR cheure, des aulx, de chacun vne Jiure, pilez 
chacun à part, & puis y adiouftez du fablon deflié, & vne 
heure ou deux auant, empafterez le poiffon de cefte mixtion, 
& auec les rets enuironnerez le lieu où fera le poiffon. 


Pour prendre toutes fortes de poiffons,tant petits 
que grands. Chap. 18. 


Z1Renez graifle de brebis, de fefame bruflee, des 
A) aulx,du bon vin, origan, thym,marioleine fei- 

#1] che, de chacun aflez competemment, & les pi-- 
à lez auec du pain donnez-les au poiflon. Ou 
#22] bien prenez griotte feiche, & la broyez, & en 
faites pilules pour donner aux poiffons. 


À il 


LE VER EI I: 
Pour prendre petits poiffons. Chap. 19. 


7 Renez chair d'efcargot fansla queuë, & de 
ln cela faites amorceure, & n’en mettez pas plus 


5 que d’vn efcargot à la fois: ou bien prenez 
LS 


chair & fang de veau bien broyee, metrez-la 
SLR) en vn vaifleau, & la laiffez ainfi par l’efpace 
CC É de dix iours, puis en vfez pouramorce. Au- 
trement prenez griotte feiche, & la broyez & en faites pilu= 
les, lefquelles baillerez aux poiffons. 


Pour amorcer les tortues. Chap. 20. 


Renez felammoniac huit drachmes, oign6 vne drachme, 
, graifle de veau, fix drachmes, faites pilules en forme de 
febues, & les baillez aux tortues, & d'elles mefmes viendront. 
à l'odeur & fe prendront. 


Pour les feiches. Chap. 27, 


Renez lye de fort vin, & la meflez auec huil- 
le, & en iettez au lieu où vous cognoiftrez 
que la fiche aura laiffé fon encrenoir:& el- 
les viendront au lieu où l’huille fera, & ainfi 
vous les pourrez prendre : ou bien prenez fel 

RE ammoniac feize drachmes, beurre de cheure 
huit drachmes,pilez tout & en faites petits pains mols : & de 
cela en frottez quelque graine ou petits linges, qui ne foyent 
point frangez, car ainfi les feches paiftront à l’entour, & n’en 
bougeront, & incontinent ies prendrez. 


Pour prendre le poiffon ment, quon appelle 


loches. Chap. 22. 
EN à enez fon de froument, deux liures, létilles en- 
KP Æ lticres, demie liure:meflez le tout enfemble & les 
RS broyez auec faumeure en fuftifante quâtité,puis 
SM )adiouftez demie liure de fefame, & de cela vous : 
en faut de partir ietter deça & dela, car aufsi toft que vous 


ANR al 


ont 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 96 


Vaurezicetté,tout le petit poiffon y accourra,&c d’auantage,ils 
faflembleront en vn lieu, encores qu’ils foyent fix cent pas 
loing. Ou bien prenez fang de beuf,de cheure,de brebis & de 
porceau, & la fiête qui eft aux petits boyaux d'iceluy, thym, 
origan,pouliot, farriette,marioleine, ail, & 1ye de bon vin,au- 
tant de l’vn comme de l’autre, de la graiffe ou de la moelle 
defdits animaux, tant que vous verrez qu'il y en aura affez, 
pilez chacü à part, puis les meflez enfemble & en formez des 
pilules queietterez au lieu où voudrez aflembler les poiffons 
vne heure au parauant, puis yiettez les fillets. Autrement 
prenez fang de cheurenoire;lye de bon vin, farine d'orge;au- 
tant de l’vn comme de l'autre,broyez letoutauec vn poul- 
mon de cheure, decouppé'bien menu, faites-en des pilules 
pour en vfer à la façon deffufdite. Autrement prenez des aulx 
demie liure,du fefame bruflé autät, du pouliot,origan,thym, 
marioleine, farriette, ftaphifagre fauuage, de chacun trente 
deux drachmes, farine d'orge, vneliure, de la fermentee au- 
tant, efcorce d’encens feize drachmes, meflez le tout enfem- 
ble auec du fon, & en donnez aux poiffons. 


Pour prendre perches. Chap. 23. 


A perche ne fe prend facilement ny aux rets, 
Hny à la naffe, mais pluftoft auec amorceure 
propre, encor en cau troublee: parquoy fau- 
dra faire amorceure auec foye de cheure &c 
Ulen amorcer l’amecon, ou bien prenez papil- 
lons jaunes, qui vollent, formage de cheure, 
U] de chacun quatre drachmes , opopauacis, 
deux drachmes, fang de pourceau quatre drachmes , gal- 
bany quatre drachmes, pilez bien tout, & meflez enfem- 
ble & verfez par deflus de gros vin pur, &en faites petits 


pains, comme fi vouliez faire parfums & les faites feicher à 
l'ymbre. 


LIVRE IIII. DE LA MAIS. RVST, 


Pour prendre faulmons, tant 
de riuiere que demer. 


Chap. 24. 


= Renez tefticules de coq huit drachmes,noy- 
LE] aux de pommes de Pin brufle, feize drach- 
1 mes, pillez le tout enfembleiufques à ce qu'il 
À foit redigé , en forme de farine : Autrement 
prenez graine de ruë fauuage huit drach- 
= mes, graifle de veau hüit drachmes, fefime 
feize drachmes, pilez tout & en faites petits pains, defquels 
vfcrez. 


Ein du quatriefme linre de la 
mai[on Raslique. 


Cinquiefi me liure de la mai- 
SON RYSTIQVE. 
DEL Am CM ETIVIREED'ES 


grains & legumes, en terres 
labourables. 


Quelle maniere de culriner les terres laboura- 
bles fera traittee en ce liure. 


Chap. re 


Omme lon voit ordinairement les c&- 
plexiôs des habitäs és prouinces d’vne 
‘bien grâde region felon l'air ou afpect 
du foleil que lon dit climat,differentes 
les vnes d’auec les autre: lon voit au 
cas pareil, la nature & fecundité des 
Kyterres labourables, engendrer diuerfe 

£ Zn) complexion & gouuernement en vn 
lieu plus qu’en l’autre, felon que le terroir eft glaireux, fa- 
blonneux, croyeux, briqueux, caillouëux, ou franc: qui fait 
que de necefsité noz premiers habitans de ce païs , ont varié 
de culture, & mefmes de façon de charrue en la France & 
Valctin d'icelle,haute & baffe Beauce, païs de Normandie & 
Vulcfin d'icelle, Sangterre, Sanxerre, Berry, Picardie, aufsi 
haute & baffe Brie, Champaigne, Bourgongne, Niuernois, 
Bourbonnois, Retelois, Foreft, Lyonnois, Breffe, Sauoye, 
Etencor au païs d’Auuergne, Languedoc, de Sologne ( où 
. grainny croift que le fegle ) Bordelais, Rochelais, Vendo- 
mois, Bafadois, & generalement partout le païs de Langue- 
doc iufques à la Gafcongne,Bifcaye, & Baart, fans obmettre 

s ) 


> 
TETE 


à 
19: 


1 
ER 
\ 


Diuerfité de 


terre, 


L'intention de 
lautheur, 


L'IV RE We 


le païs de Bretaigne que lon nomme Gallot & Tonnant Bref 
outre la Prouence, Maine, Touraine, Poidtou,le Perche,conté 
d'Anjou qui font comme terres de promifsion en noftre païs 
deGaulle. De toutes les manieres de cultiuer ces terres labou- 
rables , nous auons propolé traitter cy apresen bref & bien 
facilement, pour le regard feulement de l'agriculture de no- 
ftre vraye France que nous entédons comprendre tout ce qui 
eft enclos entre les rinieres d Oyfe, Marne, & Seine, & voulôs 
ceneantmoins faire fon agriculture, comme vn exemplaire 
pour toutes les façons & manicres de cultiuer des païs, tant 
voilins que quelque peu eflongnez: non toutesfois d'autre 
reffort & domaine que dela Gaullef car des païs eftrangers 
n'en ay foucy | comme la Beauce, Sologne, Anjou, le Maine, 
Berry,Poiétou, Auuergne,Brye,Chäpaigne,Picarcie, Bour- 
gongne, Normandie, Lyonnais, Forelt, Breffe, Dauphiné, Sa- 
uoye, Prouence:& païs adherents qui font dés plus fruétueux 
de toutes les Gaulles, 


Quelles font les terres labourables de noftre 


France. | Chap. 2, 


) Feftend iufques au païs de Sangters, bref qui 
É circuit tout ce que Baïigne la Seine, iufques à 
AS l'Oyfe d’vne part, & d'autre coftoye lé Maine 
& riuiere d’Aulbe.Ileft certain que le labeur y 
eft fort,comme aufsi la terre fe trouue franche, meuble, noi- 
re,profonde, haute en gueret, peu pierreufe, & par côfequent 
de bien grand rapport. Aufsi produit ellele pur fourmétno- 
ble au panifice & nourriture des hommes, fi nousvoulons re- 
cognoiftre Goneffe, Louures, Poiffy, Dammartin, & iufques 
à Sarceiles & au deffoubs, Efcouans & Lufarches: Aufquels 
païs la couple de cheuaux du pris de cent, & fix vingts efcus 
piece, & au deflus egenent le labeur fans eftre criez ny hariez 
& ne font que certaine tafche par iour,n’endurent les grädes 
chaleurs ou pluyes,les forts vents,les gelees, & fontaufsi bra- 
uement traittez queles courfiers & cheuaux de lance aux ef- 
cuyries des princes, sf 


DOC D 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 08 
Combien de façon demandent les terres 


___ labourables. Chap. 3. 


Se Our donques vous dire fuccinétement le labeur 
ÊX des terres à grains & legumes,entendez en gene- 
Aral que les façons des terres labourables font di- 
uerfes,felon leslieux & fituations d'icelles, ainfi 
= — que nous auops recité : mais quoy qu’en foit, & 
en quelque terroir que fe puiffe defcrire ou narrer, il faut que 
les premieres façons à la iafchere[les anciens leurs donnoyét 
le nom de champ reftibule & de relaiz \foyent d'efpierrer par 
tout bien vniment auec le ratteau,peine de ieunes gens,ou au- 
trement, car la terre en foy n’eftant cultiuee, n’engendre que 
pierres & herbes fortes & inütiles, côme reliques du fien cô- 
fummé, & alteréiufquesau disahiefne degré de chaleur. Et 
pe faut douter quela terre franche quât elle ne deburoit pro- 
duire que des fenues, du chiendent, morron, mercure, char- 
dons de plufieurs fortes,hiebles, vefferon, pauot rouge, aue- 
neron, verueine, aulbifoins, cornuette ou autres telles herbes 
inutiles, fans omettre la niclie, liuroye, & ce quelon nomme 
arreftebeuf,ou pour le moins la fumeterre & la hänebane,en- 
cor fera elle quelques chofes:telles en y a qui produifent d’el 


Jafchere. 
Reftibule. 
Relais. 
Terre non êul- 
tiU飀e 


lef-mefmes la maroutte qui eft la faufe caemilles Je myrrhis Faufe camomit- 
berbe propre à lahar gne [ ce font franches ter res] & ceque le’, 


Jon nomme chamepy Îtis ,côme j'ay autresfois veu en la vraye 
France. Pour diftin@ion de ces herbes les chardons monftrét 
Ja chaleur du terroir,en tefmoïgnage dela racine aromatique 
& odorante,la feguë, l'ache fauuage,la fumeterre viennent de 
putrefaction : le lizet peut & grand, procedent partie de fei- 
chercffe partie d'alteration d'humeur. La maurelle, petite & 
grande,que lon nomme fymphile maïeur,viennent de la par- 
tie froide qu'elles tirent de l'humeur dela terre: la mercure de 
deux fortes, l'euphrage aufsi de deux ou trois fleurs differen- 
tes,la menuë ozcille rouge par deffous, les trois fortes de plan 
tün,tiennent du froid ou temperé: mais le creffonalenois, & 
Fherbe croiffant au foffez que lon nôme eryfimon,la roquet- 
tele fenneué fauuage, & mefmes la faine des deux fortes, ont 
natures differentes & plus chauldes, felon l'humeur qu elles 


” côfeffent de leur propricté, bref ce font certains ieux & plai- Nature nef ia- 
firs de nature, qui jamais encor qu’elle ne foit cultiuee en {a mais oyfeute. 


Ai) 


LIVRE V. 


terre,ne veut demeurer oyfeufe,ou fans faire quelque aétion, 
Vray quele chiendent, & celle que lon nomme arreftebeuf, 
femblent vouloir plus que la verueine & fanguinaire prendre 
poffefion du lieu ou elles fheritét faute de labeur, mais elles 
craignent le coultre,côme leur tyran,pour conclure,ces her- 
bes dernieres couppees & defracinees, par16g & profond la- 
beur doiuent puis apres [ principalement les chardons ] eftre 
rabatues & côminuces deuant les premieres pluyes, fi que rien 
d'elles non plus que du ferpent venimeux, puifle puis apres 
progenier & recroiftre, car leur naturel eft fi toit qu'elles re- 
çoiuent quelque peu d'humeur celefte, fe ioindre & attacher 
li fort au limô de la terre,qu’elles y entrent enteile poffefsion 
que leur fait bien fouuent fuffoquer la mere, concluons donc 
que les façons de la terrelabourablefont efpierrer ,amender, 


Premiere façon efpädre le fien on la marne;,labourer de premiere façon,rayô- 


ner,cfmotterauec le rouleau,ou la pläche,couurir,puis quel- 
que tempsapres que les pluyes ont donné fus,labourer de fe- 


Seconde façon. conde façon que les anciens difoyent iterer, ce qui ne fe fait 


Tierce fiçon. 


fans rayOner, & de tierce façon en plufieurs endroïits que lon 
appelle tiercer:enfemenfer, itercer,tirer les herbes qui par l'a- 
bondance des pluyes & luxure de la terre , abondent & fur- 
montent le grain nouuellemét leué.Et pour le dernier moyf- 


fonner & defpouiller, fcier ou faulcher, engerber & chaul- 
mer. 


EfPierrer premiere facon des terres labou- 
rables. Chap. 4. 


aus 


ESA On cfpierre en hyuer, ou en terre neufue, 
& ou en iafchere qui fe fait, pour efpargne, par 
} les petits valets & feruâtes,quiauec les mains 

» fe courbans,en rempliffent mannes & corbil- 
f lons, & les portent au milieu du chemin paf- 
\Q fant, & aux rayons & ornieres du charroy, 


ou bien au bout de chacun arpent de terre, en quelque en- 
droit inutile. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 99 
; LAmender, feconde façon. Chap. j. 


Esterres fe doiuent aménder au commence- 
ment del’hyuer, fur les Aduents de Noel,ou 
auec le fien de brebis detrois ans l’vn,en terre 
2% [maigre pour luydonner chaleur,ou bien aucc 
Aile fien de vache & de cheual , meflez enfem- 
/Elble, pour luy donner chaleur temperce. Illes 
a $ faut mettre par tas, le long des raizes,quelon 
entend faire au labeur pour lesefpandreenla faifon, foit fien 
pourry ou marne. Et fera fait principalement entemps plu- 
uieux, à fin que par la diftillation des neiges & pluyes furue- 
nantes, il fe matte & amoiliffe.Le mauuais mefnager le refpäd 
tout chaud, maisil en voit l'experience des herbes fuccroif- 
fantes : car le fien eftant premier femé & efpandu , combien 
qu'il foit matté puis apres, neantmois de ce qu'il contient de 
grain refpäduen l’eftable, il en rend premier la geniture beau- 
coup moins naturelle & fruétueufe, que le grain femé puis 
apres, fi eftce que cela empefche fort la terre & le laboureur 
à leur feruice. C’eft pourquoy le Solognois & Beauceron 
meilleurs meftayers font leurs rofmarinsen téps d'Efté, pour 
cftre pourris & amendez en temps d'Automne, & quelquef- 
fois plus longuement : mefme qu'ils retiennent cela de pere 
en fils, que rien n’eft plus cher que le fien en fa faifon, pour 
l'amendement de la terre. Aucuns prennent le fien quafi tout 
chaud , & demy pourry , au bout de leur heritage, mais cela 
fait grand tort parce que le fien n’eftant encor matté des 
pluyes,neiges,ou autres humiditez celeftes,comme crud de- 
meure inuule, & fert plus lafeconde quela premiereannee, 
mefmes garde le meilleur fruit de profiter & faillir à fon plai- 
fir, Ceux-la me femblent mal faire, qui apres auoir cueilly, ou 
en Aouft,ou en Septembrele grain, & auoir fcié bien haut en 
donnant le feu, en font comme fumier par le benefice des 
pluyes furuenantes. Cela leur fert comme premier amende- 
ment à leursterres,principalement aux glaireufes & argilleu- 
fes,ou qui ont fort gueret:vray qu’ils n’en vient tousles ans, 
pour ne perdre la commodité de la couuerture de leurs mai- 
fons. Etmoins me femblent faillir ceux qui apres auoir laiffé 
en fciant ou fauchant le chaulme long & affez haut, donnent 
incontinent yne façon à leur terre, & parcelle renuertent le- 
B üj 


Quel doit eftre 


le fien. 


Rien plus cher 
que le fien. 


Diuerñité de fi£, 


LT V RENE 
dit chaulme avec les mauuaifes herbes, pourles faire matte 


Premieramen- & pourriraux pluyes de l’hyuer. I n’eft fur tout que le pre- 


dement le meil- 
leur, 


Trop fumer, 
mauuais, 


Fien à ferrer. 
Bon fien, 


mier amendement de la terre, lequel qui negligeroit, en deux 
ans,il ne recucilliroit que ftigle pour fourment, & veffe pour 
auoine, & vefleron pour vefles 


Fumier, tierce façon. Chap. & 


54 L fautefpandrele fiens ou la marne à la S.Martin 


d'hyuer, attendant que la iafchere ou terre de re- 
aisaye prins fa recreâce,mais fi c’eft pour le grain 
plus genereux, lon doit fumer inconunent à ia fin 
d'Automne pour donner loifiraux terres de receuoir les eaux 
du ciel , qui leur fcruira de meilleure putrefaétion à leur fe- 
mence confiderantl'imbecillité de la terre, mais fi c’eft pour 
le pur fourment non meflé que lon dit metail,on doit fumer. 
en cucur d'hyuer ou peu au parauant,combien qu'aucuns at- 
tendent le mois de Mars pour receuoir les pluyes d'Apurik,. 
qui peuuent fort amender attendant la fin de Septembre au- 
quel tempsils fement en poudrette & fticherefle venteufe, 
attendant les premieres pluyes, & la putrefaétion d'icelles. 
Quoy qu'en foit comme:il vaut mieux fumer, que ne point 
fumer, aufsi vaut mieux fumer fouuent, que trop fumer : car 
tout ainfi qu'vn champ fe refroidift filn'eft fumé, aufsi il fe 
brufle quandil eft trop fumé, à raifon de quoy faut diligem- 
ment confiderer leterroir, car la bonne terre n'a fi grand be- 
foing d’eftre fumee, que la maigre. Le champ humide veut 
eftre plus fort fumé, dautant que quand il eft geié par moit- 
teur continuelle, le fien par fa chaleur le refoult & defgele, 
Le champ fecen veut moins, parce que de foy-mefine il eft 
affez chaud à caufe de fa feichereffe: & en y mertär beaucoup 
de fumier, il pourroit eftre bruflé. Fautaufsiauoir efgard à 
la bonté du fien, car le bon fien doiteftre ferré de faiion & 
repofé vn an, fil eft plus vicil,tant moins en vaurile fien meil- 
leur de tous,eft celuy de pigeon, puis celuy de homme prin- . 
cipalement Fil eft meflé auec d’autres ordures & immondices 
de la maifon : car de fa mature il eit trop chaud : apres, le ñen 
d'afne, quieft le meilleur de tous ficns de beltial, parce que 
cefte befte mafche & mange lentemér, dont elle digere mieux 
& rend le fien plus confit & idoine à eftre mis promptement 


DE LA MAISON RVSTIQVE,. 100 


en terre: apres ceftuy , le fien de brebis : puis celuy des che- 
‘ures : finalement de tous autres,comme cheuaux, iuments, & 
beuts : le pire detous cft celuy de pourceaux, à raifon de fa 
grand chaleur,par laquelle il brufle incoutinent la terre. Au 
{urplus le bon laiboureur ne fumera iamais fes champs, au 
croiffant de la Lune, car cela fait croiftre abondance d'herbes 
inutiles : vray qu'il doit fumer fes prez en Feburier,au croif- 
ant de la Lune, car le foin fen multiplie, 


_A4ant que femer faut labourer de premiere 


€ feconde façon. Chap. 7. 


3] Velqu'vns plus curieux obferuent le prouer- 
be commun, de planteren Croiffant, & femer 
-en decours,eftäs en cefte opinion que le grain 
en profite mieux. Autres font d’aduis{ que re- 
ftime affez ridicules, & fentir fon liure des 
quenoilles ] que la femaille doit eftre faite en 
chantant & le femeur ou laboureur eftant gay:autrement elle 
ne profite point. 

Quoy qu’en foit,le grain de froument ou meftail deman- 
de deux façons de labeur, premier qu’eftre femé, l'vne qui eft 
dite premiere façon , qui fe doit faire fi toit que le fumier ft 
efpandufautrement le fien perdroit fa force par le hale du fo 
leil fil n’eftoit couuert | & cefte premiere façon eft pour re- 
muer la terre & l'affouplir au lebeur. Secôd qui fe fait en hy- 
uer, puis en temps fec auec le roulleau,que les anciens appel- 
loyét cylindre’ qui en terres fortes merite bien eftre de mar- 
bre ou bas lyais bien poly |pour efmotter ce que furmonte. 

Mais tu as à cognoiftre que {elon l’afsiette des terres pro- 
pres aux grains, ou aux legumes, & aufsi felon le païs,le gue- 
ret le folage,l6 à de couftume diuerfifier le labeur pour la ne- 
cefsité & commodité des habitants : car à la Brye ou font les 
terres glaizes & humides, propres à faire le pot à vn befoing, 
on labeure en talut & comme en dos d’afne, & tient on entre 
cinq rayôs vn feillon plus large dreffé, aufsi en talut pour re- 
ceuoir les caux,tät dela pluye que du deffoubs du gueret qui 
eft toufiours humide, à caufe de deux fleuues qni deça & de- 
arroufentabondamment les terres par deffoubs. Et pour 


Fumer au de- 
cours les terres 
jabourables , & 
les prez en croif 
fant. 


Prouerbe. 
Planter en croif 
fant , femer en 
decours. 


Semer en chan: 
tant. 


Cylinire, 
Efmorrer. 


Brye. 


Sautereaux de 
Brye. 


Exherber, 


L'ILNV ANNE 


ce mefme effect ( ce qui fe pratique aufsi à la petite Beauce, 
comme au Long-boyau, Val de galice, Val boyan,Niuernoïs 
& Bourbonnois) font au bout desterres certaines leuces af- 
fez hautes, où y a entre ladite leuee & piece deterre,vne foffe 
faite au propre , comme vne longue cuue, pour receuoir les 
eaux qui fefcoulent des grandes pluyes,autremételles pour- 
riroyent & fuffoqueroyent le grain:cela nuitaux paffans par 
ce païs : c'eft pourquoy lon nommeles fautereaux de Brye,. 
Encorne fauroyent-ils fi bien faire, qu’en temps trop plu- 
uieux, l’yuraye, hiebles & autres herbes fuccroiffantes, ne 
leur donnent peine à ofter & arracher, qui eft encor vne au- 
tre façon que les añciensnommoyentexherber : fans ce que 
l'abondance de l'eau du cie! fait ce tort à la femence de la 


. defcourrir par fois, encor qu'elle foit bien hercee, & la terre 


Labeur de che- 
UaUx, 


forte & puiffante. Il n’eft de meftier de telles foffes ou leuecs 
en la vraye France, ny en l'ifle d’icelie, plat & franc païs de 
blairie, comme le Long-boyau & la Beauce{ vray grenier de 
la France] fans oublier le païs d'Oye & de fangters ,mefmes 
le Berry & franc Poiétou. Et faut bien de ce danger excufer 
tous païs fablonneux;comme en plufieurs endroits de la Pi- 
cardie, & en Solongne iufques au Percheron,aufsi font-ils les 
rayons plus pres & proches l’vn de l’autre, toutainfi comme 
aux defcentes & vallees. 


Que [elon les païs lon [e [ert de dinerfes beftes 
pour labourer les terres. 


CG bap. 6: 


quante picds,non ainfiioinéts & attelez com 

ZA mecn païs, ou lon laboure auec des iuments, 
| des afnes & des beufs, ou des buffles :1] faut 
apres le premier labeur efmotter auec le ro- 

leau,& applattir ou efquarrir & applanir auec la planche. 

En terres maigres fablosneufes & moins fortes n’y faut 
fi grands frais de cheuaux ny de gents, car il n’eft meftier fi 
fortenfonceren gueret:aufsi ont leslaboureurs de tels païs 
plufloft expedié que les autres, & labourent plustard à caufe 


e 
3 


DE LA MAISON RVSTIQVUE.  1or 


de l'air & du ciel de leur païs, aufsi labourent-ils auec l’afne 
& le beuf, comme en Auuergne auec Je mulet, & à la Roma- 
nie & campaigne d'Italie auec le buffle. 

A la verité le labeur des beufs n’eft fi exploiétable ny fi 
toft defpefché en necefsité, maisil le faut commécer pluftoft 
au travail, & en auoir plus grande quantité que de cheuaux,il 
eft de plus d’efpargne quant à la nourriture,;achapt, & reuen- 
te,ioinét que vous pouuez manger le beuf, où reuendre apres 
qu'il vous aura feruy quelque temps, vray que celuy qui à ti- 
ré du matin, fe doit refrefchir la releuee, & vont les beufs À la 
charruë de meilleure keure,mais ils retournent pluftoft du la- 
beur que ne font les cheuaux : la plus grandecommoditéen 
et, qu'ilsendurent mieux l'importunité du temps, & en ter- 
re forte ils enfoncent plus auant, & fen retirent mieux, aufsi 
ne leur faut tant de ferrure, ny harnas aux païs oule fer, & les 

autres hardes font cheres. Etne font fubiects à tant de mala- 
dies, finon qu'il les faut garder de morfonture & de la pluye, 
& auoir foing de les bien couurir. | 

le ne trouuc labeur de moins de frais que celuy des afnes, 
tels que lon recouureen Tabie, en Calabre, Sicile, & aux en- 
droits de Jaffle, païs ou ils font beaux & grands, car ils durét 
plus à la peine,ne font fubiects à tant de maux, & ne couftent 
tant à nourrir. V ray aufsi qu'ils n’en font pas tant ne fi bien du 
tout: parquoy feruent mieux en terres maigres: finon quele 
mulet en Auuergne furmonte toutes autres beftes, maisil ef 
fafcheux , dur au colier, ou au tirer, & f1 ceruelin quil n’y à 
mulet qui n'ait fa lune, & ne donne fafcherie à fon maiftre, 
mais on dit que de bon mulet mauuaife belte. 

Le labeur de buffles,comme lon voit à la Romaine & ail- 
leurs, eft bon en terres grafles & argilleufes & couftét moins 
en harnas, par. ce qu'ayans le col fi court,il ne leur faut qu’vn 
anneau pour les retenir, & lier au mufle: maisils font dange- 
reux en Efté & entrent fouuent en füreur, quand principale- 
mentils voyent quelques habis rouges. Toutesfois ils durent 
plus l6g temps à la peine, & font plus diligents que les beufs, 
Somme ce beftial fert, & vaut outre le labeur, pour le lai&, & 
pour le cuir, plus que la vache ou le beuf, car en d’aucunsen- 

- droits les laboureurs faydent aufsi bien deiuments , afneffes, 
mules & vaches, que des mafles de cefte façon. 
Ie nem'empefche en ceft endroit de la forme de la char- 
C 


Beufs à libourer 


Afñes à labou- 
rer. 


Maulets à labou- 
rer. 

Bon mulet mau 
uaife befte. 


Buffles à laäbou- 
rer. 


Habis rouges, 


Diucrfté de 
charruë, 


EL TV RE. 

rue ny de la diucrfité qui fe trouue felon les regions, comme 
ru pourrois demander la diffirence des charrues à Deus & à 
cheuaux,attendu que comme felon le painil faut le coufteau, 
au fi felon la force & puiffance de la terreil faut l’inftroment 
& vtil pour la coupper & labourer, & ne me donneray peine 
en ceft endroit fi noftre charruë,eft femblable à celle que def- 
crit le b6 Hefiodeen fon œuure & iour, non plus de la façon 
de la ferpe ou coignee de columelle, qu'il dit de fon temps a- 
uoir efténommec Françoife, 


E [motter.puis labourer de feconde façon. 
Chap. 9. 


eva) R faut ilapres la premiere façon du labeur de 
PNR la terre,ofter diligemment & rabattre les mot- 
ÿ tes & rendre la terre bien vnie,pour mieux fe- 
: mer & diftribuer en bône proportionle grain 
ZA für la terre. Ce que fait noftre commun entéps 

fec qu'il appelle de pouldrette:combien que le 
Beauceron n’y prenne pas de fi pres garde, car à caufe dela 
graiffe de fa terre il prend le temps comme il fe prefente, n'e- 
{tant affeuré du beau temps ou pluuieux. Quoy qu'il en foit, 
il faut tât de fois labourer & relabourer,que la terre foit tou- 
te en pouldre;fil eft pofsible,afin qu'il ne refte aucune motte 
à quaffer apres que 16 aurafemé : parquoy apres que les mot- 
tes {erôt abbatues & applanies, pour la feconde façon on re- 
trenchera les terres enuiron la my Iuing, fi elles font graffes & 
humides, ou enuiron le mois de Septembre, fi elles font mai- 
gres & feiches , autrement la terre maigre feroit defeichee & 
bruflee du foleil, & ne luy refteroit fuc ne vertu. 


Semer. Chap. 10. 


Ten toft apres cefte fecôde façon faudra tier- 
| cer, c'eft à dire baïller la tierce façon, & in- 
/r=\ continent apres, que fera enuiron la my O- 
= étobre,femer & diftribuer en bonne propor- 
}| tion le grain fur la terre,non toutes fois en au- 
* tretemps qu’en Croiffant de la Lune, tamais 
en defaut,ce que tu feras plus heureufemét fi tu attends quel- 
que petite pluye laquelle fitu vois eftre tardiue{ d'autant que 


DELLA: MATSON RFSTIQUE... ro2 


l’homme n’à pas puiffance fur le temps | ne differeras à femer, 
principalement en terres feiches, carles bleds qui font femez 
en terre fciche & bien hercee & couuerts, fe gardent là fans 
aucune corruption aufsi bien que fils eftoyenten grenier : & 
Fil furuient ve pluye,la femence qui aura efté long tempsen 
terre, fe leuera en vn iour. Le temps de femer expiré, enuiron 


Pair deuient toute ferree & comme hcrifonnee, ains ne pour- 
roit pas tant bien receuoir la femence, & en faire fon profit, 


vray eft qu’és lieux froids l’on doit femer tard, 6s lieux tem- 


erez toff, és lieux chauds encor plus toft, d'où vient qu'en 
Italie lon feme aux Calendes de Septembre,en noître France 
qui eft temperce, en Oétobre, és lieux froids & voifine dela 
mer aux Aduents de Noel,encor plus tard. 


Chois de grain pour femer. | Chap. 11. 


d’vn an, duquel le pain qui en eft fait, eft fa- 
uoureux, & de bon gouft,outre quifoitné en 
terre grafle & contraire au lieu ou il fera femé, 
comme d'vn lieu de montaigne en vnlieu plat, & des lieux 
moittes en lieux fecs:en forte toutesfois que la femence d’vn 
mauuais lieu, foit pluftoft femes en vn bon lieu,que des bons 


, Fin du temps à 
la fainét Martin d’hyuer, car alors la terre par la froïdure de femer. 


Grais de fo 
ment choif, 


BF> 


lieux és mauuais : car les femences, tanthonnesfoyentelles, semences abae 


fempirenttoutesfois, & Pabatardiflent facilement;quand el- 
les font mifes en mauuais gueret, 


fiardir, 


La quantité du grain qui doit eftre femé, fera mefurce, & mMefure du grain 
F . » . Le) 
eftimee felon le terroir, car l'arpent de terre grafle veutauoir à femer. 


Je plus fouuent quatre boiffeaux de froument, la moyenne 
cinq, la maigre d’auantage: vray qu'il fautauoir efgard aux 
païs & lieux ou lon feme:car aux païs froids & terres qui font 
fortaquatiques, & qui endurent continuellement lés neiges, 
eft befoing de femer beaucoup plus efpez, qu’és païs chauds 
où temperez, & terres feiches, par-ce quele froid, eaux & ge- 
lees corrompent la plus grand part des grains femez. 
C ij 


LIVRE  V. 


Hercer. Chap. 12. 
Dernier labeur. SR 7227] Ncontinent apres que a femence fera diftri- 


NA buce en terre, faudra pour le dernier labeur,her- 
<< i cer,à fin de couusir le grain,pour luy faire pré- 
dreracine, & empefcher qu'ilne foit mangé des 
N'oyfeaux, & le laiffer en telle forte lhyuér en- 
tier,iufques au printéps:vray que durant l’hyuer,fera befoing 
faire des efgouts pour tirer & efcouler toutes les caux aui fe- 
ront tombees du ciel. 


Sarcler. hs MAPS: 


E printemps venu, & alors que le fourment au- 
ra prins ferme racine, faudra farcler les terres, 
c'eft à dire, nettoyer & arracher les mauuaifes 
herbes, qui par l'abondance des pluyes de Fhy- 
uer, & luxure de la terre, abondent & furmon- 


Sarcler. 


pour la feconde fois,quand les efpiz commenceront à fortir, 
car ainfi, les grains feront beaux & nets. 


MoifJonner. Chap. 14. 


à] E dernier labeur, pour lequel on a pris tant de 
| peine toute l’annee, eft, moiflonner & def- 
| pouiller ou fcier les bleds, ce que lon doit at- 
2Æ]| tenter dés qu'ils feront meurs, qui fe cognoi- 
| ftra,quand ils commenceront à deuenir efga- 
lement blonds ou jaunes, & auant que les 
grains foyent du tout endurcis & deuenusroux, à fin qu'ils 

grofsiffent plus en l'aire ou en la grange qu'aux champs: car 

c’eft chofe certaine, que fils font meftiuez de bonne faifon, 

ils faugmenteront & grofsiront apres:là où fi on attend à les 

fcier quand ils f:ront fecs, la plus grand’ part des grains tom- 

bera à terre en Les meftiuät, & fera proye aux oifeaux & autres 

Temps à fier beftes. La vraye heure deles fcier,eft,la pointe du iour,quäd 
les bleds. ils font pleins de rofee. La façon de moiffonner, eit, ou de les 
coupper par la moitié du feftu ou tuau, à fin d'auoir du 


Dernier labeur. 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 103 


chaume pour couurir les maifons champaiftres, mefmement 
pour chauffer le four à cuire du pain és païs où il n’y a com- 
modité de bois, comme en la Beauce : ou bien deies fcier vn 
pied pres de terre, pour plus grande referue de foirre,qui fer- 
uira puis apres à faire paillaffe, pour les liéts, ou liétiere, pour 
cheuaux & autres beftials, &{ qui eft encor le plus grand pro- 
fit de tous) pour employer aux nattes à l'vfage & commodi- 
té des chambres du pere de famille:ce qui reftera,fera fauché 
ou fcié auec faucilles ou ferpes attachees au bout d’vn gros 
bafton pour faire du feu durant l’hyuer : ou bien fera bruflé 
dans les champs mefmes, pour en faire fumier par lemoyen 
des pluyes furuenantes , aux terres principalement glaireufes 
& argilleufes, ou qui ont fort gueret. 

Le bled couppé fera amafle & mis en gerbes, puis mené 
& conduit en la grange du meftayer: qui doit eftre pofee en 
lieu affez haut, à fin qu’elle puiffe receuoir promptement le 
vent,non pas toutesfois que le vent qui en viendra, puiffe al- 
ler contre les maifons ou jardins : car, outre le dommage que 
les menues & deliees pailles apportentaux yeux des perfon- 
nes, fans fen apperceuoir, encor nuifent-elles beaucoup aux 
jardins, parce que adherêtes aux fueilles des herbes & arbres, 
& aux fruits d'Automne, les defeichent & rendent prompts 
& faciles à eftre bruflez par l’ardeur du foleil. 


Battre le Bled. Chap. 15. 
= er |E reftera plus pour le dernier trauail du la- 


As boureur que de battre le bled pour le femer, 
7 ou pour en fäire referue au grenier, & cenon 
pas pluftoft que troismois apres les mefti- 
NS ues, car encor que le grain foit cucilly auec fa 
2JN?| maturité, toutesfoisil prend toufiours quel- 
que amendement dans la grange. Auant que le battre, faudra 
foigneufement preparer l'aire & l'arroufer auec fang de beuf, 
meflé auec huille d'oliue non falee, puis apres l’vnir & polir 
pardeffus auec vn battoir ou rouleau, à fin qu’elle n’ait aucu- 
nes fentes ou creuaces efquelles le grain battu fe puiffe per- 
dre, ou les fourmis fengendrer & cacher. La maniere plus 
commode deïle battre,eit auec des fleaux,puis le nettoyer de 
Ja paille, balle, & autres ordures, auec vn van. 
C ii) 


Chaume. 


Foirre. 


Nattes. 


Granche. 


Aire à battre le 
grain. 


Grenier à four. 
ment, 


Bled à remuer. 


ET V' RATER. 


Quel doit eftre le grenier à mettre le bled. 
C bap. IG. 


E grenier où le fourment fera gardé, prendra fa 
| clarté de l'Oriét,efuenté moderément du vent 
} de Septentrion & de Ponant, non du vent de 
&Midy, ny d’autres fémblables, aura plufieurs 
tuyaux , par lefquels la vapeur chaude puifle 
fortir, & le petit vent doux & refrigeratif fouffler dedans:fe- 
ra loing de toute humidité, & autres mauuaifes fenteurs, & 
air mal plaifant,mefmemét des eftables des cheuaux & beufs, 
& autres femblables : fon plancher fera accouftré comme 
l'aire, à fauoir, arroufé auec fang de beuf, meflé auec lye 
d’huille d’oliue non falee, puis vny & poly auec vn rouleau 
ou battoir : fes murailles feront parees auec mortier deftremn- 
pé en eau où auront trempez racines & fucilles de concom- 
bre fauuage : ou auec chaux deftrempee es vrine, qui feruira 
beaucoup contre toutes beftes qui mangent le bled. 

Au grenier ainfi preparé fera mis le bled, bien nettoyé 
premierement: car plus ft net, & moins eft-il endommagé 
de charentons & autre vermine. Vray qu'eftant au grenier, 
pour la defenfe de cefte vermine, pourra eftre fouuent remué, 
& auoir à l'entour de fes monceaux de l’origan fauuage, ou 
fucilles feiches de grenadiers. 


RNA 


Panifice , €x biere prouenants du bled. 
Chap. 17. 


GA] E ne parleray icy du grand profit qui vient du 

| fourment, tant curieufement cultiué, amaflé & 
gardé toute l’année, m’en rapporteray fur tout au 
& pain qui en eft fait, qui eft la chofe plus neceflaire 
à la nourriture des hommes, mefmement aux gafteaux, tor-- 
teaux, bignets, & autres mille petites deleétations de gueule, 
que les pafliciers façonnent auec la farine du fourment. le 
m'en rapporteray aufsi à la biere qui fert de vin és païs où la 
vigne ne peut fructifier,que lon fait auec le grain de fourmét 
d'orge & le houblon. Pareillement pour euiter prolixité, 1e 
laifleray au boulenger la maniere de faire du pain, laquelle 


DE LA MAISON RVSTIQVE 104 


toutesfois ne doit eftre incognueau meftayer de noftre mai- 
#on ruftique,ny mefmement à la fermiere,la dexterité de faire 
gaft:aux, flamiches,torteaux, tartres, gohieres & femblables 
pafticeries pour faire prefent quelquesfois l'annee à fon mai- 
Ître & maiitrefle, côme aufsi pour feruir à fa famille de quel- 
que petite recreation aux feftes. Ie ne parleray aufsi de la fa- 
çon de la biere,parce que le bon mefnager pour moinsde frais 
& plus grande commodité,pourra faire du vin des fruits tiré 
au prefloir, que lon nomme cidre, que d'employer fon four- 
ment à vne telle boiffon mal-plaifante, & qui fert pluftoft à 
appaifer l’alteration durant les chaleurs,qu’à contenter natu- 
re,en maniere de viure. 


La culture des mars x legumes , en parti- 
calier. Et premierement de l'orge. 


Chap. T8: 


—— Pres qu'auons amplement parlé des bleds, il 
| faut confequemment parler des mars & le- 

1 gumes: la culture defquels en general eft pa- 

| reille à celle du froument, quand à efpierrer, 
jlamender,labourer de premiere, feconde,tier- 
= — çe façon,efmotter,femer,hercer,moiffonner, 
differente toutesfois en quelque chofe, pour le naturel diffe- 
rent d'iceux : parquoy pour le mieux fera d’en faire particu- 
liere defcription. 

L'orge doit eftre femee en terre maigre & feiche & menuë Orge. 
ou_en terre du tout bien graffe, par- ce qu’elle amaigrit fort les 
terres. Et pourtant on la met ou en terre bien grafle,à la force 
& bonté de laquelle elle ne peuft nuire:ou en terre maigre, en 
laquelle aufsi bien ne femeroit-on autre chofe. Il la faut fe- 
mer en terre qui aura eu deux façons apres le quinziefmeiour 
d’Apuril (felon le prouerbe commun, principalement à la. 
George laiffe ton auoine, feme ton orge) fi la terre eft graffe: 
mais {1 c’eft en terre maigre, il faut femer vn peu pluftoft. 
Quandtu la verras vn peu meure, la dois mefliuer pluftoft 

. que tous autres bleds: car elle a le chaulme ou tuau fragile & 
aifé à rompre, fil feiche fort:& le grain mal veftu de paille, fa- 
cilement & de foy-mefme tombe à terre : quieft caufe pour- 


L'IV RENE 


quoy aufsi il eft plus aifé à battre & fecouer que tous autres 
grains. Apres la moiflon il fera bon laiffer repofer vnan la ter- 
re,ou bien la fumer fort, & ofter toute la malice qui y fera de- 


/Auoine. Chap. 19, 


Z’Auoine, combien que fans aucune femence 
elle viéne entre les bleds & orges, comme vn 
vice & chofe inutile,toutesfois pour le profit 
| qu’elle apporte à la nourriture du grand be- 
ftial voire des hommes, en temps de necefsité 
— merite vne culture propre & particuliere. El- 
le veut eftre femee és lieux maigres, fecs & bien aërez, & qui 
ont defia eu deux façons, en Feburier , ou en Mars, non plus 
tard. 


meurec. 


Mer panie. Chap. 20. 


E mil & panic demandent eftre femez en ter- 
res legeres & menuës: & viennent non feule- 
menten terre fablôneufe,mais aufsi en arene, 
quand le païseft moitte & humide, fur tout 
[ils ne veulent eftre femez en terres feiches & 
| croyeufes ou areneufes, ne veulent eftre fe- 
— mez auant le nouueautemps: carils deman- 
dent chaleur. Parquoy feront commodément femez à la fin 
du mois de Mars, voire encor plus tard, & n'y faut gräde de- 
fpence:car petite quätité de leurs grains,remplit grâde quan- 
tité de terre. Toutesfois ils veulent eftre fouuent farclez pour 
arracher les mauuaifes herbes, fi toft qu'ilsaurontefpiez, &c 
auät que par la chaleur le grain fe monître, on les arrache à la 
main, puis on les met feicher au foleil, & apres on les ferre:en 
cefte forte ils fe gardent plus longuement que tous autres 


grains. 
Sefame. 3 bap. 21. 


E fefame veut eftre feméen terrenoire, pourrie & 
humide, il vient bien aufsi és arenes & fable gras, 
où en terres ramaflees, & eft fort fertile non moins 
que le mil ou panic. 


Lentille 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 10$ 
Lentille. | Chap. 22. 


TT Es lentilles doiuét eftre femeesen deuxtéps, 
+ Automne & Prin-temps,quäd la Lune croift 
iufques au douziefme;,en terres petites& me- 
+ nuës,ou en terres grafles & feiéhes: car quäd 

1} elles fonten fleur, elles fe perdent & gaftent 
4 par trop grande humidité,ou par trop abon- 
dammentietter hors de terre. Et à fin qu’elles viennent pluf- 
toft & plus grandes,il les faut mefler auec du fumier fec, auät 
que les femer, & quatre ou cinq ours apres qu’elles ferôt ainfi 
repofees en ce fumier, les femer.Elles feront de garde fi onles 
mefle auec des cendres, ou fi on les met dans des pots oulon 
garde les huiles, fauces & confitures. 


Phafeols. Chap. 23. 
LL phafcols viennent ésterres chaulmieres, où mieux és 
terres graffes & qu'on laboure & feme tous les ans, & font 


femez depuisle dixiefme d'Octobre, iufques au premier de 
Nouembre,ou bien en Mars,;comme les autres legumes. 


Lapins Chap. 24. 


Es lupins ne demandent grande culture, & 
font à bon marché: & fur toutes femences ils 
profitent aux terres : car quand les vignes & 
h lies terres labourables font maigres, ilsleurs 
Ali fervent de tresbon fumier. 1ls viennent bien 
en terre maigre, voire laffce de porter autre 
- grain : & doiuent eftre femez en touteterre, 
principalement chaumieres,voirenon labourees:car en quel- 
que forte qu'ils foyent femez,ils endurent la negligence de la 
terre & du laboureur . ne les faut pas toutesfois femer pro- 
fondement, car quandils fleuriflent , lon n’en tient point de 
compte. Entre tous legumesilsne requierent eftre gardez & 
repofez és greniers,mais pluftoft fur vn plancher ou la fumee 
donne:car fi l'humidité les furprent,il fy engédrera des vers, 
lefquels mangent les germes, & le demeurant ne peut pro- 


fiter, 
D 


Fchues. 


Pois. 


Pois ciches, 


Ere. 


LIV REM 
Febues. Chap. 25. 


SK] Es febues doiuët eftre femees és lieux gras,ou 
bien fort fumees:& côbien que ce foit en ter- 
Ares chaulmieres afsifes és vallees, ou toutela 
ÿtA graifle & fubftance du haut païs defcéd,tou- 
“cesfois il faudra foigueufement retrencher la 
— terre, & quafler les mottes auät queles femer, 
car encor qu'entre les legumes elles côfument & vfent moins 
h vertu & fuc de la terre, toutesfois elles defirent d’eftre fort 
bié couuertes dans la terre,les faut diligémét farcler, car ainfi 
le fruit en multipliera, & les efcoffes en feront plustendres. 


Petits pois, pois chiches,ers. C bap. 26. 


a Es petits pois doiuent eftre femez és lieux gras, 
4} & entempstemperé & humide, en Feburier ou 
Lo Mars. 

5) CANAI  Lespoisciches viennent aufsiés lieux gras, 
A] & en téps de pluyes:& auant que les fémer, fau- 
dra les laiffer tremper en eau vn iour deuant, afin qu'ils vien- 
nent & leuent pluftoft. 

Ers demande lieux maigres & non humides: car aucunes 
fois par trop ietter & croiftre trop abondamment, il eft cor- 
rompu. Il eft femé en Ianuier ou Feburier,iamaisen Mars,car 
fil eftoit femé en ce mois, il nuiroit au beftial, principalement 
aux beufs,les troublant de leur cerueau. 


Chanure. Chap. 27. 


E chanure doit eftre femé és terres grafles & 
bien fumees & arroufees de quelqueruifleau, 
ou és contrees plattes & humides, & bien a- 
Æ]| uantlabourees:& tant plus la terreeft graffe, 
Si tant plus groffe fera fon efcorce. Elle fera fe- 

mee en Mars, cucillie quand la femence eft 
meure, puis feichee au foleil ou au vêét,ou à la fumee, & apres 
mife en l’eau pour rouir, afin que l’eftoupe fe puiffe plus faci- 
lement efcorcher de fon tuyau, pour eftre puis apres appli- 
quee à l'vfage des cordes, & toilles, propre labeur & trauail 
des femmes. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 106 
Lin. Chap. 28. 


= E Jin ne fe doit femer en quelque lieu que ce 
= foit, fil n’en reuient grand profit, & que le gain 
} le face faire:car il nuit beaucoup à toutesterres, 
A à cefte caufe le faut femer en lieux bien gras, & 
qui font moyennement humides. Sur tout faut 
que la terre ou les femailles du lin feront faites, foit curieufe- 
ment nettoyce,& par plufieurs façons labouree & retréchee, 
tant qu'elle foit quafi redigee en poudre: & dauantage la 
bonne mefnagere fera foigneufe quand le lin fera creu,le de- 
liurer de fon entortillement [que lon appelle autrement po- 
dagré de lin non vne fois feulement,mais par plufieurs. Sera 
cucilly quand il fera meur, & que fa couleur jaunira, puis mis 
au grenier pour eftre defendu des pluyes & rofces qui luy 
font du tout contraires. Quand il fera fec, on le battra auec 
maillets de bois pour en auoir la femence: & incontinent 
apres fera porté en l’eau & trempé quatre ou cinq iours,pour 
eftre attendry, à fin que l’efcorce ou bien l’eftouppe en foit 
plus facilement feparee, pour l’vfage des toiles. 


SUN T2 ZANT 


Nanetser raues. Chap. 29. 


RS) Auets & raues, veulent eftre en terres legieres 
A! & delices & n6 en terres fortes & compaëtes. 
JE Lesraues, toutesfois, viennent mieux és terres 


endant, en terres feiches & petites, comme 

fablôneufes & graueleufes. Quoy qu’en foit, 
faut que laterre où ils feront femez, foit par plufeurs fois la- 
bouree,retrenchee & hercee & bien fumee: car cela fera que 
non feulementils viendront bien, mais aufsi la terre ainfiac- 
couftree, apportera apres la cueillette d'iceux, plus beaux 
bleds. Les raues font femees deux fois l'annee, en Feburier, &c 
en Aout, en terre bien fumee, & ne faut permettre dés qu’ils 
auront prins quelque croifflance, qu'ils fortent hors de terre: 
car fils en fortent leur racine deuiendra dure & pleine de pe- 
tits & menustrous, 

D ii; 


Nauete, 
Raues. 


LTV RE’. 
LA VIGNE. 


Quel terroir demande la vigne. 


Chap. 30. 


$ À vigne ne croift qu’en certains endroits à el- 
*le propres, qui eft chofe à nous d'autant admi- 
à rable, que la fingularité de cefte plâte eft plus 
recommandee aux hommes, que nulle autre, 
pour le bien & le mal qu’elle apporte, qui fait 
qu'aux endroits où elle ne croift point, les 

Le vin rend les perfonnes vfants d’autres bruuages, ne fe trouuent point fi 
perfonnes forts, forts ne fi puiflants. 

Quant au labour d’icellele lieu fablonneux ne luy eft du 
tout propre, quoy qu'il rende le vin au gouft, affez delicat, 
maislerapporten eft fort petit, tout ainfi que le cailloüage 
en coftau de Midy, fait fort vin & delicat, pourueu qu'il foit 
Jabouré iufques à fa grouëtte, & fouuét rafraichy de labour, 
moins que de fien,marne, ou autre amendement,attendu que 
{i la terre du vignoble n’eft mignardee & fouuent remuee,ia- 
mais elle ne profitera ny en rapport ny en valeur : car l’abon- 
dance du fiens, ou des prouins, le plus fouuent mal couchez 
& abaftardis, luy font fouuent tort & nuifance. 


Que nulle vigne [e fait par pepinerie, fi ce 
nef? pour plaifrr. Chap. 37. 


8] E ne fuis point d’aduis que lon fempefche à faire 
B<| pepiniers : car outre ce que l'arbre vient pluftoft 
ÆS | de pepin que ne feroit la vigne;il n’y ane profitne 

£ bonté à l’vfage de ce qui vient du pepin: c'eft à 

faire à ceux qui pour plaïifir & aux defpés de leur bourfe, ont 

puiffance de femer pepins d'eftranges païs, pour puis apres 

les fauuageaux parcreus, & tran fplantez en terre meilleure,en 

faire baftardiere, fur laquelleils puiffent enter, & puis tranf- 

planter les entenais en terre meilleure,pour deux ans apres en 

receuoir le fruit affez gros & délicat: mais ce complant dure 

Vignes fur ar- moins que toutautre, encor ne nous foucions en ce païs des 
bres. vignes que lon laiffe monter fur Les arbres, ainfi que lon voit 


PRE x De, en. a 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 107 


en Lombardie & ailleurs, ny de celles qui font efieuees en Vignes en for- 


treille à fimple & double auuent : car le vin n’en eft iamais fi 
bon, tant pource que la racine de l'arbre le corrompt, ainfi 
que font les choux , comme aufsi pource que cefte plantene 
veut iamais eftre fort haut efleuee,ny plus offufquee de mar- 
rain qu à lahauteur de l’homme parfait. Le choix des coin- 
plants, foyent croffettes, mergottes, ou entenais, ne fe doit 
remettre à la difcretion du vendeur,qui bien peu fe foucie de 
la faifon,mais bien au grand foing de celuy qui fait la plante: 
car, non plus que des arbres que lon veut tranfplanter, la vi- 
gne n'endure aifément apres fa couppe eftre fi longuement 
gardee:& veut eftre prife pres de la maiftreffe racine, & auoir 
cauiron trois doigts du vieil bois auec le nouucau. 


La façon de planter la Vigne. Chap. 32. 


=== Oftre terre bien efpierree apres le premier la- 
= WA beur rafsis, & repofé, & le gueret bien defri- 

= hé de chiendent & autres herbes inutiles, ef- 
7 \? #| piez au mois de Mars letemps le plus doux à 

à &124| planter, felon le lieu où vous ferez, & la nature 
de voftre gueret. Appareillez, aiguifez, & re- 
trenchez la racine & la cheucleure de vos complants, & les 
adreffez bien au foleil de Midy, plantez-les au milieu du 
rayon fous la fubicétion de voftre pied à l'oppofite l’vn de 
l'autre, & en croix bourguignonne, pour les faire [apres eftre 
bien recouuerts | fauter aux deux coftez de la raize versle 
cheualier & condots de chacune part, car ainfi ils raportent 
d’auatage & fappelle cefte façon plâter à double, ce qui fen- 
tend des croffettes feulemét, pour la doute que fi l’vne meurt 
l'autre recouure: & fi toutes deux prennent, lon en tiré l’vne 
pour mettre au lieu de celle qui n'auroit prins : car combien 
que la croffette face meilleur pied & racine, fieft-ce qu’elle 
eft plus difficile à prendre que la mergotte ou faultelle che- 
ueluë, encor que la mergotte ne foit de fi longue duree, par- 
ce que la croffette fait racine d’elle-mefme,or la faut il coup- 
per du plus gros bois & nouailleux du fep qu'aurez cogneu 
beau & fertil, & faut qu'elle aye du vieil & nouueau bois, & 
fe plantera de maigre en gras terroir & bien amendé : elle eft 
quatre ans fans faire fruit , aufSi fans fortune lon la voit durer 


D ii 


me detreille. 


Choix des com- 
pläts de la vigne 


Planteradouble 


ET V REY. 


trente ans en valeur,;apres qu’elle eft couppee:il la faut tailler, 
& ne luy laïffer que trois ou quatre neuds pour le plus, dont. 
les deux en pourront faillir hors terre: & fil y a quelque œil- 
let,il le fautabattreauec l'ongle. 

Si vous faites les rayons moindres, il faut planter en go- 
deau à l’angeuinne de deux en deux pieds vne margotte entre 
deux cheualiers, aïnfi que lon fait à la baftardiere des arbres 
fruitiers : & la laiffer quatre ans en l’eftat, pourlarecoucher 
quant elle fera venuë, deux ou trois ans apres qu’elleauraiet- 
té le bois fort & puiflant,de façon qu’à la vigne, ainfi faite & 
continuee ne faut efchalats ou autre fouftenance : car le mai- 

Forme de pläter {tre pied ainfi que d’vn arbre, donne affez de fouftenance à fes 
Fr . tie fcions.En Languedoc & Prouence lon plante de cefte façon 
Se mais ils piquét plus loing à loing, & entre deux y mettét l'o- 
liuier qui n’empefche rien de fon vmbre à la croiflanceny au. 
folage de la vigne.Encor ne laiffent ainfi qu’en Italie à mettre 
entre chacun rayon, cinq ou fixrayons de Mars ou de frou- 
ment, & ores qu'ils n’y entremeflét la vigne,ils ne laiffent tou- 
tesfois à planter des oliuiers au champ de labour;attendu que 
comme dit à efté, fon vmbrage ne donne aucun empefche- 
ment à la croiffance du grain. 
Mergotte à La faultelle ou mergotte veut eftre plantee fi toft qu'elle 
planer, eft leuee de fon tronc & auec fa cheueleure en decours dela 
Lune, & feule au milieu du rayon, à caufe de fa cheucleure, 
dôt on ne doute dela prinfe,aufsiluy faut il la couche & l'e- 
ftenduë plus longue:elle prét,ainfi que dit ef, pluftoft quela 
creffette,tout ainfi que l’entenais dure le moins detous. 

Apres que vous aurez planté voz croffettesou mergot- 
tes, il les faut peller fort en pied, pour leur faire prendre raci- 
ne, puis les desberger, ou desbarder, c'eit à dire abattre de Ja 
terre du cheualier de cofté& d’autre,qui aufsi pourroit choir 
fur lefdites plantes. 

Autre maniere de planter la croffètte, & nonla mergot- 
te(car fa racine cheueluëne l’eddureroit pas)fe nomme plan- 

Planter à barre, ter à la barre, la fiche, ou felon l’Angeuin en godeau, à {ça- 

à la fche,en go- Loiren piquant par ordre lefdites croffittes,ou deux,de ren- 

que contre ou vne feule, ainfi que lon fait les faules : puis apesles 
recouurer piller & rebatre ainfi que dit à efte, 


Oliuier n’empef 
che la vigne. 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 108 


Qwel terroir er culture premiere demande la 
vigne nonnellement plantee. 


Chap. 33. 


Our façonner la plante de la vigne Françoi- 
Ra \L fe, il faut que le fcigneur de la maifon rufti- 
à que, fil veut voir le fruit de fes premiers la- 
S= LE beurs,ait le foing du terroir & du complant, 
"-### duquel il voudra peupler fa premiere plante: 
=" © GX caril eft bien certain qu’en forte terre, moel- 
leufe & graiffe ; la vigne apporte plus de fruit, & requiert 
moins d’'amendement, fi ce n'eft qu’en deux ou trois ans il luy 
faut dôner quelque peu de terre neufue de Mars,ou de quel- 
que allegement au pied, felon letéps & le naturel du païs.En 
terre fablonneufe ou caillouëufe, comme pourroit eftre à 
Val-gerad, & à Vanues,où la vigne ne rend pas tant, faut plus 
fouuent labourer & fumer à propos, mais que ce foit de fien 
de beuf ou de vaches.Celuy de cheual,de porc,de brebis,ou 
de voyrie defquels quelque gueret que ce foit,nulne fe trou- 
ue qu'il n'en empire pluftoft qu'il n’en amende, fans que tel 
amendement fait que la vigne en dure moins, tant par la ne- 
gligence du laboureur qui trop fe fie à la chaleur de fon 
fien, ainfi que ceux qui mettent de la chaux vifue au pied des 
plantes, pour les faire pluftoft venir, & aufsi pour les faire 
pluftoft mourir, comme aufsi pource que tels laboureurs ne 
daignent four au pied quand le temps yeft propre, mais ai- 
ment mieux mettre leur maïftre en frais de fien, prouins, & 
efchalats, qu'en temps pluuieux & commode, fe trauailier: 
voire pluftoft employer ledit œuure de leur labeur à tauer- 
ner,ou plaider contre quelques vns de leurs parés ou voifins, 
& le plus fouuent pour vn neant. 


En queltemps faut planter la vigne. 
Chap. 34. 


k 'érn pouuez donc faire la plante de la vigne Françoife 
depuis les Aduents de Noel, ou depuis la my Decembre 
iufques aux gelees enfuiuant, felon la force ou afperité, pour 
lcfquelles vous intermettrez voftre labeur: car de vouloir 


Quel fi£eft bon 
ou mauuais à la 
vigne. 


Mettre la chaux 
vifue au pied de 
la vigne. 


Mauuais vigne- 
ron. 


Quel doit eftre 
le côplant nou- 
ueau, 


Quatre fortes 
de vignenoire, 


è 


LIV NEW. 


rompre & defcouurir la terre alors qu’elle eft prinfe &c en- 
durcie de la gelee, c’eft à vous autant de peine perdue, & à la 
terre autant de dommage, parce que fous la cotte de la gelee 
elle fe renforce au dedans pour puis apres monftrer fa Pie 
au renouueau. 

Le premier labour de la plante fe doit faire depuis Apuril 
iufques à la my May, felon la bonaffe dutemps. Pour le- 
quel labeur faut que chacun rayon foit d’vn pied & demy 
de large & de parfondeur, iufques au tuf ou fin de grouëtte: 
& les cheualiers ou condots de cofté & d’autre de telle ef- 


 peffeur par deflus, qui foit profond dela raize que ferez,tou- 


tesfois plus creufe en terre forte qu’en gueret fablonneux, 
caillouëux, ou degriotte. 

Quant au complant, celuy d’autreterroir que du naturel 
du lieu où voudrez faire la vigne,ne profite iamais fi bien:car 
on eft toufiours en doute fil eft fidelement choifi felon la 
confideration de l'air,de l’afpeët du foleil, & du lieu où lon le 
tranfplante. Il faut donc prendre le plus beau, & le meilleur 
du quartier où on le voudra coucher & affeoir:car de vouloir 
dompter vne terre & l'affubiettir à ce qui ne portefon natu- 
rel, c’eft ouurage de grand feigneur, attendu que la culture 
d'vn païs eftrange, outre l'incertitude du temps auquel la 
planteacfté prinie, & encor durapportd’icelle,requiert bien 
vn laboureur particulier de l'endroit dont elle eft partie. 


Plante de vigne noire. Chap. 35. 


CE franc complant de la vigne noire, croift par 
ER tout: le fauuage fait le vin afpre & rude,teleft ce- 
luy qui cft cueilly en terrenouuellemét defïichee, 
mais la vigne, qui pour faire rendre le vin clairet, 
eft plantee moitié de blanc & de noir, ainfi qu’elle demande 
autre façon & afsiette que la commune, aufsi en eft-elle plus 
mal-aifee à gouuerner, & requiert vn bien grand foing,parce 
que le vin qui en defcend, eft plus plaifant à l'œil, & meilleur 
au gouft, encor qu'il ne foit de fi grande nourriture. 
Des complants de la vigne noire, fontle morillon,le fang- 
moreau, lenegeier, & le neraut. 
Outre lefquels, pour la vigne claire, on y adicufte du 
blanc complant, & du meflier, cy apres declairé affez par 
voye 


EN REY SIL 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 109 


voye d’entre trois ou quatre croflettes, ou fautelles, vne. 

Le meilleur complant eft le morillon, duquel le bois a la 
couppe rouge plus que nul autre : le meilleur eft le court, 
noué de trois doigts entre chacun neud, pour le plus, & de 
groffeur felon le païs où il auroit efté nourry. Etporte fruit 
entafé, & ha la fueille plus ronde de tous ceux defa forte. 

L'autre morillon ha le bois long, noué de quatre doigts 
pour le moins, entre deux neuds, plus gros & plus moelleux 
par dedans : & a la couppe aufsi moelleufe,dontilen eft plus - 
lafche : & ha par dehors l'efcorce fort rouge, & la fucille de- 
couppee en trois, ou en patte d’oyeainfi que le figuier. 

Le tiers morillon fappelle beccane, ilale boisnoir, & le 
fruit de mefme, fait grand monftre de vin au fleurir:mais quäd 
ce vient à meurir, il dechet de moitié de grain, & le plus fou- 
uent dauantage : la fautelle en eft plus longue nouce de tou- saurelle, 
tes, & croift plus en longueur & en hauteur de bois que nulle 
autre, 

Le fang-moreau fe trouue aufsi de trois fortes ,-dont la Sang-moreau. 
meilleure fautelle eft courte nouce, & lebois fort dur:l’autre 
luy approche fort pres. La tierce efpece fenomme fang-mo- 
reau chiqueté,& ne porte que-par annees: elle a aufsi ce mal, 
que quand letempseft de la cueillir, lon la trouue fouuent 
cheute & efgrenee par terre. 

Le negrier a la cotte rouge, le bois Iong noué, groffe Negrier. 
moelle, fucille fort decoupee,la grappe grande & claire, fort 
rouge,le fruit dernier meur, & fait ie vin afpre, & de plus lon- 
gue duree. Parquoy en la piante rouge n’y faut mettre que 
bien peu, pour adoucir l’autre & l'affermir : il fe defend à la 
gelec, pource qu'il ahaute fouche. 

Le neraultnommé Bourguignon noir, ha [a nature du Neraule, 
Bourguignon blanc, le bois dur & fort noir, la moelle ferree Bourgu gnon, 
& petite, les neuds pres à pres, la fueille moyenne & toute 
ronde, de laquelle le pied eft fortrouge, le grain fort pres à 
pres, & entaffé: fe defend à la gelee,plus que nul autre, n’en 
faut gueres à la plante: car il fait force couleur, de forte que 
ceux qui ont plcine plante,en font vin pour les tainturiers de 
draps, & le vendent fort cher. 

La rochelle menue, & le bordelais de mefme, ne fetrou- Rochel'e. 
uent gucres, pource qu'ils ne font de portee & ne vallent Bordelais. 
qu'en tréillage ,le bois en ef comme cyÿ apes fera dit en la 


Fromenteau, 
Mufcadet. 


Pinet d'Anjou. 2 


Gouéft. 


Bourguignon, 


Foirard. 


Meflier. 


Trois fortes de 


meflier, 


Bourdelais, 


L'LV RE OV: 


vigne blanche, finon qu'il fe trouue vn peu plus rouge, & la 


couppe plus vermeille. 


Plante de vigne blanche. Chap. 36. 


E meilleur complant de la vigne blanche,eft 
le fromenteau,qui a le bois tirant fur le iaune: 
& apres luy le mufcadet, qui porte le bois 
rouge, puis le fin pinet d'Anjou, qui ale bois 
“#lltirant fur le verd, & le fruit iaune comme 
cire. 

Sur tous complants, nul n’eft moins tendre à la gelee que 
le gouëft,qui porte le bois tanné, & fort gros en tige, la fueil- 
leronde, & rend beaucoup de fruit. Il y a vne autre forte de 
gouëft que lon nôme gouëlt faugé, aini dit à caufe du gouft 
qu'il rapporte à la bouche. Il neft gueres defiré, combien 
qu'il fait beaucoup de vin, & n’eft fubie® à la gelee, non plus 
que l’autre gouëft de fa forte. 

Le plus fructueux des blancs, eft celuy que lon appelle 
Bourguignon blanc,ou bien le clezier, qui n’eftnoué qu’en- 
uiron deux doigts & demy, & a le fruit à courte queuë, plus 
entaffé que la rochelle: la fueille fort ronde felon la nature 
des gouëfts : au demeurant, il fe defend de la gelee. 

Celuy qui pour leffett, les Parifiens appelent foirard, 
combien qu'il foit plus gros en grain, &-en boistirant fur le 
bleu, & quafi à pleine farpette, toutesfois eft le moindre de 
tous, quant à la valeur & bonté du ius. 

Le meflier rapporte beaucoup, c’eft pourquoy on en met 
quantité à la plante. Il a le bois entre jaune, & rouge, & n’eit 
{i tendre à la gelce, fes fucilles font quafi rondes. Quantaux 
differences des complants, j'en trouue de trois fortes : l’vn fe 
nomme le meflier commun, qui eft de grand rapport: l’autre 
fappelle le gros meflier, qui a le bois & le fruit aufsi plus gros: 
& l’autre fappelle le franc meflier, qui rapporte le meilleur 
fruit detous, & le grain plus feparé. 

Le bourdelais vaut mieux pour la treille du iardinage:tou- 
tesfois qu’on le met à la plante pour faire plus grand rapport 
il a le bois roux & plus gros que nul autre complät, & fi mô- 
te plus haut, & demande plus longue treille, aufsi fair il plus 
gros grain & n’en faut gueres à la bonne plante, non plus que 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 116: 


de la rochelle, qui a le bois plus blanc que tous, & neätmoins 
n'eft gueres fubieét à la gelee, quoy qu'il foit,ileft le plus tard 
meur, & n’en faut plus d’vn quarteron de fautelles pour quar- 
tier : car 1] fait le vin verd,nonobftant qui luy donne la poin- 
te, & le rend fec & moins tenant de la liqueur. 


Le labour de la vigne parcreuë. Chap. 37. 


] À plante ainfi dreffee que cy deffus à efté dir, 
quant vous aperceurez qu'elle commencera 
à 1etter bois la premiere annee, & à prendre 
Iterre( ce qui fe doit cognaiftre vers la my 
NS Hi May,quät aufsi vous trouuerez que le bour- 

D scen pourra endurer labeur } il la faut com- 

©}; mencer à tailler, fi c'eft en ce païs, finonluy Tailler. 
laiffer fon bois, mais le nettoyer & efmonder, pour luy faire 
plus groffe & ferme tige,ainfi que lon fait au païs d'Anjou, & 
en Languedoc, puis apres il la faut bifher : car la premiere fa- RBifmer, 
on de la plante porte aufñi fon premier labourage en bifhant, 
Jon laboure fur les condots,afin que l'herbe ne gaigne les c&- 
plants. Et ne faut pas feulement fouïr auant, auec la bifhoire 
ou houë fourchue, mais entre renuerfer & piler au pied les 
herbes defrompues, qu'elles ne puiffent repiponner, & pre- 
mier que ce faire, il faut bien regarder par tout quelles faulret- 
les ou croflettes font mortes depuis la premiere afiette, & au 
lieu d’icelles en remettre d'autresen ce temps de May : mc# 
mes filon veut en cefluy temps,quelquesfois qu’elles ne laif- 
fent à profiter, finon attendras l’aduent de l'annee d'apres, & 
. marqueras tresbien les endroits du defaut, ain que mieux ii 
vous en fouuienne. 

La feconde annee vous commencerez à la planter & don- 
ner toutes façons telles que reçoit la vigne parcreuë, excepté 
le prouigner: car pluftoft la nouuelle pläte eft cultiuce & h4- 
tee du labour, & mieux en vaut. Si l troifiefme annee en bif- 
pant Paperçoit bourgeon à fleur, il le faut abatre de longle. 

En cefte mefine annee lon fientela premiereplanteenef Eumee tes we 
môdant bien fort & efcurant les rayons: & par mefme mOYÉ gnes. 
Jon y efpand, & donne lon le fien qui pour le meilleur doit 
eftre de vache, & apres celuy de cheual,puis de porc, & en a- 
pres de ce que le pauure laboureur pourra recouurer, finon 


de la marne,ou de la terre neufue,& noire, quieit bié le meil- 
E ij 


Houer de pre- 
miere façon. 


\ 
Bifner , feconde 
façon. 


Prouinoner, 
tierce façon. 


Columelle. 


Prouingner. 


ET. V RE» AV 


Jeur de tous les amendemens : le bon laboureur dit toutesfois 
que le bon vin de pierrotte ou de griotte, demande grand la- 
bour,mais bié peu de fumierà ce qu'il ne face auorter la plâte. 

La quatriefme annee mefmes, lon abat les plus foibles & 
mefchants bourgeons, & laiffe lon les plus beaux, pour veoir 
fils rencontrerant du côplant dontilseftoyentiflus.Orfap- 
pelle le premier labour de la vigne, tant nouuelle que vieille, 
houer de premiere façon, par lequel lon réd la terre plus fou- 
ple,& plus meuble. En ce labour 16 defchauffe les plus prin- 
cipaux feps, fi c’eft à la haute plâte, ce qui ce fair au plus doux 
temps du mois de Mars, felon les endroits : car en ce païs fril- 
leux & fubie à la gelee & bruines,côme au deflus & au haut 
des montagnettes, cela ce fait à la queue del'hyuer, quelon 
appelle la my May. 

La feconde façon de la plante c’eft bifner,comme deflusa 
efté dit, mais au parauant1l la faut claualler,comme en la tail- 
Jit:c'eft à dire auec la befche ageurer les croffettes & faultel- 
les à ce qu’elles fe contiennent bien en leur plante, & ne fef- 
garent au fort vent. 

La tierce façon de la plante nouuelle,feroit le prouingner, 
mais il en faut garder pour cefte annee fecôde, & encor plus 
pour la tierce, fi ce n’eit par endroits,encor au plus fort bois. 

La troifiefme annee,outre les façons fufdites fi la plâte eft 
forte, & qu’elle aitietté beau bois,lonla comméce à prouin- 
gner des la my Apuril, & pour le plus feur à lamy May:& a- 
lors lon ietteles prouins aux endroits que lon rompt des che 
ualiers & codots de cofté & d’autre,par ce moyen ce fait l'ef- 
chiquier dont fait mention Columelle en cefte mefme annee 
troifiefme de la plante neufue, felon la force du bois qu'elle 
aura ictté, nonobftant que vous efgratignez, partie des bou- 
tons à fleurir par la caufe que deflus, toutesfois felon l'abon- 
dance du fort bois,apres auoir taillé & amendé le fep lon cô- 
mence à luy baillerappuy, & l'efchallaffer & lier, pour fou- 
{tenir Le fort bourgeG qu'il ne tombe & fe profterne, cela fait 
il la faut bifher encor deuäit que ce faire, il faut qu'elle foit le- 
uce,bouttee & liee du premier lien. 

Lon prouingne aux Aduëts, & en Januier,apres auoir tail- 
lé, combien qu'és endroits plus frilleux lon attend Feburier, 
& Mars, & pour ce faire lon prend le plus beau ietton du fep 
que lon cognoift eftre parcreu, en couppät fes compaignons 


DE LA MAISON"KRKYSTIQUE. vil 


à deux neuds pres de la tige:quelquesfois fi le fep eft beau,lon 
prend de la premiere plâte deux brins, & les couche lon dou- 
cement l’vn arriere de l’autre foubs le pied, dans la foffe que 
faite aura efté au cheualier ou au côdots:puis lon le recouure 
deterre, & fait on le premier prouin fort profond , afin que 
l'annee d'apres qu'il aura cfté dreffé, & les brins nettemét cou 
chez {ans aucune offenfe, il puiffe endurer l'amendement du 
fumage, car jamais lon ne fume la mere ny le premier & prin- 
cipal brin,mais bien on les defchauffe en Lanuier , & aux Ad- 
uents, quand on fume les prouins, afin deluy faire mieux re- 
ceuoir la neige & eau du ciel, qui luy peut engrofsir le pied. 

Apres l’Aouft il faut redreffer la vigne, foit vieille où nou- 
uelle, & la relier de nouueau, à caufe des precedentes cheue- 
lues, qui pourroyent auoir le premier lien offenfé, & defeiché 
& alors lon luy donne deux liens, qui ne fe fait en Anjou, ny 
en Touraine à caufe de leur labeur, differant du noftre. Nous 
auons oublié qu’à la my May,deuant que de leuer la plante,il 
la faut esbourgeôner,& en ce faifant bien garder que lon n'of 
fenfe les principaux brins que lon verra à Horir, finon quand 
il y en aura trop en vn fep. | 

Au tiercer qui fe fait en Aouft, lon la redreffe & relie de 
rechef, puis en temps doux apres la pluye lon remue la terre 
auecla houe affez doucement, &-renuerfe lon les herbes: & 
quelquesfois lon farcle, fi l’ânee eft pluuieufe. Outre lefquel- 
les façons ordinaires, fois aduerty qu’en la vigne il faut touf- 
iours auoir la befche en la main qui la veut faire profiter, & là 
ny féruent les varletsny chambrieres, principalement au pro- 
uingner, & au desbourgeonner. Somme de toutes les façons Goclufon des 
de la vigne cy deffus deduites, lon doitentendre en general, fiçons de la vi- 
qu'aux Aduents de Noel & en lanuier, lon taille lenouueau gne. 
prouin, & cure lon le viel de l’annee paffee , en defchauffant le 
pied de la mere, & façonnant de rechefle prouin & en l’amé- 
dant fi metier en eft. En Mars & A puril lon taille, & fait on 
les nouueaux complants : en mefme temps on defchauffeles 
vignes, & fume lon celles quien aurôt befoing, peu de temps 
apres les faudra rechaufler & recouurir, puis auât qu'elles iet- 
tent leur fleur , esbourgeonner auec la main, principalement 
quand on verra les drageons fi tendres qu'il ne les faut gueres 
toucher du doigt pour les abatre : bien toft apres les appuyer 
auec efchalats & peffeaux, & lier d’vn lien doux & fouple,& 
E ii) 


Redreffer la vi- 
gne. 


Esbourgeüner. 


Tiercer. 


ELVRE . 


durant tout ce temps n’oublier à leur bailler toutes les façons 
de labeur qu'auons cy deuant mentionnees. 


La maniere d'enterla vigne. Chap. 38. 


Enter vignes. 


AIté ce poinét plus amplement au troifieme liure, 

NIoù auons parlé de toutes les manieres & fingu- 

laritez d'enter. La vigne,donc,fe peut enter,ou 
fur vigne ,'ou fur arbres. Vigne fur vigne eft enteeen deux 
manieres, l'vne au tronc & l’autre en branche. Pourenteren 
tronc,il faut choifir vn tronc gros,ferme, & plein d'humeur, 
& quine foit point trop vieil, & le trencher en fleur de terre, 
ou pour le meilleur vn pied dans terre, parce que lente fexe- 
prendra mieux en terre que hors deterre, Les greffes quelon 
voudra enter, feront rondes, fermes, ayans plufieurs œillets. 
pres l’vn de l’autre, couppces au decours dela Eune, & prifes 
du tronc & pied de la vigne.La maniere de les enter fera d'in- 
ferer dedans le tronc enuiron deux doigts en profondeur les 
greffes. Feras le femblable fi tu veux enter le vigne fur bran- 
ches de vigne. La vigne eft entee de mefme façon fur les ar- 
bres,comme cerifiers,pruniers & autres femblables, deauoy 

Columelle, parle Columelle bien amplement en fon Ormaye, auquel te 
renuoyeray,parce qu'en nos païs de France lon ne faitaucun 
eftat d'enter les vignes, 


Quelques petites Jingularite touchant La 
vigne. Chap. 39. 


j Es anciens ont fait grand cas de la vignethe- 
riacale,pour la grande vertu qu'a fon vin con- 
1 tre la morfure des ferpens & autres beftes ve- 
nimeufes. La maniere de la preparer, eft de 
Ai fendre trois ou quatre doigts de la partie d'em 
bas du farment quenous voulonsplanter : & 
apres en auoir ofté la moelle, faudra mettre au lieu de ladite 
moelle,de la theriaque : puis enuelopper de papier, & planter 
la partie fendue:les autres ne fe contentent de ce moyen,mais 
refpandent de la theriaque fur les racines. La vigne de mefme 
façon, fera rendue laxatiue, fi au farmét fendu lon infere quel- 
que laxatif,ou fi lon arroufe fes racines auec chofes laxatiues, 


Vigne theria= 
cale. 


DE LA MAISON RVSTIQVE. xr2 


Notez toutesfois, que le farment prins de la vigne theriacale 
ou laxatiue,pour planter,ne retiendra pas la vertu dela mere, 
d'autant que la theriaque & autres laxatifs perdent leur vertu 
en la vigne, par fuccefsion de temps. 

Pour faire raifins fans pepins, oftez la moelle du farment Raïfins fans pe- 
que voulez planter, non pas du tout, mais feulement de la PR: 
partie qui fera fichee dans terre, puis enueloppez cefte partie 
de papier moitte, ou l’entez en vn oignon car l'oignon aide 
beaucoup au farment à naïftre | &la plantezainfi. Aucuns 
conféillent de l’arroufer fouuent auec eau où fera deftrempé 
du benjoin, iufques à tant qu’elle ait iettéle bourgeon. 

Pour auoir des raifins au printemps, faut enter vn farment 
de vigne noire fur vn cerifier. 

Pour faire raifins quiayent des grains, les vns blancs, les Raifins ayats les 
autres noirs, faut prendre deux farments differents l’vn à l’au- grainsrouges & 
tre, & les fendre par le milieu, prenant garde que la fente ne blancs. 
vienne iufques aux yeux, & que rien ne fe perde dela moelle, 
puis les adioufter l’vn à l’autre, & tellement agglutiner, que 
les yeux foyent pres l’vn de l’autre, &-qu'ils fe touchent en 
forte que de deux en foit fait quafi vn feul, apresil faut bien 
lier les farmens auec du papier, & les couurir de terre glueufe, 
on de cocppeaux d'oignons, & en celte maniere les planter: 

& fouuent les arroufer,iufques à ce que le bourgeon forte. 

Pour garder lhyuer entier, les raifins, les faut coupper Raïfns à garder 
apres pleine Lune en temps ferain, enuiron huit heures du 
matin que la rofee eft defia abbattuee:puis les plonger en eau 
marine, ou faulmure meflee auec vn peu de vin bouillafte, & 
les mettre fur de la paille d'orge. Aucuns les mettent dans 
vn vaiffeau plein de mouft, ou dans vn vaiffeau bien couuert 
& bien lutté, les autres dans du miel, les autres les frottent 
aucc du ius de pourpicr. 


Les maladies de la vigne, ex remedes 
d'icelle. Chap. 40. 
À vigne eft greuce quelquesfois par l’impetuo- 
fité des vents,ou par l'imprudence du vigneron 
qui l’ableffee du hoyau : faudra couurir lelieu 
bleffé auec fien de cheure ou de brebis, meflé 


= 2%] aucc terre bien delice, & houër fouuent la ter- 
re d’alentour. 


Vigne à defen- 


dre contrela ge 


lee, 


Côtre les brouil 
Jarts, 


Vigne fterile à 
rendre fertile, 


Remede à la lar 
me de la vigne, 


ETV RECM 


La vignene fera gaftee de gelce, fien diuers lieux lon fait 
amas de fiens fecs,ou de pailles. Et quand lon voitapprocher 
les gclees, lon y met le feu : car la fumee qui fortira,;rompra la 
force de la gelee, toutesfois Fil aduient que la vigne foit ga- 
fee de la gelee & qu'il apparoifle que le fruit foit perdu, la 
faudra coupper fort court, afin que fa vertu luy demeure:car 
l'annee fuiuante elle apportera du fruitau double, 

Contre les brouillarts quiaurontendommagé les vignes, 
faut piler racines ou fucilles de concombres fauuages , ou de 
colocinthe, & les mettre tremper en eau, & d’icelle arroufer 
les vignes apres le brouillarts. Lon dit que fi lon plante force 
lauriers dans la vigne, que toute la malice du brouillart tom- 
bera fur les rameaux des lauriers. 

Lon dit que la vigne fterile fera rendue fertile, fi lonar- 
roufe le tronc auec vrine d'homme ou de femme, faite de 168 
temps & diftillee fur le tronc peu à peu, & incontinentapres 
fi on l’enuirône de fien meflé auec de laterre, & faut faire ce- 
Îte cure en Automne. | 

Les vignes feront cogneues auoir defaut d'humidité, quäd 
elles auront les fucilles fort rouges, & à ce faut remedier par 
l’arroufement d’eau marine, ou vrine d'homme ou de femme. 

La vigne rend quelquesfois grande quantité de larmes, 
d’où aduient qu’elle perd fa force totalement. Le remedeelt 
de faire au tronc vne vlcere, & oingdre la playe auec huile 
cuitteiufques à la moitié,où bien aueclye d'huile, non falee, 
puis l'arroufer auec le plus fort vinaigre qu’il fera pofsible de 
trouuer. 

La vigne eft aucunesfois caduque detelle fäçon qu'elle 
laiffe cheoir fes raifins, les fignes font quand les fueilles font 
bläches & friches, & le farmét cit large & maniable & mol,à 
ce faudra remedier auec cédres battues & meflees auec vinai- 
gre fort, & en frotter le pied de la vigne, & arroufer tout ce 
qui ef à l’entour du tronc. 

La vignequi fait par trop de farment;la faut coupper fort 
court , & fi pour celane ceffe point, la faut defchauffer, & 
mettre à l'entour de fon tronc fablon de riuiere, & vn peu de 
cendre, ou bien des pierres pour la raffrefchir. 

1 y a d’aucunes vignes qui pourriffent le fruit recentemét 
produit auant que les raifins foyét nourris & deuenus meurs. 
Contre ce dommage faut mettre fur les racines cendres vieil- 

les 


| 
| 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 153 


les,ou fablon: ou bien à l’entour du trôc farine d’orge,meflee 
auec femence de pourpier. 
Les chenilles ne gafteront les vignes, fi la ferpe de laquelle Contre les che- 
lon couppera & taillera les vignes, eft oinéte auec fang de nilles. 
bouc, ou detergee auec la peau de Caftor. 

Pour garder queles beftes que lonnomme mefiraignes, Contre les mef- 
ne gaftent les vignes, les faut tailler de nuit quand la Lune eft iraignes. 
au figne de Leo,ou de Scorpiô,ou de Sagittaire,ou de Taurus: 
ou bien fautarroufer les vignes auec eau où auront trempé 
par l’efpace de dix iours,au Soleil, dix efcreuices de riuiere ou 
de mer. 

Les formions, qui gaftent le bois de la vigne iufques à la Formions, 
moelle, ne feront aucun dommage, fi on frotte le tronc auec 
fien de beuf, ou auec graiffe d’afne. 

La lifette nenuira point à la vigne, fi vous la taillez auec 1 iférte, 
ferpes qui foyent oinctes & frottees d’huille où aura cuit la 
lifette mefme,ou les chenilles que lon trouue aux rofiers.Ce 
mefme remede feruiracontre limaçons,vermiffeaux;,araignes, 
principalement fi vous taillez la vigne auec ferpes qui foyent 
oinctes d’huilleoù les cantharides ayent trempé: ou bien fi 
tu vois que les vignes foyent gaftees de ce beftial, faudra faire 
perfumauec corne de cerf, ou fien de beuf, ou ongle d'afne, 
ou de cheure. 

Aux vignes femblablement nuifent beaucoup le laurier, Choux ésvignes 
couldrier & les choux plantez en leur gueret, & principale- dommageables. 
ment les choux qu'elle hait fur tout. Parquoy le bon vigne- 
ronne femera ou plantera jamais en fa vigne ny choux ,ny 
Jaurier, ny couldrier, 


La maniere de faire vendanges. 


Chap. 4r. À 
SX E dernier labeur de la vigne, eft, vendanger Vendanger, 
VS & cueillir les raifins : lequel nefe doit atten- 

VA ter parle vigneron auant la maturité des rai- 

fins que lon cognoiftra quand le raïlin noir- Raïfins meurs. 
cit, quand les pepins du grain fe monftrent 


ticrement dela pulpe de raifin, fi lon fait exprefsion de la 
F 


T'emps & heure 
de vendanger. 


Vtils pour ven- 
danger. 


Office des ven- 
dangeurs. 


Fouleurs de vin. 


Temps pour fai 
re cuuer les vins 


ETVRE V. 


grappe. Il faut vendanger en beau temps & ferain: voire [Fil 
eft pofSible]la Lune eftant en fon decours, & deffous la terre: 
car le vin en eft meilleur, & de plus longue duree. Vray qu’a- 
uant vendanger, faut auoir tout fon cas pret, à fçauoir, pen- 
niers & vaifleaux,pour cueillir les grappes, ferpes & ferpettes 
cfguifees tonneaux bien reliez, lauez, & nettoyez,cuues net- 
tes & bien adiancees, baignoires, tinnes & tinnettes , propre- 
mentaccommodees,les prefloirs efuentez,nettoyez,lauez, & 
garnis de leurs vtils neceffaires. 

Les vendangeurs feront fongneux de feparer les fueilles, 
grappes vertes, aigres, feiches, & pourries, d'auec les meures 
& entieres, à fin que le vin n’en foit endommagé: porteront 
les raifins cueillis,en la cuue, en laquelle dés le lendemain fe- 
ront foullez egalement, & auec tel foing que peu de grains 
reftent entieres en la grappe. Vray que les fouleurs ne doiuent 
entrer dans la cuue,que premierementilsn'ayent les pieds la- 
uez, & le corps bien net, mefme ceinéts & veitus de quelque 
chemife, à fin que leur fueur ne face dommage au vin. 

On lairra les raifins foullez,bouillir & cuuer par l’efpace 
de vingtquatre heures plus ou moins, felon que lon voudra 
eftrele vin:car le plus cuué eft plus gros,vermeil, & puiffant: 
le moins cuué eft plus fubtil & delicat. Mefmes fi tu veux 
auoir vn vin fort & puiflant, te faudra couurir la cuue, de 
quelques couuerture, à fin que fa vapeur ne fexhale & fa 
vertu ne fefpande.Tu cognoiftras que le vin aura affez cuué, 
quand tu t'apperceuras que les bouillons ferent appaifez, & 
ne fefleueront plus fi haut, &incontinent aprestu tireras le 
vin,ou par la fonteine d’embas,ou du deffus de la cuue par le 
moyen àvn pennier, & le couleras en des tonneaux, tel vin 
eft appelé vulgairement vin de mere goutte: fi dauenture tu 
n'aime mieux appeler le vin de mere goutte, celuy qui fef- 
coule auant que les raifins foyent foulez en la cuue. Le mare 
des grappes foulees, où il y aura encor quelque fubftance & 
liqueur de vin, fera porté au prefloir pour y eftre exprimé, 
où il endurera trois, voire quatre couppes : vray que d'autant 
moins fera il gracieux, à raifon de quoy pourras mettre à part 
le vin de mere goutte, d’auec celuy qui aura enduré la coup- 


Tonneant pour pe du preffoir. Quoy qu'il en foit,les tonneaux où fera receu 


receuoir le vin. 


& coulé le mouit, ne feront du tout remplis, mais auront 
quelque efpace pour laiffer bouillir le mouft & ietter fon 


DE LA MAISON RVSTIQVE. n4 


efcume à fon aife:vray qu'il les faudra remplir tous les iours, 
& ce iufques à tant que lon voye le vin auoir ietté entiere- 
ment fon efcume, & alors ne le faudra encor bôdonner , mais 
pluftoft mettre vne pierre ou bondon de foin fur le trou du 
couloir, & quand on cognoiftra que le vin fera du tout ap- 
paifé, alors on pourra bondonner lesmuis. Faudra que les 
tonneaux durant ce temps foyent ou en plein air, ou en vne 
grange bien aëree, car il ne les faut conduire en la caue auant 
que le mouft ait du tout ietté fa fureur. Cependant le bon 
mefnagier penfera de faire du vin de mefnage que lon appelle 
vulgairement defpence, pour la boiffon de fes feruiteurs, & 
pour ce faire amaflera le marc du vin qui aura enduré vne 
couppe ou deux tout au plusau preffoir, & le mettraen des 
tonneaux auec telle quantité d’eau qu’il fera neceflaire. Vray 
eft que la defpence en fera beaucoup meilleure, fi elle eft faite 
auec le marc des grappes premierement foulees, 

Apres que le vin fera rafsis, & aura du tout appaifé fa fu- 
reur, on le pourra aualler en la caue: qui doiteftre au regard 
de Septentrion, pauec de fablon ou deterre feiche, & feparee 
de toutes mauuaifes fenteurs, eftables à chetaux, latrines, 
baings, lieux marefcageux : & n'aura rien d’enfermé qui foit 
de mauuais odeur, comme fourmage, aulx, huilles, cuirs: car 
il n’y a rien plus fubieét à contagion que le vin, principale- 
ment nouueau. Les tonneaux y feront tellement arrengez, 
qu'ils ne toucheront l’vn à l’autre,maisauront quelque inter. 
ualle, pour eftre plus aifément vifitez toute l'annee: les ton- 
neaux, pour euiter le vice de l’euent qui aduient au vin,aurôt 
le trou du couloir fort bien eftouppé auec fablon, & ne ferôt 
remuez ny touchez aucunemét, que le temps propre à boire 
le vin,ne foit venu,fi dauanture le bon mefnager incontinent 
ou peu de tempsapres vendanges faites ne veut vendre quel- 
que partie de fon vin, felon la commodité qui fe peut à luy 
prefenter : toutesfois ie trouue que les anciens, pour auoir vn 
vin plus pur & net,& fubtil,des que le mouft auoit ictté fon 
efcume, & ceflé de bouillir , ils tranfuafoyent le vin, c’eft à 
dire, changeoyent de tonneau en autre, ayans cefte opinion, 
que le vin feparé de fa lye,fait en hyuer vne mere plus fubtile 
& delice, & eft de meilleure garde,& beaucoup mieux fe cla- 
rifie au printemps que fur fa premiere lye,mefmes que quand 
le vin demeure longuemét auec fa premiere lye, quieft craffe 

ee | 


Defpence, 


Les tonneaux 
mis en la caue. 
Quelle doiteftre 


la caue. 


Vin fubieé à 
contagion. 


Triüaferle vin 


Temps detranf 


uafer le vin. 


Hefiode, 


Le vin quieft au 
milieu du ten- 
neau eft le meil- 
Jcur. 


Téps de percer = 
les vins, felon LES 


les anciens. 


Commét il faut 
percer les vins. 


Goufterle vin. 


En queltemps, 

& comment :l 
faut goufter le 
vin, 


L'I V REIN. 


& auftere, perd facilement fa faueur naturelle, & en acquiert 
vaeauftere, & mal-plaifante auec fubftance crafle & efpeile: 
ils obferuoyent dauantage le temps & l'influence des aftres: 
car jamais ils ne changeoyent le vin de tonneau en autre, le 
vent de Septétrion ne foufflaft,q la Lune ne fuft en croiflant, 
ou fous terre, que les rofes neiettaffent leurs premieres fleurs 
& la vigne fes bourgeons: & fuiuant telle couftume Hefiode 
confeille qu'à changer le vin des vaifleaux, faut feparer le vin 
qui cft au deffus du tonneau & celuy quieft proche delalye, 
d’auec celuy qui eft au milieu: parce que celuy qui eft pres la 
bouche du tonneau, eft plus euaporé comme plus proche de 
l'air, & celu y qui eft au fond, fe gafte facilement,côme eftant 
pres de la lye: mais celuy qui eft au milieu eft plus durable, & 
plus conuenable pour le nourriffement. Telle couftume des 
anciens n'eft pour ceiourd’huy obferuce, principalement en 
ces regions Galliques,parquoy ne parlerons aucunement de 
celte tranfuafation de vin, 


Da temps de percer les tonneaux, és° goufter 
le vin. Chap. 42. 


Es anciésattribuoyent;tant aux aftres que ia- 
| mais ne perçoyent les tôneaux, fuft pour boi- 
Si resou pour goufter le vin,au leuer du folcil ou 
| de la Lune,ayants cefte opinion,qu’en ce téps 

ile vin fefmeut, & par ainfi qu'il nele faut au- 
= — cunement manier. Nous n’y regardons pas de 
{i pres,mais nous perçons les tonneaux toutes & quantes fois 
que la necefsité ou comodité le requiert, toutesfois à les per- 
cer faut auoir cefte prudence, que le moins qu’il fera pofsible 
le vin prenne vent, & dés que lon en aura tiré tät foit peu, faut 
incontinent remplir le vaifleau pour crainte de l’euent. Quant 
à goufter le vin, foit pour vendre ou, boire foit pour fçauoir 
Fil en y a aucun qui foit en danger d’eftre tourné, aucuns cô- 
feillent qu'il eft bon de l’effayer au temps que le vent de Bife 
vente, par-ce qu'il eft plus pur & plus net en ce temps qu'en 
autre: les autres quand le vent de Midy fouffle,par-ce que ce 
vent efmeut grâdement le vin, & lemonftre tel qu'il eft,quoy 
qu’en foit,il ne faut goufter le vin à ieun, car auant que man- 


| 
| 
| 
| 
. 


DE LA MAISON RVSTIQYE. us 


ger on trouue le gouft du vin hebeté, & ftupide : ny apres a- 
uoir beu d'autre vin,ny apres auoir le ventre plein. D’auanta- 


, , . u . > * r 
ge l’effayeur du vin ne doit auoir rien mangé d'aigre, de falé, : 


d'amer,n’aucune chofe qui puiffe changer le gouit, mais doit 
= Fe . 3. . c rie 
auoir mangé bien petit, fans qu'il foit encor digeré. 


Quelques petites fingularitez, touchant 
le vin. Chap. 43. 


Our faire que le mouft ne ferefpandra point 
par deffus en bouillant au tonneau,tu mettras 
à l’entour du trou par ou le mouft fort, vn 
À chappellet de poulliot, ou de calaminthe, ou 
À] d’origan : ou tu oingdras les bords d'iceluy 
= trou par dedans, auec du laiét ou formage de 
vache, caril retiendra par dedans la grand chaleur du mouft. 

Pour faire que le mouft pourra eitre bié toft efpurgé,faut 
mettre dans foixante feptiers de mouft , demy feptier de vin- 
aigre, & dans trois iours le mouft fera purifié. 

Si tu veux auoir du mouft toute l'annee, faut prendre le 
mouft qui diftille par luy mefme des raifins auant qu'ils foyét 
foullez, & le mettre leiour mefme dans vn tôneau poiifé de- 
dans & dehors, en forte que le vaiffeau foit à demy plein & 
fort bien eftouppé de plaftre par deflus, & le mouftdemou- 
rera longuement en fa douceur, & encor plus longuement fe 
gardera, fi vous mettez le tonneau dans vn puis ou vn fleuue 
bien fermé, & enclos d’vne petite peau, & le laiffez là trente 
iours, Car pour autant qu'il n'aura point bouill y il fera touf- 
iours mouft : ou bien fera bon de froiffer L. , raifins tout dou- 
cement, fans les eftreindre fort, & le mouft qui en fortira fera 
durable.Les autres mettét les tôneaux dans du fablon moyte, 
aucuns poiflent les tonneaux dedans & dehors, & les mettent 
dedans vn puïs à la façon deflufdite, tellement-que les bords 
demeurent hors de l’eau feulement:les autres les couurent de 
marc,puis y amoucellent par deffus du fablon moyte. 

Pour cognoiftre fil y à de l’eau au mouft ou vin,pren poi- 
res cruës & fauuages, & les couppe par le milieu & nettoye: 
ou fitu veux pren des meures & les iette au vin, fi elles nagent 
deffus,le vin eft pur:mais fi elles vont en bas, il y aura de l’eau, 
FE "1 


Côme le mouft 
ne s’efpandraen 
bouillant. 


Côme le mouft 
fe purgera. 


Pour suoir 
mouft tou- 
te l'annee. 


Sçauoir s'il ya 


de l’eau au vin. 


Commeét il faut 
corriger l'hurai- 
dité du vin, 


Pour corriger le 
mouft qui com- 
menceàs'aigrir 


Pourfairemouft 
bien toft rafsis. 


Pour feparer 
Peau du vin, 


EL VII EMA, 


Aucuns frottent d'huile vne canne, ou vn bois,ou du papiers 
ou du foin, ou quelque autre buche, puis la torchent &la 
mettent dans Ie vin apres l’en retire, & de là prénent cognoif- 
fance : car fi dans le vin y à de l’eau,les gouttes faffembleront 
à l’huile,les autres iettent dans la chaux vifue,du vin: & fil y à 
de l'eau la chaux fe diffoudra, fi le vin eft pur, il conglutinera 
la chaux. Aucuns verfent le vin dans vne poille, ouil y à de 
l'huile bouillant & fil y à de l’eau il fera grâd bruit & bouil- 
lonnera. 

Si l'annee eft pluuieufe, & qu’il aduienne que les raifins 
eftans encores à la vigne foyent fort mouillez : ou fil aduient 
qu'apres vendanges la pluye chee impetueufement,tellement 
que lesraifins foyent plus arroufez qu'il n’eft befoing : nous 
les foullerons neceffairement. Et fi vous cognoiflez que le 
mouft qui lortira de telle vendange foit de peu de force, ce 
que vous pourrez fçauoir en le gouftant apres que le vin fera 
mis dans des tonneaux à la premiere fois qu’il bouillira, il le 
faut incontinent changer en vn autre vaifleau, car toute l’a- 


quofité qui fera en luy demeurera au fond, & pource que le. 


vin demeurera encor chargé, vous mettrez en foixanre fex- 
tiers de vin trois demy fextiers de fel. Les autres font bouillir 
le vin fur le feu , tant que la cinquiefme partie en foit confu- 
mee, & quatreans apresilsen vfent. 

S’il auient que le mouft ainfi preparé qu’auons cy deuant 
defcrit,apres auoir duré affez longuement, commence à fai- 
grir, pour obuier à ce, faut mettre tremper deux demy fex- 
tiers de raïfins bouillis, iufques à ce qu'ils foyentenflez, & 
foyentefpraints & mis dans la huitiefme partie de mouft, ou 
faites couler lemouft parmy le fablon de riuiere. 

Si voulez que le mouft dans vingtquatre heures foit rafsis 
fans bouillir, pour en vferincontinent, empliffez vn tonneau 
de petits coeppeaux de bois de fayette, que les Champenois 
appellét bufchettes, fur ces coeppeauxietterez voftre mouft, 
& dans lefdites vingtquatre heures aurez du vin rafsis, fans 
auoir ietté aucune efcume : les Champenois, principalement 
les citoyens de la ville de Troye vfent de cefte recepte, non 
feulement pour auoir bien toft du vin rafsis, mais aufsi pour 
faire rappez. 

S'il aduient que le vin ait de l’eau, & que l’ayons cogneu 
par les moyens qu’auôs n'agueres defcrit, pour feparer l'eau, 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. né 


faut méttre dans le tonneau du vin, alun fondu puis eftoup- 
per la bouche du tonneau d'vne efponge imbibee d'huile, & 
touraer la bouche contre terre, car l’eau fortira feulement:ou 
bien faites faire vn vafe debois de lierre, & y mettez telle 
quantité de vin qu'il pourra tenir, l’eau fortiraincontinent, & 

Je vin demeurera pur. 

Vous ferez du vin odorant & doux en cefte forte : prenez Pour faire via 
vn peu de graine de meurte, feichez & pillez la, & la mettez ETS 
dans vn petit baril de vin & le laiffez dix iours, & apres l’ou- 
urez & en vez: vous ferez le femblable fi prenez la fleur du 
raifin ( celle principalement qui eft des vignes arbuftines) au 
temps que les raifins fleuriffent, & la iettez dans le tonneau: 

es fucilles de pin & de cypres frottees contre les bords du 
tonneau, & mifes parmy le vin, font le vin fort odorant : ou 
pour le plus facile, faut prendre vne orenge Ou vn citron qui 
ne foit pas trop gros, & le larder,ou piquer de clous de giro- 
fle ,iufques à tant qu'ilen foit tout plein, puis faut mettre le 
citron dans le vaiffeau , pourueu qu'il ne touche point au vin 
& bien eftoupper le tonneau. 

Pour faire de vin blanc, vinnoir: & aucontraire,devin Pour faire ds 

noir vin blanc, prenez fel commun huit drachmes & les met- vin blanc noir: 
tez en dix demy feptiers de vin noir: ou bien verfez en du vin * de noir blanc 
noir du laict clair,auec cendres de farment de vigneblanche, 
& le tournez bien l’efpace de quarante iours, puis laiffez le 
repofer & ildeuiendra vin blanc. Au contrairele vin blanc 
deuiendra noir, fi mettez en iceluy des cendres de farment de 
vignenoire. 

Pour faire vin clairet,battez trois bläcs d’œufs en vn plat Pour faire vin 
+ant que l’efcume en vienne & y adiouftez du fel blanc & au- claire, 
tant de vin, battez le tout enfemble derechef, iufques à ce 
qu'ils deuiennent fort blancs, apres rempliffez le plat de vin, 

& le tout mettez dans le tonneau du vin, & le gardez. | 

Vous ferez vin qui portera beaucoup d’eau, fi defeichez Vin portant be- 
racines de guymauues & en faites rafure, que iettiez dans le “°° d'eau. 
vin,lequel apres faudra tourner & mefler fongneufement. 

Le vin n'aura point de fleur, fi vous mettez au vin fleur de Vin n'ayätpoint 
raifin cueillie & feichee,ou de la farine de veffes, & quand la °“eur: 
fleur & farine feront defcenduës au fond,remuez le vin en vn 
autre tonneau. 

Vous ferez du vin cuit, fi faites bouillir du mouft bon & Vin cuit, 


Vin doux pour 
toute l’annee, 


Vin Grec, 


Bonne defpence. 


Pour faire repo- 
fer vins troublez 


Force du vin 
oftee. 


Boire beaucoup 
de vin, & ne 
fenyurer point. 


L'I V'RPETONE 


amoureux & fort doux, iufques à ce que la tierce partieen 
foit confummee: & iceluy refroidy le faut mettre dans des 
vaifleaux pour lvfage. 

Pour faire vin doux qui dure toute l'annee, faudra cueil- 
lir les raifins entiers, & par trois iours les laiffer eftédus au fo- 
leil : au quatriefme iour fur le midy les fouller. Le vin doux 
c’eft à dire lamere goutte, qui coulera dans la cuuette auant 
qu'on preflure,le marc doit eftre ofté & mis à part, & le doit 
on faire bouillir : & apres auoir bouilly, en dix-neuf quartes 
y mettre vne once d'iris,ou flambe bien pilee, & couler ce vin 
fans fa lic:ce faifantil fera doux, ferme & fain au corps. 

Pour faire du vin femblable au vin Grec, tu cueilleras és 
vignes haftiues des raifins bien meurs, & par trois iours les 
laifferas feicher au foleil: au quatriefme les fouleras au pied & 
mettras dâs vn vaifleau,le vin qui fera ainfi fait, foubs le pied, 
ayant le foing delle faire bien purger, de fon ordure, & lie a- 
lors qu'il bouillira : & le cinquiefme iour que le vin fera pur- 
gé, tu mettras deux liures de fel recuit, & faffé ou batu bien 
menu, ou pour le moins vne liureen dix-huit quartes & de- 
mie de vin. 

Pour faire bonne Defpence,il faut aduifer combien mon- 
tera la dixiefme partie du vin qu'on aura tiré en vn iour, & 
ietter autant d’eau douce par deffusle marc, duquel on aura 
tiré ce vin:auec ce,on meflera de l'efcume de vin bouilly, ou 
cuit, & de la lie qui fera dans la cuuette,qu’on laiffera tremper 
vne nuit: le jour fuiuant, faudra fouller le tout auecles pieds, 
& puis le preffurer : apres mettre ce quien fortira en dés ton- 
neaux:& quand ce vin aura bouilly;les boufcher. 

Pour faire repofer les vins troublez & pleins delie,verfez 
à foixante feptiers de vin,vn demy feptier de lie d'huile cuite, 
iufques à ce que la tierce partie foit perduë:& les vins fe repo 
fent incontinent & reuiennent en leur premier eftat. 

Vous ofterez la force au vin, fi vous mettez dansle vin 
duius de choux,lefquels au par-auant vous aurez mafché, & 
en aurez tiré leius. 

Pour boire grande quantité de vin, & ne fen-yurer point, 
faut manger d'vn poulmon de cheure rofty,ou autrement 
mangez cinq ou feptamandes ameres à ieun. Ou autrement 
mangez des choux cruds,auant que boire & ne vous enyurc- 
rez point. Lon ditqu’vn grand beuucurnefen-yureraiamais 


Pi 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. u7 


fileft couronné de petits rameaux d’Iue mufcate, ou fi à la 
premiere fois qu’il boira il dit ces vers d'Homere [[uppiter 
his alta fonuit cleméter ab Ida] c'e à dire: De ce haut mont. 
d’Ida, uppiter fit fa voix doucement refonner, 

Pour faire haïr le vin, il faut prendre l’humeur fubtil qui Haïr le vin, 
degoutte des farmens apres qu'ils font couppez, & la mettez 
dans le boire de l’yurongne, quand il voudra boire,qu'iln’en 
fache rien, & il perdra toute volonté de boire du vin. 

. Pour faire que les yurongnes deuiendront fobres, faut Yurongnes fo- 
manger des choux & confitures faites de miel : ou bien,boire bre. 
vinaigre à grands traits. 

Pour faire que le vinne deuienne pas fort, pren vne piece Que le vin ne 
de lard falé, & l'attache au pertuis par où on entonne le vin, deuienne fre. 
auec gros fil tant qu'il puiffe fouftenir le lard : & fais que le 
lard touche feulement la fuperficie du vin. En ce faifant, le 
vin ne pourra deuenir fort à caufe de la graiffe & du fel, qui 
empefchent la feparation & attenuation qui baillent la force 
au vin. 

Pour faire qu'incontinét le vin nouueau foit vieil,prenez Faire vin vieil 
amandes ameres,melilot, de chacun vne once, regaliffe, trois de vin nouueau. 
onces, nardis celticæ,autant,aloës,cicotrin, deux onces, pilez 
le tout, & liez-le enfemble en vn linge & le mettez däs le vin. 


Lon cognoiftra le vin eftre de garde ou non en ces fortes: Le vinde garde 


quand le vin fera entonné,quelque temps apres le faut tranf- 
muer en autre vaifleau, & laiffer la lye en fon premier ton- 
neau , lequel faudra bien eftoupper de toutes parts, puis re- 
garder foigneufement fi la lyene fe change point & acquiert 
quelque mauuaife fenteur,ou engendre moufcherons,ou au- 
tres beftioles fauuages, fi lon voit que rien de cela n’y furwiét, 
ne faut auoir crainte que le vin fe tourne, fi autrement, on 
pourra eftre affeuré de la corruption du vin:les autres mettét 
iufques au fond du tonneau, vn canal ou tuyau de fufeau, ou 
autre femblable bois, qui fe peut cauer, par lequel ilsattirent 
le vent, & par ce moyen font affeurez de l'odeur & fenteur de à 
la lye, & felon la qualité d’icelle donnent iugement de la qua- 
lité du vin. Aucuns font prefage par les couuercles des ton- 
neaux,aufquels fils cognoiffent vne faueur vineufe, font con- 
ieure de la bonté du vin,fi vne faueur aqueufe,ne font grâd 
cas de tel vin : les autres font experience par la faueur du vin, 
lequel Fils trouuent afpre du commencement, efperent bien 
G 


he patte) 2 ÈSS 


L 1V REV. 


de fa bonté, fi mol,au contraire : fi quand on met le mouît és 
“tonneaux il eft gros & glueux, c’eft figne de bonté:fil eft fans 
aucune force,il {e tournera facilement. 


Diftours d'aucuns vins qui ferment à l'ufage 
de medecine. Chap. 44. 


Omme auons dit au fecond liure, que la fer- 

miere foigneufe doit femer & pläter en quel- 

que couche de fon jardin potiger, aucunes 
herbes medecinales,aufsi ne fera mauuais que 

{tous les ans le fermier où la fermiere au temps 

des vendanges face & compofe des vins pour 

Faire des vins les necefsitez des maladies qui peuuent füuruenir à leurs gens: 
medecimaux.  parquoy afin que n’oubliôs rien qui puifle feruir à l'entretien 
de noftre maifon Ruftique,n’auons voulu obmettre la forme 

de compofertels vins. 

Vin d'abfince. Pour faire vin d'abfince prenez abfince pontique ou au 
deffaut d'iceluy abfince vulgaire, principalement celuy qui à 
petite tige & courtes fueilles,enuiron huit drachmes,pilez les 
& les lyez en vn linge, qui ne foit pas trop tyffu , & lesiettez 
dans le tonneau, puis apres verfez du mouft par deflus, en tel- 
Je proportion qu'il y ait vne once d’abfince pour fix feptiers 

de mouft iufques à ce que le vaiffeau foit plein: & y laiflez vne 
efuentoufe,afin qu'il ne renuerfe en bouillant. L’vfage de ce 
vin eft bon pour la douleur d'eftomach, & de foye, & pour 
faire mourir les vers qui font aux inteftins. 

Vin de marrube Pour faire vin de marrube,pour la tous, durant les vendä- 
ges,faut cueillir des bouts & caules tendres de marrube,prin- 
cipalement és lieux qui font maigres & non labourez,puis les 
faire feicher au foleil & les mettre en bottes, & les lier d’vn lié 
de ionc,& les defcendre dans le vaiffeau: en foixante & quin- 
ze quartes de mouft, faut mettre huitliures de Marrubium, 
pour bouillir auec, puis on tirera le marrubiü dehors, & bouf- 
chera lon le vin bien diligemment. 

Vin d'anis, d'a Le vin d’anis & d’anet,contrela difficulté d’vrine: le vin 

net,de poires, de de poires, contre le flux de ventre : le vin de laurier, contre la 

Lx douleur de vêétre & trenchees:le vin de cabaret,contre la iau- 

7°" nilfe,hydropifie, & fiebure tierce:le vin de fauge, côtre dou- 

leurs & foullures denerfs, font faits de mefme façon quele 
vin d’abfince, 

Pour faire vin de thym;faut cucillirlethym quäd il fleu- 


Vin de thym. 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. n8 


rift & le feicher, puis le piller, & en mettre iufques à deux 
boiffeaux dans vn tonneau,en foixante feptiers de vin blanc. 

Vin de grenades eft fait de grenades quinefoyent gueres 
meures,bien quaflees & mifes dans vn tonneau,en fix feptiers 
de gros vin noir,pour en vfer contre le flux de ventre : à mef- 
me vfage fert le vin fait de cormes, de meurte, & de coings. 
Plus ample traitté de la compofiti des vins,tu pourras veoir 
au cinquiefme liure de Diofcoride. 


Des vices € accidents qui faruiennent au 
Vin. Chap. 45. 


==} E vin n'eft exempt dé dommage & inconue- 
nient, non plus que toutes autres ahofes qui 
font côtenuës foubs le teét du ciel: parquoy 
pour obuier à tous inconueniés qui furuien- 
J} nent au vin, faut diligemment & fouuent vi- 
fiterles tonneaux, toutesfois depuis le temps 
= —S]] qu'on aura couuert & boufchéles vaiffeaux, 
iufques à l’equinocce dunouueau temps, il fuffra traitter & 
remplir fon vin en trente & fix jours vne fois :apres cetemps 
là,deux:& fi le vin commence à fleurir plus fouuent:afin que 
la fleurne defcende au fond, & gafte le gouft.Plus grande fera 
la chaleur & plus fouuent faudra vifiter, & en rempliffanten- 
tretenir le vin,le raffrefchir & luy donner vent: car tant qu'il 


fera froid il demeurera en fon entier. 

Si le vin commence à faigrir,faut mettre au fond du ton- 
neau vn pot plein d’eau, qui foit bien eftouppé,puis eftoup- 
per aufsile tonneau mefme, en y laiflant vne petite ventoufe: 
au troifiefme iour, faut retirer le pot, l'eau duquel on trouue- 
ra puante & le vin fain & net. 

Les vins fe tournent,principalement enuiron la $. Barna- 
bé,au Solftice eftiual, & generalement quand le vent de midy 
vente, foit en Efté ou hyuer, en temps de grandes pluyes,des 
grands vents,mouuemét de terre,ou de fort tonnerre, & quäd 
les vignes ou les rofes commencent à fleurir: pour les garder 
detourner,quandils bouillent, faut mettre dedans du {el cuit 
ou bien graine d’ache, auec fon d'orge & fueilles de laurier: 
ou cendres de farment de vigne, auec feméce de fenoil pillee. 
Les autres donnent tels remedes, prenez racines d'armoife & 
de l'hcrbenommee cinq fucilles, faites en poudre, & quand le 

Gi) 


Vin de grenade 


Vin de cormes, 
coin,& de meur. 
te: 


Comme il faur 
gouuerner les 
vins en la caue, 


Côtre l'aigrenur. 


En quel temps le 
vin fe trouve 
principalement, 


L'I V RE SW: 


vin aura bouillu mettez en dedäs & ilne tournera point. Auf- 
fi fi vous mettez du fer au couvercle des tonneaux, il garde le 
vin de tout dommage qui peut aduenir par le tônerre, ou par 
la foudre. Les amandes douces iettees dans le vin noir,le gar- 
dent de tourner : cédres du bois de chefne miles au vin font le 
femblable. La farine de la veffe blanche garde le vin quine fe 
tourne & l’entretient en fon integrité : l’alun misen pieces, 
fait le mefme. 


Contre levin S'il aduient que le vin foit tourné, fautietter dans le ton- 


tourné. neau affez bonne quantité de poiure battu, & pour le meilleur 
le changer de vaiffeau. 
. . LAC e r ® LÉ 
Pour vintroue Si le vin eft troublé, il fera bien toft clarifiéauec noyaux 
blé. de pommes de pin ou de pefches,ou auec aubins d'œufs & vn 


peu de fel, Autrement prenez demie liure d’alun de roche, & 
autant de fucre, faites en poudre fort menuë & laiettez au 
tonneau. : 2 éip 
Côte levinqui S'ilte femble quele vin fe yueille gafter,pren deux ou trois 
fe commence à œufs & file vin eft clairet,pren feulemét le moyeu d'vn œuf, 
pis & fi le vin eft blanc, pren feulement le:blanc de l'œuf, puis 
pren trois onces de pierres vifues, d’vn fleuue qui coure fort 
& les mets en poudre, & deux onces de fel puluerifé bien me- 
nu, & meflé tout enfemble, puis mets le vin eh vn autre vaif- 
feau net, qui n'aitpointaucune odeur:puisiette dedans toute 
celle compofition,.& la mefleauec levin, cinq ou fix fois le 
iour,iufques au bout de trois.ou quatre iours:mais note qu’il 
faut faire cefte prouifion auant qu'il foit du tout pourry : car 
fil eftoit du tout corrompu, cela ne feruiroit de rien & feroit 
temps perda. 
Pour Le vin Pour ofter l'odeur de moyfi au vin, pren des neffles bien 
moy. meures en la paille, & les ouure en quatre parties, puis lie les 
auec vn filet, & les attache au bondon du tonneau, & qu'elles 
foyent toutes couuertes du vin; & les laiffe ainfi demeurer vn 
mois, puisles ofte, & tu ofteras aufsi la mauuaife odeur du vin 
ou bien pren femence de laurier & la fais bouillir en vin, puis 
jette la au tonneau. Autrement fais vn fachet plein de fauge 
&c le mets dans le tonneau, fanstoucher au vin. Le mefmere- 
Contre aigreur Mmede fert quâd le vin elt aigre, fi tu n'ayme mieux pour ame- 
de vin. der le vin aigreietter dans le vaiffeau femence de porreaux. 
Pourempcfcher Pour empefcher que le vin ne faigrifle, faut mettre les 
l'aigreur, tonneaux en lieu froid , bien pleins & bien eftouppez, telle- 
ment qu'ilsnerefpirent point : ou bien fil aduiét que lon n'ait 


> 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. n9 


commodité de lieu froid, & que le vin foit en lieu chaud; ou 
qu'il faille long temps tenir en perce le vin, pour le defendre 
d'aigreur, faut pendre à vne cordelette vne groffe piece de 
Jard bien enueloppee en toille de lin, & l’aualler par le bon- 
donnail iufques au milien du vin , & felon que le vin Pappe- 
tiffera au traire, faudra aualler la piece de lard, en telle forte 
qu’elle foit toufiours au milieu du vin , cependant le vaiffeau 
doit eftre toufiours couuert & bien eftouppé, & d'autant que 
la piece de lard fera plus groffe, d'autant le vin fe gardera 
mieux d’aigrir. Aucuns confeillent pour ce mefme effect, qu'il 
faut mettre dans le tonneau, huile d’oliue,en telle forte qu'el- 
le couure feulement la fuperficie du vin : & quand le vin fera 
du tout tiré, lon pourra facillement recueillir l'huile. 


Huile d'oliue 
pour aigreur de 
vin. 


Pour ofter l’aquofité & trop grande humidité du vin, Pour le vin trop 


faut mettre dans le tonneau fueilles de grenadier. 

Si quelque befte eft rombece dans le vin & morte;comme 
vn ferpent, vn rat, vne fouris, à fin qu'elle ne donne mauuais 
gouft au vin, fi toft qu’on aura trouué le corps mort, il le faut 
brufler, & ietter la cédre froide däs le vaifleau auquel il eftoit 
tombé, & le remuer auec vn bafton de bois: les autres con- 
feillent de mettre dans le vin, du pain chaut, ou vn anneau de 
fer, & le venin fen ira. 


Maniere de faire vinaigre. Chap. 46.7 


7 Inaïgre eft vn vice du vin, comme auons peu 
Æ1 entendre par cy deuant: toutesfois la luxure 
4 & volupté des hommes a fait, que le vinaigre 
| eft venu en vfage,non feulement pour les con- 
4 1%|| diments & faulfes, mais.aufsi pour plufieurs 
—] autres necefsitez : ne fera donc hors de raifon 
de dire vn petit mot de la maniere de fairesle vinaigre. _ 

La maniere plus cômune faire vinaigre eft telle:lon prend 
bon vin, lequel on met en vn vaiffeau iufques à la moitié, & 
Jaiffe on le vaiffeau deftouppé, mis en vn lieu chaud, comme 
au grenier, ou fur les tuiles. FEAR 

Qui voudra bien toit faire vinaigre, faut embrafer vne 
pierre ou tuille,ou acier, & le mettre tout chaud dans le vin, 
& que la bouche du tonneau foit toufiours defcouuerte, ou 
que le vaiffeau foit mis au foleil trois ou quatre iours, & que 
Jon mette quelque peu de fel au viniou bié empliffez vn ton- 
ii 


aqueux. 


Contre le venin 
ou beftes tom- 
bees dans le vin. 


Vinaigre vice 
du vin. 


EIVIRPE ONE 


neau de bon vin, & l’eftouppez tresbié, puis le mettez en vne 
chaudiere pleine d’eau boullue fur le feu, & que l’eau bouille 
Racines de ber- longuement,il aigrira : ou bien,mettez dansie vin vne racine 
tes, & raphanes de bette pilee,ou racine de raphane mife en poudre:& fi vou- 


font vinaigre. lez le remettre en fon entier, iettez-y vne racine de chou. 
Racine de chou 


fait le vinaigr | uelau ’ « 
RARE Que que petites Jingalarite touchant le 
VInaIgre. Chap. 47. 


Fort vinaigre, SX ÿ Our faire fort vinaigre: pren des cornoilles 
à quand elles commencent à deuenir rouges, 
& des meures qui croiflent en ronciers, de 
celles qui naïffent és chäps, à demy meures, 
Sp] fais-les feicher, puis ies metsen poudre, & 
=] aucc vn peu de vinaigre fort, tu en feras de 
petites plottes que tu feicheras au foleil, puis pren le vin & le 
fay chauffer, & quand 1l fera chaud, mets- y dedäs celle com- 
potion, & il fe tournera incontinent en vinaigre fort. 
Vinaigrefaitde Pour faire du vinaigre auec du vin gafté: pren du vin 
vin gaîté, pourry, & le fay bouillir, & ofte toute l’efcume qu'il fait en. 
bouillant, & le laiffe demeurer au feu iufques à tant qu'il de- 
croifle du tiers:puis le mets dans vn vaifleau, où il y ait eu de- 
dans,du vinaigre, & y adioufte du cerfueil, & couure bien le 
vaiffeau , en forte qu'il n'ait point d'air, & en brefce fera du 
vinaigre bon & fort. 
Vinaigre fec, Pour faire vinaigre fec lequel on peut porter où lon veut: 
pren des cerifes fauuages,quand elles commencent à meurir, 
mais les cornoilles font encores meilleures, & les meures 
quäd elles font rouges, & le verius bien fort gros, & le gland 
fauuage auant qu’il fe meurifle, & pile tout cela enfemble, 
puis pren du meilleur vinaigre que tu pourras trouuer, & in- 
corpore toutes les deflufdites chofes enfemble, & fay de 
cefle pafte-là des petits pains,que tu mettras feicher au foleil, 
& quand tu voudras faire du vinaigre, deftrépe d'icelle pafte 
dedans du vin & ce fera bon vinaigre. Autrement, pren du 
verius de grain bien verd, & le pile en y adiouftant du vinai- 
gre, & en fay dela pate, de laquelle tu feras de petits pains, 
que tu feras feicher au foleil, puis voulant faire du vinaigre, 
deftrempe de ces pains dedans du vin que tu verras eftre fuf- 
fifant, & tu auras du vinaigre fort. 
Vinaigrerofat. Pour faire vinaigre rofat: pren bon vinaigre blanc, & y 
mets rofes rouges nouuelles ou feiches, les tenant au vaifieau 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 120 


‘par plufieurs iours, puis ofte les rofes & les remets en vn au- 
tre vale, & le garde en lieu frais. De mefme façon tu feras de 
vinaigre fufat. 

Pour faire vinaigre fans vin: mettez dansletonneau,pef- Vinaigre fait 
ches molles & delicates, puis par deflus orge bruflé: & les fans vin, 
Jaiffez pourrir tout vn iour, apres coulez-les & en vfez : ou 
bien, prenez figues vieilles & orge bruflé, & le dedans des o- 
renges, & mettez tout cela dans vn tonneau, & les tournez 
tresbien & fouuent:& quandils feront corrompus & fondus 
vous les coulerez, & en vferez. 

Pourfaire vinaigre doux:prenez cinq fextiers de vinaigre Vinaigre doux. 
fort, & y mettez autant de bon mouft, que vous prendrez 
quand les raifins ferôt foullez, & y meflez dela poix,& met- 

+ez tout enfemble en vn tonneau, que tresbien eftoupperez: 
& apres qu'il aura repofé trente iours,vous en vferez. Autre- 
ment, prenez vn muy du moult, & le meflez auec deux muis 
de vinaigre, faites le tout cuire enfemble, tant que la tierce 
partie en foit confumee. Aucuns font cuire enfemble deux 
muis de mouft, & vn muis de vinaigre, & trois muis d’eau 
douce cuitte, & font le tout cuire enfemble,tant que la tierce 
partie en foit confumee. 

Pour faire vinaigre fort & puiffant, faites feicher du marc Vinaigre puif- 
deraifin l’efpace de denxiours,puis le mettez dans du mouit, ‘28°: 
y adiouftant vn peu de verius de grain, & ferez vn vinaigre 
fort, duquel vferez fept iours apres : ou autrement, mettez-y 
du pirethre, & il fera fort. Dauantage, fi vous faites bouillir 
au feu, la quatriefme ou cinquiefme partie du vinaigre, & 
l'adiouftez à ce deflus : & le mettez au foleil huit iours,vous 
aurez vn vinaigre fort & plaifant. Les racines du gramen, au- 
trement dit chiendent, quandelles font vialles, & les rai&ins 
bouillis , & les fueilles du poirier fauuage pillees, & la racine 
de la ronce, & le laiét clair, & les charbons vifs du gland bruf- 
1é:& les pois ciches cuits, & les tuilles chaudes, chacun par 
foy iettez danse vinaigre,;rendent iceluy fort. 

Le vinaigre poiuré fe fait filon iette dans du vinaigre, ou Vinaigre poi- 
fi lon y pend du poiure entier , enclos dans vn linge, par l'ef- uré. 
pace de huitiours. 

Vous cognoiftrez fil y a eau au vinaigre, fi mettez en ice- Eau en vinaigre 
luy du nitre, & fil fenfle, comme fil vouloit bouillir, dittes 
qu'il y a de l’eau. Vinaigre (quil 

Pour faire vinaigre, qui foit bon pour la digefti6, & pour litique, à 


Vinaigre fquil- 
latique. 


Divfcoride. 


LIVRE V. DE LA MAIS. RVST. 


la fanté: prenez huit drachmes de fquille, autrement dit, oi- 
gnon marin, vinaigre, deux feptiers, mettez le tout enfemble 
en vn tonneau : & y adiouftez poiure,mente,graine de gene- 
ure, autant : puisen vfez par apres. 

Pour faire vinaigre fquillitique, faut mettre dix fquilles 
falees & compoftees en cinquantequatre quartes de mouft 
doux, & quatre pintes & demie de fort vinaigre : & s'il n’eft 
bien aigre deux fois autant, en vn pot tenant cinquantequa- 
tre quartes, & faire bouillir à la hauteur d’vn palme, c’eft à di- 
re, la quarte partie: ou fi le vin n’eft doux, on le peut faire 
bouillir iufques au dechet du tiers : mais il faut que le vin foit 
de la mere goutte & clair. Autrement,mettez dâs vn tonneau 
trente feptiers de bon vinaigre & fort, dans lequel mettez 
tremper par l'efpace de douze iours, le dedans d’vne fquille 
blanche, qui aura efté au foleil trente iours : apres, prenez le 
vinaigre, & le mettez repofer là où vous voudrez, pour en 
vfer par apres. Diofcoride au vingtvniefme chapitre du liure 
quatriefme fait vne autre defcription. 


La maniere de faire du verius. Chap. 48. 


ù A plus cômune façon de faire du verius en ces païs 
<@ eft de cueillir les grappes vertes des raifins de treil- 
Ge les,ou des raifins non encor meurs,que lon treuue 
5 aux vignes apres vendanges faites, puis les fouller, 
& exprimer au prefloir à la faço des raïfins, puis apres,mettre 
la liqueur ou le ius de telles grappes en tonneaux, & le faler 
incontinent apres qu'il aura ietté toute fon efcume par ebul- 
lition commelemouft. Aux regions feptentrionales lon fait 
aufsi du verius auec le ius de pommes fauuages, en y meflant 
quelque peu de fel. Aucuns font verius fec en telle maniere, 
ils prennent grappes les plus vertes qu'ils peuuent, lefquelles 
ils expriment auec preffoir & tirent du ius, lequel puis apres 
ils font bouillir & cuire en vaiffeau d’airain iufques à tât qu’il 
foit efpoiffy & quafi coagulé,le feichét par apres au foleil, & 
le referuent pour en vfer:lesautres ne le cuifent point,mais le 
font feicher au foleil iufques à l'efpeffcur de miel. 


on. 


Fin du cinquie[me liure de la 


maifon Rasfique. 


121 


= 


& y / SS an 4 


22 Sixiefme liure dela maifon 
RVSTIQUE. 
LA GARENNE. 


Afiette de la Garenne. 
Chap. I. 


vVSQYyEs icy auons difcouru le plus 
> fuccinétemét qui nous à efté pofrible, 
2 tout ce qu'appartiét à la culture & la- 
<Ÿ bour dela terre, commeiardins, prez, 
| terres à grains & vignes:maintenant eft 
AS befoing, fuiuat l’ordre cy deuant pro- 
a polé, que parlions dela garenne, des 
S\, bois de haute fuftaye, parc aux beftes 
fauuages,haironniere, & de la chaffe. 

Nous commencerons donc à defcrire la garenne, de la- Le profitdela 
quelle le profit n’eft moindre que de la poulaille, pigeons, & 841<nn€. 
autres beftials qui font nourris en la maïfon Ruftique,princi- 
palement quant à a vente des connins, que le bon mefnager 
peut faire tous les ans,qui peut eflre quelques annees, de qua- 
tre vingts à cent douzaines, outre ceux que le pere de famille 
à toufiours , tant pour la referue de fon viure, que pour faire 
prefent à fes amis. 

Et n’y à fi grand foing à la garenne,qu’au gouuernement 
des autres beftials, carilne faut au connins gouuerneur fpe- 
cial, qui ait foing afsidu de les loger, traitter, tenir nettement, 
guerir quand ils font malades & penfer de leur nourriture: 
parce que d’eux-mefme fe baftiflent terriers & petites foffet- 
tes, pour leur couuerture & repos, & ne veulent ar pafture 
F 


TV REMNVRE 


-que celle que la terre, de fon bon gré fans autre culture, leur 
produit. 

Donc pour la commodité de la maifon champeftre, fau- 
dra dreffer vne garenne, au lieu cy deuant declaré, à fçauoir 
entreles terres à grains, vignes, & bois de hautes fuftaye: fi 
d'auenturen’y à commodité de quelque bois taillis, pres la 
maifon ou le connin fe puife de foy -mefime renger & faire fa 
demeure: toutesfois par- ce que la chaffe du connin qui fe re- 
tire és bois taillis,eft quelque peu plus difficile, que de celuy 
de garenne: & quele connin du bois taillis ,n’eft en fi grand 
nombre, que celuy de garenne, à raifon principalement des 
regnards, loups & autres beftes champeftres,aufquelles eft le 
plus fouuent proye pour eftre deuoré : pour plus grande ay- 
fance & profit,vaudra mieux baftir à part vne garenne. 

Faudra donc pourle baftiment d’icelle, faire referue de 
cinq ou fix arpents de terre argilleufe, poudreufe ou fablon- 
neufe, non graffe, forte ny efpeffe : en lieu haut & expoféau 
foleil,non marefcageux ny aquatique:car auec ce que le con- 
pin hait fur toutl’humidité & le froid :encor pour la com- 
modité de fes terriers, à il befoing d’eftre en lieu ou il puiffe 
fouiller à fon aife : pour fe baflir loge & couuerture. 

Ce lieu fera enuironné,en forme de parc, de murailles, 
moyennement hautes, pour empefcher les regnards,loups & 
autres beftes fauuages,de faire tort & mener guerre à ce petit 
beftial,dans ce parc faudra planter force ronciers,meuriers & 
pruniers fauuages, fraifiers, pinaftres, framboyfiers, geneft, 
groifiliers,meurtes, & grand nombre de genefures:car le con- 
nin ayme fur tout la graine de genefure : & quantaux herbes 
faudra femer(fi d'auanture le terroir n’en produit aucunes de 
foy-mefme) force lafferons, feneffon, cichoree, choux, lai- 
dues, efclaire, targon, chardon, nauets, pois ciches, & autres 
femblables, pour la nourriture de ces petites beftes. 

Nayez foucy de faire paffer ruiffeau, ou approprier con- 
duit portant eau , pour leur boire, car ce beftial hait fur tout 
l'humidité. 

N'ayez foucy de luy preparerautre loge, quela taniere 
que luÿy mefme fe baftira. 


À 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 22 


Qu'il faut faire un clappier pour penpler la 
garenne. Chap. 2. 


j1 R cen’eft affez d’auoir bien bafty & accouftré 
X£ le parc de la garéne, &de l’auoir munie de tout 
) ce qu’eft neceflaire, pour l'entretien & nourri- 
£ ture des cônins,mais il la faut peupler : car non 
3 plus queles terres labourables ne portent fruit 
aucun fans eftre remplyes de femence:ny la vi- 
gne raifins, fans eftre diligemment plantee & cultiuee : aufsi 
ne penfe pas que ta garenne tant foitelle proprement accou- 
Îtree, puiffe engendrer & nourrir des connins, fi premiere- 

menttun'y en mets. Donc pour la peupler, fera befoing de 
faire vn clappier, ou tu pourras nourrir quelques mafles & fe 
melles, qui feront des petits tous les mois : car d’en achepter 
feroyent trop grands frais & defpens pour le fermier,ou pere 

de famille : veu qu'aufsi il aduient fouuentesfois, qu’apres en 

auoir beaucoup vendu aux viuandiers, ou par-ce que les re- 
gnards en ont mangé grande quâtité , la garenne demeure du 

tout defnuce de connins, & par ainfi la faut repeupler :il vaut 
donc mieux pour plus grâde commodité & moindre defpe 

ce,qu'en quelque coing de ta court,ou de ton jardin potager 

tu face vn clappier qui foit quarré,affez eftroit, & enclos d’ais 

ou de murailles plaftrees:vray eft que feroit bié le meilleur de 

l'accommoder en la garenne, car les petits pourroyent plus 

commodement,du clappier entrer en la garenne,par vn cofté 

du clappier, qui feroit entrelafTe de lattes & auroit petits en- 

tredeux par ou les petits connins pourroyent pañler & rapaf- 

fer vers leurs meres. 

Soit donc que le clappier foit bafty en la garenne,ou ail- 
leurs, faudra y efleuer quelques petites loges,pauees d’ais,qui 
contiédront tanieres femblables aux terriers,feparez lvn d'a- 
uec l’autre,pour la retraitte des connins : & en ce lieu fera af- 
fez mettre vn mafle pour huit ou dix femelles : & ce pendant 
tenir toufiours le mafle enfermé en fa taniere, de crainte qu'il 
ne face tort aux petits [ car le connin miafle, contre le naturel 
de tous autres mafles deuore fes petits | bien eft vray que 
quand lon verra que la femelle aura fait fes petits, faudra in- 
continent la mettre en vnautre taniere auec le mafle,pour les 
accoupler:car c’eft vne chofe affeuree,qu’aufsi toft que la fe- 
| H ij 


LIVRE, VL 


melle eft vuide, & deliuree de fes petits,aufsi toft elle eft plei- 
ne, de forte que tous les mois de l’an elle fait des petits. 

Dés que les petits connins ferôt deuenus grands, & pour- 
ront fe pafler de la mere, faudra les porter en la garenne, pour 
la peupler & les faire deuenir fauuages: autrement fi les tenez 
enclos, & enfermez au clappier auec leur mereils fappriuoi- 
ferot & demeureront toufiours comme endormis & pefants, 
tels que font les connins de clappiers : ains aurôt la chair plus 
craffe & moins plaifante. 

Il fe faut toutesfois donner de garde de mettreen la ga- . 
renne les grands connins de clappier, tant maîle que femelle, 
car par-ce qu'ils n'ont eu liberté de courir, côme ceux de ga- 
renne, & n'ont apprins de fe fauuer des affauts & incurfions 
des regnards & autres beftes fauuages, incontinent feroyent 
deuorez,& pour-ce les vaut mieux laiffer en leur clappierac- 
couftumé. ms 

La nourriture des cônins de clappier,font choux, laiètués, 
fenefon,efclaire, cichoree,lafferon, targon,chardon, pois ci- 
ches, auoine, orge & fon, meflez enfemble, & autres fembla- 
bles chofes qu’auons mentionnees cy deuant. 


Quel traittement demande le connin de 
garenne. Chap. 3, 


Ncor quele clappier foit beaucoup neceffai- 
re pour peupler & repeupler la garëne[ com- 
me auons dit |toutesfois à vn befoing lon fe 
pourra paffer de clappier, & fans autre defpé- 
ce,fe contentera de mettre en la garenne cer- 
tain nombre de connins, tant mafles que fe- 
melles,pour en auoir des petits:vray eft qu'ils ne font tant fe- 
condsny tit fertiles à porter: & quela garénen’en fera fi toft 
peuplee ou repeuplee, par-ce que ceux qui ont accouftumé 
la garenne, font plus fauuages & eftranges, & moins fouuent 
les mafles fe rencôtrent & Faccouplent auec les femelles:d’où 
aduient que les femelles.de la garenne portent feulemét trois 
ou quatre fois l'an, & celles du clappier par chacûü mois:quoy 
qu'en foit fitu trouue plus gride commodité de peupler ain- 
fi ta garenng, il fuffra que pour quatre douzaine de femelles, 


DÉ LA MAISON RVSTIQYE. 13 


tu y mette fix mafles, & face plus gräd cas de femelles qué de 
mafles, fil aduient que tu vueille faire quelque prinfe de con- 
nins. 

La pafture d’iceux ne fera autre que celle qu’auons men- 
tionnee cy deuant: toutesfois outre cefte pafture, fi tu vois 
qu’en la garenneil y ait gräd nombre de connins,afin de leur 
donner fuffifante nourriture, & moyens de fengraifler d’auä- 
tage, fera fort bon de femer en la garenne vn arpent ou deux 
d'orge ou d’auoine,non pas pour en recueillir autre fruit fino 
ce que pourra refter apres leur pafture. 

Si tu vois quelque taniere de connin eftouppee de foin, 
ou de paille, ou d’autre femblable chofe, ne la deftouppe pas, 
mais fois content de l’obferuer feulement, & conieéturer que 
là dedans font des petits,que la mere nourrit: car la femelle à 
cefte couftume, que dés qu’elle à fait fes petits, foiten clap- 
pier ou en garenne,elle ferme & eftouppe fa taniere,;auec foin 
foerre,ou autres herbes qu’elle peutamaffer, afin que le mafle 
connin ne fe puiffe apperceuoir de fes petits, & n'entre en fa 
taniere, en laquelle fil entroit mangeroit tousles petits, de- 
quoy la femelle affeuree,foit qu’elle demeure en fa taniere,ou 
qu’elle en forte, pour aller paiftre & cercher mangeaille à fes 
petits,elle ettouppe fon terrier : & fil aduient qu’à fon retour 
elle trouuc l’entree de fa taniere, tant foit peu deftouppec;elle 
mefmeincontinent tuë fes petits, ayant opinion que le mafle 
connin y foit entré.C’eft pourquoy les bôs chaffeurs ne met- 
tent jamais le furon dans vn terrier,duquel ils voyent l'entree 
eftouppee, pour crainte de fafcher la mere, & de l'induire à 
tuer fes petits : vray eft qu’elle ne tiét toufiours fa taniere fer- 
mee, mais alors qu'elle cognoift que fes petits font agrandis, 
& deuenus affez forts pour cercher paiture, & courirauec les 
autres,commence à faire quelque petit trou,pour donner y{- 
fuë & paffage à fes petits. 

Au furplus ne faut penfer que iamais le connin,tant mafle 
que femelle oublie fon terrier , tant en foit-il efloingné : car 
encor quelon dye que les connins n’ont aucune memoire, 
toutesfois font toufiours fouuenants de leur taniere,tat foyét 
ils efgarez & efloingnez d’icelle.C'’eft pourquoy aufsi lon dit 
vulgairement que le bon & franc connin meurt toufiours en 
fon terrier. 

Faut aufsi penfer que le connin a de fon naturel vne crain- 

H iij 


Bon connin 
meurttoufiours 
en fon terrier. 


Aulne, 


EIVRE VE 


te du regnard côme la brebis du loup,quieft caufe,outre fon. 
naturel fauuage & eftrange, que quand il fort de fataniere, 
ne famufe qu'à courir, & ne penfe à rencontrer lataniere des. 
autres, ny mefme de la femelle, pour manger les petits : car 
encor qu'il foit fouuenät de fon terrier, toutesfois ne faduife 
ny prend garde à celuy d’autruy : aufsi la femelle, pour luy 
ofter toute occafion d'y prendre garde,a couftume d’eftoup- 
per l'entree de fa tanniere, comme auons dit. 


Quelle dfference il ya entre le connin 
de garenne €5' de clappier. 
Chap 4 
= STE connin de garenne a le poil plus roux & 
moins efpais,le corps plus agile & moins gros: 
plus efueillé, & plus fauuage:la chair plus plai 
fante, & moins melanchelique que celuy de 
clappier: car le clappier parce qu'il n'aliberté 
de courir, ne fait grand exercice, ains eft plus: 
priué, plus gros, plus touffu, plus pefant, plus endormy, & 
moins gaillard : aufsi fil aduient par cas fortuit qu’il entre en 
la garenne auec les fauuages, incontinent eft deuoré des re- 
gnards &autres beftes ennemies des connins, n'ayant accou- 
ftumé les afaux & incurfions de telles beftes. 


LÉ) B'OES. 


Que le terroir eff à confiderer autant que planter 
le bois. Chap. 5. 


Our drefler & faire plante nouuelle de bois, 
faut cognoiltre la terre en laquelle lon veut 
planter aucune chofe, & fçauoir fi elle eft 
graffe ou maigre, & fi enicelle y a parfon- 
deur deterre raifonnable, & aufsi fi elle eft 
* point fubiette aux eaux, pource qu'il ya des 
natures d'arbres qui ayment l’eau, comme fait l'aulne, & au- 
tres arbres de fa nature : & felon la nature & proprieté de la 
terre fe fautaccommoder & Iuy donner à rapporter ce dont 
elle peut faire fon profit, & donner plaifir à fon maiftre, 


DE LA MAISON RVSTIQVE. n4 


Que le chefne, chaftaignier, co orme, [ont 
les plus nobles arbres des bois. 
€ bap. Ve 


Aut prefuppofer auant toute chofe, que la 
terre foit bonne commeil eft requis: faut en- 
tendre parcillement, que deux des plusno- 
bles arbres, & cftimez à valeur d'argent, font, 
le chefhe, &le chaftaignier, pour deux rai- 
fons principales, pource qu'ils portent fruit 
tel,qu’en famine lon en peut faire du pain mixtiôné de quel- 
que peu d'orge ou auoine: l’autre pource qu'il n’eft point de 
nature d'arbre fi bonne en marrain, que font lefdits chefnes 
& chaftaigniers, chacun en fa qualité. 

La troifiefme nature d'arbre excellent,eft, l’orme:& com- 
bien qu'il foit le moindre des trois,tant pource qu’il ne porte 
fruit aucun qu’au moyen de ce que la fueille n’en eft plaifante 
au pris de la fueille du chefne & chaftaignier : toutesfois ledit 
arbreeft requis, mefmement qu’il fe peut tefter commevn 
faulx, & de quatre ans en quatre ans, coupper, pour faire ef- 
chalats, & fagottages : mais le chaftaignier eft trop meilleur, 
plusnet, & portant meilleur fruit, qu'autres arbres de fa na- 
ture:& neluy faut point fi bonne terre ne fi graffe comme au 
chefhe, & fi furluy ne fafsientles chenilles, & autres vermi- 
nes comme fur le chefne 8 orme: & dauantage, quand les 
hannetons viennent, qui eft de trois ans en trois ans, comme 
day veu, ne mangent la fucille du chaftaignier, partant qu'ils 
trouuent de la fueille du chefne:car ladite annee de hänetons 
retarde plus d’vn an vn bois: & oultre, le chaftaignier vient 
plus en vn an, que le chefneen deux. 

Bien eft vray que l’orme vient facilement & plantureufe- 
ment depuis qu’il a prins fa terre, Et qui voudroit,pour la di- 
uerfité, mefler autre forte de natures d'arbres parmy les au_ 
tres, comme cherme, haïftre , tremble, & autre maniere de 
boïs, faire le pourroit-on, mais le plus que lon peut faire des 
chefnes & chaftaigniers,eft le meilleur. 


Chefne. 
Chaftaignier. 


Orme., 
Orme fterile. 


Chaftaignier, 


Hannetons de 
trois ansen trois 
ans. 


Allees, 


LETV RE VI 


L'affiette é> diffofirion du bois de bante 
fusfaye. Chap. 7. 


= Vi auroit vn beau carré de huit à dix arpents 
DAGIRE! de terre, & que lonle voufift faire dés la pre- 
H PASSA Y\ miere annee refplädir & luy donner quelque 
À) forme & grace de bois , auec efperance de 

= plaifir d'iceluy au temps aduenir, le faudroit 
dés la premiere annee clorre de murailles, ou 
de fi bons foffez plantez de hayes viues, que le beftial ny 
peut entrer : & fi ledit carré eftoit clos de foffez,ie diray vo- 
lontiers vne autre fois mon opinion de la forme que lon doit 
faire & planter lefdits foffez. | 

Or prefuppofé que ladite clofture foit faite de muraille, 
& qu'audit carré y ait quatre coftez, c’eft à fçauoir,deux lon- 
gueurs & deux fargeurs,mon aduis eft,que tous lefdits coftez 
de muraille foyent reueftus de verdure, & de quatre fortes 
d'arbres, & de fix pieds d’efpeffeur & largeur,pource que na- 
ture fefiouït de diuerfité:à fin que lon ne voye point les mu- 
railles, & que lon puifle cheminer entre deux verdures. 

Lefdits reueftemens fe feront au gré du feigneur, comme 
l'vn des coftez, fil luy plaift, mefme le cofté de Midy de 
couldres, & aubefpines blanches:pource que ce font les pre- 
micres fueilles, fortans en la prime faifon, & où le rofsignol 
fait fon nid. Vnautre des coftez d’efpine-vinette,qui eft bel- 
le, & fi fert à beaucoup de chofes, & feflargit quand elle 
trouue bonne terre. Le troifiefme defdits coftez, où le foleil 
leuant frappe, Le planter d’ozier franc qui fert en mefnage, & 
{i eft beau à voir. Et le quatriefme d’iceux coftez,des fauua- 
gcons de poirier auec quelques aubefpines plantees, de qua- 
tre pieds en quatre picds en tous fens qui font plus verds que 
toutes autres fortes d'arbres & feruirôt pour y faire plufieurs 
belles entes & quantité de groffes nefles. 

Les allees d’alentour dudit bois doiuét auoir douze pieds 
de large, & fur les riuages de toutes lefdites allees, tant de ce 
qui eft du cofté de la muraille,que de l’autre,lon y doit plan- 
ter des ormeaux, de quatre toifes en quatre toifes, couppez à 
tete, de fept pieds de haut ou enuiron, pour donner forme 
aufdites allees : finon qu'en fe pourmenant au plus beau lieu 
du monde, fi lon n’y trouue quelque douceur, on fe fafche: 
pour 


DE" LA MAISONABMSTIQNVE. 125 


pour cefte caufe Fil plaift au feigneur faire pläter au long def- 
dites allees quelques arbres fruitiers, mefmement à noyau, & Arbres fruiriers 
de toutes les faifons de l'an, faire le pourra. 
Plus,femble que lon doit faire planter tous lefdits arbres, 
de quatre pieds en quatre pieds, & à la ligne en tous fens, tant 
pour le plaifir du regard de l'œil, qu’aufsi que lon veut quel- 
quesfois faire des allees dedans le bois: & quant lon trouue les 
alingnemens droits, il eft plus facile de les faire. 


La manicre de planter les arbres du bois de 


baute faffaye. Chap. . 


T pour bien planterlefdits arbres , faut faire 
des à prefent des foffes, en forme derayon, 
comme à planter vignes,efquelles ils doiuent 
A cftre plantez, afin quela terre fe nourriffeen 
| l'air, & qu’elle fengraifle des pluyes & neiges 
quitomberont durant l’hyuer fur icelles,iuf- 
ques à la fin de Decembre,ou au commencemeut de Januier, 
Et ne faut point faire les foffes que de deux pieds de par- 
fond,mais bien labourer le fond, en mettät la bonneterre fur 
vn cofté des rayons, & celle qui vaut moins fur l’autre ,non 
pas la ietter au loing,afin que fi le fond eftoit mauuais, ou par 
trop parfond,lon puiffe ietter dans le rayon, de la bonneterre 
qui fera fur le bort,afin que les racines de Parbre n'allent cher- 
cher ce mauuais fonds, au lieu de l'eftendre en largeur:& faut 
ain fi laiffer les foffes & rayons tout du long de l’hyuer, pour 
receuoir l’eau du ciel, quantelle vient : & pour la largeur des 
foffes, faut qu’vn bafton de trois pieds tourne tout à l'entour 
dedans. : 
Faut planter lefdits arbres au mois de Decembre, filcft Temps à plâter 
pofsible, & que le temps foit gracicux,comme quantil ne ge- les arbres. 
Je point, car la grande gelce y eft fort contraire. 
Faut pluftoft planter arbres venus,que femence de gland Piäte de chefñe 
ou chaftaignes, pour- ce qu’il faut vn grand foing à faire venir &dechaftargnes 
ladite femence : & quant à icelle femence, celle de la chaftai- 
gne vient pluftoft que celle du gland, & quât on en voudroit 
femer,il doit eftre fait de pied à pied,pour le plus loing, & à la 
fin des grandes gelees : pour-ce que durant icelles gelees les 
I 


L'TV'RMEPNITE 


mulots mangent les chaftaignes dedans terre. 

Quant au planter d'arbres defia venus, les faut faire arra- 
cher, auecle plus de racines qu’il fera pofsible: & quant ils fe- 
rontarrachez, fil y À racines rompuës,les faut coupper:& cel- 
les qui ne feront point rôpuës,les coupper par les bouts,pour 
les raffrefchir , la longueur detrois à quatre doigts, plus ou 
moins,ain{i que les racines le pourront porter. Et faut choi- 
fir vn ieune plant,qui ait l’efcorce nette & vifue, non abou- 
grie ou mouflue, racine nette & bonne:la tige droitte & lon- 

' gue fans cicatrice ou froiffure : & auant le planter fera bon de 
ietter dans le rayon de labonneterre, quieit fur le bord du- 
ditrayon, enuiron vn doigt ou deux de hauteur, & là deffus 
mettre l'arbre que lon veut planter, puis couurir de terre lef- 
dites racines, & les fouller doucement auec les mains, afin 
qu'elles n’ayentair, & en rempliffantlefdits rayons faut qu'ils 
ayent péte deterre d’vn cofté & d’autre,en forme de gouftie- 
re, afin que Fil pleut, la pluye & humidité fe coule plus aifé- 
ment. 

Et afin queles arbres plantez viennent mieux, faut cou- 
cher les racines les plus longues, tout au long duraÿon, d’vn 
cofté & d'autre : & fi d’auentureil y en à des longues,de tous 
coftez, qui ne fe puiflent aifément coucher, tout le long du 
rayon, il faudra croiftre vn peu lerayon, à l'endroit defdites 
racines ou il fera befoing,afin que telles racines ne touchent à 
la terre ferme,mais foyent enueloppees en terre mouuce. 

Faut femblablement coupper par le haut de la tige, tous 
les arbres que lon veut planter: à fçauoir ceux que lon veut 
planter, pour faire haute fuftaye, ou pour mettrele long des 
allees, à la hauteur de cinq ou fix pieds hors deterre, afin 
qu'ils portét pluftoft monftre de bois: mais les arbres que Ion 
veut planter bas & en taillis,il les faudra coupper à la hauteur 
d'vn pied & demy, car il fuffift qu'ils ayent quatre pouces 
hors terre, & n’y à danger d’entrelafler les chaftaigniers auec 
les chefnes, finon que lon voulfift faire tout vn bois de chef- 
nes, & vn de chaftaigniers, & quant à la groffeur defdits ar- 
bres, ie n’y mets point de difficulté, foit qu'ils foyent dela 
groffeur d'vne chaftaigne, d’vn efteuf, ou d’vne plotte, mais 
qu'ils foyent bien & frais arrachez, & plantez du iour qu'ils 

Deus frçonsau érontarrachez,ou au plus tard,lelendemain. 
bois à planter. Le bois planté, luy faut donner deux façons en l'an, l’vne 


DE LA MAISON RVSTIQVE, 126 


à la fin d’Apuril, & l’autre à la fin de luillet, apres vne groffe 
pluye venue par vn tonnerre. Et fil vient des chenilles en 
l’annee, faut cheniller ledit bois. 


Du temps de labourer les bois. Chap. 3. | 


LS L faut icy noter que le principal pour tous ar- 
NS 2E iuez & L 8 le labeur donné 
| DA res priuez & fauuages, eff, le labeur donné en 
2 temps conuenable, lefquels tant plus font la- 
\ NN bourez & cultiuez, tant plus ont accroiffement 
2] & augmentation : parquoy aux icunes plantes 
de toutes fortes d'arbres tant taillis qu'à haute fuftaye, le la- 
bour eft fort neccflaire, & mefmement les quatre premieres 
annees,qu il les faut labourer entierement de deux façons par 
chacun an,commeles vignes, c’eft à à fçauoir, vers la my Auril, 
qu'ils commencent àietter horsles bourgeons, & vers la fin 
de Iuing: ce qui fe doit faire par temps moitte & pluuieux, 
non pas par temps fec de vents, ou de chaleur, parce que la 
terre mouuce ne fait que poudroyer,qui gafte le reicct, & les 
fait mourir, aufsi que plus aifément ladite terre labouree par 
temps fecenuoye la feichereffe de la terre renuerfce aux ra- 
cines, qui leur eft fort contraire, car pour le nourriffement 
des plantes, ileft requis humidité. Et fi la terre eft humide, 
elle fe renuerfe fur les racines, & leur donnehumeur, L’autre 
raifon et,que la terre nouuellement ouuerte,par les ouuertu- 
res fait entrer l’eau & la pluye ou rofee plus aifément efdites 
racines. 

La principale partie du labeur de tous arbres eft pour ex- 
tirper plufieurs mefchantes herbes qui croiffent en toutes 
terres, lefquelles fi on les laiffe augmenter,elles fuccent:pren- 
nent, & emportét la faueur & ful tance de Ja terre, tellement 
qu'il n’y demeure vertu fufffante pour bien nourrir les raci- 
nes de l'arbre planté:cela fe peut cognoiftre par le labeur des 
vignes & iardinages, qui tant plus font cultiuez,tant plus ap- 
portent de fruit, de reicét & de beauté. Ainli fera le priucipal, 
apres auoir planté les arbres, les faire labourer en faifon hu- 
mide deux fois pour lemoins, qui fera ietter plus grand bois, 

plus grand bourgeon & profiter au double. 
Et fi d'auenture l'efté fe trouuoit fi pluuieux, qu'ils fuf- 


fent enucloppez de force herbes, fera à la difcretion du la- 
LU 


Labour necef- 
faire aux ieunes 
plantes. 


Labourentéps 
fec n'eft bon, 


Mefc hantes hex 
bes à extirper. 


Tierce façs aux 
arbres. 
Croiffement de 
plantes, par hu 
meur & chaleur. 


Experience de 
cultiuer les ar- 
bres,& non cui- 
tiuer. 


LIVRE MI. 


boureur, fil voit que fes plants ne foyent nets,leur bailler vne 
tierce façon, à fin que lesherbes ne fuffoquent le bourgeon, 
& qu'ilsne mangent la fubftance de la terre : car toutes plan- 
tes viennent d'humeur & du chaud : & fi on les laife ombrer 
d'arbres, ils feront fuffoquez, & en danger de fe perdre. 


Que le bois Joigneufement labouré, profite 
d'anantage que celuy qui n'ef? la- 
bouré. Chap. 10. 


BAIE fçay quil y a plufieurs arbres que lon voit 
= liournellement venir fans fi grand foing,ne labeur, 
| qui prennent leur nourriffement naturel fans aide, 

& ce, ou à caufe de la fertilité de la terre, ou de la 
region : toutesfois fil en efchappe vn, cent en meurent: &ie 
parle icy pour ceux qui, quand ilsauront planté, ne veulent 
perdre leurs peines, & entendent que tout oula plufpart pro- 
fite : ce qui toutesfoisne fe fera finon en leur donnant le la- 
beur conuenable,apres auoir efté bien plantez,comme defflus 
eft efcrit:parquoy ay voulu effayer le labeur comme l’art & 
fcience le commande, & en laiffer en defert fans labeur : mais 
ie treuuc que combien que celuy qui eft en defert, vienne 
quelquesfois en parfaite croiffance;toutesfois il ne croift pas 
fitoft, & en meurt la plufpart : & de celuy qui eft bien labou- 
ré & planté,il croift au double, & ne fen pert pas la dixiefme 
que tout ne profte,de quelques fortes d'arbres fauuages que 
ce foyent. 

On pourroit dire que le labeur eft onereux & de couft: 
mais d'autant qu'il eft perpetuel, & qu’il fuffit par quatre ou 
cinq ans au plus continuer ledit labour,comme vne nouuelle 
plante de vigne, lon trouuera que le couft en fera petit, veu 
qu'apres ce couft mis, il demeure à perpetuel, fans qu'il foit 
befoing y fairenouueau labeur : car depuis que le bois a gai- 
gné cefte hauteur qui eft plus haut que les herbes ne peuuent 
croiftre & monter [ ce qui fera en quatre ans fil eft cultiué]il 
fuffoque les herbes qui croiffent deffous, & leur ofte l'air & le 


foleil de fon ombre, fi bien qu’ils meurent, & ne peuuent 
donner ombrene nuifance au bois. 


À 
J 
| 
U 


DE LA MAISON RVSTIQUE. #7 
Tranfflanter les arbres. Chap. 1. 


eft aufi bien requis, pour mieux faire venir le 
fn plant, de transferer les arbres du terroir haut fec 

| & mauuais en autreterre, plus humide & graffe, 

s œ D fi faire ce peut: par ce moyen en trouuant meil- 
ADS leur terroir, l'arbre reprendra plus facilement: & 
ne faut faire doute, que tant plusle plant fera de bonne terre, 
& mieux labouré, tant pluftoft croiftra, prendra augmenta- 
ton, & portera plus grand bois , & fucilles larges que moin 
dres, ainfi qu’il fe veoit par l'experience, és anciennes forefts, 
qui font afsizes és païs fertiles, & gras: ou en celles qui font 


en fablons & mauuaifes terres, comme la Solongne, qui de- Bois de Solon- 
meurent petits bois & auortez. pe 


De la forme d'efmonder,esbrancher er 
nettoyer le bois. Chap. 12. 


E bois planté & labouré comme deflus, la 
premiereannee,fecôde, & tierce, neluy faut 
toucher de ferrement:toutesfois vers la tier- 

ce & quarte annee & les autres fuiuans, fi on 

l{ veoit le bois fi fort planté qu’il ne profite ou 

El monte fi haut qu'il doit, lon pourra efmon- 

EE der des petitsreiets, & branchettes que lon 

voit qui ne feruent de rien, & luy laiffer trois ou quatre prin- 
cipales branches ou tiges bien efmondees, felon la difcretion 

du laboureur , & l’efmonder vers le Mars, apres les froidures 
paflees, afin que la gelee nenuife au boisincifé, & couppé de 
nouueau: & fe peutefmonder iufques à la my Apuril, qu'il Efmédage d'ar- 
commence à bourgeonner : ce qu'il faut faire doucement te- bres. 
nant la tige de l’arbre ferme, fanseflocher les racines : lequel 
efmôdage fe peut faire tous les ans, qui veut:& par ce moyen 

fait on reuenir le reiet du taillis, qui iette huit ou dix branches 

en haufte fuftaye , en couppant les branches qui vont de co- 

Îté, & laiffant trois ou quatre des plus belles branches ou ti- 
ges,venant du pied du taillis, que lon veut qui monte haut & 
droit, & fils ne font puiflants pour fe fouftenir du tout, on 


leur peut aider de quelques petits efchalats ou baftons, pour 
Jes fouftenir. 


I ü 


Arbres fauuages 
d’ou viennent, 


Columelle, 


Glands à femer 
ou planter. 


EX VV RIEOVI: 
De la forte de femer gland pour fatiev:nir 
chefnes. Chap. 13. 


=) tranfplantez,ayäts bonnes racines:ou de brä- 
ches, ou de femences, & fruits qu'ils portent, 
\! dont ils fe renouuellent. 

Du plant träfpianté,il en à efté affez par- 


pour pluftoit & feurement venir, par ainfi peut donner pluf- 
toft paffetemps à fon maiftre. 

La feconde façon eft de branches torfes,enterrees,en ter- 
re, prinfes en forte qu'ils peuuentietter racines, & reprendre, 
ainfi que recite bien au long Columelle: toutesfois cefte fa- 


çon eft tardifue à reprendre racines, & à ietter : ce qui fe doit 


faire és lieux où il ne fe trouue point du plât: parquoy ie n’en 
traitte point icy, d'autant qu'il eft mal aifé & fortincertain, 
& dont on à le plaifir bien tard,ainfi qu’en ce païs des Gaules 
il y à force taillis, & hayes fortes, ou lon recouure aifément 


& en grand quantité, du plant de toutes fortes d'arbres fau- 


uages. 
Ji tierce façon eft de femence,comme de femer du gland, 
faine, & graine, eftantés fucilles des ormeaux, qui produi- 
fent pareils arbres que ceux dontils viennent, & telles femen- 
ces fe peuuent femer par petits rayons, faits à la ferfouëtte, 
quiayent quatre ou cinq doigts de parfond feulement: & les 
recouurir doucement de terre mouuee : ou à la charrueen fe- 
mer, comme lon fait les febues & bleds : ou au fuffeau, qu'ils 
appellent vn petit bafton,de la longueur de demy pied, & de 
la groffeur d’vn doigt ou pouce, & des trois fortes la meilleu- 
re, eft de planter ou femer le gland , ou autre femence ou fu- 
zeau de demy pied en demy pied,ou de pied en pied,en ligne 
droite,ou à la ferfouette, faifant vn petit d'ouuerture en la ter 
re, & y mettre du gland à pareille diftance, de demy pied en 
demy pied, tout le long du rayon: toutesfois il n’eft pas be- 
foing de les femer ou planter,ainfi pres en tous fens:car la ter- 
rene pourroit auoir tant de fruit qui viendroit, & le faudroit 
tranfplanter, ou il fauorteroit : parquoy lon peut bien laïffer 
entre chacunrayon & plant, quatre, cinq, ou fix pieds de di- 
ftance aux coftez: & f1 d'auenture tout ne ptoftoit, onen 


Oute forte d'arbres fauuages viénent de pläts 


lé cy deflus:lequel eft plus auantageux, &. 


| 
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DE LA MAISON RVSTIQVE. 128 


pourra arracher les pires & plus mal venus. 

Et tout ainfi qu'il conuient labourer les taillis & grands 
bois ,ainfi faut-il labourer les femences, non pas de pareille 
forte : car la marre arracheroit la graine & gland : mais les 
faut ferfouétter bellement, & farcler les herbes tout le long 
du rayon oùilsontefté plantez, à fin que les herbes ne les 
fuffoquent, & qu'ilsne les aueuglent, & leur oftent l'air & le 
foleil & fubftance de la terre, dont toute nouuelle femence 
& plant, ont mzrucilleufement à faire pour préndre racines, 
& la vie quieft encoresieune & tendre. Par cemoyen vous 
verrez que le foing & labeur entour du gland & autre fe- 
mence,lss fait croiltre & profiter iufques à gaigner les autres 
plants, qui pourroyent furmonter à la longue : mais Fils de- 
meurenten defert, & fans culture, ils feront fuffoquez des 
herbes, & la plufpart fe mourra: & ce qui efchappera, aura 
peu de croiffance, & demeureront comme auortez fans aide 
& labour, finon par vne grand’ longueur de temps, tellement 
que les planteurs ou femeurs n’en verront aucun plaifir, mais 
leurs heritiers, | 

Et pour toutes fortes de plantages & femences fauuages, 
eft neceffaire de fermer fi bien le lieu femé ou plante de fof- 
fez, hayes ou murailles, que nulle befte, cheual, ny autren'y 
puiffe entrer : aufsi que le bois ne foit point manié, n’esbran- 
ché par gens palfans : car file reiect eft brouté & rongé, l’ar- 
bre demeure toutrabougry, & preft à fe mourir. 

Et cefte forte de planter gland ou chaftaigneelle fe peut 
bien conuenablement mettre & planter entre les plants des 
arbres, racines qui fe plantentaffez loing l’vn de l’autre;tant 
que peut auoir de vuide entre deux plants neuf ou dix pieds, 
ou enuiron : qu'il conuient labourer pour nourrir les arbres, 
& faire mourir les herbes. 

Par cemoyéle gland & chaftaignier,ou autre chofe planté 
au fuzeau,ou femé en ray6 fe laboure parmy, & y a iour fuf- 
fifantentre les deux plants pour prendre croiffancc,iufques à 
ce qu'ils gaignent pareille ou femblabie hauteur à peu pres 
que les arbres haut plantez ou taillez : & ne coufte rien d'a- 
uantage à labourer, d'autant qu'il faut labourentier és terres 
où font lefdits plants. Et pource que fouuétesfois lon fe peut 
trouuer en païs où il n’y a aucupstaillis bois, buiffons, ny 
hayes où lon puiffe recouurer du plant venant desracines, 1l 


ELVTR EE PNET: 


m'a femblé bon de traitter vn peu du moyen de faire venir 
& croiftre,ledit plant de femence. Ainfi que lon fait és arbres 
fruitiers & priuez des pepiniers pour tranfplanter ésiardins, 
ainfi pourra lon faire des arbres fauuages,lefquels apres qu'ils 
feront parcreus en fuffifante groffeur, & venuz de femence, 
fe pourront tranfenter & tranfplanter où lon voudra;pource 
en feraicy fait traitté & chapitre,parce que le precedét trait- 
te de la femence que lon veut mefler auec le plant pour aider 
à peupler les bois pour y eftre perpetuel. 


De la forme de faire venir les arbres fau- 
nages de femences , pour apres 
cran(hlanter autre part. 

Chap. 14. 


L eft certain,comme deffus a efté dit, que tout 
arbre vient de plant,de grand fruit, ou de bran- 
cheentorce : & pource qu'il y a aucüs lieux où 
-N lon ne peutrecouurer plant aifément,lon peut 
RASE faire venir ledit plant par femence,ainfi que fe 
font les pepiniers d'arbres priuez, en labourant & fumant 
quelque demy arpent de bonne terre & jardinage, & le femer 
de la femence que portent les arbres dont lon veut auoir le 
plant. 

C’eft à fçauoir, du gland qui veut faire venir chefnes: 
ou des chaftaignes,qui veut faire venir chaftaigniers : ou dela 
graine & femence qui croift dans les fueilles de l’orme, qui 
veut faire venir des ormes: il conuient femer lefdites graines 
ou femences, en terre graffe & bien fumee, fertile, & vn peu 
humide, affez efpais : & recouurir lefdites graines de deux 
doigts de terre, & la fera bon arroufer puisapres, & couurir 
lefdites femences de paille claire , à fin que le fruit desieunes 
arbres qui fortiront de la graine, ne foit mangé & rompu par 
les oyfeaux, & quand ils commencent à croiftre, on leuera la 
paille, farclera lon les herbes quiviennent parmy, à la main. 

Pour cefte caufe il faudra faire les carreaux où fe fera la- 
dite femence, longs & eftroits, à fin que facilement on puiffe 
extirper & ofter l'herbe de chacun lieu fans marcher fur lef- 
dits carreaux, & cueillir lefdites herbes doucement, de peur 
de 


DE LA MAISON RVSTIQVE. no 


de faire dommage aux racines ieunes des arbres, & fouuentef- 
fois les faut arroufer au foir,apres foleil couché, ou au matin, 
auant foleil leué. 

Et quantils auront trois pieds de hauteur, il les faut traf- 
planter en autre terre, auañt qu'ils prennent plus forte racine, 
& les mettre en diftance de deux bôs pieds,iufques à ce qu'ils 
ayent groffeur competentc,telle que deffus eft efcrit, & les la- 
bourer & nettoyer de toutes herbes, & leur donner de l’eau, 
par le temps de feicherceffe. Parainfi vous edifierez du plät de 
toutes fortes, & detous arbres fauuages, pour tranfplanter a- 
pres,en tels lieux que Ion voudra : & viendront fort bien le{- 
dits arbres tranfplantez, qui font pareils & d’aage & de forte, 
pour-ce l’vn ne pourra nuire à l'autre. 

Cecy fe peut & doit faire és lieux ou lon netreuueaucun 
plant d'arbres à fuffifance,toutesfois és païs couuerts detail- 
lis & bois, il fen trouue affez fans prendre cefte peine,ne lon- 
gueur: parquoy ceft article feruira és païs ou il n’y à point de 
taillis,bois ou plant,par les hayes & buiffons, non en ces païs 
ou il fen recouure fouuent & debien bons. 


Le plaifir qui vient dubois fanuage planté er 
profit d'iceluy. Chap. 15. 


Ntre les chofes requifes, pourauoir vn beau 
lieu & parfait, Caton en fon liure d’Agricul- 
ture, dit qu'il ft befoing d'auoirneuf chofes 
principales. 

La premiere eft la vigne,raportant grand 
quantité de vin. La feconde, leiardin plein 
de petits ruiffeaux. La tierce, la faulfaye & l’ozeraye. La 
quarte;la groffe riuiere. La cinquiefme,le pré. La fixiefme, 
la grand,campaigne. La feptic{me,le bois taillis. La huitief- 
me,le buiflon fort & gerenne, La ncufiefme,la foreft portät 
gland. Or en tous ces articles lon voit que le principal, c’eft 
l'eau & le bois:pource qu'ayant l’eau facilement,fe peut faire 
prayries,iardinages,ozerayes,& faulfayes,le long des eaux & 
riuicres: & ayät bois, lon peut faire taillis & garcnnes,buifflons 
& haute fuftaye, mefmement fil cit efmondé & nettoyé par 
le deffous, pour le faire croiftre:& ne luy faut laiffer que trois 
K 


Caton, 


Neuf chofes re- 
quifes à yn beau 
lieu, 


Potiäien foy 
trois cominodi- 
Lez. 


Paffetemos du 
bois fauuage, 


Le 


IL. 


III. 


ITIL 


LIVIR BE VIT 


ou quatre branches au plus qui montent incontinent, d'autät 
que la racine eit defchargee des autres verges efmondees: par 
ainfi la terre enuoye lenourriffement qu’elle euft mis à meu- 
rir lefdites branches de taillis, & donne accroiffemét aux plus 
droittes & belles branches qu’on luy à laiffces à meurir: ainfi 
en peu de tépsles arbres font haute fuftaye, & portent gland. 


Aufsi pareillement n’y à bois dehautefuftaye,couppé en. 


bonne faifon,qui ne reiette taillis & buiffon en le bien fermät 
& gardant des beftes. 

Par-ceie diray qu’en plantant bois, on à les trois chofes 
equifes, principalement à faire vn beau lieu, c’eft à fçauoir le 
taillis,la haute fuftaye,le buiffon & garenne, 

Car ceft vne mefme raifon de planter l’vn & l'autre:& de 
l'un on fait l’autre,comme deflus eft dit,parquoy pour le plai 
fir, profit & beauté du lieu,il conuient planter bois. 

Or le principal plaifir & paffetemps qui viét du bois fau- 
uage, c’eft que quantileft ioignant la maifon & habitation 
champeftre, qui eft le lieu ou il doit eftre afsis ou planté,il eft 
plaifant à la veuë, car par fa verdure diuerfe, il deleéte mer- 
ualieufement & recree d’vn grand contentement la veuë. 

Le fecond paffetemps c’eft que le bois eftant pres du logis 
eft toufiours plein de toutes fortes de petits oyfeaux,qui chä- 
tent par l'Efté & printemps tous les iours , & la plufpart des 
nuits,comme rofsignolets & autre forte d'oyfeaux,dont leur 
chanteftioyeux à ouïr, & en à on le pafletemps & l’ouye,de 
la maifon,fi elle eft prochaine du bois. 

L'autre plaifir eit que dedans ledit bois y à toufiours for- 
ce ramiers,piuerds, eftourneaux,grues, & autres fortes d'oy- 
feaux qui donnent pafletemps à les veoir voler, & peut on a- 
uoir le plaifir àles prendre à petits engins, pipee, filets, ton- 
nelles & autres. à ; 

Le quart, c’eft qu’il peut auoir dans lefdits bois, connins, 
lieures,efcureaux, & autres fortes de menues beftes,plaifantes 
à veoir, & feruent grandement pour le viure. 

Le cinquiefme, c'eft que par temps chaud, vous pouuez 
eftre a l'air, dans ledit bois, qui vous couure & defend de l’in- 
iure & malice du foleil, & vous donne frefcheur contre le 
chaud : & y a verdurerefouiffante, tantfur les branches que 
par les terres, qui garde fon herbe verte,pour la frefcheur des 
arbres,en couuerture d’iceux. 


RE NT et em De 


DE LA MAISON RVSTIQUE. Be 


La fixiefme, c’eft que par temps d'hyuereftant dans ledit 
bois, vous eftes hors de l’iniure & force des vents, & grands 
froids, qui rompét les bois: & eftes en ce lieu folitaire ou vous 
pouuez vaquer a lire,efcrire, & penfer a voz affaires, fans eftre 
diftraits, neietter voftre veuë par grand païs eflongné : d'au- 
tant que la veuë ne peut tranfpercer le bois ou buiffons. 

Outre le plaifir il en furuient beaucoup de profit,tät pour 
Ja nourriture du beftial:qui eft l’ymbre, & trouue lon l’herbe 
a cômandement en tout temps:que pour le gland, faines,cha- 
ftaignes &aut res fruits, que portent les arbres, qui feruent a 
nourriture des pourceaux & autre beftial fort neceflaire,auec 
ce que lon peut par annees faire couppes & taillis, pour faire 
fagots boïs de chaufage, pieux a accouftreriardins & cloftu- 
res, & faire baftôs a porter les vignes, & fil y a taillis,chaftai- 
gniers,ou coudroyes,on fen peut ayder outreles chofes def- 
fufdites, a faire cercles & vaifleaux a vin : tellement que ledit 
bois ne fera feulement de plaifir, mais aufsi de profit,quiluy 
veut faire feruir. 

Par ce moyenne faut penfer quelaterre quieft cultiuee 
en bois, foit dé moindre profit que les autres, qui font en 
bleds & vignes. 

Bien eft vray que le profit & commandement en eft plus 
long & difficile que des vignes & des bleds:mais la recompé- 
fe en eft double fur la fin,car la premiere defpence faite,natu- 
re produit le bois, &c les taillis, fans ayde d’homme n’aucüû la- 
bour : qui n’eft point és bleds & vignes,qui ne raportent rien 
fans le labour continuel. Parquoy la terre en faine & bois, 
fera bien autant de profit que les autres, & rendra vne maifon 
_commune,quine peut cftre aucunement habitee fans le bois. 

l’ay bien voulu icy declarer & deduire briefuemét le plai- 
fir & profit qui vient du bois, afin que ceux qui en prennent 
la peine,ne penfent auoir perdu leur temps & l'argent qu'ils y 
mettent, & qu'ils ne Fesbahiffent du premier coup, du trauail 
& lôgue attente,veu que par apres le plaifir & profit leur de- 
meure fans couft à eux & a leur pofterité. 

Parquoy ie confeille & fuis d’auis que le bon mefnager & 
pere de famille, entéde a tel plantage de bois,de bonneheure, 
pour en auoir le paffetéps plufloft, & qu'ilapproche fon bois 
plus pres qu'il fe peut faire, des loges & maifons qu'il veut ba 
bier, pour en auoir le plaifir & profit: car pour le moins tel 

K ij 


VI. 


Vtilité delater 
re cultiuee en 
bois, 


LP RPETVUL 


bois pourra feruir a rompre quelque mauuais vent & impe- 
tueux, nuifant au logis, fil eft bien afsis felon qu'il conuient, 
& que lon pourra le bien difpofer. 


Traitté de la nature, proprieré, éx diffe- 
rence des arbres fannages, ér quel 
terroir ils demandent. 


Chap. AR 


Vis que cy defflus a efté traitté du temps, de la 
façon & maniere de planter tous arbres fauua- 
ges, & rendre en telle culture qu'ils puiffent ai- 
lément & en peu de temps,prendre augmenta- 
tion , il m'a femblé eître neceflaire d’efcrire 
quelque mot, de la nature & forte des arbres qui fe plantent 
& trouuent ordinairement és bois & forefts de la Gaule : & 
declarer brefuement quelleterre ils demandét,en quelle terre 
ils prennent plufgrand & profitable accroiflement, à fin que 
les planteurs ne foyent fruftrez de leurs peineg & que ce qui 
requiert le terroir fec & chaud, ne foit mis en terroir humide 
& bas: aufsi que les arbres qui demandent l'humeur & païs 
bas,ne foyent mis en montaignes & païs fecs,qui eft fouuen- 
tesfois caufe que les planteurs foyent fruftrez de leur inten- 
tion, & que le planteftanten terroir à luy contraire ne vient 
à profit: pour cefte caufe j'en diray icy quelque mot,non pas 
en intention de defcrire & determiner toutes les natutes,ver- 
tus, & proprietez des arbres ,ny aufsi de parler de chacune 
efpece, mais feulement de defcrire & declairer les lieux, & 
terroir où ils profitent le mieux, & où ils ont plus grand ac- 
croiffement:aufsi pour donner à cognoiftre la diuerfité qu'il 
ya entre les arbres d’vne mefme forte, & de mefme nom, lef- 
quels font plus propres à planter & à donner pluftoft om- 
brage. 

Ie fçay qu'il y a plufieurs fortes d'arbres qui croiffenten 
Orient, Septentrion, & Midy, qui nous font prefques inco- 
gneus, & lefquels pour la diuerfité des regionsne croifent 
en ce climat,defquels ie n’entéds aucunement traitter,pource 
que mos entreprin{e eft feulement de traitter fommairement 
ce qui cft neceffaire pour le plantage desarbres communs, 


DE LA MAISONS RYSTIQUE,. 131 


qui fe treuuent ordinairement és Forefts de ce païs, non des 
eftranges, dont la peine pafferoit le plaifir:& ceux quiauront 

vouloir de cognoiftre la fcience entierement de tous arbres 

qui croiflent en toutes les parties de les terres habitables, & 

leurs vertus,proprietez, natures, femences,les pourront voir 

bien amplement en Theophrafte, en fon quatriefme liure De Thcophrafte. 
hiftoria plantarum, & en fon troificfme liure, où il parle no- 
tammerit De gencrearborum fylueftrium. Or il deduit par 

le menu de la nature, force, vertu, femence, & maniere de ge- 
neration de chacun arbre fauuage, tant de ceux d'Orient, 
Septentrion,Midy,qu'Occident. Il nous fuffira feulement à 
prefent declairer de la nature de cinq ou fix fortes d'arbres, 

qui communément croiffent és païs de pardeça, & de leurs 
efpeces, & quels terroirs chacun arbre demande: Et pour 
comméncer, 

* Il ya deux fortes d'arbres en general, les vns que lon ap- 
pelle arbres d’eau, ou aquatiques, qui de leur nature deman- à 1 
dent feulement le riuage des eaux, prairies, & lieux bas & a- ques. 
quatiques : les autres demandent la terre plus ferme & folide, 

qui n'eft pointfubiette aux inondations. Premierement fera 
traitté des arbres aquatiques. 


quati- 


De laulne, peuple, faulx , er autres bois 
aquatiques. C bap. 17. 


3] L y a quatre ou cinq fortes d'arbres qui de leur n2- 
| ss lture croiffent pres les eaux, & fans auoir grande 
7 @l humidité croiflent & viennent à bien grand pei- 
DR ne: & entre les autres, l’aulne, qui eft celuy qui de- Aulne, arbre 
mande plus Peau: car l'aulne de fa nature veut eftre à moitié aquatique. 
couuert d'eau, & pour le moins faut que la plufpart des raci- 
nes foyent dedans, & plus bas que l’eau : autrement, ils ne 
prendroyent accroiflement : tellement, que telles natures 
d'arbres fe doiuent planter en prairies moites, & pres des 
ruiffeau x paffants par les prairies,ou en marefts:efquels lieux 
ont fort grand accroiflement. 
Ceft arbre eft aifé à reprendre en lieux humides, d'autant 
que c’eft bois blanc qui a grand moelle, & iette beaucoup de 
bois en peu de temps, pour l'humeur des eaux dont il eft 
nourry. 


K iij 


Bois blanc. 


Saulx. 


L'EVRE'NIE 


On peut planter lefdites aulnes en deux manieres : ou de- 
branches prinfes de gros aulnes:ou de racines vifues qui font 
tirees des lieux humides auec leur terre,lefquelles faut remet- 
tre en autre terre pareillement humide, & que pour le moins 
la moitié de ces racines vifues foit plus bas que l’eau, & par 
deffus couuerte d’vn doigt de terre: & cependant auant que 
les planter, faudra coupper les branches à vn doigt de la raci- 
ne, laquelie reïcttera puis apres plufieurs tiges comme font 
les coudres. | 

. Il ya autre forte de bois d'eau,que nous appelons com- 
munément pardeça bois blanc,comme peuples & autres for- 
tes de bois qui croiffent ioingnant les eaux, & furles foffez 
fontaines & ruifleaux,dont ils vfent fort en Italie le long des 
riuieres, canaux, & conduits d'eaux, qu'ils conduifent par 
leursterres. Lefquels fe peuuent planter facilement aufi le 
long des eaux & ruiffeaux de ieuncs racines, plus aifément &c 
profitablement : ou qui n’en peut recouurer de beaux & 
puiffants plantaux comme il fe fait des faulx. 

L'autre forte de bois aquatique eft le faulx,qui, comme 
voyons par experience, ne profite pas fort bien, fi cen’eften 
païs aquatique & 1oignant des eaux : & ce plantage de faulx 
{e fait communément par plantaux qui fe font des branches 
des faulx , qui doiuent eftre de bonne groffeur & puiflance, 
comme de la groffeur d'vne poignec:car d'autant qu’ils aurôt 
meilleure puiflance,& plus de groffeur,ils reietteront d’auan- 
tage, & plus puiffemment. 

Ceft arbre eft fort different à l’aulne, car l’aulne veut auoir 
la racine toute dedans l'eau, & le faulx veuteftre plus cfleué, 

& ietter fa racine fur la terre moitte & humide qui foit ioi- 
gnant à l'eau fans auoir les racines totalement dans l'eauaufsi 
lon voit queles faulx qui font furles chauffces,leuees, & fof- 
fez ioignant les eaux, defquels la racine ne va que iufquesau 
riuage de l’eau, font plus beaux, plus hauts, &-plus plantueux 
que ceux qui viennent és prez aquatiques, parce qu’ils ont la 
racine moitte dedans l’eau ordinairement. 

Ie ne dy pas qu’en lieux hautson ne puifle faire venir 
faulx,aulnes, peuples, & bois blancs & aquatiques, toutesfois 
eur naturel eft d'eftre ioignant les eaux, & y profitent gran- 
dement, & fils font plantez en lieux hauts & loing des eaux, 
ils font mal-aifez à entretenir, & rapportent peu de croiffan- 


LA 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 


ce: & reietteront plus de bois vn cent de tels arbres, plantez 
en païs aquatiques à leur gré, que ne feront vn millier en païs 
fec,quelque diligence ne culture,quelon y puiffe faire, & de- 
fineront beaucoup pluftoft. rs 

Le dy cecy pource qu'il eft aifé d’en faire venir, & culti- 
uer en lieu haut en les arroufant & faifant donner labour 
conuenable, qui toutesfois eft de grand couit, & lequel, fil 
cft difcontinué, les arbres fe perdent : mais en les plantant en 
lieu propre & aquatique fcion leur naturc,ils profiteront fans 
artifice d'homme,toutesfois pource que les premieres annees 
qu'ils font plantez, ils ont grandement affaire à iettter & 
nourrir leurs racines, & le bois qui eft creu au deffus de la ti- 
ge, le meilleur eft, faire efmonder tous les plantaux, pour la 
premiere annee, à fin que plusaifément ils puiffent nourrir 
leurs racines: aufsi que le vent qui donne dedans le reiet,n’ef- 
branle les autres, qui eft caufe fouuent de les faire mourir, 
quelque bien plantez qu'ils foyent. 

Ie fçay qu'il n’eft toufiours befoing de faire telle diligen- 
ce[ principalement ceux qui plantent conuenablement ] en 
les plantant ou piquant. Toutesfois ie parle icy pour ceux 
qui veulent faire allees couuertes pour ombre, & pourme- 
noirs qu'ils entendent faire profiter grandement, & augmen- 
ter en peu de temps:ce qu’ils feront en plantant en rayon, fans 
qu'il fen perde. Et pour la peine & le labour vousen aurez 
le paffetemps & le plaifir pluftoit & plus grand. 

Auec ce faut noter, qu’en tous plantages il faut fi bien 
planter, qu’il ne foicbefoing y retourner:car fil en meurt au- 
cuns,il eft fort mal-aifé en repläter au lieu des mortsau moins 
qui profitent, à caufe que l'ombre des premiers venus fait 
mourir les autres, & les plus puiflants & anciens oppriment 
Jes plus foibles, & les font demeurer deffous, & auorter Ain 
il conuient bien planter premier, & y mettre peine dauan- 
tage,pource que c'eft chofe quine fe peut reparer aifément. 

Le temps de planter des faulx, aulnes, peuples, & autre 
bois, eft toufiours trouué le meilleur en Feburier au com- 
mencement, ou à la fin de fanuier, que les grandes froidures 
font rompues, qui endommagent fouuent le plant de nou- 
weau planté, comme eff dit cy deuant, 


Premier planta- 
ge foit bon & 
{eur 


Temps À plan- 
ter faulx,aulnes, 
& Ce 


Frefnes. 


Ormes. 


Ormes de trois 
foites. 


Mafle & femelle 
ës ormes, 


Tremellius. 


Collumelle li. s. 
Cap. 


Theophrafte. 


ET VORME TV. 
Des frefnes, erables, 9° ormes. Chap. 15. 


CYRNIES frefnes de leur nature dernandent le païs 
EX 4) bas & aquatique, & y viennent en plus grand” 
DAY \abondance qu'és païs hauts : parquoy com- 
€; f|munément fe doiuent planter és païs bas & 


ples, & aulnes.Toutesfois encoïes fe peuuent 
ils planter en lieux moyens, & y viennent bien les ormes. 

Leur propre nature eft d'etre en vallees humides où ils 
profifent grandement, & viennent à gräd hauteur, droicteur, 
& grand beauté de bois. Toutesfois c’eft vn bois commun 
qui fe peut planter en toutes fortes deterroirs,combien qu’és 
terroirs gras & humides ils profitent beaucoup mieux, qu’en 
terres moyénes:mais ils craignent fortles terroirs fecs;afpres, 
rudes & fablons, fils ne font meflez d'humidité. 

Or des ormes il ÿ en a detrois fortes:l’vne eft de celles qui 
ont la fueille petite & la tige noire : la deuxiefme à la ficile 
large & la tige aflez blanche: la troifiefme de ceux qui ont la 
fucille fort large, verte, & belle, & la tige quafi toute blanche: 
& les deux dernieres fortes ce font celles qu'il faut choifir 
pour planter: car ils ont plus grande croiffance, & profitent 
mieux,outre ce qu'ils font plus beaux, iettent plus de bois, & 
plus de couuerture. En 

De ces trois fortes il y a les mafles & femelles:nous appe- 
lons les femelles ceux qui portent plus de fruit & plus groffe 
femence : les mafles, ceux qui font moindres, & portent leur 
fruit de femence au milieu des fueilles,tellement qu'il femble 
qu'ilne porte point de fruit ny femence. Et pour cefte caufe 
y a plufieurs auéteurs en l'agriculture, qui ont affermé que 
ledit arbre ne portoit point de femence, & qu'il venoit de 
plant ou de reiect, de laquelle opinion a efté Tremellius. 
Toutesfois il eft certain que chacune fucifle porte fruit'en- 
fermé au milieu de la fueilie de l'arbre duquel vient l’orme 
quand ileft femé conuenablemét. Cefte opinion tient Colu- 
melle, & l'experience le monftre:il fait double difference des 
ormes, appellant lvne forte, les plus beaux & plus hauts, or- 
mes de Gaule, l’autre forte, ormes Italiques. Et fi de ces plus 
beaux il Fen peut trouuer, on les doit planter, d’autant qu'ils 
croiffent pluftof, & iettent plus de bois: Theophrafte & les 
autres 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 13 


autres auCteurs leur donnent moins de difference felon les 
païs où croiffent lefdits arbres. Ie les ay voulu mieux declai- 
rer à l’efpece de la fucille & du bois, pour les cognoiftre plus 
aifément, 

Auec cefte forte d’arbres on y peut mettre les Erables, 
pour-ce qu'ils aprochent de la uature de l’orme: demandent 
terre pareille, grafle & humide, viennent comme les ormesen 
toutes terres mouuces,iettent en peu de temps grandes bran- 
ches, & peu de verdure:ceft arbreà la tige fort blanche, porte 
- les fucilles petites,en façon de treffles, & n’acucille pas fouuét 
vermine. 

Le frefne eft au contraire, qui accucille tant de vermine, 
que fouuent lon voit toutes fes fueilles rongees , & gaftces de 
petits trous, de cefte forte d'arbres, tant d’ormes, frefnes & 
erables,la meilleure eft celle qui croift le pluftoft, & qui iette 
le plus de bois en peu de temps. 


Des chastaigniers. Chap. 19. 


SE chaftaignier eft arbre fort & puiffant, qui 
approche fort du chefne. Il eft ferme & bon 
à baflir pour fouftenir les vignes, & faire au- 
tres ouurages, qui fe font de chefnes, laquel- 
le vient de la femence de la chaftaigne, qui fe 
Al feme de mefme façon que le gland, & vient 
& iette pluftoft fon bois, & plus vertueux, & 
eft commun en toutes terres : mefmementilreprend bien en 
terres fablonneufes, ayant fur toutleslieux expofez à la cha- 
leur du foleil: car il defire les coflaux & montagnes froides, 
regardant Septentrion. 

La femence des chaftaignes fe pert aucunesfois, comme 
celle du gland:ou par trop de feicherefle,qui ne peut germer, 
ou par trop d'eau qui fait pourrir la chaftaigne & glandenla 
terre : ou par les beftes, taupes,mulots, & telle forte de beftes 
qui mangent & endommagent la chaitaigne & gland dedans 
terre. 

Le plant du chaftaignier & du chefne ef pareil, & aufsile 
labour : & qui les veut faire forcietter,on les peut coupper a- 
pres les trois ou quatre ans qu'ils font plâtez, & non pluftoft 
& au cômencemét du printemps, qui les fait ietter au double, 


Erables, 


Frefne. 


Difference des 
chefnes. 


Robur. 
Quercus, 


1lex, 


LIVRESMIE 


Et'y a danger d'y mettre le fer pour les coupper ou les 
efmonder pluftoft:car cela fouuent les fait mourir. Et Fil fur- 
uient quelques branches & rcieét le long de la tige à la pre- 
miere, deuxiefme & troifiefme, on peut au commencement 
qu'ils croifient les abattre, & rompre à la main pendant qu'ils 
{ont tendres & ieunes , fans y mettre le coufteau, qui eff le 
meilleur. 


Des chefnes ex de leur difference ; charmes, 
fonsteaux, e° femblable bois. 
Chap. 20. 


5% plus grande commodité qu’arbre qui foiten 
1 la Gaule, Parce és anciens bois & forefts lon 
ia toufiours gardé les bois de cefte efpece, 
comme les plus neceffaires & profitables. 
Ï £ De cefte forte d’arbres,on met trois dif- 
ferences : & de chacune difference, combien qu’au vulgaire 
ils portent tous le nom du chefne, toutesfois le Latin leur 
donne à chacun leur proprenom,appelant l’vne forte robur: 
l'autre quercus: l'autreilex. 

Or la premiere de ces differences, c’eft qu'il y a vne forte 
de chefnes qui font gros & robuftes, ayans la tige par bas 
fort groffe,nouëufe & forte, ayant grandes racines & eften- 
dues par la terre, & au deffus de la tige qui eft affez courte, il 
porte plufieurs & grand quantité de branches groffes, eften- 
dues, & longues, qui contiënent grand païs:& pour cefte rai- 
fon font à grande diftance les vns des autres, pour le païs 
qu’il faut à loger leur branchage. 

Ceite forte de bois eft plus propre pour bois de chauf- 
fage,que bois de baftiment,pource qu'il porte tige couuerte, 
& n’eft de fi grande hauteur & rondeur, & a les branches af- 
fez tortues, & renuerfees. De cefte forte fe voyent plufieurs 
forefts,où les arbres font gros & courts, & en longue diftan- 
ce, & fort eftalez par le deflus. 

L'autre forte eft, des chefnes qui ont la tige affez groffe, 
& longue comme de quatre à cinq bonnes toifes de hauteur, 


Oo L 
& au deffus de la tige quatre ou cinq branches affez hautes, 


DE LA MAISON/RWSTIQVE. 134. 


& affez droites, & ne font efpandues ne la tige tant couuerte 
comme du precedent : & cefte forte de bois eit bonne pour 
poultres, & groffes pieces de bois, qui fe mettenten bafti- 
ment, aufsi pour fcier & mettre en fente, pource qu'il n’eft 
nouëux & dur commele precedét:& de cefte forte fe voyent 
aufsi plufieurs forefts en France, qui font plus férrees & gar- 
nies de bois,que les autres dont ie viens de parler, à caufe que 
Jes branches montent plus droit, & n'occupent pastant de 
place. 

L'autre forte eft des chefnes qui ont la tige menue, fort 
droitte,qui monte fept ou huit toiles de haut fans branches, 
& au bout de la hauteur de la tige porte peu de branchage, & 
de bois, tellement que tout le bois eft en tige, & femble que 
le deffus foit feulement vn bouquet. Et celte forte de bois eft 
fort preffé,les pieds des chefnes pres l’vn de l’autre, & fe m&- 
tent enfemblement en grande hauteur & droiéteur, qui font 
forefts fort profitables pour faire toutes fortes de baftimens, 
tant pour foliueaux, que toute forte de long & moyen bois, 
qui fert à maifonner, & faire couuerture, Et de cefle forte de 
bois en y a plufieurs forefts en ce païs. 

Toutes ces trois fortes portent gland & pareille fueille, 
finon queles vris les portent plus larges,lesautres moyennes, 
& les autres moindres, aufsielles ont le glädies vns plus long 
& plus gros,les autres plus gros & plus courts, les autres plus 
menus & plus longs. 

Encores de ces trois fortes de chefnes, y a en chacune 
forte les males & femelles. Les femelles fappellent commu- 
nément comme dit Theophraîte,ceux qui portent le plus de 
fruit, & les plus puiflants. Siainfi eft qu'il failleappeller ceux 
qui portent la plus grand abondance de fruit des femelles : 
par ainfi l’autre forte des mafles fera de ceux qui raportent 
le moins de fruit:quand ils rapportent fruit,ou quandils font 
fteriles : on appelle fteriles,les mafles:& les fruétueu x, les fe- 
melles, Theophrafte met vne autre difference d'autres qui 
font fteriles, dont ie n'entends efcrire pour le prefent pour 
eflre bref, & remettant ceux qui le voudront voir bien au 
Jong à Theophrafte en fen tiers liure De hiftoria plantarum, 
au tiltre de Robore:aufsi pareillemét de tous les autres arbres 
dont ie me tairay, pour n'exceder mon premier propos, 

Toutes ces fortes de chefnes font de grande & longue vie, 
1j 


L 


Mafñle & femel- 


le és chefnes. 


Thcophrafte, 


Sterile, mafle: 


fruQueux | fe. 


meblle. 


Vie des chefnes, 


Cent aus À croi- 
ftre: céten eltar: 
cée à defcroiftre 


Cheual parfait 
en cingans:lh6- 
me en vingtcinq 


Terre à cheîne. 


LIVRE VIT. 


tellemeñt qu'on leur donne vie, & duree iufques à trois cents 
ans:à croiftre cent,en eftac cent, & cent à defcroiftre:ce qui fe 
peut voir par les anciennes forefts. 

Et d'autant que ceft arbre croift tard, & meurt tard il ne 
fe faut pointefmerueiller, fi l’orme, le frefne, erable & autres 
bois mis en pareille & aufsi bonne terre,iette plus puifflammét 
bois que les chefhes, la caufe eft que la nature deldits arbres, 
eft de pluftoft croiftre, & de pluftoft mourir: & la nature du 
chefne de venir lentement, croiftre longuement, & mourir 
tard: & ne peut on auancer la nature,comme il fe peut voir en 
vn cheual,quieft parfait en grandeur,en cinq ans, & l’homme 
en vingot cinq feulement : ainfi l'aage de l’vn eft plus longue 
que de l'autre, 

Ie dy cecy,pour ceux qui veulent auoir boisincontinent, 
carils doiuent planter feulement des frefnes,ormes & erables 
qui viennent puiffamment, & incontinent, & iettent plus de 
boisen fix ans,que le chefne en dix. 

Aufsi ceux qui veulent auoir du bois plus plaifant,plus de 
profit & perpetuel, combien qu'ils foyent plus tardifs, il faut 
planter du chefhe,des chaftaignes, charmes, & foufteaux,lef- 
quels charmes & foufteaux font d’affez longue venuë, & grä- 
de duree, & jettent aflez petitreiet,comme les chefnes, telle- 
ment que fe font arbres d’vne mefme forte & croiflance : & 
qu'il faut planter d'vne mefme façon, & en mefmetéps, com- 
me deffus eft dit. 

Il eft bien vray que le chefne demande la terre graffe,bo- 
ne, & qu’ellene foit aquatique , ainfi que le charme, & fou- 
fteau : toutesfois le charme & foufteau viendra plus aifément 
en païs & terre pierreufe, combien que auelque forte d'arbre 
que ce foit, tant plus ils font plantez en bonne terre, tant mi: 
eux viennent. 

Mais il y en y à qui naturellement demandent bonne ter- 
re,comæme le chefne,fi on veut qu'il profite bien, fil femeten 
moyenne,il profite moyennement fil fe met en malaife,il eft 
mal: aifé le faire profiter, & ne fait que rabougrir : toutesfois 
les charmes & foufteaux viénent en moyennes terres, & peu- 
uent bien profiter en terres pierreufes. 

On ouure les foffes de bonne heure, comme cy deuant à 
cfté efcrit, & fe plantent tous lefdits arbres plus commode- 
ment au mois de Feburier,apres l'hyuerrompu,comme touf” 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 135 
fours à cfté dit. F 
Et pource que iay propofé de proceder par abbregé,pour 


ne paffer point outre m6 entreprinfe,il fuffhra de ce petit me- 
à tant de liures d'Agriculture, quitraittent entieremét toutes 
les parties d’icelles, lefquelles font affez communes à vn cha- 
cun,ou |6 pourra voir à fufhfance ce que j’ay differé de trait- 
PARC A VX RESTES SANVYAGES: 
L'afsiette du parc, é> gounernement des bestes 
Jauuages y contenues. Chap. 2r. 

=Ù: Fin que ne delaifsiôs rien en noftre maifon Rufti- 
(A CA 

\C/A que, dequoy le pere de famille & feigneur dela 
meftairie ne puiffe tirer profit: & prédre fon plai- 

Ne, 
face des parcs pres de la meftairie,efquels on tiennentenclos, 
lieures,cheureux,fangliers, & femblables beftes fauuages:afin 
quele maitre & feigneur du lieu fe puiffe quelquesfois ref- 
eftoit befoing de faire vn banquet, qu’on trouuaft de la viäde 
aufsi prefte qu’en vne cuifine ou gardemanger: outre la vente 
que tous les ans le bon mefnager peut faire de telles beftes. 
haute fuftaye, en lieu enclos & fermé de murailles, faites de 
pierre de moellon,ou de cloifons baftyes de pauls de chefne. 

Par ce lieu doit paffer vnruiffeau, ou quelque fource de 
prier foffes & mares maffonnces & cimentees, pour receuoir 
& garder l'eau de la pluye. 

Et faut qu’en ce lieu y ait a force desterres herbues & ar- 
pour les beftes fauuages,les fruits de chefnes,pommiers, poi- 
riers fauuages,arbofiers & d'autres femblables. 

Toutesfois vn bon pere de famille ne doit eftre contét des 
la terren’apporte rien, & n’y a point de pafture és forefts,leur 
faudra donner de ce qu’on a gardé des meftiues, & lesnourrir 
d'orge,de pur froument,de febues,de marc dewvin. 


moire, renuoyant ceux qui voudront voir la fcience au long, 
ter pour euiter prolixité. 
El W 
TER fir, voulons felon la commodité du lieu , que lon 
ioutr,& prendre fes esbats à voir la chaffe de fes beftes : & fil 
L’afsiette du parc doit eftre fil eft pofsible dans le bois de 
fontaines , ou à faute d’eau vifue & naturelle, faudra appro- 
bres portants fruits:entre tous les arbres,on eftime beaucoup 
. biés que la terre leur dône d’elle mefme : mais en la faifon que 
L uj 


Profit du parc. 


Afsiette du pare 


Nourriture des 
beftes fauuages. 


ÉEEVRIEONT 


Etafin que les beftes fauuages eognoiffent qu’on leur dô- 
ne à manger, il faudra en auoir vne ou deux appriuoifees à la 
maifon, & les mettre dans le parc: elles courront par tout & 
amafferontles autres, & les ameneront à la pafture. Etne faut 
faire feulement celaenhyuer, maïs aufsi quand elles feront 
pleines, & auront des faons & petits, pour mieux les nourrir. 
Parquoy lon doit fouuent aduifer Fil y en a aucunes quiayét 
faonné,pour leur donner du grain. 

Le fanglier  Jlne faudra laiffer enuicillir vn fanglier plus de quatre ans: 
enticillitquatre Carl croift iufques à ce temps la:& apresilamaigrift de vieil- 
ais talee leffe : parquoy pendant qu'il eft en fa force & beauté, le faut 

vendre. 


On peut bien garder longtemps vn cerf: caril eft long 
tempsieune,& vitlonguement. 


HAT RVOEN N'FE'RE. 


L'afsiette de la haironniere er gounuernement 
du baïron. Chap. 23% 


Ous auôs parlé au premier liure, de quelques. 
oyfeaux be & fauuages,comme paons 
poulles d'Inde, Faifans & gelinotes, & difons 
eftre grande curiofité de les nourrir :nousen 


grand feigneur, & qu'il fe delecte à toute forte de chaffe & à 
richeffe de gueule,il fe pourra faire qu’il prendra quelque fois 
fes esbats au hairon, foit pour la chaffe,ou pour la viande:ne 
fera dôc outre raifon, finous touchons quelque petit mot de 
la haironniere , afin que n’obmettions rien en general de tout 
ceque peuteftre neceflaire, pour la beauté & perfeétion de 
noftre maifon Ruftique. 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 16 


Donc pour baîtir vne haironnerie,qui apporte non feule- 
ment plaifir,mais aufsi profit à fon feigneur, faut premieremét 
côfiderer que le hairon eff vn oyfeau iournallier, folicaire af- 
fez phantafque, & qui ne fait fa demeure, finon en lieu ou ilfe 
plaiit bien fort : qu’eft caufe qu’en tous lieux indifferemment 
la haïronnerie ne fe doit pofer , mais feulement au lieu & pla- 
ce où lon aura coniecture quele hairon paffant, à commencé 
. à faire quelque pole & afsictte, comme en lieu qui luy eftle 
plus plaïfant. 

Car la haironniere doit eftre baftie pour deux occafions: 
l'vne pour nourrir des hairons, à fin que quand il plaira au 
feigneur de chaffer au hairon , ou faire quelque banquet ma- 
gnifique & fomptueux,il ait des hairons à fon cémandement: 
l'autre occalion, pour attraire les hairons paffants, car le hai- 
ron enfermé & enclos en la haironnerie, appelle les pañlants, 
lefquels ayants ouï la voix du hairon enfermé, farreftent, & 
font leurs nids fur le teét de la haironniere, d’où aduient que 
ayants fait leurs œufs,incontinent on prend leurs petits pour 
les enclorre & enfermer en la haironniere. 

Concluons donc qu’auant que baftir la haironniere, faut 
auoir efpard foigneux à la commodité du lieu, à fçauoir, fi en 
ce lieu le hairon Feft autresfois pleu:car fi lon enferme le haï- 
on en lieu où ilne fe plaife,ne fera aucun fruit, mais mourra 
incontinent. 

Encor faut-il que par le milieu de la haironniere pañfe 
quelque ruiffeau d’eau courante, car Ie hairon cft vn oifeau 
aquatique, qui fe paift & fe delecte aux eaux, & ne vit que 
d'anguilles & autres poiffons femblables vifs. 

Le baftiment de la haironniere doit eftre tout à iour & 
fermé de lattes bien drues, & d’ais de fente, enuiron la hau- 
teur de fix toifes par bas, & bien couuert par deflus, à fin que 
les hairons paffants puiffent commodément faire leurs nids 
far la haïronniere. 

Leur nourriture fera d’anguilles vifues & autres fembla- 
bles poiffons,;aucunesfois d'étrailles,mefme de chair de loups 
& chiens découppee menu:& leur faut donner à mangerleur 
faoul, afin de les engraiffer pour la chaffe, & pour les bäquets 
non pour en auoir engence: car peu de hairons faddonnent à 
pondre en feruitude. 

Le diray en pafant,que fi le feigneur pour prendre fon ef- 


Afsiette de la 
haironniere, 


Deux occafions 
du baftiment de 
la haironniere. 


Baftiment de Ia 
haironniere. 


Nourriture du 
hairon. 


# 


L'IVAREMNIE 


Lieu pourvoler bat au vol du hairon, préd quelque hairon en la haironniere, 

le haiton, ne doit le voler pres la haironniere, mais bien loine, autremét 
il eftrangeroit les hairons tant paflants qu’enfermez : car les 
paffants ne voudroyent plus faire leur nid fur le teét de la 
haironniere: & les enfermez fe fafcheroyent & auroyent 
crainte du femblable. 


L'AUVE N ERDEz"OW 
L'ANGE ASIE. 


Qu'il y atrois fortes de chal]e. Chap. ag 


= Viuant noftre deflaing traitterons vn petit 
41] mot de la chafle ,non pas que voukons que 
noftre pere de famille fadonne à la chaffe au- 
trement , finon pour prendre quelquesfois 
fes esbats, encor en temps de relais & de va- 
cation, au lieu de dormir, cu de fetarderen 


fa maifon. 
Trois fortesde  Oril y a trois fortes de chaffe,l'vneaux poiffons: l’autre 
chaîle, aux oifeaux : la tierce aux befles à quatre pieds, quels font 
cerfs, cheureuls, fangliers, heures. 

En toutes les trois fortes fe pourra exercer le feigneur de 
noftre mailon ruftique, mais principalement à la chaffe des 
beftes à quatre pieds:car la premiere appartient aux feruiteurs 
du fermier,qui aux ioursde feftes fe doiuent amufer à pefcher 
poiffons à la ligne,ou au manequin à fin qu'iis ayent quelque 
furcroift de viande pour leur reciner ou foupper:la chaffe 
aux oifeaux eft aucunement deleétable, toutesfois fi nous 
voulons croire Platon, pluftoft feruile que liberale : la chaffe 

Le profit dela aux beftes à quatres pieds,comme honefte exercice,a eftére- 
chaffe aux beftes ceuë de tous temps, & permife felon les loix, principalement 
quatre pieds. celle qui n’eft point nocturne, & qui fentreprend non par oi- 

fiueté & contentement de labeur, mais pour aquerir vne plus 
grande promptitude,agilité, alacrité,& force de corps:quoy 
qu’en foit,le maiftre de noftre maifon ruftique,principalemét 
fileft grand fergneur, pourra exercer quelquesfois & pren- 
dre fes esbats À la chaffe apres auvir donné ordre à toutes fes 
affaires, tant de ville, que de fa maifon champaitre. 


LA 


ne dde. 


DE LA MAISON RVSTIQVE 7 
LA CHASSE, OV VENE- 
RIE DV CERF: 


Quels chiens Jont bons pour la chaffe. 
Chap. 24. 


auec les toilles: mais ces deux façons de pren- 
dre les beftes font pluftoft pour les fetards, 


pufillanimes, & couards,que pour gens de fait, quiayment la’ 


chaffe plus pour l'exercice du corps & leur plaifir, que pour 
le contentement de la gueule. 

Les chiens courants, qui font defdiez à la chaîfe, font de 
quatre fortes:quand au pelage,blancs,fauues,gris, & noirs. 

Les bläcs font les meilieurs:car ils font de haut nez, viftes, 
ardents, & qui ne laiffent iamais à chafler, pour chaleur qui 
puiffe durer, fans fe rôpre à la foule des piqueurs, ny au bruit 
& cry des hommes: toutesfois ils veulent eftreaccompagnez 
de piqueurs, & craignent vn peu l’eau,principalement en hy- 
uer,quand le temps eft froid, 

Les fauues les fecondent, & font de grand cueur,d’entre- 
prinfe, & dehautnez, gardans bien le chauge : quafi du natu- 
rel des blancs,excepté qu’ils font plus opiniaftres, & mal aifez 
à dréffer, & n’endurent pas fi bien les chaleurs:ils font toutef- 
fois plus viftes & plus ardents, & ne craignent ny les eaux ny 
le froid , & courent feurement & de grande hardiefle, & ay- 
ment communémit le cerf, fur toutes autres beftes, & ne font 
cas des lieures. 

Les gris courent bien toutes beftes qu’on leur voudra fai- 
re chaffer,mais ne font fi viftes ne fi vigoureux que les autres, 
principalement ceux qui ont les jambes fauues, tirantes fur le 
blanc:ceneantmoins ardents & de grand cueur. 

Les noirs font puiffants de corfage, toutesfoisils ont les 
iambes baffes & courtes: aufsi ne font ils pas viftes, combien 
qu'ils foyent de haut nez, ne craignansles eaux ny les froidu- 
res: & defirent plusles beftes puantes, comme fangliers, re- 


Quatre fortes de 


\chiensde chafle, 


Blancs. 


Fauues, 
Chauge;c’eft 5 
dire,rule du cerf 


Chiens gris, 


Chiens noirs. 


Les Mons d'vn 
ll 2 
bo chiè dechaîle 


La fignification 
des ficnes de bô 


chien de chafle. 


Le cheninaux 
chien: de chaffe. 


Nourriture des 
chiens de chafte, 
Pain. 


1 


Carnage, 


LIVRE VI. 


goards & leurs femblables, qu'autres, par-ce qu'ils ne fe fen- 
tent pas le cueur,ny la vifteffe, pour courir & prendre les be- 
ftes legeres. 

Or par- ce que lon dit communément que de toute taille, 
bon chien, il fe peut faire que le pelage ne face pas beauconp 
à la bonté du chien, & qu'en toute forte de pelage fe trouuent 
de fort bons & beaux chiens : pour celte caufe , il faut qu’vn 
chien de quelque pelage qu'il foit pour eftre beau & bon, ait 
les fignes qui fenfüuiuét. La tefte moyennement groffe,pluf- 
toft longue que camufe:les nazeaux gros & ouuerts,les oreil- 
les larges & de moyenne efpefleur:les reins courbez : le rable 
gros: les hanches groffes & Jarges : la cuiffe trouffce : le iarret 
droit, bi herpé:la queüe groffe pres des reins, & le refte greP 
le iufques au bout:le poil de deffoubs le ventre rude: la iambe 
groffe : la patte du pied feiche, & en forme de celle d’vn Re- 
gnard : les ong'es gros : le derriere autant haut que le deuant. 
Le mafle doit eftre court & courbé,& lalyce longue. 

La Ggnification de ces fignes eft telle:les nazeaux ouuerts 
fignifient le chien de haut nez: les reins courbez & leiarret 
droit,denotent la vifteffe : la quete groffe pres des reins, lon- 
guc & deliecau bout, fignifie bonne force aux reins, & que le 
chien eft de bonne halene:le poil rude, au deffoubs du ventre 
demonitre qu'il eft penible,ne craignant pointles eaux, ny le 
froid : la jambe groffe, le pied de Regnard, & les ongles gros, 
denotent qu'il n’à pointle pied gras, & qu'il-eft fort fur fes 
membres, pour courir longuement fans faggrauer. 

Lon doit nourrir les chiens courants,tousenfemble en va 
chenin propre & commode, à fin qu'ils fe cognoiffent & en- 
tendent, par-ce que ceux qui font nourris enfemble, fenten- 
dent & amentent mieux que ne font les chiens amaflez & 
prins de diuers lieux. 

Leur nourriture fera de pain, fait de tiers fourment, tiers 
orge, & tiers feigle : d'autant qu'ainfi mixtionné, illesentre- 
tient frais & gras, & les garentit de plufieurs maladies : que 
fil n’y auoit que du fuigle.il les feroit trop vuider:fi du four- 
ment pur, il leur rendroit le ventre par trop dur: parquoy 
faut mixtionner & mefler l’vn aue l’autre. On leur doit don- 
ner des carnages en temps d'hyuer, principalement à ceux qui 
font maigres & courent le cerf: mais à ceux qui courent le 
lieure,iamais,de crainte qu'ilsne facharnét aux groffes beftes, 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 18 


& ne facent cas des lieures, qui fe mettent communément 
parmy le beftial priué, pour fe deffaire des chiens, & lors 
pourroyent laiffer aller Le lieure pour courirapres le betial 
priué : mais chiens qui courent le cerf ne le feroyent, parce 
que le cerf eft de plus grand vent & fentiment que Je lieurce: 
aufsi que fa chair leur eft plus friande & delicate que nulle 
autre. Les meilleurs carnages qu’on leur pourroit donner, &c 
qui les renforciroyent le plus, font afnes & mulets:quant aux 
beufs vaches & leurs femblables,la chair leur eft de plus aigre 
fubftance, le carnage qu’on leur donne doit eftre premiere- 
mentefcorché, añn qu'ils n’ayent pas la cognoiffance dela 
befte, ne de fon poil : les bons veneurs font grand cas des po- 
tages faits de chair de brebis, de cheures & de tefte de beuf, 
pour les chiens maigres, qui courent le lieure : & faut mefler 
aucunesfois parmy ces potages quelque peu de fouffre, pour 
les efchauffer. 

Siles chiens font malades, faudra vfer des remedes fuy- 
uants: pour les pouls, puces & autrés vermines, defquels les 
chiens fe chargent fouuentesfois, principalement par les grä- 
des chaleurs faut les baingner,ou pour le moins lauer & bou- 
chonner, auec deco&tion faite en bonne quantité, auec dix 
bonnes poingnees de creflon fauuage, mariolaine fauuage, 
faulge;romarin,ruë, patience: & fix poingnees de fel, le tout 
bien cuit à la confumption des herbes. 

Poar faire cheoir les vers, faut detremper de la poix-refi- 
ne en poudre, aloé en poudre, chaulx vifue en poudre, fouf- 
fre vif en poudre, le touten fiel debeuf, & de cefte liqueur 
frotter le lieu qui fera infecté de vers. 

Quand les chiens font mords de chiens enragez,il faut in- 
continent les plonger par neuf fois l'vnapres l'autre, däs vne 
pippe pleine d’eau marine, ou au defaut d’eau marine, d'eau 
ou lon aura fait fondre quatre boiffeaux de fel : cela l'empef- 
chera d’enrager.Et fil aduiét que tu n'y aye donnéaffez fou- 
dain remede, & que le chien ait defia encouru la rage afin que 
tu prefcrue lesautres du mefme mal,tu feras foingneux que le 
chien enragé ne coure point, & letueras incontinent: car de 
donner remede à telle rage, ileft du tout impoñible : les fi- 
gnes detelle rage font,la queüe leuee & toute droite:la gueu- 
le fort noire fans efcume:regard trifte & de trauers. 


Potages. 


Maladies des 
chiens de chafle, 
Pouls, puces, & 
vermine, 


Vers. 


Morfure de 
chiens ou leups 
enrageze 


Signes de la 


Fa} te 


Galle, dartres, 


Contre la galle, dartres, gratelles & rongnes des chiens, gratelles,iôgnes 


M i 


Bleflure des fan- 


gliers. 


Playes. 


Chancres d'o 
reiiles. 


Morfonture. 


Efcorchure des 
pieds. 


Hurtemernt. 


L'IVIR ENT. 


faut prendre trois liures d'huile de noix, vne liure & demie 
d'huile de cade, deux liures de vieil oingt, trois liures de miel 
commun, liure & demie de vinaigre, le tout faire bouillir en- 
femble iufques à la confumption de la moitié du vinaigre, 
puis adioufter poix-refine, & poix cômune, de chacun deux 
liures & demie, cyre neufue,demie liure : faire le tout fondre 
enfemble,puisietter les poudres qui fenfuiuét,liure & demie 
de foulphre, deux liures de coperofe recuite, douze onces de 
verd de gris, & en faire vnguent: mais auant que les frotter de 
ceft vnguent, les faut lauer auec de l’eau & du fel. 

Les chiens font fouuent bleflez des fangliers en plufieurs 
parties de leurs corps, & felon les lieux & endroits ou ils ferôt 
bleffez, il fe faut gouuerner pour les penfer:: fi la playe eft au 
ventre, & que les trippes en fortent fans eftre offenfces,les fau 
dra remettre premieremét, puis mettre au dedans du vétre au 
droit du trou, vne laifche de lard, & couldre la peau par def- 
fus, mais à tous les points d’aiguille, faut nouër le filet, & le 
coupper à chacun point:autät en fera lon par toutes les blef- 
fures qui ferôt aux autres lieux y mettät toufiours vn lardon. 

Pour les playes des chiens,leius de la fueille de chou rou- 
ge eft le fouuerain baume, mis incontinent für la playe pour 
la conf{olider foudainement. 

Contre les chancres qui viennent aux oreilles des chiens: 
prenez vne drachme de fau6,de tartre,fel ammoniac, foulfre, 
verd de gris, le tout foit incorporé enfemble auec vinaigre 
blanc & eau forte, & en frottez parneuf matins le chancre. 

Siles chiensapres auoir couru par verglats,& autre mau. 
uais temps : ou nagé és riuieres & eftangs à la pourfuitte des 
beftes font morfondus : incontinent qu'ils feront de retour à 
leur chenin, les faut chauffer & feicher à vn grand feu, puis 
leur frotter & bouchonner le ventre,pour abattre la fange. 

Souuétesfoisen courant parles câpaignes & rochers,ils Fe 
corchét les pieds:à quoy fera bon premieremét leur lauer les 
pieds auec eau & fel,puis faire cataplafme de moyeux d'œufs 
battus auec fort vinaigre & ius de l'herbe nommee pilofelle, 

Sien courant auront efté heurtez en quelque partie deleur 
corps du bout de la corne du cerf, ou de la hure du fanglier, 
faut emplaltrer le lieu,auec racine de grâde confoude,;empla- 
ftre de melilot,huile rofat,autant d’vn à d'autre: & auât que 
appliquer l'emplaftre,ofter le poil du lieu où fera la douleur. 


DE LA MAISON RVSTIQYUE. 539 
Comine il faut façonner les ieunes chiens pour 


la chaffe. Chap. 25. 


E n’eft affez d'auoirnombre de bôs & beaux 
chiens, qui ayent les marques de bonté & de 
beauté qu’auons cy deuant mentionné,encor 
eft-il befoing les dreffer & façonner pour la 
chaife : faudra donc que leur gouuerneur en 
premier lieu leur face entendre le fon de la 
trompe:à nager & accouftumer l’eau, à fin qu'ils foyent plus Entendre fon de 
prompts & adroitsà pourfuiure la befte fil aduient qu'elle Tompe: 
fe fauue dans riuieres courantes ou eftangs : puis apres les me- 0 
ner vne fois la femaine pour le plus aux champs,non pas tou- 
tesfois auant l’aage de feize ou dixhuit mois, car auant ce 
temps,ils ne font du tout renforcez ny affeurez de leur mem- 
bre. Sur tout faut bien aduifer à quelle chaffe on les veut 
adonner, foit à courir le cerf, ou la biche,ou le fanglier,ou le 
lieure, car telle befte que leur ferez courir la premiere fois, de 
telle leur en fouuiendra toufiours, principalement fi vous 
Jeur en donnez curee, 

Ne les faut faire courir au matin, fil eft pofsible, parce 
que fils ont accouftumé la fraifcheur du matin, & viennent à 
courir fur le haut du iour, ayant fenty la chaleur du foleil, ne 
voudront plus chaffer. 

Lonne doit drefferieunes chiens dedans lestoiles, parce 
que la befte ne fait quetournoyer, & par ainfi peut eftre veuë 
de tous coftez, & à toutes heures: & fi on les fait courir apres 
hors des toiles, & que la befte feflongne quelque peu d'eux, 
ils l'abandonneroyentincontinent. 

Pour le meilleur fera, à fin de les mieux façonner & dref- 
fer, mettre les ieunes tous enfemble auec quatre ou cinq des 
vieux, quand on les voudra faire courir. 


Qwuil faut cognoistre le cerf &9° [çauoir fon giste 
auant que le courir. Chap. 26. 
4 EsR ois,princes & gräds feigneurs à qui appartient La chaffe appar- 
SZla chaffe du cerf, non à d’autres,n’ont couftume de tient aux grands 
PPS courir le cerf, auant qu'ilsayent entendu de Jeur feigneurs. 
rad veneur, quel eft le cerf, ieune ou vieil, beau, grand, 
& qui merite d’eftre chaffé: puis où eff le gifte du cert. 
ii 


Les Signes & aa- 
ge da cerf. 


Forme du pied, 


Biche. 


Fumees du cerf. 


Portecs. 


En quel temps 
les cerfs muent 
leurs cornes. 


LOPVERBIATE 

Or le veneur cognoiftra l’aige & beauté du cerf par le 
iugement qu'il pourra faire de la forme du pied,des portees, 
des fumees, des alleures, des abateures & fouleures, & des 
frayeurs. | 

La fole du pied grande & large : le talon gros & large: la 
petite comblette ou fente,qui cft par Ie milieu du pied, large 
& ouuerte: la jambe large : les os gros, courts, & point tran- 
chants: la pince ronde & grofle, font marques de cerfs vicux. 
Plus, les vieux cerfs en leurs alleures ne paflent iamais le pied 
de derriere outre celuy de deuât,mais demeure apres de qua- 
tre doigts pour le moins : ce que ne font pas les ieunes cerfs: 
car en leurs alleures le pied de derriere outrepafle celuy de 
deuant,comme fait vne mule qui va l'amble: la biche a com- 
munément le pied long, eftroit & creux, auec petits os tran- 
chants. 

Les fumees, c’eft à dire,les crottes & excrements des cerfs, 
ne font femblables en tout temps: car les vnes font formees, 
les autres en torches, les autres en plateaux : au mois d’Apuril 
& May, les vieux cerfs iettent fumees en plateaux : & fielles 
font larges, groffes, & cefpefles, c’cft figne qu'ils font cerfs de 
dix cors, c’eft à dire,de dix petites cornes fortants du marrain. 
Au mois de Tuing & de Tuillet, ils rendent leurs fumees en 
grofles torches bien molles:toutesfois il y en a quelques vns 
qui les iettent encores en plateaux iufaues à lamy Juin. Et 
depuis la my Iuillet iufques à la fin d’Aouft, leurs fumees 
font formecs groffes, longues, & nouëées,bien martelces,oin- 
tes ou dorces:voila comme lon pourra diftinguer les cerfs de 
dix cors, d'auec les vicux. 

Les portees du cerf, font dites, quand le cerf paffe par vn 
bois branchu & hurte auec fa teiteaux branches desarbres: 
d’où aduient que fi la tefte du cerfeft haute & large;les por- 
tecsferant peu larges :or la cognoiffance que peut aucir le 
veneur des portees, n’eft finon que depuis luillet infquesen 
Mars:car les autres quatre mois,à fçauoir, Mars, Apuril, May, 
& Iuing,les cerfs muent & ietrét leurs teftes, c'eft à dire,leurs 
cornes:vray qu’ils commencent dés le mois d'A puril à pouf- 
fer boffes nouuelles, & comme le foleil hauffera, & que le 
viandy croiftra & durcira,aufsi leur tefte croiftra & augmen- 
tera:& désla moitié de [uing leurs tetes feront femees de ce 
qu'elles doiuent porter toute l’annee, pourueu qu'ils foyent 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 140 


en bon païs de gaignages & n’ayent point d'ennuy: des cor- 

nettes de leur sefte, on pourraiuger femblablement de leur  Iuzement de 
:aage:car au premier an n'ont encor teftes : au fecond,ont leur “he ps 

premieres tettes,que lon appeile dagues : au tiers, quatre, fix, FRS è 
ou huit cornettes:au quart, huit ou dix cornettes:au cinquief- 

me, dix ou douze:au fixiefme, douze,quatorze ou feize:au fe- 

ptiefime,leurs teltes font marquees & femces de tout ce qu’el- 

les porteront jamais, & ne multiplient plus,fmon en groffeur: 

on cognoilftra toutesfois toufiours les vieux, quand ils ont le 

tour de la meule large & gros,la perche groffe bien brunie, & 

bien perlee, droitte, teftes larges & ouuertes, pluftoft que Tefte de vieil 
rouecs. cerf. 

Par les alleures, je veneur pourra iuger fi le cerfeft grand Alleures du cerf 
& long, & Fil courra longuement deuant les chiens : car tous 
cerfs qui ont longuesaileures, courent plus longuement que 
ceux qui les ont courtes, & font plus viftes, plus legers & ce 
meilleure halaine. 

Lon cognoilt fi le cerf eft haut furiambes, & femblable-  Abbatures & 
ment de quelle groffeur & efpeffeureft fon corps, en regar- fouleures du cerf 
dant l'endroit par ou1l eftentré au fort,és fougeres, & menes 
bois,lefquels il aura laiffez entre fes iambes:car de quelle hau- 
teur il les aura abbatus auec le vêtre, detelie hauteur für iam- 
bes doit eftre iugé. La groffenr du corps fapperçoit aux deux 
coftez,la ou fon corps aura touché,caril y aura brilé & rom- 
pu les bräches feiches, des deux coftez:& par la pourrez me- 
furer fa groffeur. 

Quant au frayoüer,les cerfs tant plus font ils vieux, tant 
pluftoit vontfrayer, & encor aux grofles arbres: parquoy 
quäd le veneur verra que les branches del'arbre feront heur- 
tees & rompuës , alors cognoiltra la hauteur & largeur de la 
tefte du cert:combien que ces fignes fayent fort obicurs. 

Au furplusilfe peut faire que le veneur par les fignes cy Cognoiffance 
deflus defcrits ait la cognoiffance de l’aage & beauté du cerf, du lieu où fe re- 
mais foit encor ignorant & incertain de fon gite, & lieu ou il tire Le cerf, 
le puifle deftourner : parquoy pour en etre affeuré faut qu’il 
ait vn himier qui loit fort bon explorateur, & ait l’odorat & 
fentiment fort exquis : afin de pouuoir plus facilement fentir 
Ja traffe & voyes du cerf: & ce pendät le veneurne doit eftre 
ignorant des lieux en general efquels le cerffe retire, lefquels 
font diuers, felon les mois & faifons de l’an:car les cerfs chan- 


Frayouër du 
cerf. 


Le cerf change 
de lieu tous les 
mois. 


Le rut du cerf, 


Cognoiffance 
du gite du cerf. 


L'EVRENNE 


gent de lieu & viandistousles mois,felon que le foleil haufle, 
à cefte caufe au mois de Nouembre, faut cercher les cerfs aux 
brandes & bruyeres,defquelles ils vont viander les pointes & 
fleurs pour fe remettre en nature apreslerut. En Decembre 
ils fe retirét au profond des forefts,pour auoir l’abry des vêts 
froids,neiges & verglas.En Ianuier font leur afsiette aux ailes 
des forefts, &vôt aux gaïgnages,;aux bleds verds, comme fei- 
gles, & leurs femblables. En Feburier & Mars, par-ce qu'ils 
muent & iettent leurs teftes, fe muflent aux buiffons, efquels 
ils demeurét tout le mois d’A puril & May. En Iuing & Euil- 
let,ils vont aux tailles & aux grains, & alors font en leur gräd 
venaifoniils vont aufsi à l’eau à caufe de la feichereffe trefgra- 
de quilesaltere, & aufsi de la vehemêéte chaleur & feicheref- 
fe qui ofte la rofee & l'humidité du bois, lequel commence à 
durcir. En Septembre & Octobre ils laiffent leurs buiffons, & 
vontaurut, & alors n’ont point de lieu ne de viandis certain, 
par- ce qu'ils fuiuent les voyes & routtes par ou les biches au- 
ront paflé,mettätsle nez en terre, pour en affentir, fans regar- 
der n’efuenter fil y a point quelqu'vn caché, pour leur nuire, 
& vont aufsi toft le iour que la nuit, eftants fienragez du rut, 
qu'ils penfent qu'il n’y ait rien qui leur puiffe nuire, & viuent 
de peu de chofe, carils viandent feulement de ce qu'ils trou- 
uent deuant eux, en fuiuantles routtes, par oula biche va, & 
principalement de gros potirons rouges, quileursaydent à 
faire piffer le fuif-parquoy en telle faifon font fort aifez à tuer 

fi la venaifon en eftoit bonne. 
Voila comme le veneur pourra eftre enfeigné des lieux en 
general, ou feretire le cerf, afin qu'il ne le cerche autre part, 
ouilnàaccouftumé de faire fa demeure : orapres que par les 
moyens qu'auons defcritsil fera affeuré du lieu,neluy reftera 
plus que de fçauoir le gifte particulier: & pour en faire foin- 
gneufe recherche, faudra que de ben matin fe tranfporteau 
lieu où il cognoitra eftre la retraitte du cerf, pour l'heure 
&temps prefent, comme auons declaré, & auec foy menera 
fon limier de nuit,pour.en fentir la traffe,luy ayant premiere- 
ment abreuué les nazeaux de fort bon vin-aigre, afin qu'il ait 
meilleur fentiment: pourra aufsi prendre indice par les autres 
enfeigneméts qu'auons fpecifié, à fçauoir des foulees du cerf, 
des portees, des fumees, desalleures, des abbateures, & du 
frayouer qu’il pourra rencôtrer en fon chemin: combien Je 
e 


| 
| 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 11 


Je veneur e": ceft endroit, fe doit gouuerner felon la diuerfité 
du lieu où 1! fait la recherche, carautreruze de trouuer le gi- 
Îte du cerf doit eftre obferuee és taillis,autre és gaignages,au- 
tre és bois de haute fuftaye, qui fe doit pluftoft cognoiftre 
par l'experience & pratique de la chaffe, que parles efcrits 
qu'on en pourroit faire: aufsi pour euiter prolixité n’en parle- 
raÿ plus outre. 


Comme il faut courir le cerf. Chap. 27. 


Es PSE E veneur, apreslonguerecherche ayanteu 


Ca rte 2 la cognoiffance tät de la beauté du cerf, que 
ES JE de fon gifte, viendra faire rapport au Roy, Rapport du se- 
EN. ou à fon feigneur(car auons dit que la chaffe neur au Roy. 
FS 9) du cerfappartientaux Rois Princes, & grâs 
 feigneurs) de fa diligence,luy prefentant les 
famees du cerfqu'il aura deftourné, & racomptant tousles 
fignes & indices du cerf qu'il aura veu : & alors le feigneur 
pourra choifir l'heure & iour pour aller à la chaffe du cerfau 
lieu qui aura efté denoncé par le veneur. 
Le iournommé, faudra que les piqueurs fe tiennent prefts Piqueurs. 
pour partir de bon matin, ayantsauec eux leurguide,chiens, Trois fortes de 
tant limiers courants que de relais, & tout leur equipage: ve- Chiens, nes 
nus au lieu,ferôt encor recherche foingneufe du gifte du cerf PE 
tant auec le chien mut,que par autresmoyens qu’ils pourront Chié mut quine 
inuenter , auant que de donner afsiette aux chiens, tant cou- dit mot & fuit 
rants que de relais. la trace du cerf, 
Le cerfapperceu parle piqueur, ou affenty parle chien Chiens de relais 
mut,faudra alors affeoir leur relais,en trois ou quatreflations font chiens qui 
& lieux certains,afin que les chiens de relais puiffent fecourir fe repofent pour 
ER à 3 Courir apres que 
ceux qui feront las de courir,ou aurôt perdu les erres ducerf | urres ferane 
& inftaurer nouuelle chaffe à la befte. Et tels chiens de relais as. 
feront tellement difpofez par bandes, qu’au deffaut despre-  Afiette des 
miers en les lafchant pour courir, la derniere bande, foi des hiens de relais, 
plus forts habiles & cruels chiens, & lefquels pourfuiurontle 
cerf,non par derriere,comme les autres,mais par deuant, auec 
grand courage & animofité,. 
Le relais afsis és lieux que lon cognoiltra eftre les plus cô- 
modes, faudra defcoupler les chiens courants pour courir,fe- 


Jon le lieu ou le cerf aura cité veu, 
N 


-D = 


Brifees. 


Ruzes du cerf. 


Malice du cerf. 


L'IVIRETOVAE 


Les piqueurs de la meute feconderont les chiens courants 
& {onneront de leur trompe, pour leur donner courage, en 
iettant brilees, c’eft à dire rameaux d'arbres couppez, fur les 
voyes du cerf pour empefcher fa vifteff: à courir, fi d’auen- 
ture le veneur ne les auoiït defia iettez dés la veille, alors qu'il 
feift la recherche du gifte du cerf: ou les piqueurs, auant que 
de defcoupler & lafcherles chiens courants : ce pendant fil 
aduient quele cerfen courant vint à pafler pres durelais, le 
piqueur qui garde ce relais, doit aduifer fi ce cerf eft point 
pourfuiuy de quelques chiens de la meute, & alors doit incô- 
tinent defcoupler vne bande de fon relais fonnant & huchät 
toufiours,en iettant des brifees par ou le cerf paffera: mais fil 
voit que les chiens de la meuten’y foyent pas, & quil n’oye 
point la troupe de a chaffe, il ne doit pas relayer, mais feule- 
ment marquer le chemin que le cerftiendra,pour en faire fon 
rapport à la meute, afin de fçauoir fi ceft le cerf que 16 pour- 
fuit ou vn autre, par-ce qu'aucunesfois il fe peut lancer quel- 
que autre cerf, d'effroy;,au bruit de la meute, & des piqueurs. 

Ce pendant les piqueurs de la meute doiuent toufiours 
feconder & coftoyer les chiens, pour les bien amenter, & le- 
uer les deffaux, fil aduient qu’ils foyent tranfportez hors des 
erres & ne fuiuent pas le droit. 

Faut aufsi qu'ils fe donnent garde desruzes du cerf, le- 
quel quand fe voit chaffé de pres des chiens,met peine de fe- 
uader & deffaire d'eux, & leur donner le chauge en plufieurs 
manieres. 

Car aucunesfois il va cerchér les cauernes des autres be- 
Îles, & fe cache dedans, & laiffe pafler les chiens outre, lef- 
quels n’en peuuent auoir le vent ne fentiment, à caufe qu'il 
met les quatre pieds foubs fon ventre, & afpire fon halaine à 
la fraifcheur & humidité de la terre : aufsi ail cefte malice de 
nature, qu’il cognoift que les chiens ont plus grand fentimét 
de fon halaine & de fes pieds, que des autres parties de fon 
corps : pour obuier à cefteruze, faut auoir ietté force brifees 
aux entrees des forts, par ou le cerf paffera,afin que lon puifle 
trouucr fes derniers erres & brifees, lefquelles enfeignerôt de 
bien pres le lieu ouil fe fera caché. 

Quelquesfois quand le cerf voit que les chiés le chaffent, 
& qui ne fe peut deffaire d'eux, il va de fort en fort cercher 
les repaires des autres biches: & petits cerfs, & fe met de leur 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 142 


compagnie, mefme aucunesfois les emmene & fait futr auec 
luy l'efpace d'une heure ou plus de chemin : puis il les aban- 
donne, & feuade par vn fentier hors & loing de tout chemin: 
& filaduient que fes ruzes foyent defcouuertes par l'exquis 
fentiment des chiens, & fagacité des veneurs, il retourne par 
fon premier fentier pour rompre fes premieres traces,à fin de 
tromper les chiens:puis entre en quelque grand chemin,qu'il 
fuit fi longuement que fes forces le pourront porter: pour 
empefcher telles ruzes, les piqueurs doiuent regarder,quand 
- le cerf {era accompaigné d’autres beftes, & qu'il fuira auec 
elles, à fin d’exciter les vieux chiens de la meute, auec crainte 
à pourfuiure le cerf, fe tenans pres d’eux pour les fecourir & 
aider: & fi ie cerf a prins le grand chemin pour ofter tout 
fentiment de foy aux chiens [ car c’eft chofe affeuree que par 
les grands chemins toutes fortes d'animaux y paffent, qui 
mettét la terre en poudre, de telle forte que là où le cerf pafle 
la poudre coule, & couure foudainement la marche du pied 
là où touche l’ongle] les piqueurs doiuët mettre l’œil à terre 
pour regarder foigneufement fils cognoiftront point quel- 
ques traces du cerf, & alors ietteront des brifees à force, & 
exciteront leurs chiens leur criants,voilecy houruary. 

Aufsi il aduient aucunesfois que les cerfs paflent au tra- 
uers de brulis, où les chiens n’en peuuent auoir aucun fenti- 
ment, parce que la fenteur du feu eft plus grande que celle 
du cerf, mefme les chiens defiftent aucunesfois de courir, 
ayantsinfpiré par les nazeaux cefte mauuaife odeur:alors fau - 
dra que les piqueurs fe defuoyent quelque peu de leur che- 
min auec leursehiens, puis quand ils feront paflez outre,qu'ils 
redreffent leurs chiens, en leur donnant courage. 

Aucunesfois le cerf va à l'encontre du vent,à fin que fon 
haleine foit difsipee & qu’elle ne vienne iufques au fentiment 
des chiens: aufsi à fin qu'il puiffe entendre la voix de chiens 
qui le pourluiuent: alors faut que les piqueurs regardent aux 
erres & voyes du cerf. 

Outreplusil y a des cerfs lefquels au partir de la repofce 
font les rompus,fe iettans fur le ventre deuant les piqueufs, & 
fe monftrent pour eitre relancez par les chiens, comme fils 
cftoyentlas & mal menez, telles ruzes les jugent fort mali- 
cieux & de grand’haleine pour courir longuement deuant 
les chiens, fe fiants en leur force : dequoy faudra que les pi- 

N 1 


Signes du cerf 
mal mené. 


Le cerf mal 
incné, 


DT V REMNVET. 


queurs fe donnent garde, à fin qu'ils puiffent difcerner les 
ruzes du cerf, car il feinét aucunesfois eftre mal mené, & ne 
left pas toutesfois. 

Les fignes du cerf mal mené font tels, fi en fuyant deuant 
les chiens il n’oyt & ne voit perfonne, fil baiffe la tefte, met- 
tant le nez pres de la terre, bronche & chancelle, faignant 
les iambes:puis fil veoit quelque homme en furfaur, il leue la 
teite, & fait de grans bonds, pour donner a cognoiitre au'l 
eft encor fort & vigoureux: outre plus Fil a la gueule noire & 
feiche, fans efcume, & la langue retiree au dedans:fi en chemi- 
nantil ferme l'ongle, comme Fil alloit d’affeurance, puis tout 
foubdain il fefforce & l'ouure, faifant de grandes gliffees dô- 
nant desosen terre le plus fouuent , & fuit communément ” 
les routes & chemins, mefme fil trouue quelque haye, il va 
tout du long pour cercher vne fortie à paffer, parce qu'iln’a : 
pas la force & vigueur de fauter par deffus. 

Or apres longue courfe, ruze , & euafions quand le cerf 
eft las & mal mené, & qu'il ne peut plus refifter, ayant perdu 
tout c'poir il laiffe les taillis & forefts, & prend fa fuite aux 
lieux champaiftres, ou aux gaignages & villages prochains, 
ou il fe jette en quelques riuieres & eftangs : d'où il aduient 
fouuentesfois qu’il fe deffait des chiens courants:car és lieux 
champaiftres & campaignes, le fentiment des traces du cerf 
eft fort petit: & quant auxriuieres & eftangs, il a cefte ruze 
de defcendre communément plus toft aual le cours des riuie- 
res,que de monter en contremont,pour ofter le fentiment de 
foy aux chiens, 

Les piqueurs donneront ordre à telles euafions du cerf: 
car fil a prins fa fuite en quelque lieu champaiftre, ils obfer- 
ueront diligemment à veuë d'œil lestraces du cerf, & auec 
fon de trompe refiouiront & exciteront leurs chiés à la nou- 
uclle courfe, Si le cerf c’eft precipité dans l’eau, foit,ou pour 
fe rafraifchir, ou pour le dernier refuge de fa vie, les veneurs 
regarderont par quel lieu le cerffera entré dans l'eau, & là iet- 
teront force brifees, & attendront le cerf au paffage: & fils 
voyent qu'il ne forte point de l’eau,doiuent faire entrer leurs 
chiens en l’eau, ou bien fils ont crainte de les morfondre, en- 
uoyer querir vn bateau,ou bien Fils fçauêt nager fe defpouil- 
ler tout nuds, & entrer en l’eau ayant vne dague en l'vne de 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 143 


leurs mains pour le tuer, ne le doiuent pas toutesfois affaillir 
finonen liea profond , parce que fi le cerf prenoit terre, il 
pourroit bleffer de fa tefte f’vn d'eux : mais en lieu profond il 
n'a aucune force. 
Au fürplus faut vfer de grande fageffe à pourfuiure le Rendre Les ab- 
cerf qui rend les abbais ( c’eft à dire quand le cerf n’en peut bais. 
plus, & eftant hors de toutefpoir de fa vie, il fouffre queles 
chiens l’abbayent)car alorsil eft dangereux, & frappe de fes 
cornes le premier de fes chaffeurs qu'il peutrencontrer, c’eft L 
pourquoy lon dit communément, Au cerf la biere, & au fän- Au cerfla biere, 
glier lebarbier. Parquoy faut aller fagement aux abbais du & SE E 
cerf & ne le hazarder par trop. Vire 
Quand le cerf fera prins, celuy qui aura fait le coup doit Le cerf tué. 
incontinent fonner la retraitte, à fin d’affembler les com- 
paignons chafleurs & les chiens: & apres auoir prefenté le 
pied droit du cerfau Roy, ou à fon feigneur, departir le cerf 
en pieces, felon qu'il entendra. Ne faut cependant qu'il ou- à 
blie d’en faire curee aux chiens pour leur donner fouenan- Curceaux chies 
ce de La chaffe : au limier, c’eft à dire à celuy qui aura par 
fon fentiment enfcigné le gifte du cerf, fera prefent de la 
tefte & du cueur, comme droit à luy deu : aux autres don- 
nera le col & la ceruelle du cerf, ou pour le mieux pren- 
dra du pain, & le decouppera par petits louppins en vne 
poifle, auec fourmage, & trempera le toutauec le fang tout 
chaud du cerf, & mettra foudainement la curee defus le 
cuir du cerf eftendu fur l'herbe, & ce-pendant vn chacun 
mettra la trompe à la bouche, pour fonner & refiouïr les 
chiens. - 
Lon a couftume aucunesfois, encor apres cefte premiere Secondecuree, 
curee, d'en faire vne autre auec les entrailles du cerf, toutes 
entieres, que le maiftre veneur iette aux chiens, apres leur en 
auoir fait la fefte,les tenant haut efleuces : & ce-pendant que 
Jes chiens deuoreront ces entrailles, on lesrefiouït auec fon 
de trompe, & de forhu, 


N ir 


LT VR'E AVI 
LA CHASSE DV: SANGLIER. 


En quel temps ilfant chalfer le fanglier, ex 
les marques du bon fengler. 


Chap. 28. 


À chaffe du fanglier eft beaucoup plus diffi- 
cile & dangereufe que celle du cerf, par ce 
que le fangiier ne craint aucunemét les chiés, 
, mais les attend, & fouuentesfois luy mefme 
Ales pourfuitiufques dans leur meute;pour les 
É 7 Frailler & mettre en pieces,auec fes dents, def- 
Morfure du fan OS quelles la morfure principalement au coffre 
glier digereufe. du corps,eft quafiincurable: parquoy le bon veneur qui fait 
cas de fes chiens pour courir le cerfle cheureul & lelieure,ne 
doitiamais faire chaffer le fanglier à fes chiens courants:pluf- 
toft à quelque meute de maltins, defquels le fanglier eft le 
vray gibbier: ou pour le meilleur, trouuer moyen de le pren- 
dreauec les toilles, ou tuer auec l’efpieu & l'elpee, comme 


Chaffe du (an- | 
glier,d4gereufe, 
| 
| 


dirons. 
Sangliersà chaf Quoy qu'il en foit tous fangliers ne meritent d’eftre 
fur. chaffez, mais feulement ceux qui n’ont paffé l'ange de quatre 


ans,encor qui font beaux, gros, & gras:car apres quatre ans le 
fanglier amaigrit de vicilleffe, & pert incontinent toute fa 
bonté. Etne les faut chaffer en tout temps,mais principale 
ment alors qu'ils font en leur faifon & venaifon,à {çauoir de- 
Temps de.chaf puis la my Septembre iufques en Decembre, qu'ils commen- 
{er fanglier. cent d'aller au rut:combien qu’en Apuril & May ils font plus 
Sangliers dor- aifez à mettre aux toiles qu’en autre faifon y parce qu'ils dor- 
mant. ment plusforten ces deux mois qu'en autre temps, d'autant 
qu’ils mangent des herbes fortes qui leur efmouuent le fang, 
& font monter les fumees au cerueau,ce qui les endort: aufsi 
que le printemps leur renouuelle le fang qui eft caufe de leur 
MER grand repos. ; j | 
ea Le veneur donc cognoiftra la beauté du fanglier, & qui 
* meritera eftre chaffé par ces fignes, à fçauoir,aux traces,bou- 

us, fouil, & leffes. 
Traces. Les formes des traces grandes & larges: les pinces de la 


DE LA MAISON /RVSTIQUE. r44 


trace de deuant, rondes & groffes : les couppants des coftez 
destraces vfez, fans fe monftrer tranchants:le talon large: les 
gardes groffes & ouuertes, defquelles il doit donner en terre 
fur le dur par tout où il marche: toutes ces chofes demon- 
ftrent le fanglier beau & grand. Pareillement les traces du 
derriere plus larges que celles du deuant,denotent la groffeur 
des entrecuifles. Les rides qui font entre les gardes & le talon 
fi elles fe formenten laterre, elles demonftrent fes alleures 
grandes & longues. La marche de la trace profonde & large 
monftre aufsi la pefanteur. 

Les boutis du fanglier profonds & larges, donnent tef- Boutis. 
moignage de la groffeur & longueur de fa hure. 

Le fouil du fanglier,long, large & grand,denote vn grand souil, 
fanglier : ou bien au partir du fouil on le pourra cognoiftre 
aux entrees des forts, aux fudilles & aux herbes où le fouil 
touchera, parce qu’alors qu'il en fort il emporte la bouë & 
fange fur luy, laquelle marque les fueilles en entrant dedans: 
par lefquelles on peut iuger fa hauteur & groffeur: ou bien 
aduient fouuentesfois qu'apres que le fanglier feft fouillé, il 
fe va frotter contre vn arbre auquel il marque fa hauteur. 

Les leffes : c’eft à dire fiantes du fanglier,groffes & l6gues peffes. 
demonftrent la grandeur du fanglier, combien que le veneur 
neles doit point apporter à l'affemblee, mais luy doit fuffire 
de les regarder aux lieux ouil les trouuera. 


D fanglier,pourcean priné, mafle 7° femelle 
fanglier. Chap. 29. 


E 


À diffsréce d'entreles fangliers & pourceaux Differéce entre 


priuezgeft telle, Les fangliers en leurs alleures RE ee 
pourceaux pri - 


ucz, 


Ji Imettent toufiours la trace de derriere dedans 

ri celle de deuant, ou bien pres, & appuyét plus 
CS | dela pinfe que du talon, fermät l’ongle de de- 
uant, & donnent communément des gardes 
en terre, lefquelles ils eflargiffent par dehors : les pourceaux 
priuez,en marchant ouurent les ongles de deuant,appuyants 
plus du talon que de la pinfe, & leur pied de derrierene mar- 
che point dedans celuy de deuant, & le deffoubs de fa folle 
eft plein de chair, qui ne peut pasapplanir la forme de la tra- 


Diferèce entre 
Je mafle fanglier 
& la femelle. 


Demeure du 
fanglier. 


Chaffe du fan- 
glier. 
Sägliers, meur- 
triers des chiens 


RIVE RE EUNNME 


ce, comme fait celle du fanglier : pareillement le fanglier fait 
des boutis plus profonds, à caufe qu'il a la hure plus longue: 
& quand il arriue dedans les champs femez, il fuit volon- 
tiers vu rayon, nazillant tout le long du feillon, tant qu'il foic 
au boutique ne fait le pourceau priué, car ilne fait fes boutis 
tant profonds, & ne les fuit pas, comme fait le fanglier : mais 
en fait vn en vn endroit, l’autre plus loing, en traucrfant les 
feillons, fans queles boutis fentretiennent l’vn auec l’autre. 
D'auantage quand les fangliers vont au grain, ilsabbatent les 
bleds tout en rond,les pourceaux priuez non. 

La difference d’entre le mafle fanglier, & la femelle,eft tel- 
le : le mafle eflargift plus les jambes de derriere, en marchant, 
que la femelle, & communément met la trace de derriere fur 
le bort de celle de deuant par dehors, à caufe des entrecuifles, 
& des füuittes, quileur font eflargir les iambes de derriere : ce 
que les femelles ne font pas, car elles font vuides entreles cuif 
fes,qui les caufe marcher plus eftroit. La femelle ne fait pas f& 
bon talon qu'un fanglier, & a les ongles plus lôgs & agus de- 
uât, & plus ouuerts:les traces & folies de derriere plus eftroit- 
tes que celles du mafle. 


La demeure du fanglier. Chap. 30. 


3 E fanglier n’à certaine demeure,aufsi dit on que 
il n'eft qu'un hofte,parce qu'il ne fait que courir 
283! de foreft, & bois enautre: toutesfois il fe deleéte 
es fort de demeurer au païs & lieu ouil à efté né: 
tellemét que Fil eft chafTé par les chiés, de quel- 
que buiffon ou foreft : il fuïra toufiours fans farrefter, iuf- 
ques à ce qu'il foit au païsouaefténé,duquelil eftoit venu:la 
ou il eftime fa fauuegarde, & le refuge de fa force: onletrou- 
ue aufsi le plus fouuent en païs ou il y a delanoyzille, & dela 
faine, car il fe deleéte de telle pafture, plus que de gland, 


La prinfe du fanglier. Chap. 31. 

AT) KR quand à la chaffe du fanglier, elle requiert 
€ pluftoft forces d'hommes que de chiens, par- 
) ce que les fangliers font vrais meurtriers des 
F chiens: lon peut toutesfois vfer des chiens, 


mais auec telle prudéce quelcs piqueurs foyét 
toufiours 


D 
À 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 145 


toufiours meflez parmy eux, en preffant le fanglier,le plus 
fort qu'ils pourront, car quand il fe voit chargé des chiens & 
des piqueurs , de premiere arriuee qui le preffe bien fort ,il 
feftonne & pert le cueur,alors au lieu d'exercer fa furie fur les 
chiens,eft contraint de fuïr & dreffer païs:faut aufsi alors laf- 
cher quelques chiens derelais, non des jeunes , mais des pius 
vieux & fages,afin de fecourirles premiers, & dôner plus grä- 
de fuitte au fanglier: & ne faut craindre qu'il donnele chauge 
ou vfede quelque ruze, d'autant qu'il eft pefant, & que les 
chiens le fuiuent de pres : or quand apres longue courfe les 
piqueurs voyent que le fanglier rend les abbais [ ce qu'il ne 
fait, qu'il ne foit grandement forcé ]ils doiuent incontinent 
le plus fecrettement qu'ils pourront, l'enuironner, & aller 
tout d’vne courfe droit à Iuy tenant l’efpee à Ja main, &ne 
faillir de le tuer: ne faut pas toutesfois qu'ils tiennent la main 
baffe, car ils donneroyent dedans la hure, mais faut qu'ils le- 
uent la main haute, & frappant les coups d’efpec en plon- 

eant,fe donnant garde de frapper le fanglier du coité de leur 
cheual, pluftoit de l’autre cofté : car du cofté que ie fanglier 
fe fent bleffé, il tourne incontinent lahure, qui feroit caufe 
qu'il tueroit ou blefferoit leur cheual. 


LAMNGIEFASSE, DV:LIEVRE. 


Du plaifir ér' profit de la chalfe du lieure,er 
des chiens qui y font requis. 
fe bap. 32 


grand efprit & de moindres frais, non feulemét 
pour les gentils-hommes, maisaufsi pour tous 
gents d'eitat, que de nulleautre befte : d'autant 

Es qu'elle apporte mill petits plaifirs & recrçatiôs 
à toutes heures, & auec petits frais : fans eftre en danger de 
plufieurs inconuenients , lefquels encourent fouuentesfois 
ceux qui chaffent au cerf ou fanglier:ioinét que lon ne pour- 
roit que receuoir grand contentement & plaifir non petit, de 
voir l'efprit quafi admirable en nature de ce petit animal, & 
les ruzes defquelles il vfe pour fe deffaire & fauuer des chi£s 
O 


Le fauglierne 
donne point le 
chauge, 


Le fanolier ren- 
dre les abbais. 


Comme il faut 
tuer le fanglier. 


À chaffe du lieure eft plus plaifante, de plus La chaffe du lie 


ure plus plaifan- 
te que toute au- 
ère. 


CEVIRPE MENT. 


qui le pourfuiuent. Nous permettons donc telle chaffe à no- 
{tre pere de famille, mefme voulons au'l Fy exerce le plus 
fouuent qu'il pourra, car elle ne luy pourroit apporter que 
plaifir & profit. 

Or parce que cefte chaffe fe conduit principalement à 
force de chiens, le gentil-homme qui en veut faire cftat, & 

Dreffer leschiés qui a vneieune meute de chiens à dreffer, doit obferuer deux 

de la chaffe du chofes principalement à les bien façonner. Lapremiereque 

Heure, du commencement il les accouftume d’eftre defcouplez & 
de courir en toute forte de païs, à fçauoir és plaines, és bois, 
taillis,bocages: car autrement fi vous leur accouftumez pour 
Je commencement de chaffer en vn lieu feulement, comme 
dedans les bois ou taillis,ils ne feront cas des plaines& chäps: 
maisiront cercher les bois & taillis,où 11s auront accouftumé 
d'auoir plaifir, & trouuer les lisures. L'autre eft, qu'il ne faut 
jamais dreffer les chiens à chaffer les matinees, à caufe de la 
roufce, & fraifcheur de la terre: mais pluftoft fur le haut du 
iour, car fi vous leur accouftumez les frafcheurs, & qu’apres 
vous lesvouliez faire chaffer fur le haut du iour, & qu'ils fen- 
tiflent quelque chaleur ou petit vent, ils ne voudroyent par 
apres aucunement chaffer ne quefter. 

Donc la vraye faifon pour dreffer les ieunes chiens à la 
chaîe du lieure, eft depuis Septembre iufques en Decembre: 
parce que le tempseft lors temperé, & aufsi que les ieunes 
licures font fots,& fort foibles de corps,ne fçachantny pou- 
uant faire encores leurs ruzes & malices : de fait qu'ils fe font 
relancer plufieurs fois deuant les chiens, lefquels y prennent 
plaifir, & fe dreffent mieux qu'ils ne feroyent pas Fils fuyoyét 
& fefloignoyent d'eux. 


Les marques du bon lieure , du malle &y de 
la femelle : ex de fon giste. 
Chap. 33: | 


G) R combien qu’en la chaffe dulieure le chaffeur 
KE prend ce qu'il peut auoir,mon pas ce qu'il peut 
trouuer, à caufe de la legereté & ruzes infinies 
Ru) Æ de ce petit beftial,lefquelles le fruftrét fouuent 
du fruit de fon labeur, toutesfois fil ft quel- 


I 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 146 


quesfois permis au chaffeur, par vn bon heur de chaffe, de 
choifir le meilleur lieure entre plufieurs,ou que le fcigneur ne 
voulant perdre fes pcines, ait enuoyé fon veneur pour def- 
tourner le lieure,auant que de le chaffer. Les marques d'vn Marques de to 
bon & beau lieure & qui meritera d’eftre chaffé feront telles. & beau lieure. 
Ceux qui habitent és bois, .plaines,ou qui viandent fur les pe- 
tits coftaux, d'vne herbe nômee poliot ou ferpollet, font be- 
aucoup meilleurs que ceux qui fe tiennent pres les eaux, & 
queles petits lieures rouges, qui font du genre des connins: 
car ceux qui habitent les eaux font communément ladres. Lieures habitäes 
Plusle mafle vaut beaucoup mieux que la femelle. PERS 
Les marques de l’vn & de l’autre font telles:le maîfle a cô- Les marques du 
munémét fes crottes plus petites, plus f&iches,plus aguillon- lieure mafle & 
pecs au bout : la femelle les a groffes,rondes, & non fi feiches femelle, 
que le mafle : la femelle a le corfage plus gros,le mafle moins: 
le mafle en fortant de fon gifte a le derriere blanchaftre com- 
me filauoitefté plumé : le mafle a les efpaules rouges, ayant 
parmy quelques poiis long : la tefte plus courte & plus iouf- 
fue que la femelle, le poil & barbe des iouës long, les oreilles 
courtes,larges, & blanchaftres : la femelle a la teite longue & 
eftroitte, les oreilles grandes, le poil de deffus l'efchine d’vn 
gris, tirant furlenoir. Quand les chiens chaffent la femelle 
elle ne fait que tournoyer au tour de fon païs, paflant fept ou 
huit fois par vn mefme lieu, fans fe vouloir iamais arrefter : le 
mafle fait le contraire, car chaffé des chiens, il va aucunesfois 
fept ou huit lieues loing de fon gifte. 
Pour cognoiftre le gifte du lieure, fautobferuer fa nuit, Gifte du lieure. 
car fur la nuit il fe retire en fon gifte , non le matin à caufe de 
la rofec:n0 fur le haut du iour à caufe de la chaleur: plus faut 
regarder à fes traces,car la forme du pied du lieure eft aguë, & 
faite à la femblance d'vne pointe de coufteau,ayant fes petits 
ongles fichez tous droits en terre, qui marqueront tout au- 
tour, venät toufiours cn appoirtiffant par-ce qu'il tient touf- 
jours fa patte ferrce,en forme d’vne pointe de coufteau. 


La prinfe du heure. Chap. 34. 


Vant à la chaffe du lieure, la vraye faifon pourle Saifon de preme 
prendre auec les chiens courants, commence à la dreleliewre, 
my Septembre & finift à la my Apuril,à caufe des 

fleurs & vehementes chaleurs qui commencent à 

O ji 


Lieux ou Îss 
chiés m'ôt point 
de fentiment, 


Trouuer le oi- 
fte, premier poit 
de prédre lisure 


Ruzes dulieure 


L'IMIRENNE, 


regner,quioftentaux chiés le fentimét du lieure: ioin& qu’en 
ce temps la les lieures font ieunes & foibles: toutesfois il y a 
certains païs & faifons ou les chiés n’ont aucun fentimét des 
lieures:comme en hyuer,au païs des plaines,ou lesterres font 
graffes & fortes : par-ce que le lieure a la patte pleine de poil, 
& quand il füuit,la terre qui eft graffe fe prent contre, laquelle 
ilemporte auec le pied, qui ofte tout le fentimét que les chiés 
en pourroyent auoir:& aufsi qu'aux plaines il n’y a branches, 
ny herbes ou1l peut toucher du corps, non plus que dedans 
les chemins: femblablemét ne faut mener les chiens à la chaf- 
fe entemps des gelees, car ils perdroyent les ongles, & fe ga- 
fteroyent les pieds, au côtraire des lieures qui courent mieux 
en ce téps là qu'en vnautre,parce qu'ils ont Les pieds fourrez. 
Le premier point de prendre le lieure, gift à trouuer fon gi- 

e, & pour le trouuer faut regarder la faifon ou lon eft, & le 
téps qu'il fait, car fi c’eft au Printemps, ou Efté, les lieures ne 
giftent pas au fort,à caufe des fourmis, ferpens & laifards,qui 
les chaffeat des forts, alors font côtraints de leur gifter dedäs 
les bleds,guerets & lieux foibles.En hyuerils font le contrai- 
re, car ils fe giftent en quelques gros halliers ou forts, princi- 
palement quand les vents de Galerne & de Hautain regnent, 
lefquelsiïs craignent grandement. Or donc felon le temps & 
lieu où lon verra que les lieures feront au gifte, faudra dreffer 
les chiens pour aller affaillir le lieure dedans fon gifte, & quad 
fera lécé,les piqueurs{ qui ne doiuent pafferlenôbre detrois] 
doiuét exciter les chiens à le fuiure fans beaucoup crier,ny les 
forhuer, de crainte deles efchauffer par trop, qui feroit cau- 
fe qu'ils outrepafferoyent les erres, & netiendroyentle droit. 
Mais ce pendant faut qu’ils fe donnent garde des ruzes du 
lieure, lefquelles font diuerfes : aucunesfois comme en temps 
de pluie,le lieure fuit plusles voyes & grands chemins, qu’en 
autre téps, & filarriue à quelque bois taillisil n'entre pas de- 
dans,mais fe relaiffe au bort, & laiffe paffer les chiés:puis quad 
ils font outrepaflez,il fen retourne fur fes mefmes pas, par ou 
il fera venu,au païs ou il aura efté pouffé, par-ce qu'il ne veut 
pas entrer dedäs les forts, à caufe de l'humidité qui eft parmy 
les bois. À telles ruzes le piqueur doit demeurer à cét pas pres 
du bois, par ou lelieure fera venu, car il ne faudra point à le 
voir retourner fur fes pas droit à luy: & pourra à l'heure rap- 
peller fes chiés. Le piqueur aufsi regardera fi c'eft vn mafle ou 


| 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 147 


‘femelle, & fil eft nourry au païs, ou fil eft de paflage, car fil 
eft de paflage & n6 du païs, il aura fait fon gifte au couuert, &c 
endurera d’eftre relancé des chiés deux ou trois fois aupres de 
fon gifte : car c’eft vne chofe certaine qu’vn lieure nourry au 
païs,& principalement la femelle, fi le piqueur regarde le pre- 
mier païs & cerne qu'il prendra la premiere fois au partir du 
gifte,eftant deuant les chiens, tous les autres qu'il fera tout le 
_iour feront par mefmeslieux, & feront par mefmes paflees & 
mufles: fi ce n’eft quelque lieure mafle qui fuft venu deloïing, 
ou bien que les chiens l'euffent fi mal mené & laffé qu'il fuft 
contraint d'abandonner fon païs: ce qu'ils font volontiers 
quand ils ont efté chaffez deux heures fans deffaut. 

Au commencement que les chiens chaffent les lieures,ils 
ne font que tournoyer, paffant cinq ou fix fois par vn lieu, & 
fur leurs mefmes pas. Et faut entendre que fi les chiens cou- 
rants faillent à prendre vn lieure vn iour,le piqueur peut bien 
regarder le païs, & les lieux par où il aura pañfé, car fi vne au- 
tre foisil retourne, & que les chiens le chaffent, il paffera par 
mefmmes lieux, & fera mefmes ruzes qu'il aura faites le iour 
qu'il fe fera fauué, & par ce moyé pourra cognoiftre fa mali- 
ce, & le païs où il voudra aller: & beaucoup aider à fes chiés. . 

Aucuns lieures dés qu’ils oyent la trompeiils fe leuent de 
leur gifte, & vont feietter en quelque riuiere,ou eftang: alors 
les faut faire fortir de l’eau, le mieux qu’il fera pofsible, & fai- 
re tenir les chiens prefts pour le prendre au pafage. 

Les femelles font leursruzes plus courtes & plus fouuent 
que les mafles, ce à les chiens n’ayment pas:parce qu’il fafche 
à chiens vigoureux & de cueur,de tournoyer fi fouuent,d'au - 
tant qu'ils defirent vne befke qui fuye deuant eux pour cou- 
tir à leurforce. A tels lieures qui ruzent fi fouuent, il eft re- 
quis de faire les cernes grans, à fin d’enclorre toutes leurs ru- 
zes, & n’en trouuer que la fortie : ce faifant on abbrege bien 
leur force, & les contraint-on de ne ruzer plus.” 

Il y a aufsi d’aucuns lieures qui fuyent les chemins & 
voyes,defquels les chiens ne peuuent auoir fentimét, à caufe 
qu'il n'y a branéhe, herbe, n’aucune humidité où ils puiffent 

‘toucher du corps, par ou les chiens en puiffent affentir, ainfi 
qu'ils feroyent fils eftoyent en autreslieux couuerts, comme 
bois, bleds, & autres fraifcheurs, & principalement quandiis 
font leur viandy en quelque bled verd, par-ce qu'ils repofent 

ji} 


Les lisures viuét 
feptans, 


Tant plus on 
chafle en va psis 
&-tant plus y a 
de lieures. 
Curee du lieure 
pour les chiens. 


EIVRE" VE ; 


jeur corpsen vn lieu. Quand le piqueur trouuera tels lieures, 
& qu'il verra le defaut ae fes chiens en vn chemin, il les doit 
pouffer outre tout le long du chemin, les fuyuant roufiours 
jufques à ce que les chiens en trouuent la fortie, ou bien qu'il 
ait trouué vne petite valee ou fraifcheur par le milieu du che- 
min, où les chiens en penfent auoir fentiment. Et luy mefme 
doit mettre pied à terre, pour regarder en la poudre fil co- 
gnoiltra point quelques traces de lieure, telles qu’auons def- 
crites cy deuant, 

Le licure fait milles autres ruzes, aufquelles en general, 
pourra obuier foigneufement le piqueur caut & fin, fi dés 
qu'il aura veu faire Ie premier cerne à vn lieure, & qu'ilaeu 
cognoiffance du païs qu'il tienten fes fuites, il va gaigner le 
deuant pour le voir à veué, & en ceft endroit excite fes chiés 
aufquels fera prendre de grands cernes, pour enuelopper de- 
dans toutes les ruzes & malices des lieures. 

Leslieures ne viuent que fept ans pour le plus, & princi- 


‘palementles mafles, 1]s ont cefte malice que fi le mafle & la. 


femelle font accompagnez enfembleeñ vn païs, iamais n’y 
laifferont demeurer autres lieures eftranges, Fils peuuent, fi ce 
n’eftoyent ceux qu'ils ont engendrez:& pource lon dit, Tant 
plus on chaffe en vn païs, & plus on y treuue delieures, parce 
que ceux des autres païs y viennent. 

Le lieure prins, fera bon d'en faire curee aux chiens,pour 
les refiouïr & donner courage d'y chaffer par apres : la curee 
fe peut faire, ou auec pain, fourmage, & autres friandifes, le 
tout mis dedans Je corps du lieure, à fo de l’irroufer & brunis 
de fang, puiseftendu fur l'herbe nette, Pour la feconde curee 
comme pour vn banquet plus celebre: fi lon a prins quantité 
de lieures, fera bon d'en efcorcher vn & luy ofterle pouimo, 
puisietter le lieure au milieu des chiens & leur laïfer manger: 
&c apres qu'ils auront mangé, leur donner du pain, de crainte 
qu'ilsayent ma! au cueur, & qu'ils rendent leur gorge, parce 
que la chair du lieure leur eft contraire : aufsi quand le chien 
qui aura apprins à courir au lieure, fera addonné à la chaffe 
du cerfn'aura plus garde de chaffer au lieure,parce qu’il aura 
trouué la venaifon du cerf beaucoup meilleure que celle du 
lieure. 


nes ect tie dé. se. tnt tutos 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 148 


LA CHASSE DV RKE- 
gnard & Teflon. 


Le profir de la chaffe du Regnard er du 
Te/ffon. Chap. 35. 


f À chaffe des regnards & teflons n'apporte 
aucü plaifirnon plus que de profit aux chaf- 
feurs : entends profit quant a la viande : car 
VE la chair de regnard,encor moins celle de tef- 
SK \ I fon, n'eft aucunement plaifante à manger, 

de) d'autant qu'elle a vn gouft fade, vireux, & a- 
>) grefte, combien que Galien en quelque paf- FE 
| = == > CON ; gnard ef fade. 
fage à voulu dire que la chair du regnard eft de pareille facul- 
té & vertu que celle du lieure:toutesfois en vn autre lieu,co- 
me voulant retraéter fon opinion , à dit que le regnard eft de 
mefme temperament que le chien : bien eft vray que d’aucu- 
nes gens ruftiques, n'ayants pofsible commodité d’autre viä- 
de, ne viueut d'autre chair que deregnard : non toutesfois en 
autre temps qu'en Automne:parce qu’en cetemps,leregnard En quel temps 
pe fe nourrit d'autre pafture que de raifins,à raifon dequoy fa s EN 
chair peut acquerir quelquebonté. Qu'oy qu’en foit fi en la "8726 
prinfe du regnard & du teffon ya quelque profit, il n’eft au- 
tre finon par- ce qu'ils mangent la volaille, & font la guerre 
aux connins de garenne:ioinét aufsi que les medecinsfont re profit qu’ap- 
grand cas du poulmon de regnard, pour les pulmoniques & porte le corps 
afthmatiques : de fa grailfe pour la douleur des nerfs: de fon du regnardälv- 
fang pour le calcul : de l'huile ou aura bouilly le corpsentier fage de medeci- 
duregnard mort ou vif, pour toutes douleurs deioinétures: À 
des parties genitales du regnard,contre le calcul. 


Deux fortes de Regnards és de Teffons. 
Chap. 36. 


720: Vant qu’allerplusoutre, il y a deux fortes dere- 

) gnards, & deux fortes de teffons : à fçauoir grans 
iregnards,& petits goupils:teffons porchins & che 

Eire ie z Teffons, per- 
vins, Les deux fortes de regnards font aflez co- ji & che- 
gacuës:lesteffons porchins & chenins: {font aucunement dif nins. 


LEV RENE 


ferents : car les porchins font plus blanchaftres, & ont ie poil 


de deflus le nez & de deffousla gorge beaucoup plus blanc 
que n’ont pas les chenins,le corfage vn peu plus grâd, la tefte 
& lenez plus gros. Les porchins au fortir de leurs terres, ils 
font volontiers leur fiante:& ne la font jamais au’ilise facent 
vn petit trou auec le bout du nez, ou bien aue: l’ongle, puis 
fiantent dedans:les chenins font leur fiante bienloing de leur 
terrier : les porchins font communément leurs cauernes de- 
dans le fable & autres terres aifees à mouuoir & en lieux def- 
couuerts pour auoir la chaleur du foleil, dormans inceflam- 
ment, aufsi font-ils plus gras que les chenins : les chenins fe 
tiennent dedans les fortesterres,ou dedansles rochers, faifans 
leurs fofles & cauernes plus profondes & eftroittes que les 
porchins, toutesfois il n’y a pas tant de carrefours qu’en cel- 
les des porchins, d'autant qu'ilsne peuuent pas mouuoir les 
terres fortes & rochers comme lesautres font le fable & les 
terres mouuantes : les chenins ont la gorge, lenez, & lesau- 


reilles taunaftres comme la gorge d'vne martre, & font beau- 


coup plus noirs & plus hauts fur iambes que les autres. Les 
deux efpeces ne fe tiennent enfemble, & viuent de toutes 
chairs, font grand dommageaux garennes, principalement 
aux petits lapereaux, qui font dedans les raboulieres, & font 
. Fort friands,plus de cochons & de pourceaux, que de toutes 
autres chairs : ils viuent de toutes fortes de gibbiers, comme 
oyes, poulets, & leurs femblables : ils font de dure vie, & ont 
la peau fort dure, ils craignent toutesfois le nez grandement, 
aufsi ne leur pourroit- on donner fi petit coup de bafton def- 
fus qu'ils ne meurent foudainement:ils font ennemis mortels 
des regnards, & fouuent leur font la guerre. 


Deux fortes de baffets pour courir les regnards C7 
teflons, €7 la maniere de les dreffer. 
Chap. 37: 


Vant à la chaffe des regnards & teffons, elle fe 
| fait auec chiens de terre,autrement dits bañlete, 
lefquels font de deux efpeces:les vns ont les 
iambes torfes, & font communément à court 
poil, les autres ont les jambes droites, à gros 

; poil 


DE LA MAISON RVSTIQUVE. 149 


poil,comme barbets : ceux quiles ont torfes coulent plus ai- 
fémét en la terre que les autres, & font meilleurs pour les bie- 
reaux, d'autant qu'ils y demeurent plus longuement, tenants 
mieux fans fortir. Ceux qui ont les iambes droites feruent à 
deux meftiers , par-ce qu’ils courent fur terre, comme chiens 
courants, & entrent de plus grand fureur & hardiefle en terre 
que les autres,mais ils n’y demeurent pas fi longuement, d'au- 
tant qu'ils fe tourmentent à combatre les regnards & teffons, 
ce qui les contraint d'en fortir pour prendre l'air. 

Or Fil aduient que le chaffeur n'ait des baffets tous dref- 
fez,il les pourra façonner en cefte forte. On doit commencer 
à les dreffer des l’aage de huit à dix mois, car fi vn baffet n’en- 
tre en terre à fon an, à peine luy pourra on iamais faire entrer: 
& neles faut rudoyer quand on les dreffe, ne que les teffons 
. lesbleffent en terre d’autant que fils y eftoyent battus ou ou- 
tragezilsn y voudroyent plus retourner:parquoy on ne doit 
iamais faire entrer les ieunes baffets en terriers ou il y ait des 
vieux teffons ou regnards,que premierils ne foyét dreflez, & 
qu’ils n’ayent leur an accomply. Encores faut il mettre touf- 
iours vn vieil baflet deuant eux, qui endurera la fureur des 
teffons. 

Or la voye plus commode pour les façonner eft telle : en 
la faifon que les regnards & teffons ont leurs petits, il faut 
prendre tous les vieux baffets, & les laiffer aller en terre, puis. 
alors qu'ils commenceront à abbayer, on doit tenir tousles 
ieunes aupres des pertuis vn à vn, de peur qu'ils fe battent, & 
leur faire efcouter lesabbais. Apres que les vieux teffons ou 
regnards feront pris, & qu’il n’y aura plus que les petits, faut 
prendre tous les vieux baffets, & les coupler, puis laiffer aller 
les ieunes, les hardiffant en terre en criant, coule à luy baffer, 
coule a luy,hou,prenez, prenez, & alors qu'ils tiendrôt quel- 
que ieune teffonneau ou regnardeau, il leur faut laiffer eftran 
gler dedans la tranchee ou pertuis, prenant bien garde que la 
terre ne tombe fur eux, de peur qu’elle leur nuife:puis faudra 
porter tous les petits teffonneaux ou regnardeaux au logis, & 
en faire fricaffer les foyes & le fang, auec du fourmage, & de 
la graiffé, puis leur en faire curce, en leur monftrant la tefte de 
leur gibbier, 

On les peut encor dreffer en vne autre façon, à fçauoir 
faut faire prendre des vieux regnards ou teons tous vifs, par 


Comme ilfauz 
dreffer des baf- 
fers, 


Curee, 


LIVRE VI. 


“les vieux baffets, & auec tenailles propices à ce faire,les pren- 
dre, & leur coupper toute la mafchoucre de defloubs, Ja où 
font fichez les grans crochets, & ne toucher point à celle de 
deffus, d'autant qu’elle monftrera toufiours la fureur de la be- 
fte, fans pouuoir bleffér ne faire mal : apres faut faire des ter- 
riers en va pré, lefquels doiuent eftre affez larges, afin que les 
baflets ayent l'efpace de fe tourner, & entrer deux tout de 
front, puis couvrir les terriers d’ais & de gazon: cela fait, on 
doit mettre le teffon dedans, & lafcher tous jes bafets ieunes 
& vieux, leur donnant courage, & les enhardiffant comme à 
efté dir. Ec quandils aurôt affez abbayé, faut frapper feptou 
huit coups de befche au cofté, pour leur donner hardieffe 
quand on befchera : puis faudra leuer les ais à l'endroit ou fe- 
ra le teffon & le prédre auec tenailles, en je tuant deuant eux, 
ou bien le faire eftrangler à quelque leurier, pour leur en faire 
curee. Et fautauoir du fourmage pour leur ietter foubdai- 
nement fur leur gibbier,quand il fera mort, & fi d’auéture on 
ne vouloitrompre la mafchoucre de deffoubs du teffon,il luy 
faut couppertousles crochets, & toutesles maiftreffes dents, 
de peur qu'ilne morde & face mal 


La maniere de prendre le Regnard. 
| Chap. 38. 


=) Vant à la chaffe des regnards, elle eft beau- 

1 coup plus facile que celle des teffons,princi- 
palement par-ce que depuis qu'ils fententles 
baffets quiles abbayent, ils bouclent & for- 
tent foubdainement dehors,excepté en la fai 
fon queles femelles ont leurs petits, lefquels 
ils ne veulent abandonner.Ils font volontiers leurs terriers en 
lieux mal-aifez à befcher,comme dedäs des rochers,ou foubs 
quelques arbres, & n’ont qu'vne mere c’eft à dire taniere, qui 
va fort Loing, laquelle eft fort efroitte : quand les baffets ont 
vne fois acculez les regnards, ils fe deffendent quelque peu, 
mais ce n’eft pas de telle hardieffe & vigueur que les teffons, 
& n’ont la morfure fi dangereufe : toutesfois lon dit qu'ilà 
cefteruze que quandilfe veoitacculé des chiens, il met fa 
queüe entre fes iambes, & pifle deffus, puis en arroufe les 


DE LA MAISON RVSTIQYUE. 10 


chiens, & que quand les chiens fentent la puanteur de fon  Vrine de re. 

vrine, ils fe retirent & le laiffent aller. gnard puante, 
Si on préd vneregnardeen la faifon qu’elle eft en amours, Maniere de pré- 

& qu'on luy couppelanature, &le boyau qui la tient, auec dre le regnard 

ce les petits roignons, qui font caufe de l'engendrement qui (es ebade 

eft ce que les chaftreux oftent aux chiennes quand ils les fen- 

nent, puis mettre le tout couppé par petits loppins, en quel- 

que petit pot, tout chaudement & prendre du galbanum, &g 

le mettre dedans , en meflant le tout enfemble, & couvrir le 

pot, de peur que le tout fefuente, cela fe pourra garder toute 

l'annee, qui feruira alors que lon voudra faire quelque trainee 

pour faire venir les regnards, en prenant du cuir, ou coùanne 

de lard,la mettant fur le gril, puis quandelle fera bien grillee, 

& toute chaude, il la faut tremper dedans le pot où eft la na- 

ture de la regnarde, & le galbanum & en faire toutes les trai- 

nees:alors vousverrez que les regnards vous fuiurôt par tout: 

mais il faut que celuy qui fera la trainee, frotte la femelle de 

fes fouliers de bouze de vache,de crainte qu'ils ayent le vent 

de fes pieds. Voila comme il faut faire venir les regnards pour 

les prendre au piege, & pour les tuer au foir auec Parbalefte, 

C'eft vne chofe certaine, que fi on frotte vn baffet de foul- 

phre,ou d'huile de cade, & qu'onle faceentreren des terriers 

où il y ait des regnards, ou teffons, ils fe remueront de là fans 

y retourner de deux ou trois mois. Faut aufsi noter vne cho- 

fe, que dés que les baffets tant ieunes que vieux, feront fortis 

des terriers de regnards ou teffons,il les faut lauer d'eau tiede Baffets fabiets 

auec du fauon, pour faire tomber la terre,qui fera mefleeen- à gales. 

tre le poil & la peau, car autrement ils pourroyent deuenir 

galleux d’vne galle qui feroit fort difficile à guarir. 


La maniere de prendre les teffons. 
Chap. 39e 


Vant à la chaffe des teflons, elle eft plus difficile 
que celle des regnards, comimne eft dit, parce que 
leurs terriers font profonds & eftroits, ayants 
— plufieurs meres & carrefours, pour cefte caufe 
faut pour exercer telle chafle;auoir premicrement cinq où fix 
hommes munis de befches, & inftrurments propres à befcher 
1) 


— N)) 


LV RE VAI: 


la terre, puis demie douzaine de bons chiens baffets pour le 
moins quiayét chacun vn collier au col, large de trois doigts 
& garay de fonnettes, pour l’entreedes terriers, à fin queles 
teffons facculent pluftoft, & aufsi que les colliers les garde- 
ront d’eftre bleffez. Et à l'heure qu’on verra les teffons accu- 
lez,ou que les baffets foyét las, & hors d’haleine:ou bien que 
les fonnettes fuffent pleines de terre, il faudra prendre les Baf 
fets & leur ofter les colliers : mais au commencement ils fer- 
uent grandement, d'autant que le teffon fen accule pluftoft. 
Orauant que lafcher les baffets on doit regarder les ter- 
riers quels ils font, & le lieu où ils font fituez, & là où font les 
acculs : car autrement on perdroit fon temps, d'autant que fi 
les terriers eftoyent en pente de coftaux, il eft requis de met- 
tre les baffets par le deffous deuers la vallee, à fin d’acculer les 
teffons, fur le haut du coftau, là où lesterriers ne font pas fi 
profonds, pour les befcher plusaifément. Autrement fi les 
terriers eftoyent en vne motte, & qu'ils fuffent tous ronds, 
Ja motte eftant afsife en lieu plat, il faut mattre les baflets aux 
pertuis qui font les plus hauts fur la fommité de la motte: 
mais auant que deles Jafcheren telsterriers, on doit frapper 
vingt outrente coups de la tefte des befches fur le haut des 
terriers, à fin de faire defloger les teffons du milieu d'iceux, 
pour les faire defcendre aux acculs, qui font au bas dela mot- 
te. On doit toufiours lafcher à l’entree deux ou trois baffets, 
à fin qu’en leur fureurils puiffent esbranler & departir les tef- 
fons, qui ferontenfemble, & les chafler aux acculs. Ilsont 
vne malice de fe faire abbayer aux carrefours de leur cauerne, 
& tiennent fort en tels lieux contre les baffets, alors qu'on 
voitqu'ils font aux abbais en tels endroits, il eft requis frap- 
per deux ou trois coups de befche, & fils ne veulent deflo- 
ger pour cela, il faut foudainement les decfouurir auec vne 
tariere: & alors qu’on verra qu'ils feront à l’accul,on ne doit 
pas percer au droit de la voix du baffet, pour-autant que fi 
lon perçoit droit fur eux, ils retourneroyent dedans les grâds 
carrefours & cauernes, & feroyent tort aux chiens, à cefte 
caufe il faut percer au droit de la voix du baffet, auec vneta- 
riere ronde, car elle enleue fa terre fans qu’elle tombe dedans, 
puis mettre foudainement vne tariere platte dans le pertuis 
du rond, à fin qu'il ferme la mere tout au trauers de peur que 
le téffon recule fur le chien : & fil eft pofsible d’enfermer le 


P-. 


Et DE ne SES 


DE LA MAISON RVSTIQUE. 151 


chien par le derriere de la tariere, il feroit fort bon, car fi 
c'eftoit par le deuant, les teffons le pourroyent battre & ru- 
doyer:parce qu’aucunesfois il fen trouue en vn accul fix ou 
fept, qui pourroyent battre & rebuter le chien. Quand la 
mere eft fermee de la tariere platte, il faut faire foudainement 
la tranchee auec les befches & paelles, à fin d’auoir efpace 
pour ranger vn homme dedans : & à l'heure laiffer entrer les 
baffets en la tranchee, & les faire abbayer en ce lieu là où on 
peut voir batailles & affauts de toutes façons. Il fe faut don- 
ner garde que les teffons ne fe couurent de terre, ce qu'ils font 
volontiers quand ils font acculez, tellement que les baffets 
font aucunesfois deflus, & ne fçauent oùils fontallez. Puis 
quand on a defcouuertleur fort,les faut tirer dehors auec te- 
nailles, non pas par le corps, mais par les mafchoires de def- 
fous : car fi vous les prenez par le corps;ils peuuent bleffer les 
chiens: fi par la mafchoire de deffus,on leur pourra bleffer le 
nez,qu'ils ont tendre, & lesayans bleffez tät foit peu,meurent 
incontinent., Quand ils feront tirez dehors,les faut mettre en 
vn fac, puis les porter en quelque court, ou iardin renfermé 
de murailles, pour les faire chaffer aux petits baffets, mais ce- 
pendant muniffez voz iambes de quelques bottes, car quand 
ils font efchauffez ils viennent affaillir les hommes, comme 
fait vn fanglier , tellement que fouuentesfois emportent le 
lopin dela chauffe voire iufques à la chair qui eft par deffous. 


LA CH ASS E:D.V.C ON: NIN. 


Chap. 40: 


7) RC Sfez amplemeut nous auons parlé du connin au 
Ne CA traitté de la garenne,duquei la chaffe eft profita- 
y \ Ki ble, non feulement pour la viande qui en eft fort 

&2 Sibonne, mais aufsi pour le dommage que ce petit 
beftial apporte aux grains, arbres, & herbes, tellement que 
Strabo fait mention, que d’aucuns peuples furent contraints 
du regne de Tiberius & Auguftus, enuoyer des legats aux 
Romains pour auoir aide contre les importunitez & dom- 
mages que leur païs receuoit de l’afuence de ce petit beflial. 

Nous auons fait deux fortes de connins au traité de Ja ga- 
renne,les vns de clappier,les autres de garenne:ceux de clap- 
ii) 


ET V NEUVE 


pier font faciles à chaffer d'autant qu'ils font priuez : ceux de 
garenne font quelque peu plus difficiles à prendre, pour leur 
naturel plus fauuage : la façon de les chaffer principalement 
eft de deux fortes,toutes deux affez cogneués : ou auec les fi- 
lets,ou aucc le furet:quant au furet on leiette dans la tanniere 
des connins,pour leur faire la guerrs, duquel eftonnez &inti- 
midez fortent incontinent hors de leur tanniere, & tombent 
en des filets que lon aura tendu à l’entree de leur terrier:quel- 
quesfois le furet les cftrangle là dedans, à raifon dequoy font 
eus fouuentesfois de la longue attente que font les chaf- 
curs, 


L'A CHASSE AVX OYSEAVEX. 


Que les anciens n'ont tenu compte de 
la chal]e aux oyfeaux. 
Chap. 4r. 


lapprouuce ny receuë des anciens, pour le peu 
d'exercice qui y cft : parce qu'ils ne prifoyent 
aucune façon de chaffer ou le corpsne print 
quelque exercice pour eftre rendu parapres 
plus agile & plus dextre à traitter chofe de 
plus grande importancetaufsi ne trouuons nousaucune men- 
tion faite de la chaffe aux oyieaux dans lesliures des anciens, 
comme d’Ariftote,ou de Pline,quine femble rien auoir igno 
ré pour la varicté de fes efcripts : ny mefme de la fauconnerie 
quieft vne chafle d’oyfeaux la plus noble de toutes:pour ce- 
la toutesfois les hommes de noftre temps n'ont laiffé a met- 
tre en viage plufieurs manieres de chaffer aux oyfeaux, com- 
meauec oifeaux de proye,qui cft la plusexcellente de toutes, 
aux rets,aux fillets,à la tônelle,au feu, aux las,à la glux, à Par- 
balefte,à l'arc, à lanaffe, à la planche,à la pafce, à la pipee, au 
fcapel, à la corneille, à la clache, au reel ou couertoit, à la 
main & plufieurs autres façons, qui font affez cogneuësaux 
oyfelleursinous parlerons premierement de la auconnerie, 


SP 


À chaffe aux oyfeaux n’à pas efté beaucoup. 


‘DE LA MAISON RVSTIQVUE. 15 
LA -F'AV GONE RFE: 


Que ceft que faucommerie.  C hap. 42. 


“Left certain que la fcience de faucônerie a efté 
#,mife en art depuis peu de temps, comme auons 
?dit:lesauthcursanciens,comme Ariftote& Pli- 
Vne,admirateurs des chofés hautaines & inuefti- 
Pgateurs diligéts de toutes chofes,n’euffent laiffé 
-enarriere fi grand indufirie de fçauoir de l’homme,de leurrer 
& appriuoifer les oifeaux de proye, qu'isne l’euffent efcrit, 
fi elle eult cité lors en vfage. Car c’eft merueille de voir vn 
oifeau qui a cité fauuage 1a appriuoifé, foudre du ciel,retour- 
ner für le poing de fon maiftre,aller cercher les autres oifeaux 
iufques aux nues pour les tuer, mefme faire la guerre aux oi- 
feaux aquatiques & terreftres, & prendre d’aucunes beftes à 
‘quatre pieds,comme lieure,lappins & connins: cefte fcience 
eft maintenant tant ennoblie,que les gräds feigneurs fe la font 
voulu dedier & referuer pour leur pafletemps, & l'ont en telle 
<flime en noftre France, que le gentil-homme François eft 
peu prifé des autres, qui eft ignorant de cefte fcience,& de la 
venerie,comme de deux chofes des plus excellentes apres les 
armes. 

Or fauconnerie comme c'eft l'art & fcience de leurrer & 
appriuoifer les oifeaux de proycou derapine, pour les faire 
voller aux autres oifeaux tantaerez,terreftres,qu'aquatiques: 
aufsi fauconniereft appelé celuy duquel l’eftat & office cft 
d’appriuoifer tels oifeaux:en quoy fi voulôs regarder de pres 
au nom,femble à voir que les Fräçois modernes ayent fuiuy 
l'appelation des anciens François & des Grecs: car tout ainfi 
comme les anciens François ont voulu que le Sacre, que les 
Grecsnommoyent Hierax, & les Latins A ccipiter,fuit le ter- 
me principal, deffous lequel eftoyent comprins tous oifeaux 
de proye,combien que le Sacre François & Hicrax Grec, foit 
vnnom fpecial d'vn oileau de proye: aufsi les François de 
noftre temps, ont fait que le faucon feroit le principal en fon 
genre, & donneroit le nom vniuerfel, comme par maniere 
d'excellence à tous oifeaux de proye: combien que faucon 
foit vn nom fpecial d’vn oifeau de proye: comme fi lon vou- 
loit dire faucon gentil, faucon pelerin, faucon de Tartarie, 


Fauconnerie eft 
yn art recent, 


PE V RENE 


faucon de Barbarie, faucon gerfaut, faucon facré, faucon la 
nier, faucon punicien, & ainfi des autres. 


Quels oyfeaux font bons pour la faucon- 
nerie. Chap. 43. 


A) R ilne faut penfer quetousoyfcaux de proye 
C2 €: ou de rapine feruent à Ja fauconnerie,mais feu- 
: AN ) lement ceux qui font hardis & de franc coura- 
F ge, & qui peuuent voler l’oyfeau tant par les 
f riuieres que par les champs, & d’iceux font dix 
efpeces principales affez cognuësd’vn chacun, 
& pour la plus grand part familieres en France, à fçauoir,l’ai- 
gle, le vautour, l'autour, l’efpreuier, le gerfaut, l'emerilion, le 
faucon,le lanier,le facre, & l’obreau. Grande partie de ces oy- 
feaux, excepté le vautour, ont communément les plumes de 
la queuë & des ailes beaucoup madrees. Tous ont l’ongle & 
le bec crochu, & font prefque femblables les vns aux autres: 
car ils femblent n’eftre differents qu'en grandeur:veu mefme- 
ment que leur couleur fe change diuerfement felon leur mue, 
qui fait qu'ils en font appelez hargas,ou fors;tout ainfi qu’on 
fait des harangs enfumez furnommez forets. 11 y a grâde par- 
tie des oyfeaux de proye, qui font paflagers, & ne fçauons 
bonnement de quels païs ils viennent, ny où ils fen retour- 
nent, & en auons feulement la cognoiffance par ceux qui les 
nous apportét d'Italie, d'Alemaigne & d’autres païs eftrâges. 
Or foit qu’on les nous apporte d’ailleurs, foit qu’ils foyét 
domeftiques en noz païs,pour les appriuoifer & leurrer, pre- 
mierement on ne les doit ofter du nid, qu'ilsne foyent forts 
& fe puiffent tenir fur les pieds, puis les tenir fur vn bloc, ou 
vae perche, pour mieux demener leur pennage. 

Nourriture Il faut les paiftre de chair vifue le plus fouuent qu'on « 
déroyfeaux de pourra: carelle leur fera bon pennage. Toutesfoislepait& 
ENS chair bonne, outre l'ordinaire,eit leur donner des cuiffes, ou 

du col des poulles:les chairs froides leurs font mauuaifes:les 
chairs de beuf,de porc, & autres,leurfont defortedigeftion: 
celle de mouton, de pigcôs, ou de petites irondelles,eft meil- 
leure:la chair de vache leur eft mauuaife pour eftre laxatifue, 
quiaduient par fa pefanteur,qui leur caufeindigeftion.Et fil 
eft necefsité les paiftre de groffe chair par faute de meilleure, 
| foit 


ea nn si ae à ne 4 


LL cote item mt. 


DE LA MAISON RVSTIQYE. 153 


foit temperec & lauce en eau tiede: fi c’eft en hyuer:il la fau- 
dra efpraindre : en Efté il ne la faut lauer qu'en eau froide. La 
chair qu’on donne aux oyfeaux,foit fans graifle,nerfs,ne vei- 
nes : & ne les faut laiffer manger leur faoul tout a la fois, mais 
par pofes, en les laïffant repofer enmangeant, & par fois leur 
mufler la chair auant qu'ils foyent faouls, puis La leur rendre: 
mais qu'ils ne voyent la chair, de peur de les faire debatre, 
Aufsi eft bon leur faire plumer petits oyfeaux,comme ils fai- 
foyent au bois, tous lesans, au commencement d'Automne: 
fils font trop gras illes faut amaïgrir par medicament laxatif, 
comme d’Aloé mefléauec la chair, qu’on leur donne à man- 
ger, mais ce pendant illes faudra nourrir de quelque bon paft, 
vif & chaud, autrement on les mettroit trop bas, apres qu'ils 
auront efté purgez les faudra preparer à la proye : & mefme 
quäd on les voudra faire chaffer ne fera point mauuais de leur 
mettre en la gueule des eftouppes couuertes de chair, en for- 
me de pilule & leur faire aualler au foir : afin qu'au matin ils 
reiettenticelle pilule auec plufieurs excreméts pituiteux, par 
ce moyen feront rédus plus fains, plus appetiffez, plus auides, 
plus legers & prompts à la proye. La chair de pourceau don- 
nee chaudement auec vn peu d'Aloés fait lafcher & emutir 
l'oyfeau:mais il faut obferuer,apres qu'il aura efté purgé qu'ô 
le metteen lieu chaud, & le tenant fur le poing le paiftre de 
quelque oyfeau en vie: car alorsil à les entrailles deftrem- Oyfeaux de 
pees.On cognoiftra qu'ils feront malades quand le fondemét proye malades 
leur enfle & deuientroux, les narilles aufsi & les yeux : voila 
Je maniere de les leurrer & appriuoifer en gencral,maintenant 
en particulier. 


… Desoyfeaux de proye en particulier. 
Chap. 44. 


EL E vautour cft le plus grand oy feau de rapi- Vartour, 


gr y) 9 les peut nourrir de tripailles, charongnes & 
vuidanges de beftes , aufñi lon dit que couftumierement ils 
fuiucnties camps à caufe des corps morts, ils ne peuuent vo- 


SM 


Efpriuier & au- 
tour. 


LV HRSERONTIE 


ler de terre, qu'ils n’ayent premierement prins auantage en 
courant ou bien qu'ils fe partent de deffus vne croffe butte. 
L'aigle eft appelee roy des oÿfeaux, difficile à appriuoifer 
du fauuage,parce qu'elle eft audacieufe & puiffante,prompte 
& facile à bleffer le fauconnier au vifage ou ailleurs.Parquoy 
qui la veut auoir bonne, il la faut prendre au nid & l'appri- 
uoifer auec chiens courants,à fin qu'alants à la chaffe,elle vo- 
le & fuiue les chiens, lefquelsayants leué le lieure, regnard, 
cheureul,ou autre telle befte, l'aigle defcende deffus pour l'ar- 
refter:on la peut nourrir de toutes manieres de chairs, & prin- 
cipalement des beftes qu’elle aura prins à la chaffe. 
L'efpreuier & l’autour ne different d’autre chofe qu’en 
grandeur, & font de deux fortes niais & ramage:on les appri- 
uoife les tenant bien longuement & fouuent fur la main, & 
principalement à l'aube du iour : on leur donnera à manger 
deux fois le iour,ou vne fois, principalement quand lelende- 
main on les voudra faire voler: car alors l’efpreuier doit eftre 
affamc,à fin qu'il prenne mieux fà proye:leur nourriture doit 
eftre de bonnes chairs,fpecialement d’oyfeaux & de mouton 
à fin qu'ils foyent bien gras : l'efpreuier eft facile à laiffer fon 
maitre, & pour obuier à ce, faut que le maiftre garde de le 
bleffer, & ne luy contredire en rien, car il eft defdaigneux: 
quand il ira voler, il ne le doit point laiffer aller trop loing, 
d'autant que quand il ne peut attraper l’oyfeau qui vole, il 
fen va parindignation & monte fur vn arbre fans vouloir re- 
tourner à fon maiftre:ne le doit trauailler outre mefure, mais 
fe doit contenter de ce qu’il pourra prendre, & luy donner 
de fa proye à manger, à fin qu'il fente ce que fa proyeluy a 
valu, & qu'il foitenflambé de volontiers voler: les oyfeaux 
qu'il prend font perdrix,cailles,eftourneaux,merles & autres 


Maladies de l'ef femblables : fera foigneux de le guarir quand il fera malade: 


priuier. 
Fiebure. 


Poux. 


fil a la fieure apres long trauail ou à raifon d’autres accidents, 
le faut mettre en lieux frais fur perches enueloppees de drap- 
peaux mouillez, & les nourrir peu & fouuent de chair de pe- 
tits poulletstrempee premierewent en eau où aura trempé 
femence de courges ou de concombres: Fil eft refroidy le 
faut tenir chaudement, & le nourrir de chair de poullet mafle 
ou de pigeons trempez en vin, ou en decoétion de fauge, 
mariolaine & autre femblable : fil a des poux faut oindre fa 


perche auec ius de morelle,ou d’aluyne : fil a des vers dans le 


naar. nsc 


PO 


D SU ES PS NE 


nées 


DE LA MAISON RVSTIQVUE. 154 


corps, faut mettre fur leurs viandes fucilles de pefchers : Pil a 
les gouttes à l'aile ou à la cuifle, faut luy tirer quelque goutte Gouties, 
de fang de la veine qui eft fous l'aile, ou deffous la cuifle : Pil 
eft podagre faut oindre fes pieds auec ius de l'herbenommee Podagre. 
laiéterolie,mefme la perche où il fera. Le faucon,côme auons Faucon. 
dit en l’art de fauconnerie, aucunesfois eft vn mot general fi- 
onifiant tous oyfeaux de fauconnerie : aucunesfois fpecial & 
en y a de diuerfes fortes que ie laiffe à diftinguer à ceux qui 
ont traitté de la nature desoyfeaux: quoy qu'il en foit, le 
faucon eft le prince des oyfeaux de rapine [ entends quant 
au vol | pour fon hardieffe & grand courage : & eft de grand 
pris quand il a la tefte ronde, & le fommet dela refte plein, le 
bec court & grosiles efpaules amples,les pennes des ailes fub- 
tiles , les cuiffes longues, & les jambes courtes & aroffes ,les 
pieds noirs, grands, &eftendus. Pour l'appriuoifer le faut 
. fouuent tenir fur la main,ncurrir d'ailes & de cuiffes de poul- 
les mouillees en l’eau, & mettre en lieu obfcur, & quelquef- 
fois leur prefenter vn bafsin plein d’eau où ils fe puiffent bai- 
gner,puis apres le bain les feicher au feu:on les accouftumera 
à chaffer premierement petits oyfeaux,puis moyés, par apres 
des grands, & ne faudra-on à leur donner curee des oyfeaux 
qu'ils auront prins. Ils volent nierucilleufementtoft,& mon- 
tent en haut en roüant, & regardant à bas, & où ils voyent la 
canne, l’oyfon, la grue, le hairon, ils defcendent comme vne 
fagette, les ailes clofes, droit à l’oyfeau, pour le defrompre à 
l'ongle de derriere, & fs faillent à le toucher, & qu'il fuye, 
: voient foudainement apres, & fils ne peuuent l'attrapper, 
comme enilambez & courroucez volent fi loing par apres 
qu'ils perdent leur maïftre. Le faucon fur tous oyfeaux de 
proye,cit propre pour voler le hairon & tous autres oyfeaux 
deriuicre. Ses maladies & leur guarifon font femblables à 
celles de l’efpreuier. 
L’hobreau apres l’efmerillon, eft le moindre, quant à la Hobreau, 

corpulence, de tous les oyfeaux de proye, il eft de leurrenon 

e poing:car il eft du nombre de ceux qui volent haut, com- 
me le faucon, le lanier & le facre. Ceft oyfeau eft affez cognu 
par tout, car il n’y a contrec où les hobreaux ne fuiuent les 
chaleurs, d'autant quele vray meftier du hobreau eft de pré- 
dre fa proye des petits oyfillons en volant,comme cocheuis, 
alouëttes:il a cela de particulier,qu'ayät trouué les chaffeurs, 


Qi 


_ 


Efmerillon. 


Gerfaut, 


Lanier. 


LE VIRMENEL 


il ne les fuit que certaine efpace de temps, quafi comme fil 
auoit bornes limitees:car fe departät va trouuer la riue de fon 
bois de haute fuftaye,où il fetient & perche ordinairement. 

L’efmerillon eft le plus petit oyfeau de proye dont les 
fauconniers fe feruent:il eft de poing & non de leurre, côbien 
qu’à vn befoin on le puiffe leurrer : il reffemble fi naïfuement 
le faucon qu'il ne femble differer finon en grandeur : car il a 
mefmes geftes,mefmes plumages, & mefmes mœurs : il fe ha- 
zarde contre les cailles & perdris, de tel courage, qu'il les fuit 
fouuentesfois iufques aux villes & villages. 

Le gerfaut eft vn oyfeau bien rare à voir, finon és mains 
des fauconniers des grands feigneurs: & eft de grande corpu- 
lence, de façon, qu'aucuns ont penfé que ce fuft vne efpece 
d'aigle : ileft bon à tous vols, car ileft hardy, & ne refufe ia- 
mais rien, toutesfois eft plus difficile ä appriuoifer & leurrer 
que nul autre oyfeau de proye, d'autant qu'il eft tant hagard 
& bizarre,que fil n’a la main douce, & le maiftre debonnäire, 
qui le traitte amiablement, il ne fappriuoifera iamais. 

Le facre eft femblable au faucon quant à grandeur.oyfeau 
propre pour le milan, toutesfois on 1- peut aufsi dreffer pour 
le gibbier & pour la campaigne,à prendre oyes fauuages, fai- 
fants,perdris, & à toute autre maniere de gibbier. Les grands 
feigneurs, qui veulent auoir plaifir du vol du milan, le font 
combattre au facre, & pour le faire defcendre (parce qu'il eft 
couftumier de fe tenir l’Efté fort haut en l'air) font toufiours 
porter vn duc für le poing d’vn fauconnier, à qui ils pendent 
vne queuë de regnard au pied, & le laiffans voler en quelque 
plaine, donne foudainement vouloirau milan de defcendre: 
car quand le milan auife le duc,incontinent defcéd à terre, & 
fe tientioignant luy,ne luy demädantautre chofe finon dele 
regarder:alors on lafche le facre fur luy, mais fe fentant leger, 
cfpere le gaigner à voler:parquoy il monte foudainemét con- 
tremont en tournoyät,le plus haut qu'il peut, & là le côbat eft 
plaifant à voir: mais rien neluy fert, car le facreleréd vaincu, 
Famenät côtre terre à force de coups qu'il lui dône par deflus, 

Le lanier ne differe pas beaucoup du faucon,aufsi prend-il 
le fürnom de faucon, caril eft appelle communément faucon 


Janier : il fe trouue ordinairement en ces païs, & pource qu'il : 


cit de mœurs faciles, lon fen fert communément à tous pro- 
pos:les fauconniers voulants faire le lanier gruyer, le mettent 


! 
À 


ml. À ie 


DE LA MAISON RVSTIQVE. 155 


en vne chambre baffc fi obfcure qu'il ne puifle voir aucune 
lumiere, finon lors qu'ilsluy baillent à manger, & aufsi nele 
tiennent fur le poing que de nuit. Et alors qu'ils font prefts 
de le faire voler, font feu en la chambre, pour l’efchauffer à fin 
de le baigner en pur vin : puis l'ayant efluyé, le font repaiftre 
de ceruelle de geline : & fe partants deuant le jour, celle part 
où eft le gibbier,leiettét de Loing à la gruc,deflors qu'il com- 

ence à cftre iour : & filne prend pour ceiour-là, c'efttout 
vn: carlesiours enfüuiuantsil fera bon, & principalement de- 
puisla my luillet,iufques vers la fin d'Oétobre. Encor apres 
la mue fera meilleur que parauant : mais il n’eft bon en temps 
d'hyuer. Voila de la maniere deleurrer & appriuoifer les oy- 
feaux de proye, tant en general qu’en particulier : refte main- 
tenant que difions vn petit mot. 

Faut entendre que tous oyfeaux de proye feruent à voler 
ou aux riuicres, ou aux champs : defquels les vns volent de 
poing & prennent de rendon, qui font l’autour , l’efpreuier, 
le gerfaut, & l’efmerillon: les autres volent haut, qui fontle 
faucon, le lanier,le facre, & le hobreau : les vns font retirez &c 
rappelez de leur vol en ieur prefentant le poing, les autresen 
leur prefentant le leurre, c’eft à dire, va inftrument qui eften Leurrer, 
façon de deux ailes d’oyfeau accoupleesenfemble, pendu à 
vne leffe, & vn efteuf où crochet de corne au bout:& les oy- 
feaux fontattirez par celeurre,qu’ils penfent eftre vne pouile 
vifue.Les vns ne commencent la chaffe,mais commencee par 
les chaffeurs, l’acheuent, comme auons dit de l'aigle. Brefue- 
ment,lesoyfeaux ne femblent eftre differents enfemble,finon 
qu'ilsne volent indifféremmét tous oyfeaux, mais vn chacun 
d'eux fattache à l’oyfeau,à la chaffe duquel il eftaddonné,& 
non à d’autres. Et de toutes ces fortes de voler &de chaffer tu 
en trouueras plus ampletraittéen la particuliere defcription 
du naturel d’vn chacun oyfeau de proye qu'auons faite, 


Quelques autres manieres de chalfer aux 


oyfeaux. Chap. 45. 
& Ts] Our prendre oyfeaux à la pipee, vn hôme fe doit Chaffer à la pi- 
Ç D) ! cacher däs vn buiflon, & y mettre de la fuciilee, & Pec- 
D EXC auec vn fifflet, piper & fiffler côtrefaifant vn oy- 
PK feau qui eft prins,ou qu’on préd.On doit prendre 


À Qi) 


Chaffer à la paf 


fée, 


Chaffer à lato- 
pelle, 


Chaffer au feu. 


Chañffer à la 


main. 


Prendre oyfeau 
à l'arc, 


LCIVRESVIODE LEA PMPALS.JRV SIT: 


vn pafféreau, & le faire crier en luy ferrät les ailes ou les pieds: 
lors les oyfeaux viendront au fecours, penfäns q le chathuant 
ou hibou [qu'on aura perché aupres retenu à vn lag] letien- 
ne:& ayant mis des gluons fur les branches des arbres,les oy- 
{eaux qui viendront au fecours fe perchants, fenglueront. 

Pour prendre pinfons à la pafle, c’eft à dire,au lieu où il y 
ait bonne pañle de pinfons, faut enuirôner trois arbres (qu’on 
aura couppé, & apres planté en vne plaine peu loing l'vn de 
l'autre entre picd)de fueilles par bas côme vneloge:& parmy 
iceux tendre vne corde attachee à vn bafton, & fupportee de 
l'autre cofté d'vne forchette,laquelle tiendra à vn hômeloin 
de là, & en icelle pendront deux ou trois pinfons attachez:& 
faut mettre des gluons bien defliez fur lefdits arbres, & plus 
loing delà deux ou trois cages où feront des pinfons qui ap- 
pelleront les paffants, lefquels venants voir ceux qui font 
pendus, ou és cages, fenglueront für les arbres. 

Pour prendre perdris à la tonnelle,ou tôberel, faut qu'vn 
hbôme foit derriere vne vache ou vn cheual de bois ou d'ozier 
peint,qu'il approchera en guife de vache ou de cheual, & ce- 
pédatil lafchera les filets fur les perdris: telle chaffe eft main- 
tenant defendue. Pour prendre perdris & becaces de nuit au 
feu:faut allumer vne mefche de vieux drappeaux fecs,mouil- 
lez en füuif fondu, puis ployez enfemble en vne torche groffe 
cômele bras, longue d'vn pied:puis faut eftonner les perdris, 
à fin qu’en volant ils fe mettent dansles filets defquels elles 
feront entourecs. Pour prendre oyfeau à la main faut efpan- 
dre parmy quelque aire,grain ou mil trépéen lye de bon vin 
& ius de fegue, puis feichez, dés quelesoy{eaux en auront 
mägé ne pourront voler parapres, & les prédra lon à la main, 

Pour prendre oy feauà l'arc ou à larbalefte für maifons, 
arbres, buttes: faut que l'arbeleflier ait fagettes doubles for- 
chees en la partie de deuant,quandif voudra prendre oyes ou 
autres grands oÿfeaux, par tout bien agues, qu'ils tranchent 
l'aifle ou le col qu'eiles toucherôr, car la feule perceure com- 
mune de la fagette ne blefferoit pas tant l’oyfeau qu'il peuft 


demeurer là:mais Pen yroit percé & bleffé, combien que pof- 


fible il mourroit ailleurs, 


Fin du fixiefme liure de La 


mraifon Rasfique. 


Late. te ane SR EE ee mn 7 


TABLE LA L'PEHOSPBEFTOVE 
fur Les fix liures de la maifon RuSfique : ou par 
la lettre a, faut entendre la premiere page 


du fueiller, par b, la feconde. 


A. 


ZT: Age debeuf 21.b 
AS Aage de cerf,com 
\ me fe cognoilt, 


2 SJ) 140.2 
Aage des cheuaux à cognoi- 
ftre 30.4 
Abbatures & foullures du 
cerf 140.2 
Abbougrir 82.b 
Abbreuuoirs nets IL.a 
Gros abricots 63.b 
Abricotiers 76.b 
Acbe derifee 9L.a 
A chept de beufs 21.b 
Acheter paix 22h 
Achet feur 2.b 


Aifles des coqs ou chappons 


ne font à rongner 11.4 
Aigle 153.b 
Aigneaux malades 27.b 


Aigreur de vin à remedier, 
118.a,b 


Aireabattrelegrain  103.a 
Allees autour dubois 124.b 
Allces du iardin 45.b 
Alleures de cerf 140.4 


Amédemét premier , le meil- 
leur 99 b 
_Amandes 86.a 
Amandes ameres faites dou- 
ces 73.b 


Angeuin 9.b 
Asguillieres 93.b 
Apparier les beufs 22.4 
Appentis pour les harnoiïs du 

Jabour 7.b 


Appetit à donner au beuf, 
22.b 

Appriuoifer les pigeons 20.b 

Aquitaine fertile s.b 

Arbrechetif& menu 84.a 

Arbre portant raifins & fon 
fruit naturel 75.a 

Arbre vieil deuenant fterile, 
85.a verlu 6.ante finem. 


Arbres à planter 3.b 
Arbres aquatiques 131.4 
Arbres efclattez 84.a 
Arbres fruitiers 125.2 


Arbres fauuages d’où viennét 


127.b 
Grand ardeur du foleil nuifa 
ble 82.b 


Arroufement de choux 39.b 
Arroufer 81.a 
L’arqueboufe fait mourir le 


poiflon 94 
Afnes à labourer 101.4 
Maladies de l'afne 33.b 


Afparge peut croiftre de la 
corne de mouton ou de be- 
lier 


40.2 
Afsiette du baftiment  G.a 
Afsiette du parc 135.9 


TAPIE, 


Afsicette de la haironnicre, 


136.4 4 
Attürer pigeons 20.b 
Auâcer aux feruiteurs,inutile 


9.2 
Au cerfla biere, au fanglier le 


barbier 143.4 
Aube 89.b 
Auberges 63.b 
Auiues 30.b 
Aulne,arbre aquatique 131.a 
Auuergne 3.4 
Auuergnac 9.b 

B. 

Aignemét des œufs cou- 

uez 13. 
Baignolet 4.4 
Barbeau 93.b 
Barbes aux beufs 23.4 
Barbets 28.b 
Bar leduc 89.b 
Baffets à dreffer 149.a 
Baffets fubiects à gales 150.4 
Baftardiere 2.a.7.b.61.b 
Baftiment de la haironniere, 

136.a 


Baftiment petit, bien fourny 
vaut mieux que le fomptu- 
eux mal fourny 6.a 

Baftiren heurt sa 

Bcau lieu requiert neuf cho- 


fes 129.4 
Beaufferon 9.b 
Beauffe 3.b 
Beccaffes 16.4 
Belleuille fur fablon 42 


Berger foit de bonne nature, 
26.a 


Bergerie quelie doit eftre, 
26.a 


Bergers anciens 26.a 
Bergers, inuenteurs d’aftrolo 
gie 26.4 


Bergeries & porcheries 7.a 
Beftes a craindre pour les cou 
Jombiers 20.a 
Beftioles dommageables, 
55-a.b 
Beftes a craindre pour les ge- 
lines 11.4 
Beftes à laine, & le foing d’el- 
les 25.b 
Beftes, dont faut garder les 
cannes 16.4 
Beftes qui mangent les poul- 


les 12.b 
Beftes de double vie  93.a 
Beau regard 61.b 
Beaaffevray grenier de Fran- 

ce 100.b 


Defcriptiô de bon beuf 2r.b 
Beuf clochant 13.b 
Beuf chaftié, plus commode 
au labour g letaureau 21.b 
Beufs àlabourer 21.b.101.a 
Beufs à engraifler , pour ven- 
dre 24.4 
Trois beufsne labourent pas 
tant qu'vn bon cheual 21.a 


Beurre 10.b 
Biche 139.b 
Bien commander 8.a 
Bifner 110.a.b 
Bled à remuer 103.b 


Bleffeure des fangliers , aux 
chiens 148.b 
Boire beaucoup & ne fen- 
yurer point 16.2 
Le 


TABLE 


Le bois à en foy trois com- 


moditez 129.b 
Bois de Solongne 127.4 
Bois blanc 131.b 
Bon foin 90.2 
Bieffement de cueur  22.b 


Bonne odeur és laiétues 40.a 

Bordelais 10).a,b 

Bouc 28.b 

Bouge pourlafermiere 6.b 

Bourguignon 9.b 

Bourguignon en vigne, 
109.2.b 


Boutteures 33.a 
Boutis du fanglier 144. 
Bracques 28.b 
Brebis pouilleufe 26.b 
Breffe 52 
Brie 110.2 
Briais 9.b 
Brile que c’eft 22,4 
Brifees 141.b 
_ Brochet 93b 
Brochet, tyran d'eau douce, 
93 D 


" Côtreles brouillars $$.a.112.b 

Broutement de cheure  $1.a 

Buflés ou beufs lauuages, 
24.4 


Buies à labourer 101.2 
é: 
Ailles farouches 19 
Camelot de poil de che- 
ure 27.b 
Camomille faulfe 93.a 
Cannartayme à barbotter, 
14-b 
Cannes enfemble 16.b 


Cannes à engraifler 16.a 
Cänes fauuages enyurees,b6- 


nes à pondre 16.a 
Cannets d’eau 16.a 
Cardes 40.b 
Cardinal du bellay s1.b 


Carnage à donner aux chiés, 
137-b 


Carpe 92.b 
Carriers trompeurs 4.b 
Cattarre de beuf 234 
Cattarre des poulles 22.4 
Caton agriculteur 1.b 


Caues. 7.a 
Caue quelledoiteftre 14.a 
Ccliers à vins & cydres 7.a 
Cendres faites d'herbes 36.b 
Centans à croiftre:centen e- 

flat, & cent à defcroiftre: 


au chefne 134.b 
Cercle 87.b 
Cerf comme fe doit cognoi- 

ftre de fon aage 19.b 
Cerfmal mene 142.b 
Cerftué 1434 


En quel tempsles cerfs muét 
les cornes 19.b 
Ceremonie à mettre les œufs 


couuer 13-b 
Cerifes auancees 734 
Cerifes grofles 74.4 


Cerifes iufques à la Touf- 


faints 744 
Cerifes fans noyau 7i.b 
Cerilicrs 77.a.81.a 
Cerilierentéenlaurier 73.a 


Cidre peré, cidre pommé, 
87.b 
Cifternes 3.b 
Citro & orégeà garder 87.a 
K 


FABLE. 


Citron rouge 52.2 
Citrons degarde 52.b.86.a 
Chaalons 3.4 


Chair de caillelaxatifue, &c. 
19.a.b 

Chair de paon meilleureque 
de la poulle d'inde  18a 

Chair de poulles d’Indes fa- 
de & de dure digeftion, 
18.4 

La chair du regnardeft fade 
145.a 

Chambre du fermier  6.b 

Chambre des feruiteurs 6.b 

Champaigne 3.a.b 

Champenois 9.b 

Champart 6. 

Chäcres d'oreilles aux chiés, 
138.b 

Chapponner heftoudeaux, 
14. b 

Chappons à engraifler 14.b 

Chappon pour efchauffer & 


conduire poullets 12.4 
Chappons du Mans & Bre- 

taigne 14.b 
Chanter dufemant 100.4 
Charge du bouuier 21.4 
Chartrain 9.4 
Chaftaignes 86.a 


La chaffea ppartiét aux grâds 


{cigneurs 139.4 
Chaffe du fanglier  144.b 
Chaffer au feu 154.b 
Chaffer à la main 154.b 
Chaffer à la pipee 154.b 
Chaffer à la tonnelle  154.b 
Caaffer aux oyfeaux 2.4 


La chaffe du lieure plus plai- 
fante que touteautre 145.3 


Chaffe du fanglier,dägereufe 
143.b 


Chaftaignes 86.2 
Chaftaigner 79-b.124.a 
Chafteté. $1.a.58.b 
Change, c’eft a dire rufe de 

cerf 137.4 
Chaux vifue;au pied dela vi- 

gne 108.4 
Chemin és iardins 35.b 


Chenil,la logeaux chiés 7.4 
Coôtreles chenilles 55 b.1:3.a 
Chemin aux chiens de chaffe 
137.b 
Chefne 124.9 
Chefne ou autre arbre verd 
en tout temps 72.b 
Cheual trop efchauffé 31.b 
Cheuaux malades à traiter, 


30.4 
Cheual clochant 32.b 
Cheual poufsif 31.4 


Signes de bonne cheure 28.a 
Cheure de grande recommé- 
dation aux païs des mon- 


taignes 28.b 
Cheure iamais n’eft fans ficb- 
ure 28.b 


Cheureaux bien eftimez 28.a 
Cheute des pommes del’ar- 
bre 85.b 
Chien mut au cerf J4La 
Chiens de chaffe de quatre 
fortes, blancs, fauues, gris, 


noirs 137.a.b 
Chiens de trois fortes pour le 
cerf 141.4 
Chiens de relais 141.4 


Chico mort ou autre charon 
gne mile au pied de l'arbre, 


TABLE. 


82.b 
Chois des complants de la 
vigne 107.4 


Chois des moufches que lon 
veutacheter s7.b 
Chois des moufches quelon 


amaffz aux forefts s8a 
Choux 36.b 
Choux cabus 39.4 
Choux communs 39.2 
Choux és vignes, domma- 

geables 113.4 
Choux rouges 39.b 
Choux tortus 39.4 


Cognoiffance de la retraitte 
du cerf 140.2.b 
Cognoiflance de medecine 
naturelle, neceffaire à la fer 
miere 10.4 
Coings à garder 86.a 
Clefs principales de tout 8.b 
Cloux & apoftumes aux 


beufs 23.b 
Col froiflé au beuf  23.b 
Colchicon 9.b 
Colique des beufs 22.b 
Colique du cheual 32.b 
Colline pour baftir 4.2 
Combatdesiettons  Go.a 


Complant nouueauquel doit 
eftre 108.b 

Complants de la vigne, 
107. 

Complexion de beuf à co- 
gnoiftre 22.4 

Commodité des fenetres, 
4a 

Bonconnin meurt toufiours 
en fon terrier 11.4 

Concombres & citrouilles, 


37-b.45.a 
Conclufion des façons dela 
vigne 111,2 


Côfitures de cerifes, cormes, 
efpine,vinette,verius 88.b 
Côfiture denoix vertes 88.a 
Confiture de pefches,d’abri- 
cots,d’alberges 88.b 
Côfiture d’efcorce d’orenge, 
citron, limon 87.b.88.2 
Confeil d'Hefiode quant à la 
tranfuafation du vin 114.b 
Contagion à euiter 27.4 
Contentement 2.b 
Contenter fe faut de ce que 
Dieu & nature donne 3.a 
Contre la morfure du ferpét 
au beuf 23.b 
Contre trop grande fertilité 
de l'arbre 8 a 
Contre les limats & formis, 


84.b 
Coq 11..b 
Cormes à garder 87 a 
Cormier 80.a 


Corne fendue au beuf 24.a 
Coulliffe de lattes. 20.4 
Cornes de cerf quäd fe muét 
139.b.& 140.a 
Cornoille 86.a 
Correcti6 des fautes du beuf 
2219 
Coulombier à peupler 210.4 
Coulombier à pied 19.b 
Courance de cheual 3:.b 
Courge amie des citrons 52.2 
Courirterme furterme 9.a 


Courlis 16 a 
Cours du ciel 38.a 
Couuement d'œufs 13.b 


R ij 


TABLE. 


Courer d'oye 15.2 
Couuoire à nourrir 13.b 
Grapaut verdie à 554 


Croye & ardoife 


5-4 
Croiffant de la June 37.b.66,b 


Croiffement de plantes par 
humeur & chaleur  126.b 
Cucillette 38.b 
Cuifine , premier baftiment 
d'vne bône maïfon 2.b.7.a 
Cure de la bergerie 26.b 
Curceaux chiens 143.4 
Curce de leurier , pour les 
chiens 147.b 
Curiofité trop grande, ruine 
des bons efprits 


Cuuer les vins 113.b 
Cygnes 16.a 
Cylindre 100.2 
D. 

Attier & palmier 79.b 
Daucus 90.b 
Daulphiné 3.a 
Decrets,feures voyes d'ache- 
ter 2.b 
Dedalus 46.a 


Deffailläces de cueur au che- 

ual 31.b 
Demeure du fanglier 144.b 
Demy pefche & demy noix, 


71.b 
Dents de cheuaux indices de 
l'aage 30.2 
Dernier labeur 102.b 


Defgouttementäofter 25.b 

Defpance,pour le boire 10.4. 
114.a.116.b 

Difference des chefnes 133.b 


Difference du fruit,venant de 
femence & de rameau 63 a 
Difference entre le fanglier 

mafle & la femclle 144.b 
Difference entre les fangliers 
& pourceaux Priuez 144.2 
Difference des pigeons 20.a 
Difüculté d’vrine aux che- 
uaux 30.4 
Diuerfité de la generatio des 
mules & mulets 34.4 
Diuerfité du labour de la ter- 
re, felon la varicté des païs, 
La 
Diuerfité de charruë 101.4 
Diuerfité de terre 97.2 
Dixhuit cochons à nourrir à 
vne truie 


25.4 
Dompter le beuf 22.4 
Douleurs de ventre au che- 

ual 3:.b 


Dreffer les chiens , pour la 
chaffe du lieure 145.b 

Duuet & plume de la volail- 
le, nuit aux beftes caualli- 
nes 90.b 

Durté de ventre au cheual, 
31.b 

Durté de ventre aux poules, 
12.4 


E. 


Au à feparer du vin r15.b 

Eau du ciel à garder 3.b 

S'il y à de l’eau au vin, 
115.4 

Eau en vinaigre 120.4 

Election des graines 37.4 

Empefchement de pôdre aux 


TABLE. 


poulles à ofter 11.2 
Endroitsaquatiques & ma- 
refcageux 4.b 
Engraifler chappons  14.b 


Entendre le fon de trompe 
aux chiens 139 4 

Temps d'enter greffes 66.b. 
72.b 

Ente de pommier 71.b 

ÆEnte de quel arbre tient le 


plus 66.b 
Enter en efcuflon. 67.4 
En canon 71.4 
En tronc ibidem 
En faule. En couronne. En 

morcel. En fcion ibid. 
En perche 71.b 
Eo germe ouen boutô 70.b 
Eate de perfiguier 73.b 
Ente de peche  71.b.73.b 


Enter furle fauuageau 67.2 
Enter fur vn chou 66.b 


Enter vigne fur vigne  72a 
Entesrompues 83.b 
Enter vignes 111.b 


Enture doit profiter la pre- 
miere annee 67.a 

Entretien de beuf en fanté, 
23.4 

Entree de la maifon du pere 
de famille 


7. : 
Entrees aux jardins 7.b 
Erables 133.4 
Esbougeonner 111.4 
Contre l’efclair ssa 


Efclorre des œufs fans cha- 
leur de poulle 14.4 
Efcorchure du dos au che- 
ual 31.b 
Efcorchure des pieds , aux 


chiens 138.b 
Efcrouelles 30.b 
Efcuffon à cognoïftre 70.b 
Efmerilion . 154.b 
Efmondage d'arbres 127.4 
Efmotter 100.4 


Elpargne pour le chauffage, 
& cendres 10.4 

Efpace & interualle entre les 
arbres 80.b 

Efpaule,retraitte au beuf, 
23.D 

Efpiaars 36.b 

Efpoulfemét de poulles 1r.a 


Efpriuier & vautour  153.b 
Eftable nette 10.b 
Eftables aux beufs 74 
Eftable à beufs,nette  21.a 
Eftables aux cheuaux  6.b 


Eftables à cheuaux, à tenir 
nets 29.b 
Eft:l6 pour faillir 29.b.34b 


Eftampes 3.4 
Eftang sa 
Eftang à curer 94.4 


Efägs de Nouë & de Gou- 
uicux 93-b 

Eftangsrenommez 93b 

Eftat de fellier & marefchal, 
à cognoiftre au chartier, 
29 a 

Excrements del’eftang 93.b 

Exherber 100.b 

Experience de cultiuer les ar- 
bres,& non cultiuer 126.b 


FE. 
pis de treilles 36.a 
Façôs au bois planté,deux 


125.b.126.b 
KR ii 


THATBELÉE 


Façons de cultiuer terres la- 
bourables 98.b 
Faire pieds neufs 29.a 
Faifans & gelinottes mal aifez 
à appriuoifer 16.b 
Faifans 7.a 
Familiarité trop grande 8. 
Faucon 354.4 
Fautes de beufà chaftier 22.a 
Femme en fes mois, fait fei- 
cher & mourir les pom- 


pons 45.1 
Femme mal verfante de fon 

corps 47.4 
Femelies au paon 13.4 
Feneftre dormante 20 a 
Fenoil doux 43.a 


Fermiere cognoiffant en me- 
decine 10.4 
Fermicrs infideles G.a 
Ferme, metairie, heritage aux 
champs tout vn 1.b 
la Fermiere tienne pied à bou- 


le 10.4 
Fertilité des païs de France 
s-b 
Fien éa 
Fien à ferrer 99.b 
Fien quel doiteftre  99.b 


Fien bon ou mauuais à la vi- 

gne 108.a 
Fien diuers 99:.a 
rien plus cher qleFien 99. 
Fiente de pigeons 20:b 
Fiente de pourceau malade, 


engendre la pefte aa 
Fieure aux beufs 23.2 
Fieure du cheual 31,4 


Figues blanches & rouges 
744 


Figues de couleur diuerfe 
so.b 

Figues à garder vertes 86.b 

Figues efcrites 72.b 

Figuier fterile 50.b 

Figuier ne perdant fon fruit 
72.b 


Fil aux arbres 84.a 
Fillesatenir de court 10.2 
Fin du temps à femer 102.a 
Florable ou gallion  90.b 
Foirad 109.b 
Flafcons & bouteilles  6.a 


contre le Flux de ventre 86.a 

Flux de ventreaubeuf 23.2 

Flux de ventre des poulles 
12.4 

Flux du fangau cheual 33.4 

Foin 


90.4 

Foirre 103.4 

Fonds de la terre aquatique 
4.b 

Fontaine 6.b 


Force de bœufs à cognoiftre 
21.b 

Forme de baîftiment 6a 

Forcedevinäofter  116.b 

Forme de planter la vigneen 
Languedoc & Prouence 
107.b 

Forme és entes telle que lon 


veut 73: 
Formions 113.4 
Foffes 8:.b 
Four du fermier 6.b 
Fourmages 10.b 
Fours à couuer œufs  13a 
Fouleurs de vin 113.b 
contre les Fourmis s5.b 


Fourmis à fairemourir 85.b 


FABLE. 


Frais de l’eftang 94.a 
Franc ozier 92.4 
Franches meures tardiues & 
auancees 72.b 
François 9.b 
Frayouër du cerf 140 à 
Freflons 60.a 
Frefnes 132.b,133.a 
Froid contraire aux paons 
17.b 
Fromenteau 1c9.b 
Fruit tardif s0.b 
Fruit fans fleurir 73.b 


Fruit venant de lente, retient 
toufiours meilleure forme 
63 a 

Fruit venant du pepin  63.a 

Fruits ayans la vertu de the- 


riaque 73-a 
Fruits colorez 724 
Fruits laxauifs 72a 


Fruits montans contre-mont 
85.b 
Fruits odorans 


72.4 
Fuyars attirer 20.4 
Fumees du cerf 139.b 
trop Fumer,mauuais  99.b 


Fumer au decours, les terres 
labourables, & les prez en 
croiffant 


100.4 
Fumer les vignes i0.a 
G. 
Aignage,metairie tb 
(ces ixbeufs 23.b 
Gaïle du cheual 32.2 
Gaile, dartres, gratelles, ron- 
gncs aux chiens 138.4 


Garde de pefches & autres 


fruits 89.a 
Garde des fleurs & femences 
33.b 
Garde des racines 38.b 
Garenne 244 


Garenne, quel profit porte, 
121,0 


Gafcogne 3.4 
Gafcon 9.b 
Gelinier 7.4 
Gelinier tenu net 11.4 
Geneft 49.4 
Gerfaut 154-b 
Germandree 90.b 


Gläds à femer ou pläter 1:7.b 

Gouëft 109.b 

Gouples, fortes de regnards 
148.a,vers la fin de la page. 


Gormandife d’oye 15.b 
Goufter le vin 14.b 
Gouttes 154. 


Grain de formét choifi 102.4 
Graine de laiétue 37.4 
Graine de meurier 62.2 
Graines difficiles à faire ve- 


nir 37.b 
Graines de limons, citrons, 
orenges, poucilles 6;.b 
Grange 103.4 


Grandes cages ne font pas Les 
meilleurs oyfeaux sb 
Grandeur d'arbres à confide- 


rer 8c.b 
Grange 7.b 
Gratelle du mouton aux bre- 

bis 27.b 
Grenade à garder 86.b 
Grenade douce 74 b 
Grenade rouge 74 b 
Grenadier  52.b,73.b,80.a 


TABVTE: 


Greniers 6.b 
Grenier àfourment  102.b 
contre les Grenouilles 56.a 
contre la Grefle $5-2 
Guerreentre les perdrix maf- 


les pour lesfemelles  19.a 

Guiniers 8t.a 

Guindolier ou iuiubier 8o.a 
H. 

Aye viue 35.2 

H:: le vin 117.2 

Halebrans 16.2 


Hann:banne mort aux oyes 
15.b 

Hannebanne nuit aux pour- 
ceaux 25 b 

Hinnetôs de trois ans en trois 
ans 124.4 

Häfter l'arbreä produire fruit 
85.2 


Habits rouges JOI.a 
Hargne du cheual ia 
Heraclien 90.b 
H:rbes arrachees 84.a 
H:rbes fines 37.2 


Herbes medecinpales 37. 
H:rbesmeichantes à extirper 
126 a 


Herbes tendres 33.2 

Haironrære 2.4 

Heftoudeaux à chapponner 
14. b 

Hsurteure aux chiens 138.b 

Hobreau 154.b 


l'Homme ne veut pointeftre 
rudoy 
Houër premiere f:çon 110.b 
Huille d'oïue pour aigreur 
de vin li9.a 


8.b 


Huille fait perdre la veuë au 
beuf 22.b 
Humidité du temps à obfer- 
uer 38.a 
Humidité de vin à corriger 
115.2 
Huis fecret 8.b 


E. 


Achere longue amaigrit la 
} terre 36.b,98a 


Ialouzie d'oyfeau  98a 
Jardin à fleurs 1.b,45.a 
Tardin aux bouquets  45.b 


Jardin aux herbes de bonne 
fenteur 45b 

lardins du mefnage 1.b 

Iardinages, & leurs diuifions 
7.b 


Jauniffe au cheual 31.b 
Jaunifie des arbres 84b 
Ieuine aux beufs 22.4 


11 n’eft que le naturel en tou- 
tes chofes 14 b 
Ilne faut rien Jaiffer dechoir 
pour peuquecefoit 6a 
Iex 133-b 
Impatience des femmes quät 
à la couuce des poulles 13 b 
Incommodité recompenfee 
par commodité 7: 
Incômodité du vent de Mi- 
dy s-b 
Induftrie du pere de famili 
4.b 
Juimitié entre la vigne,le vin, 


& le chou 39.b 
Iutention del'auteur  97.b 
Iours pour enter 67.2 


Iflettes 


TEA BEL E. 


Iflettes de Flandres 4b 
luchoirs & môtoirs defcrot- 
tez 11.4 
Jugement debonnecau 4.a 
Juiubier [ nompas tuiubier | 
62.b 


Jument pour faillir 29.b 


É. 


Abeur de cheuaux 100.b 
Labeur de beuf n’eft que 

par neccfsité 21.4 

Labeur de l'hôme appriuoile 
tout 4.b 

Labour de taureau n’eft bo 
%4.a 

Labeur de la treille, pareil à 
celuy dela vigne 36.4 

Labour & art neceffaire au 
pere de famille 2.b 

Labour neceflaire aux ieunes 
plantes ‘126.4 

Labour en temps fec n’eit bô 
126.1 

Labyrinthe ou Dedalus 37.a. 
46. 

Laict 10 

Laict clair nuiét aux paon 

17.b 

Laiét d’afneffe, fingulier pour 
les tabides 33-b 

Laictuë crefpeluc & pommee 
39.b.40.2 

Lamproye poiffon venimeux 
en la mer 93.b 

Langayerie des pourceaux, 
25.4 

Lanier 154.b 

remede à la Larme de Ja vi- 


5 


112.b 
49.4.80.b 
3.b 
25.1 
144: 


gne 
Laurier 
Le couft ofte le gouft 
Lepre des pourceaux 
Leffes du fanglier 
Sainct Leu de Scrans 3.4 
Leurre 14 b 
Lieure des perches dela treil. 
le 36.a 
Gite du lieure 146.4 
Lieures habitants les eaux, la- 
dres 146.a 
Les lieures viuent feptans, 
147.b 
Lieu de la retraitte du cerf, 
140.a.b 
Lieux à produirepierres 4.a 
Lieux cailloueux, propres a 
vignobles 3.b 
Lieux ou les chiés n’ont point 


de fentiment 146.b 
Lieux fablonneux s.a 
Contre leslimaçons 55.b 
Limiers 28.b 
Limofin 9.b 
Lifette 113.4 
Liury 4 a 
Lisrouges 46.b 
Loge des boucs 7.4 
Logeaux canards 16.4 
Loge des cheures. 7.4 
Loge des paons 17,4 
Loge destruyes 7. 
Logis du fermier 6.b 
Louuemont 89.b 

M. 
Aïlle en l'œil au beuf, 
13.4 


Maifon Ruftique fe nom- 
S 


TABLE 


me diuerfement 1.b 
Maifon fienne 2.b 
Mal de tefte aux cheuaux 

30.b 
Mal des genciues & des dents 

aux cheuaux ibid. 
Maladie de l’efcorce de l’ar- 


bre 85.4 
Maladies des brebis 26.b 
Maladies des cheures  28.b 


Maladies des chiens de chaf- 
fe 138.a 

Maladies de l'efpriuier 153.b 

Maladies des moufches à 


miel 59.b 
Maladies des mules & mulets 

34.b | 
Maladies des oyes 16 2 


Maladies des paons 17.b,18.a 

Maladies des pourceaux 25 a 

Maladies des poulles d'Inde 
18.b 


Malice du cerf 141.b 
Manceau 9-b 
Mangeaille aux beufs  22.b 


Mägeaille des pourceaux 24. 
b, Eftable ibid. Engrail- 
fement ibid. 

Mangeaille pour les poul- 
lets nouuellement efclos 


14.2 

Mares 3-b,6.a 

Marne 89.b 

Maroutte 98.a 

Marques de bon & beau lie- 
ure 146. 


Marques du lieure mafle & 
femelle 1bid. 
Mafle & femelle és chefnes 


134: 


Mafle & femelle és ormes 
132.b 

S.Mathurin de l’archant 3.a 

Mauvais vigneron 108,4 

Medeciner les pourceaux 
25.b 

Medecines pour les poulles 
12.0 


Melons 37.b 
Memoire d'oye 15.2 
Mergotte à planter  107.b 


Merucilleufe chofe, entour 

l'oliuier sia 
contreles Mefiraignes 113.4 
Meflier 109.b 
Mefnager nul fi bon que foy 

mefme 5.b 
Mefure de grain à femer102.a 
Metairie, ferme, gaignage, 


tout vn L 
Meurier 78.b 
Meures à garder 87.2 
Meures blanches 732 


Mœurs des moufches à miel 
53.b 

Miel à recueillir 60.2 

faire Miel & cire 60.b 

Moitié poires, moitié pom- 
mes 74.b 

Montfort la-morry  90.a 

Morceau de fer cotre leton- 
nerre 13.2 

Mouft bien toft rendu ralsis 
115.b 

Morfonture aux chiens 138.b 

Morfure de befte venimeufe 
12.b 

Morfure des chiens ou loups 
enragez 138.4 


Morfure du frellon 23.b 


TABLE 


Morfüure du fanglier dange- 
reufe 143-b 
Morfure de ferpent  23.b 
Morfure de vipere 33.a du 
chien enragé ibid. 
Mort bois à l'arbre, à ofter 
82.b 
Morue de la brebis 27,4 
Moufches àmiel 2.a,56.a 
contre les Moufcherons55.b 
Mouffe de l'arbre 82.b 
Mouft commençant à aigrir, 
à corriger 115.b 
Mouft comment fe purge 
115.2 
le Mouit comme ne fefpan- 
dra en bouillant ibid. 
Pour auoir moult toute l’an- 
nce ibid. 
Bon mulet mauuaife befte 
101.4 
Mulet profitable 34 a 
Mulets à labourer 101.4 
Mulets d’Auuergne21.a,94.a 
Murailles dela court  6.b 
Mufcadet 


N 


Attes 103. 

Naivre de la paonnef- 

fe 17.b 

Nature des coins maligne 

86.) 

Nature n’eft iamais oyfeufe 
98.a 

Naturel de la terre,à cognoi- 

ître sa 

Le Naturel pañle en toutes 

chofes 14,b 


73.b, 109.b° 


Naueaux 36.b 

Ne faut point laiffer perdre 
vn poulce deterre  g.a 

Necefsité engendre artifice 


A 
Necefsitez à fournir 9.2 , 
Nefflier 78.a 
Neffles à garder 86.b 
Neffles douces 74.4 
Neffles fans pierres & dou- 
ces 72.a 
Negrier 109.4 
Neraut ibid. 


Neuf chofes requifes à vn 


beau lieu 129.8 
Nielle 552 
Noililles. 6;.b 
Noifilliers 76.b 


Noix à garderentieres 86.b 
Noix, prunes, & amädes grof- 


fes 72.b 
Nôbre impair és œufs à cou- 
uer 13. 
Normand 9.b 
Nourriture des beftes fauua- 
ges 1:$.a 


Nourriture des chiens de 
chafle 137.b 

Nourriture duhairon 1,6.a 

Nourriture des oyfeaux de 


proye 152.b 
Nourriture des petits pacns 

17.b 
Norriture delatortue 19.4 
Nourriture moyenne 22.b 
Noyau de datte 63.b 
Noyer 78.b 
Noyer fans fucilles ne fruit 

jufques à la S.Ican  7,.b 
Noix fans cocque 71.b 


S ij 


IT A B'ECE. 


Nulle contrainte bonne  $.a 
Nulle fituation de maifon ru- 


flique parfaite 3.4 

O 
Eil chafsieux 30.b 
 ÿosi de maiftre engraif 
fe le cheual s-b 


Ocillets ayans la fenteur de 
clou de girofles 46.b 
Ocillets de Prouence, de ro- 
fette, d'Inde 46.b 
Ocufs à choifir pour couuer 
13.4 
Ocafs des cannes couuez de 
Ja poulle valent mieux que 
de leur mere 16.a 
Oeufs eftrâges à couuer 13.b 
Ocufsle long de. hyuer 12.b 
Oeufs pour auoir femelles ou 


mafles 13.b 
Office du berger 26.2 
Office d’vn bon maiftre de 

famille Ga 
Office ésvendangeurs 113.b 
Oignons & ciboules  36.b 
O yfeaux de paflage 18.b 


Oyfeaux de proye malades 
153.1 

O yfeaux de riuiere 16.a 

Oyf:aux de double vie 16.a 

Ofluier 79-a 

Oliuier n’empefche la vigne 
107.b 

Olixier fterile à rendre fertile 
74.a vers la fin de la page 


Oliues à garder 86.b 
Orge 104. 
Orme 124. 


Ormes de Gaule, & ormes 
Italiques 132.b 
Ouailles frilleufes 26.2 
Oye, oyfeau de grand pro- 
fit, & grand dommage 15.a 
Oyes enfemble fous vn toit, 


combien 15.b 
Oyes fauuages 15.4 
Oyfon à engraifler 15.b 
Ozeraye 7.b 
Ozier 92.4 

? 
Aille frefche 24.b 
Pain aux chiens 137.b 
Pain rafsis 10.4 


Païs boffu & montueux 6.2 
Païsfertilesen France  5.b 
Païs fec 3. 
Palmiers mafle & femelle 


$0.a 
Panais 36.b 
Panax "90.b 


le Paon hait fes petits iufques 
à ce qu'ilsayent leur crefte 
12.b 

Paons chaffent la vermine 


124 
le Papierendure tout 90.2 
contrelesPapilions  60.a 


ParcdubergerenEfté 26.b 
Parc des beîtes fauuages 2.4 
Parfum du coulombier 20.b 


Partois sa 

Paftez de prunes 88.b 

Paftis, ou pré de pañture 
7. D 


Paffetemps du bois fauuage 
129-2 


D 


T'A,PALHES:: 


Pafture des oyes 15.b 
Peau tenant aux os au beuf 
23.b 
Penniers à pondre IL.A 
Pente des iardins 35.b 
Pepie des poulles 12.a,b 
Pepiniere 7.b 
Percer les vins 114.b 
Perdrix griefches 19.4 


le Pere de famille doit auoir 


cognoifflance des chofesru- 


tiques 8.a 
Perroquet friand de faffran 
344 
Perron 4 
fortes de Pefcher defendues 
94-2 
Pefches 63.b 
Pefches auancees 71.b 


Pefches, cerifes, neffles, fen- 
Ru les efbices 72.4 
efches & amandes enfemble 
1. b 
Pefches & coings enfemble 
ibid. 
Pefchesnon pourries  73.a 
Pefches ou amandes efcrites 
ibid. 
Pefches ou preffes à Pier 
87.a 


Pefches rouges 73.4 
Pefches fansnoyau 73-b 
Pefte de la brebis 27.4 
Petits arbres 81.b 
Picard 9.b 


Pies & moyneaux mafle & 

femelle couuent 20.4 
Pigeon de grand degait 19.b 
Pigeons differens 20,4 
Pigcons font des petits trois 


fois l'an 20.b 
Pin 79.b 
Pinet d'Anjou 109.b 
Piqueure d'arbres 82.a 


Piqueure de meuriers,figuiers 
coigniers, grenadiers, &c. 
64.b 


Piqueurs 141.4 
Playes aux chiens 133.b 
Plaifir des Princes 3.b 


Plantage premier foit bon &c 


& feur 132.4 
Plantation dechoux  39.b 
Plantain 90.b 


Plante de cerifier par fcions 


64.2 
Plante de chefne & chañlai- 
nier 125.4 
Plante de couldres franches 
64.a 
Plante de figuier à la mode 
Gencuoile 64.b 
Plante de groifilliers, fram- 
boifisrs, & vinettiers 


G5.a 
Plante de noyau 63.a 
Plante deperfiguier  63.b 
Plante de pefche 64.a 
Plante de pin 63.b 
Plante de prunes ibid. 
Plante de pruniers 644 


Planter à barre, à lafiche, en 


godeau 107.b 
Planter à double 107.4 
Plantes fans racines 81.b 
Plume d'oye morte 15.b 


Plus de fots achepteurs que 


vendeurs 2.b 
Podagre 154.2 
Poirier 78.4 


T'A'B'TLYE; 


Poires fans pierre 
Poires à garder 

Poiresauancees 74:a 
Tardifues ibidem 
Poires d'angoiffe ou de par- 


741 
86.b 


main auancees 72.b 
Poiteuin 9.b 
Poiffon blanc 93.b 
Pommes à garder 86.b 


Pommes de blondurel 73.b 
Pommes de deux faueurs, 
744 
Pommes dorces 
Pommes rouges 


74.b 
74.4 


Pommier 78.2 
Pommier fertile 74.b 
Pompons de garde 45.2 


Pompons & cocombres fans 
graine 44.b 

Pompons ou melons laxatifs, 
ibidem 

Pomposodorans 44.b.45.a 


Pompons fuccrins ibid. 
Pont fur Seine 90.4 
Ponte degelinottes 16 b 


Ponte desoyes 15.4 

Ponte des poulles d'Inde, 
18.b 

Ponte de paonneffe 17.b 

ponte des poulles 12.b 

Porc,impatient defaim 25.4 


Porreaux & ciuots 36 b 
Portail de derriere 8.a 
Porte du baftiment 6.b 
Portees du cerf 139.b 
Potage aux chiens 138.4 


Poullailler TA 
Signes d’vn bon poulain, & 

aufsi cheual 30.4 
Poulle bonne il, b 


+ 


Poulle chantant cômele coq 
ibidermn 


Poulle cnragec ibid. 
Poulle ieune bonne à podre, 

vigille à couuer ibi, 
Poulle trop grafle ibi. 


Poulle trop ieune glouffant, 
ibidem 

Poulles d'Inde, coffre à auoi- 
ne ; 18.2 

Poulles & coqs d'Inde 7.a 

Poullets d’eau 

Poulles de Numidie 16.b 

Poullets nouucllemét efclos 
à conduire 14.4 

Au mal de poulm6 aux beufs 
23.b 

Pour ofter l'enuie de couuer 
aux poulles x. b 

Pourceau plus gourmäd que 
toutes beftes de nourriture 
24.b 

Pourceau fubieét à la pefte, a 


enflure deratte 25.b 
Contre les puffons ss-B 
Poux 154.4 
Poux aux beufs 23.b 


Poux & vermineaux poulles 
12.a.b 

Pré 8 9.b 

Preau GI.a 

Prendre l’oyfeau ä l'arc ou à 
l'arbalette 154.b 

Preferuauif de maledie aux 
beufs 22.b 

Prefcruer les poullets nouuel 
lement efclos, de.la pepie, 
14 a 

Preffes ou pefches-pommes, 
754 


16.a° 


THAÏBITAE; 


Prefloirs & foulleures  7.a 
Preft, comme fedoit faire, 
8.b 


Prez à labourer 91.b 
Prez à femer 90.4 
Priuez 7.4 


Proces à gouuerner 8.b: 
Profit de la chaffe aux beftes 


à quatre pieds 136.b 
Profit du coulombier 19.b 
Profit du parc ha 
Prouençal 9.b 
Prouerbe  1.b.3 4.5.2 39.a 


Prouerbe,qui voudroit plan- 
ter fon pere, onluy coup- 
peroit la tefte 81.b 

Prouerbe,pläter en croiffant, 
femer en decours 100.4 

Prouigner,tierce façon 110.4 

Prouigner detrois fortes, 
6s.b 

Prunes de damas à garder, 
87.a 

Prunes , iufques à la Touf- 
faints 


72.2 

Prunier 79.b 

Prunes femblables à l’'amäde, 
73-b 

Puis 3-b.4.a.6.a.7.D 


ne 


Vatre fortes de chiens 
Q de chaffe 137.4 
Quelles chofes font à 


bailler à ferme 8.a 
Quercus 133.b 
Ru 


Racine de chou faitle vinai- 


| greretourneren vin 119.b 


Racines propres à faire vinai- 
-gre ibidem 
Rage deschiens 28.b.138.a 
Raïfins à garder 112, 
Raïfinsayans les grains rou- 


ges & blancs 12.4 
Raïfinsau Printemps 73.4 
Raiïfins meurs 113.4 
Raïfins fans pepins 172.4 


Raifon à preferer par tout, 
6.a 

Ramiers 19.4 

Rapport du veneur au Roy, 
141.4 

Raporteurs ne font a ouïr, 
10.a 

Contre les rats champeñtres, 


56.a 
Raues 36.b 
Raues de deux fortes  54.b 
Redreffer la vigne IT1.4 
Reffort s4.b 
Regnard a prendre fans chaf- 
fe 150.2 


Chair de Regnard, quant eft 
bonne à manger 148.a 
Profit du corps deRegnard 
en medecine ibidem 


Raine ou grenouille  93.b 

Reims 3. 

Relais 98.a 

KRemede a la coque trop dure 
13.b 

Remedesaux maladies de la 
vigne 112.b 

Rendre les sbbais 143.4 


René du Bellay Eucfque du 
Mans sb 
Reposrend l'afne parefleux, 


T'A BEF. 


33.b 
Refponce,herbe 90.b 
Reftibule 98.a 
Retraitte du cerfà cognoiftre 
140.2 
Riéne doittrainer en la mai- 
_ fon 10.4 
Rien n'eft à negliger au pere 
de famille 2.b 


Rien plus cher que le fien, 
99.4 


Rüuiere voifine 3.b 
obur 133.b 

Rochelle 109.2 

Rois des moufches à miel, 
s2.a 

Rongne aux beufs 23.b 

Rongne dela brebis  26.b 

Rofes auancees 49.2 


Rofes fort odorantes ibidem 
Rofes recentes ibidem 
Rofes vertes ibidem 


Roftiffeurstrompeurs 28.a 
Rubie maieur 53.2 
Rufes du cerf 141.b 
Rufes du lieure 146.b 


S, 


Sacre 154.b 
Saffran baftard sd 
Saffran ordinaire 54.b 
Saffrä, venin particulier pour 
le cueur $s4-b 
Saillure des iumens 
Sainét foin 90.b 
Saifon de cueillir femences, 
38.b 
Saifon de prendre lelieure, 


Sur à cognoiïftre  $.a 


146.4 
Saifon de tondre 26.b 
Sang-moreau 109.4 
Sang de la brebis 272 
Sanglier à tuer 145.4 


Le fanglier enuieillit, quatre 


ans paflez 135.b 
Le fanglier ne donne point 
le change 14$a 


Le fanglier rendre les abbais, 
145.4 

Sangliers à chaffer 143.b 

Sangliers dormants ibidem 

Sägliers,meurtriers des chiés, 
144.b 

Sangfuc auallee par le beuf, 
23.b 


Santé du païs 3.b 
Sarcelles 16.4 
Sauoye 3.4 
Sarcler 102.b 
Sarclement d'herbes  38.b 
Sauge & hyflope 37.4 
Sauis amerine 92.4 
Sauimoniere 93.b 
Saulx 151.b.132.a 
Sautelle 109.4 
Sautereaux de Brie  100,b 
Contrelesfauteraux  $6.a 


Côtre les chauuefouris ibid. 

Sçauoir,requis au fermier, 
9.2 

Sçauoir lire&efcrire n'eft pas 
neceffaire à vnfermier 9.a 

Sçauoir Fil y à de l'eau au vin 
115.4 


Scier les bleds 102.b 
Scions a prouigner 66.2 
Secrets de nature 13.4 
Scicherefle d'arbre 85.a 


Signe 


tulle tbe Ron 


< 


| T A BV'E; 
Srgue, mortelle aux oyes, 


15.b | 

Segue nuift aux pourceaux, 
25.b 

produire Seigle,contre le na- 
turel de la franche beauffe, 


4.b 
Seiour 61.b 
Semence de rofe 48.b 
Semencetrop vielle  39.a 
Semencesabaftardir  10:.2 
Semer en chantant 100.2 
Semer grainesenEfté 38.a 
Serfouyment 38.b 
Contre les ferpents 56.2 


Seues des arbres entez fe doi- 
uent rencontrer 638.b 
quafiSigneeàl'arbre  8$a 
Signes de l'aage du cerf139.b 
Signes de bône brebis & be- 
lier 27.b 
Signes de bonne poulle 11.b 
Signes de bonne vache :0.b 
Signes de bon coq 11.b 
Signes de fanglier à chaffer, 
143.b 
Signes d’vn bon chié de chaf 
fe 137.b 
Six feaux de raifins au ventre 
d'vnetruye 24.b 
Sobrieté 58.b,vers ia fin 
Soifaux pourceaux nuifible, 


25.b 
donner Soieil à l'arbre 82.b 
Solongne 3.4 
Solognois 9.b 
Souil du fanglier 144.0 


Souris nicher fur le dos des 
pourceaux 24.b 


Squinancie aux cheuaux, 
30.b 

Sterile, mafle fructueux, fe- 
melle 134.2 


- 


Fi 


À ye en l'œil aux cheuaux 
Æ 30.b 
Tailler la vigne 110.3 

Taillis & bois de fuftaye 2 a 

Tanche 93 b 

Tät plus on chaffe en vn païs 
& tant plus y a delieures, 
147.b 

contre les taupes 56.2 

vn Taureau à foixâte vaches, 
24.a 

Temps à chaîtrer pourceaux 
24.4 

Temps à planter & à femer, 
100.4 

Temps à planter faulx,aulnes 
HEC. 132.0 

Temps a planter les arbres, 
125.4 

Temps de tailler les arbres, 
84.a 

Temps à fcier les bleds 102.b 

Temps au fermier pour fe te- 
niren lametairie, & temps 
pour aller à la ville 8.b 

Temps de chafler le fanglier, 


143.b 
Temps de chaîtrer les beufs, 
21.b 
Temps d’entergreffes 66.b 
Temps de faire couurir les va 


ches au taureau 24.4 
T 


TA BEN: 


Temps d'efchiquoter les ieu- 
nes arbres 83.a 
Temps de percer le vin,felon 
anciens 114.b 
Temps de fouer la truye 25.a 
Téps pour efclorreles poul- 


Jets 13.4 
Temps pour faire couuer les 

poulles ibidem 
Terre à amaigrir 3-b 
Terre ameine guerre 2.b 
Terre à chefne 134.b 
Terre argilleufe ç-a 
Terre bonne cb 


Terre cheuauchee, à der:y 
mangee 5.4 
Terre non cultiuee c3.a 
Toute terre par longueiache 
re famaigriit 36.b 
Terre trop molle 81.b 
Terre trop trauaillee fans a- 
mender, dure peu en valeur 
sb 
Terres à grain 2.4 
Terres fortes 3b 
Teffons, porchins & chenins 


148.a 
Teite de vieil cerf 140.2 
Tiercer 111.4 


Toifon des moutons morts 
ou tuez 15.b 

Tonneaux à receuoir le vin, 
113-b 

Tôneaux mis en la caue 114.4 

Tonnoirre 3.4 

Tortue 93.4 

Touraine, iardin de France, 
4.b.85.b 


Tourds eu griues 16.b 


Tourengeois 9.b 
Tourtre n'ayme eftre enfer- 
mee 19.4 
Tourtres plus promptes a a- 
priuoifer & engraifler 18.b 


Toux aux beufs 23.4 
Touxde Ja brebis  27.a & 

courtealaine ibidem 
Toux du cheual 31.4 
Tranfplantation 38 a 
Tranfuafer le vin 114.a.b 
Treilles à verius 1.b 


Trouuer le gifte , premier 
point de prende le lieure, 
146.b 

Troye 4 

Trois fortes dechaffe 136.b 

Trop exiger d’vnferuiteur, : 
9.4 

Truyesmägeans leurs petits 
25.a, & les enfans aux bers, 
ibidem 


Truitte 93.b 
Tumeursinueterees  32.b 
Ve 

rAchesbrehaynes 10.b 

/ Valentienne, val des cy- 
gnes 16.b 
Vautour 153.4 
Veau à chaîtrer 10.b 


Veaux feparez de leurs meres 
20.b 

Vendanger 113 a.b 

côtre le Venin deuoré par le 
cheual 33.4 

Vent de midy,incômode 5.b 

Verger 7.b.61.a 

Verger à fruits 2.à 


T-A-BTE 


dix Verrots,pour centtruyes 
2$.a | 

engendrement de Vers 85.b 

Vers aux arbres 84.b 

Vers lambrics au cheual 32.b 


A faire mourirvers quimole- 


ftent les arbres 85.b 


Vertu du Croiffant de la Lu- 

ne 37.b 
Veruaine 4.4 
Vefelé 3.a.89.b 


Veterinaire de Vegece 33.a 
Veuës du baftiment G.a 
Veuës principales au Leuant, 


4 
Vie des chefnes 


134.0 

Vigne 2.4 
Vigne à defendre, contrela 
elee 112.b 


Vigne mariee à l'orme  92.a 
Vigne noire,de quatre fortes, 
‘woaR: = 
Vigne ou doit eftre fituce 4.a 
Vignetheriacale n1.b 
Vignes en forme de treille, 
107.4 
Vigne fterile à rendre fertile, 
112.b 
Vignes fur arbres 106.b 
Vigneron mauuais 108.4 
Vignoble bon s.a 
Vins à gouuerner és caucs, 
118.a 
Vio à hair 117.4 
Vin blanc à tourner en noir, 


& au contraire 1:G.a 
Vin clairet 116.4 
Vin d'ibfince 17.b 
Vin d’anis, d’anet, de poires, 

&c. 117.b 


Vin dethym 117.b 

Vin de cormes,coin & meur- 
tre 118.2 

Vin de grenades ibidem 

Vin de marrube n7.b 

Vin contre morfure de ferpét 
72.2 

Vin cuit 116.4 


Vin däs lequel foit tombé du 
venin ou giques beftes 119.a 

Vin de garde 117.4 

Vin doux pour toute l'annee 
116.b 

Vin du milieu du tonneau eft 
le meilleur 1:4.b 

Vin Grec 16.b 

Vin introduit oublianceaux 
tourtres 19.a 

Vin moyfi 118.b 

Vin n'ayant point de fleur, 
1:6.4 

Vin odorant ibid. 

Vin portant beaucoup d’eau 
ibid. 

Vin qui fe commence à ga- 
fter 18 b 

Vin quine deuiéne fort 177.4 

le Vin rend les hommes forts 
106.b 

Vin fubiet à contagion 114.2 

Vin trop aqueux 119.4 

Vin trouble 118.b 

Vin vieil, de vin nouueau, 
117.4 

Vins medecinaux 117-b 

Vins troublez à faire repofer 
16.,b 

Vins quäd principalement fe 
tournent 118, a, & le reme- 
de ibidem 

T ii 


TABLE. 


Vinaigre doux 120.2 
Vinaigre fait de vin gafté, 
119.b 
Vinaigre fait fans vin 120.4 
Vinaigre poiuré 120.4 
Vinaigre puiffant 120.4 
Vinaigre retourner en vin, 
119.b 
Vinaigre rofat ibidem 
Vinaigre fec ibidem 
Vinaigre fquillitique 120.a.b 
Vinaigre, vice du vin 


119.1 
Viceres aux beufs 23.b 
Virginité Sr.a 
Viuier 2.4 


Van coq pour douze poules, 


11.1 

Voliere & coulombier 7.1 

Lieu pour voler le hairon, 
126.b 

Vrine de regnard, puante, 
150.a 

les Vrils de celuy quiente, 

67.4 


 Vtilité de la terre cultiuee en 


bois 130.4 
Vuils pour vendanger 113.b 


A 


À à faire fobres, 
117.à 


FIN. 


Fueilles 


Fautes aduenues en l'imprefSion. 


Page 


E & D D Ep D pb 


pb DR UND E Em D ON m ER R D PR © bb D ER R M 


Ligne 


19 


"2 


ZLifez 

la, pour, le 

la, pour, le 

fauuagine, pour, fouuagine 
grauelleux, pour, grauetteux 
eftre, pour, et — 
raftelera, pour, rafteler 
pourroit, pour, pouuoit 
oftez ces trois mots { fur laquelle 
lon] & pour oir, lifez oit. 
poncilles, pour, pomaîles 
poncilles, pour, poucilles 
l’amandier, pour, lauandier 
poncilles, pour, poucilles 
&;, pour, en 
iceux, pour, iceluy 

leur, pour, luy 

eflaguer, pour, eflagner 
Glaftum, pour, Glaftin 
brins, pour, bruis 

gets, pour, gots 
Kieule, pour, Kieule 
Cinnabre, pour, Cumable 
feme, pour,fcue 

poncilles, pour, poucillies 
preceptes,pour,preteftes 
cflaguer, pour, eflaigner 
pafte,pour, paitez 
ranunçcule,pour,remucule 
linaire,pour, liuaire 
l'efuice,pour,l'efale 
charuis,pour,charnis 
lune,pour,iaine 


T ii 


Fueillet 


°8 
98 
99 


100 
100 
104. 
112 
116 
135 
136 
137 
137 
140 
141 
142 
143 
14$ 
145 


Page 


mm M M D D D D mm D D D = 4 © 


zigne 
26 
30 
30 


Lifez 
chamepytis, pour, chamepyftis 
fymphite, pour, fymphile 
ceux-là ne me femblent, pour, ceux 
là me femblent 
Galie, pour, Galice 
Boyau, pour, boyan 
oftez [principalement] 
bouillante, pour, bouillafte 
mettez le coma apres, le marc: 
difions, pour, difons 
contemnement, pour,Contentement 
change, pour, chauge 
ameutent, pour, amentent 
mut, pour, nuit 
ameuter, pour, amenter 
il, pour, fil 
fe, pour, le . 
change, pour, chauge 


frappent, pour, frappant 


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